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Full text of "Bulletin Societe D'Histoire Naturelle de Toulouse (et de Midi Pyrenees)."

8 JUU 1880 





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SOCIETE 



D'HISTOIRE NATURELLE 



DE TOULOUSE. 



DÎX-SEPTIÈME ANNÉE. — 1883 








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TOULOUSE 

IMPRIMERIE DURAND, F1LLOUS ET LAGARDE 

RUE SAINT-ROME, 44 

1883 




BULLETIN 



DE Là 



SOCIETE D'HISTOIRE NATURELLE 



DE TOULOUSE 



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SOCIETE 



D'HISTOIRE NATURELLE 



DE TOULOUSE 



BULLETIN 



DIX-SEPTIÈME ANNÉE. — 1883. 



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TOULOUSE 

TYPOGRAPHIE DURAND , FILLOUS et LAGARDE 

BUE SAINT-ROME, 44. 

1883 



— 5 — 



ÉTAT 

DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ D'HISTOIRE NATURELLE 
DE TOULOUSE. 
1er Février 1883. 

Membres nés. 

M. le Préfet du département de la Haute-Garonne. 

M. le Maire de Toulouse. 

M. le Recteur de l'Académie de Toulouse. 

Membres honoraires. 

MM. 

4 866 D r Clos & , Directeur du Jardin des Plantes, membre correspon- 
dant de l'Institut, 2, allée des Zéphirs, Toulouse. 

— D r N. Jolt $s ancien Professeur à la Faculté des sciences, membre 

correspondant de l'Institut, 52, rue des Amidonniers, Toulouse. 

— D r J.-B. Noulet $s Directeur du Musée d'histoire naturelle, 

4 5, grand'rue Nazareth, Toulouse. 
— - Lavocat $s ancien Directeur de l'Ecole vétérinaire, allée Lafayette, 

66, Toulouse. 
4 868 Daguin ft , Professeur à la Faculté des sciences, 44, rue Saint- 
Joseph, Toulouse. 

— D r Léon Soubeyran, Professeur à l'École supérieure de pharmacie 

de Montpellier. 
4 872 L'abbé D. Ddpcy $% Professeur au Petit-Séminaire, Auch (Gers). 

— Paul de Rouville ft , Doyen de la Faculté des sciences, Mont- 

pellier. 
4 873 Emile Blanchard $s membre de l'Institut , Professeur au 

Muséum, Paris. 
4 878 Baron de Watteville $f , ancien Directeur des Sciences et des 
Lettres, au Ministère de l'Instruction publique. 

— D r F.-V. Hayden, directeur du Comité géologique des Etats-Unis, 

Washington. 
4879 de Lesseps (Ferdinand) C. •$*, membre de l'Institut, Paris. 



- G - 

Membres titulaires. 

Fondateurs. 

MM. D'Aubuisson (Auguste), 1 , rue du Calvaire, Toulouse. 
Cartailhac (Emile) , 5, rue de la Chaîne, Toulouse. 
Chalande (J. -François), 3, rue Maletache, Toulouse. 
Focque (Charles), 25, rue Boulbonne, Toulouse. 
D r Félix Garrigou, 38, rue Valade, Toulouse. 
Lacroix (Adrien), 20, rue Peyrolières, Toulouse. 
Marquet (Charles), 4 5, rue Saint-Joseph, Toulouse. 
De Montlezun (Armand), Menville, parLévignac-sur-Save(H.-G.). 
Trutat (Eugène), Conservateur du Musée d'histoire naturelle, 
rue des Prêtres, 3, Toulouse. 

MM. 

4866 Borden ave (Auguste), Chirurgien-dentiste, allée Saint-Michel, 27, 
Toulouse. 

— Calmels (Henri), propriétaire à Carbonne (H. -G.). 

— Lassère (Raymond) #, capitaine d'artillerie en retraite, 9, rue 

Matabiau, Toulouse. 

— De Malafosse (Louis), château des Varennes, par Villenouvelle 

(Haute-Garonne). 

— De Planet (Edmond), %< , Ingénieur civil, 46, rue des Amidon- 

niers, Toulouse. 
Regnault (Félix), rue de la Trinité, 19, Toulouse. 

— D r Thomas (Philadelphe), Gaillac (Tarn). 

4 868 Gantier (Antoine), rue Ninau 10, Toulouse. 

— Comte de Sambucy-Luzençon (Félix), rue du Vieux -Raisin, 31, 

Toulouse. 
4 869 Izarn, Commis principal des douanes, 45, allées Lafayette, Tou- 
louse. 

— Fagot (Paul), notaire à Villefranche-de-Lauragais (H. -G.). 

— Flotte (Léon), Vigoulet, par Castanet (H. -G.). 

4 871 Delevez, Directeur de l'École normale, à Toulouse. 

— Guy, Directeur de l'Aquarium Toulousain , rue Saint- Antoine 

duT, 4 2, Toulouse. 

— Desjardins, jardinier en chef à l'Ecole vétérinaire, Toulouse. 

— De Malafosse (Gaston), château de La Roque, par Sallèles d'Aude 

(Aude). 

— D r Resseguet (Jules), 3, rue Joutx- Aiguës, Toulouse. 
W2 Avignon, 19, rue de la Fonderie, Toulouse. 

— D r Bégué, Inspecteur des enfants assistés, rue Boulbonne, 28, 

Toulouse. 



MM. 

1872 Bidaud (Louis), professeur à l'Ecole vétérinaire, Toulouse. 

— Du Bourg (Gaston), 6, place Saintes-Scarbes, Toulouse. 

— D r B. Delisle (Fernand), attaché au laboratoire d'anthropologie 

du Muséum, Paris. 

— Detroyat (Arnaud), banquier, Bayonne (Basses-Pyrénées). 

— Fontan (Alfred), conservateur des hypothèques, à Castres (Tarn). 
— Gèze (Louis), 4 7, place d'Assézatf, Toulouse. 

— Huttier , rue Babel-Oued, Alger. 

— Général de Nansouty (Charles), C ft, directeur de l'Observatoire 

du pic du Midi, Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) 

— Pougés (Gabriel), 5, rue St- Aubin, Toulouse. 

— Rey-Lescure, Faubourg du Moustier, Montauban (Tarn-et-Gar.). 

— De Rivals-Mazères (Alphonse), 50, rue Boulbonne, Toulouse. 

— De Saint-Simon (Alfred), 6, rue Tolosane, Toulouse. 

— Seignette (Paul), Inspecteur des études au Prytanée militaire, 

La Flèche. 

— Teulàde (Marc), rue des Tourneurs, 45, Toulouse. 

1873 Areille de Perrin (Elzéar), 56, r. Marengo, Marseille (B.-du-R.) 

— Courso, manufacturier, rue des Récollels, 44, à Toulouse. 

— Doumet-Adanson, à Celte (Hérault). 

— Duc (Jules), pharmacien, à Caylux (Tarn-et-Garonne). 

— Farre (Georges) , sous-inspecteur des Eaux et Forêts , Alais 

(Gard) 

— Fournie, ingénieur en chef des ponts-et-chaussées, r. Madame, 46, 

Paris. 

— Genreau, ingénieur en chef des mines, à Nancy. 

— D r Gobert, rue de la Préfecture, à Mont-de-Marsan (Landes). 

— De la Vieuville (Paul) , boulevard de Strasbourg , 36 , Tou- 

louse. 

— Barrât, rue des Lois, Toulouse. 

1874 Bessaignet (Paul), rue des Chapeliers, Toulouse. 

— Chalande (Jules), 51,. rue des Couteliers, Toulouse. 

— Monclar, allée St-Etienne, 41, Toulouse. 

— Pianet (Sébastien), à Toulouse. 

— Rousseau (Théodore), Inspecteur des Eaux et Forêts, Square 

Sainte-Cécile, 22, Carcassonne (Aude). 

1875 Ancely (Georges), 63, rue de la Pomme, Toulouse. 

— Du Boucher (Henri), président de la Société scientifique de Borda, 

Dax (Landes). 

— Fabre (Charles), aide- astronome à l'Observatoire de Toulouse, 

4 3, allée St-Etienne, Toulouse. 

— Foch (Charles), à Lédar, près Saint-Girons (Ariége). 



— 8 — 

MM. 

4 875 Lajoye (Abel), Reims (Marne). 

— Martel (Frédéric), à Gastelmaurou, près Toulouse. 

— Paquet (René), avocat, 34, rue de Vaugirard, Paris. 

— Peux (Charles), Président du Tribunal de St-Louis (Sénégal). 

— Pugens (Georges), ingénieur en chef des ponts et chaussées, & 

Rodez. 

— Tassy, Inspecteur des Eaux et Forêts, Pau (Basses-Pyrénées). 

1876 Crouzil (Victor), instituteur primaire, rue du pont de Tounis, 

Toulouse. 

— De Lavalette (Roger), Cessales près Villefranche-de-Lauragais, 

(Haute-Garonne). 

1877 G. Mestre, 4, rue de la Chaîne, Toulouse. 

1878 Arthez (Emile), officier d'administration, Orléans. 

— Chalande (Henri), rue des Couteliers, 51 . 

— G. Cossaune, rue du Sénéchal, 10, Toulouse. 

— Devèze, propriétaire des carrières du Nord, Armissan (Aude). 

— Joleaud (Alexandre), officier d'administration, professeur à l'Ecole 

militaire de Vihcennes. 

— Victor Romestin, rue Périgord, 1 bis, Toulouse. 

1879 Barbet ( Jules), inspecteur de la Compagnie du Phénix, rue La- 

fayette, 33, Paris. 

— Bayle f Edmond), étudiant en médecine, rue des Filatiers, 56, 

Toulouse. 

— Bégouen (Comte) $S place Saint-François-Xavier, 10, Paris. 

— Deltil (André;, notaire à Lavaur (Tarn). 

— Fabre (Paul), étudiant en médecine, rue des Redoutes, 12, 

Toulouse. 

— Gauran (Charles), étudiant en médecine, rue du Canon, 2, 

Toulon. 

— Héron (Guillaume), rue Dalayrac, 2, Toulouse. 

— Lasserre (Bernard), rue St-Aubin, 12, Toulouse. 

— Mélac (Guillaume), à Sabonnères, par Rieumes (Haute-Ga- 

ronne). 

— Piankt (Jules), Toulouse. 

— Pianet (Emile,, id. 

— Rachou (Auguste), ingénieur civil, 3, rue de l'Echarpe, Tou- 

louse. 

— De Rey-Pailhade, Ingénieur civil des Mines, rue du Taur, 38,. 

Toulouse. 

— Sicard (Germain), château de Rivières, par Caune (Aude.) 

— Salinier (Edouard), rue Ninau, 15, Toulouse. 
1880 Azam (Henri), rue de la Colombette, 26, Toulouse. 



— 9 



MM 



4 880 De Belcàstel (Auguste), Jardin-Royal, 3, Toulouse. 

— Clary (Raphaël), rue St-Laurent, 1 8, Toulouse. 

— Hurel, rue Beaurepaire, 26, Paris. 

— De Lagarrigue (Antonin), étudiant endroit, rue St-Remésy, 14, 

Toulouse. 

— Sauvage (Julien), canal de Brienne, 24, Toulouse. 

— De Tersac, à St-Lizier (Ariége.) 

— G. Marty, boulevard de Strasbourg, 67, Toulouse. 

— A. Schwarb, porte St-Etienne, 41, Toulouse. 

4 884 Brevière, receveur des domaines, à Port Sainte-Marie, (L.-et-G). 

— D r Gadène, à l'Hôiel-Dieu, Toulouse. 

— Gh. Debat-Ponsan, rue Pharaon, 13, Toulouse. 

— Deljougla, rue Mage, Toulouse. 

— D r Dépéré, médecin-major, à Grenoble. 

— D r Régi, rue de la République, 62, Toulouse. 
1882 Roux-Guy, place Saintes-Scarbes, 4 1, Toulouse. 

— Leygue (Raymond), place Dupuy, 24 bis, Toulouse. 

— Constantin, officier de marine, r. Alsace-Lorraine, 4 5, Toulouse. 

— Provost, photographe, rue de la Pomme, Toulouse. 

— Ducros (Raymond), rue Perchepinte, 27, Toulouse. 

— Batignes (A.), rue Caraman, 15, Toulouse. 

— Causse (L.), boulevard de Strasbourg, 46, Toulouse. 
~- Guenot, rue des Couteliers, 26, Toulouse. 

— D' Peyronnet, boulevard St- Aubin, Toulouse. 

— Ratabocl, propriétaire, à Moissac (Tarn-et-Garonne). 

— Haas, Inspecteur des eaux-et-forêts, quai de Tounis, Toulouse. 

— Dispan (Henri), rue du Canard, Toulouse. 

— Pailhès, Ingénieur aux Mines de Carmaux, Albi. 

— Peragallo, ancien élève de l'Ecole Polytechnique, rue St-Panta- 

• léon, 3, Toulouse. 

— Reverdit, rue des Réeollels, 99, Toulouse. 

4 883 Géraud (Bernard), à Clarac, par Montréjeau. 

— De Laplagnolle (Henri), allée St-Michel, Toulouse. 

— Lartet, Professeur à la Faculté des sciences, rue de Tounis, 

Toulouse. 

— Frankoual, interne des hôpitaux, St-Joseph de la Grave, Toulouse. 

— Ducbalais, Inspecteur des eaux et forêts, Grande Allée, 1 , Tou- 

louse, 

— Laulanié, Professeur à l'Ecole Vétérinaire, Toulouse. 



- 10 - 



Membres correspondants. 

MM. 

1866 D r Bleicher, professeur à la Faculté de Médecine de Nancy. 
4 867 D' Caisso, Clermont (Hérault). 

— Fourcade (Charles), naturaliste, Bagnères-de-Luchon (Hante-Ga- 

ronne). 

— D r Bras, à Villefranche (Aveyron). 

— Cazalis de Fondouce, 18, rue des Eiuves, Montpellier. 

— Chantre (Ernest), sous-directeur du Muséum de Lyon (Rhône). 

— Lalande (Philibert), receveur des hospices, Brives (Corrèze). 

— Massenat (Elie), manufacturier, Brives (Corrèze). 

— Paparel, percepteur en retraite, Mende (Lozère). 

— Marquis de Saporta (Gaston) $s correspondant de l'Institut, Aix, 

(Bouches-du-Rhône) . 

— Valdemar Schmidt $f , attaché au Musée des antiquités du 

Nord, Copenhague (Danemarck). 
4 869 Malinowski, professeur de l'Université, en retraite, Cahors(Lot). 
4 874 Biche, Professeur au Collège, Pézénas (Hérault). 

— Peyridieu, place Risso, 2, Nice. 

— Piette (Edouard), juge de paix à Eauze (Gers). 

— De Chapel-d'Espinassoux (Gabriel), avocat, Montpellier (Hérault). 

— Marquis de Folin (Léopold;, Bayonne (B.-P.) 

— Gassies, conservateur du Musée préhistorique, Bordeaux (Gironde) 

— Issel (Arthur), professeur à l'Université, Gênes (Italie). 

— Lacroix (Francisque), pharmacien, Mâcon (Saône- et-Loire). 

— D r De Montesquiou (Louis), Lussac, près Casteljaloux (Lot-et-Ga- 

ronne). 
4 873 l'Abbé Boissonade, professeur au Petit-Séminaire, à Mende 
(Lozère). 

— Cavalié, prof, d'hist. naturelle au collège de St-Gaudcns (Haute- 

Garonne). 

— Germain (Rodolphe) *fc , vétérinaire au 29 e d'artillerie, à Lyon. 

— Comte de Limur, Vannes (Morbihan). 

— Pottier (Raymond), rue Matabiau, Toulouse (Haute-Garonne). 

— Poubelle (J.), préfet des Bouches-du-Rhône. 

— D r Retzius (Gustave) , professeur à l'Institut Karolinien de 

Stockholm. 

— D r Sauvage (Emile), aide-naturaliste au Muséum, rue Monge, 2, 

Paris. 

— Vaussenat, ingénieur civil, à Bagnères-de-Bigorre (H. -P.) 



- 41 — 
MM. 

1874 Combes, pharmacien, à Fumel (Lot-et-Garonne). 

— Jougla (Joseph), conducteur des Ponts et Chaussées, à Foix (Ar.)« 

— Lucante, naturaliste, à Lectoure (Gers). 

— Larembergue (Henri de), botaniste, Anglès-du-Tarn (Tarn). 

— Sers (Eugène), ingén. civil, à St-Germain, près Puylaurens (Tarn). 

— Baux Care, Russell and C°, Canton (Chine). 

— Caillaux. 

1875 W. de Màïnof, secrétaire de la Société de géographie, St-Péters- 

bourg. 

1876 D r Cros (Antoine), m, rue Jacob, Paris. 

1877 Ladevèze, au Mas-d'Azil (Ariége). 

— Soleillet (Paul), de Nîmes, voyageur français en Afrique 
1879 Savès (Théophile), à Nouméa, Nouvelle-Calédonie. 

— Tissandier (Gaston), rédacteur en chef de La Nature, 19, avenue 

de l'Opéra, Paris. 
1881 Gallieni, commandant d'infanterie de marine. 
1883 de Bormans, à Valenciennes. 



- 12 - 
SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES 

Société des Sciences physiques et naturelles d'Alger (Algérie). 

Société des Sciences et Arts de Saint-Quentin (Aisne). 

Société d'Emulation de Moulins (Allier). 

Société centrale d'Agriculture de Nice (Alpes-Maritimes). 

Société des Sciences naturelles et historiques de Privas (Ardèche). 

Société académique d'Agriculture et Sciences de Troyes (Aube). 

Société de Lettres, Sciences et Arts de Rodez (Aveyron). 

Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Caen (Calvados). 

Société linnéenne de Normandie, à Caen (Calvados). 

Académie de La Rochelle (Charente Inférieure). 

Académie des Sciences et Bel les- Lettres de Dijon (Côte-d'Or). 

Société des Sciences historiques et naturelles de Semur (Côte-d'Or). 

Société centrale d'Agriculture de Niort (Deux-Sèvres). 

Société d'Emulation de Monlbéliard (Doubs). 

Société académique de Brest (Finistère^. 

Académie de Nîmes (Gard). 

Société d'Etudes et de Sciences naturelles de Nîmes (Gard). 

Société scientifique d'Alais (Gard). 

Société des Sciences physiques et naturelles de Bordeaux (Gironde). 

Société linnéenne de Bordeaux (Gironde). 

Société archéologique et scientifique de Béziers (Hérault). 

Société d'Etudes des Sciences naturelles de Béziers (Hérault). 

Société de l'Académie des Sciences de Montpellier (Hérault). 

Académie delphinale de Grenoble (Isère). 

Société d'Emulation de Lons-le-Saulnier (Jura). 

Société d'Agriculture, Sciences et Arts de Poligny (Jura). 

Société d'Agriculture, Industrie et Sciences de Saint-Etienne (Loire). 

Société d'Agriculture et Sciences du Puy (Haute-Loire). 

Société académique de Nantes (Loire-Inférieure). 

Société d'Agriculture, Sciences et Belles- Lettres d'Orléans (Loiret). 

Société de Borda, à Dax (Landes). 

Société des Eludes scientifiques de Cahors (Lot). 

Société d'Agriculture, Sciences et Arts d'Agen (Lot-et-Garonne). 

Société d'Agriculture, Industrie et Sciences de Mende (Lozère). 

Société académique d'Angers (Maine -et-Loire\ 

Société d'Etudes scientifiques d'Angers (Maine-et-Loire). 

Société des Sciences naturelles de Cherbourg (Manche). 

Société polymatique de Vannes (Morbihan) 

Société d'Histoire naturelle de Reims (Marne). 

Société d'Agriculture de Châlous (Marne). 

Société des Sciences et Arts de Vitry-le-Français (Marne). 

Société des Sciences de Nancy (Meurthe-et-Moselle). 

Société nivernaise des Sciences à Nevers (Nièvre). 

Société d'Agriculture, Sciences et Arts de Douai (Nord). 



— 13 - 

Société des Sciences, de l'Agriculture et des Arts de Lille (Nord). 

Académie d'archéologie et Sciences de Beauvais (Oise). 

Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Clermont-Ferrand 

(Puy-de-Dôme). 
Société des Sciences et Arts de Bayonne (Basses- Pyrénées). 
Société Ramond, à Bagnères-de-Bigorre ^Hautes-Pyrénées). 
Société agricole, scientifique et littéraire de Perpignan ^Pyr.-Orientales). 
Société des Sciences, Lettres et Arls de Pau (Basses-Pyrénées). 
Académie des Sciences, Bel les- Lettres et Arts de Lyon (Rhône). 
Académie d'Agriculture, Histoire naturelle et Arts de Lyon (Rhône^. 
Académie botanique de Lyon (Rhône). 
Société linnéenne de Lyon (Rhône). 

Société d'Agriculture, Sciences et Arts de Vesoul (Haute-Saône). 
Société d'Agriculture, Sciences et Arts du Mans (Sarthe). 
Académie des Sciences (Institut) de Paris. 
Association scientifique de France, à Paris. 
Observatoire de Montsouris, à Paris. 
Société de Géographie de Paris. 
Société géologique de Paris. 

Société havraise (Eludes diverses) du Havre (Seine-Inférieure). 
Société des Sciences, Arts et Agriculture du Havre (Seine-Inférieure). 
Société d'Horticulture du Havre (Seine-Inférieure). 
Société des Amis des Sciences naturelles de Rouen (Seine-Inférieure). 
Société industrielle de Rouen (Seine-Inférieure). 
Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts d'Amiens (Somme). 
Société des Sciences, Belles- Lettres et Arts de Montauban (T.-et-Gar.). 
Société des Etudes scientifiques de Draguignan (Var). 
Société littéraire, scientifique et artistique d'Apt (Vaucluse). 
Société d'Emulation d'Epinal (Vosges). 

Société des Sciences historiques et naturelles d'Auxerre (Yonne). 
Bulletin scientifique du département du Nord à Lille (Nord). 
Société de Géographie commerciale de Bordeaux (Gironde). 
Société centrale d'Horticulture de Nice (Alpes-Maritimes). 
Société de Géographie de Marseille (Bouches-du-Rhône). 
Société linnéenne du Nord à Lille (Nord). 
Revue des Sciences biologiques de Paris. 
Société d'Acclimatation de Paris. 
Club Alpin français, à Paris. 
Société géologique du Nord, à Lille (Nord). 
Société archéologique de la Corrèze, à Tulle (Corrèze). 
Société languedocienne de Géographie de Montpellier (Hérault). 
Société zoologique de France, à Paris. 
Académie d'Hippone, près Bône (Algérie). 
Société d'Horticulture d'Eure-et-Loir. 
Société botanique de France, à Paris. 



— 14 - 

Sociétés étrangères. 

Asociacion euskara para la explocion y civilazion del Africa central, 
Madrid (Espana) 

America Academy of arts and and Sciences, Boslon (United States). 

Société de Géographie d'Anvers (Belgique). 

Académie royale des Sciences, Lettres et Beaux-Arts de Belgique, & 
Bruxelles. 

Société enlomologique de Belgique (au Musée royal), à Bruxelles. 

Société belge de Géographie, 17, rue Potagère, à Bruxelles (Belgique). 

Société belge de Microscopie, au Jardin botanique, à Bruxelles (Belgique). 

Société géologique de Belgique, à Liège. 

Boston Society of nalural history de Boston (United States). 

Société d'Histoire naturelle de Colmar (Alsace-Lorraine). 

Connecticut Academy of Arts and Sciences de New-Hawi (United 
States). 

Kongelige danske Videns kebvars Sdikals, Kjobenhave (Danemarck). 

Sociedal espanola de Historia natural de Madrid (Espana). 

Sallkapels pro Flora et Fauna Phenica, Helsingfors (Finlande). 

Institut national genevois, à Genève (Suisse). 

Schwrizicischam Vatrafersschendea gesellschaft, Basel (Suisse). 

Societa italiana di Scienze naturali, Milano (Italia). 

Comitato geologico d'italia, ftoma (Italia). 

Entomological Society of London, 1 i , Chaudes Street, London (England). 

Géological Society of London, Berlington avasi, London (England). 

Zoological Society of London, Hanover Square, London (England). 

Institut royal grand-ducal de Luxembourg (Grand-Duché). 

Societad Geografica de Madrid (Espana). 

Société d'Histoire naturelle de Metz (Alsace-Lorraine). 

Societa degli naturalisti, Modena (Italia). 

Société impériale des Naturalistes de Moscou (Russie). 

Société des Scienees naturelles de Neufchâtel (Suisse}. 

Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg (Russie). 

Academy of natural Sciences, Philadelphie (Etats-Unis). 

Sociedade de Instruccao de Porto (Portugal). 

Société murithienne du Valais, Aigle (Suisse). 

Société vaudoise des Sciences naturelles, Lausanne (Suisse). 

Societa veneto Trentina de Scienze naturali, Padova (Italia). 

Entomologisk Tidsknft, Stokolm (Norwège). 

Societa tascana di Scienze naturali, Pise (Italie). 

Smithsonian institution, Washington (Etats-Unis). 

United States, geocological, geographical survey of Territories, Wa- 
shington (Etats-Unis). 

Deutschen gesellschaft fur noatur und Volkenkunde ortanides neram- 
jychen von déz vontande, Yokohama (Japon). 



BULLETIN 



DE LA. 



SOCIETE D'HISTOIRE NATURELLE 

DE TOULOUSE. 
DIX-SEPTIÈME ANNÉE 1883. 



Séance du 3 janvier 1883. 

Présidence de M. Bidaud. 

M. Bidaud, président pour l'année 4883, ouvre la séance 
en ces termes : 

Messieurs et chers Confrères, 

En reprenant de nouveau la présidence de notre Société, 
je voudrais vous remercier comme il convient pour vos trop 
bienveillants suffrages ; mais en présence de l'embarras que 
j'éprouve à trouver des expressions qui soient à la hauteur 
de ma reconnaissance, je me borne à vous dire que je met- 



— 16 — 

trai dans l'exécution de mon devoir la même rectitude que 
par le passé, et que je n'aurai rien de plus à cœur que de 
conserver à nos réunions leur caractère de vraies petites 
fêtes où l'on est toujours heureux de se retrouver et de se 
serrer la main. 

Avant de passer à l'ordre du jour, je vous invite, Mes- 
sieurs, à voter des remerciements à votre ancien bureau, et 
cela, non pas pour satisfaire à un vain usage, mais pour 
donner réellement à tous ses membres le témoignage de 
satisfaction qu'ils ont mérité par leur zèle et leur attitude 
correcte. 

Cette proposition est accueillie par d'unanimes applau- 
dissements. 

M. le Président proclame membres titulaires : 
MM. Henri de Laplagwolle, 
Bernard Gérawd. 

Là réunion vote une proposition signée de dix membres, 
modifiant l'article 33 du Règlement, afin de mieux préciser 
les jours de séance. — Désormais, les séances auront lieu 
le premier et troisième mercredi de chaque mois. 

L'assemblée nomme une commission composée de MM. 
Ancely, Azam, Regnault, a l'effet d'organiser un banquet 
auquel les Membres de la Société et leurs invités pourront 
seuls assister. 

M. Marty, continuant ses communications sur le résultat 
de ses recherches des objets des époques préhistoriques, met 
sous les yeux de la Société les intéressants spécimens pro- 
venant tous des abris de la Dordogne (Laugerie-Haute, 
Tayac et Port-de-Tayac), retirés tout récemment par ses 
soins. 



- 47 - 

4° Un poinçon en bois de renne, présentant à une de ses 
extrémités une saillie sculptée figurant une tête de bou- 
quetin très reconnaissable. Longueur, O m ,480; épaisseur 
moyenne, m ,030 ; 

2° Un autre poinçon en bois de cerf ou de renne égale- 
ment travaillé et guilloché et mesurant m ,400 de longueur 
sur in ,015 de largeur ; 

3° Un large fragment de côte de ruminant présentant 
dessiné en gravure sur une de ses faces de m ,035 de largeur, 
la partie postérieure d'un auroch. On doit surtout remar- 
quer le soin apporté par le dessinateur pour indiquer les 
parties velues au moyen de hachures fines et nombreuses, 
ainsi que les détails exacts figurant les parties sexuelles de 
l'animal ; 

4° Une longue lame en silex blanc, dont l'une de ses 
extrémités se recourbe pour former une sorte de cuiller. On 
doit surtout signaler la dimension de ce beau silex, m ,242 
de longueur et les retouches nombreuses à petits coups qui 
se trouvent sur une seule de ses arêtes. La teinte opaque et 
cachalonguée de la surface atteste l'authenticité incontes- 
table de cet unique échantillon ; 

5° Comme suite au précédent, M. Marty a présenté à la 
Société une longue lame d'un silex noir verdâtre qui pré- 
sente aussi ces retouches sur l'une de ses arêtes, mais dont, 
la forme ne présente pas les mêmes courbes. 

6° Un silex entièrement retaillé sur ses deux arêtes pré- 
sentant la forme d'une pointe de lance et ayant une longueur 
de O m ,460. La surface de cet échantillon admirable de con- 
servation est d'un blanc opaque, c'est-à-dire que sa croûte 
est profondément cachalonguée ; 

7° Une autre pointe de lance en silex rubané, analogue à 
ceux des Ateliers du grand Pressigny, doit être remarquée 
par ses retouches et par les encoches qui se trouvent à 
sa base. 



2 



— 48 - 

M. Tmjtat, membre titulaire de la Société, communique 
son travail sur une 

Excursion au Pic du Gar , près Saint-Béat 
(Haute-Garonne). 

26 ET 27 JUILLET 1880. 

La Société avait choisi comme but d'excursion pour l'été 
de 1880, le massif du Gar, près Saint-Béat. Cette montagne 
est, en effet, une des plus intéressantes de notre départe- 
ment, et c'est d'elle que M. Leymerie écrivait : « L'on peut 
considérer le Gar comme un immense échantillon offrant 
rassemblés tous les terrains des Pyrénées proprement dites, 
ce qui fait de cette montagne un des points les plus intéres- 
sants peut-être de toute la chaîne. » 

L'excursion était donc plus particulièrement destinée aux 
géologues, mais elle devait être également intéressante pour 
les botanistes et les malacologistes, car la diversité des ter- 
rains que l'on devait parcourir promettait une flore et une 
faune variées. Effectivement, notre savant confrère M. Fagot 
a déjà publié une note des plus intéressantes sur les mollus- 
ques rencontrés dans notre exploration, et si les botanistes 
n'ont pas eu à signaler une bonne récolte, la cause en a été 
au mauvais temps (pluie ou brouillard) et surtout au retard 
de la végétation des sommets. 

Quinze naturalistes (1) ont pris part à cette exploration, 
et grâce aux dispositions prises par la commission, le pro- 
gramme préalablement arrêté a été accompli dans toutes ses 
parties. 

Le lundi, tout le monde se trouvait réuni à onze heures 
du matin à la halte de Fronsac, les uns arrivant directement 

(\) La caravane se composait de MM. Fagot, Romeslain, Sauvage, 
Gourdon, de Rey-Pailhade, Regnaull, Foch, Flottes, M. Begouen, 
H. Begouen, Mélac, Gèze, Gèze fils, Delon et Trutat. 



- 19 - 

de Toulouse, les autres de Luchon ou de Saint-Béat, où 
l'un de nous, M. Romeslain, avait été prendre les dernières 
mesures pour s'assurer de porteurs et de logements. 

Avant de se mettre en marche, chacun de nous reçut une 
carte géologique teintée de la région du Gar, établie d'après 
les travaux de M. Leymerie, et, de plus, quelques photogra- 
phies des points principaux que nous allons voir pendant ces 
deux journées de marche. 

Notre but était d'attaquer la montagne par le versant Sud- 
Ouest et de voir successivement les granités, les schistes 
cristallins, les grauwackes siluriennes et dévoniennes ; ter- 
rains qui forment la base de la montagne. M. Leymerie 
a subdivisé en deux régions les terrains que nous venons de. 
signaler : la région rugueuse (la plus inférieure), formée par 
le terrain granitique et les schistes cristallins, constitue 
un massif bombé à grandes écailles ; au-dessus, la région 
tranquille forme une zone d'une courbure modérée et rela- 
tivement régulière, due aux dépôts stratifiés des schistes et 
calcaires siluriens et dévoniens. 

Nous avons reconnu successivement ces différentes for- 
mations, en suivant le chemin qui conduit de Fronsac à 
la chapelle des Puts (et non pas du Puy, comme l'écrit 
M. Leymerie). Nous avons vu également que toutes les cou- 
ches plongeaient régulièrement vers le Nord-Est et ne tar- 
daient pas à disparaître sous les grandes masses calcaires qui 
constituent la majeure partie de la montagne; ce plonge- 
ment est assez rapide pour qu'il n'y ait plus de ces roches 
visibles à la partie Est ; de ce côté, la montagne est calcaire 
de la base au sommet. 

Malheureusement, un violent orage est venu interrompre 
les recherches, au moment où plusieurs d'entre nous trou- 
vaient des orthocères et plus loin quelques orthis, en un 
point tout différent de ceux indiqués par M. Leymerie ; ce 
gisement fossilifère, situé au bord du chemin creux qui 
descend de la chapelle des Puts pour remonter dans la 



— 20 — 

gorge, promet d'être abondant et sans nul doute il permettra 
de délimiter, plus nettement que ne la fait M. Leymerie, les 
couches siluriennes et dévoniennes. Mais l'orage s'avançait 
rapidement et force nous fut de prendre au plus vite la route 
de Saint-Béat, afin d'arriver au village de Bézins, seul point 
où nous pourrons trouver un abri. 

La descente sur le bassin de Saint-Béat, faite un peu rapi- 
dement d'abord, grâce à la pluie et à la grêle qui vint nous 
assaillir au col de Bézins, était devenue plus calme à l'ar- 
rivée dans ce village; et, enfin, le soleil venait nous joindre 
et nous sécher à notre entrée à Eup. 

Là, toute la caravane fit une abondante récolte d'ophite 
et de ses nombreuses variétés ; enfin, les calcaires saccha- 
roïdes qui recouvrent l'ophite nous donnèrent de nombreux, 
échantillons de couzeranite. 

Enfin, en arrivant à Saint-Béat et au moment où la route 
rejoint les bords de la Garonne, nous avons eu à constater 
de curieuses alternances de granité, de gneiss et de calcaire 
dans les parties qui avoisinent la montagne du Cap del Mount, 
contre laquelle est appuyé le village de Saint-Béat (rive 
droite). 

Pour M. Garrigou, toutes ces couches font partie de « ter- 
rains stratifiés et nullement éruptifs à l'état de roche fondue, 
par le feu central. » Cette affirmation n'a pas été admise en 
général, et M. Leymerie a toujours persisté à regarder toutes 
ces roches comme éruptives. Pour nous, il y aurait lieu de 
faire une distinction parmi elles; bien évidemment, nous 
ne pouvons admettre un calcaire éruptif, ni même des 
schistes éruptifs ; mais nous pensons que certains granités 
et les ophites vraies de ce gisement sont réellement éruptifs, 
et qu'à eux est dû le métamorphisme de bien des couches. 
Cependant, j'ajoute que beaucoup des calcaires des environs 
de Saint-Béat, me paraissent être de véritables calcaires 
primitifs contemporains des gneiss et nullement des cal- 
caires secondaires métamorphiques , comme l'ont dit les 
auteurs de la carte géologique de France. 



— 21 — 

Par leur position, les calcaires saccharroïdes de Saint- 
Béat sont positivement ante-siluriens, comme l'a dit, il y a 
déjà longtemps, Néré Boubée, et tout, dans leur manière 
d'être, leur donne des caractères d'ancienneté qu'il me 
semble difficile de leur contester. 

Tout en examinant le terrain, en discutant toutes ces 
questions, nous arrivions à Saint-Béat, où nous trouvions 
une excellente installation, grâce aux bons soins de notre 
collègue M. Romestain. Pendant le dîner, une aimable 
dépêche de M. Daubrée nous félicitait sur le choix de la lo- 
calité de Saint-Béat et nous souhaitait beau temps et bonne 
Técolte dans ce gîte si remarquable. 

Le lendemain, l'ascension du Pic du Gar se faisait par un 
temps demi couvert et avec un peu de pluie. Cette circons- 
tance a rendu la course moins pénible, mais elle nous 
a privés en partie de la vue sur le splendide panorama qui 
-se déroule aux pieds du Gar et permet de voir d'un côté 
toute la grande chaîne et de l'autre la plaine de la Garonne. 

Cette journée a été particulièrement intéressante, en ce que 
la Société a rencontré, au-dessus des terrains reconnus 
la veille, des calcaires argileux noirs avec gryphées en trop 
mauvais état pour permettre une détermination certaine, 
mais qui rappellent beaucoup la gr. cymbium, forme allongée. 
Au-dessus de ces couches jurassiques, le gisement du Pré de 
.Roger, tout récemment découvert par notre collègue 
M. Gourdon, nous a donné des espèces parfaitement déter- 
minables : plicatula placunea, toxaster complanatus , ammo- 
nites Neocomiensis 

Enfin, nous avons reconnu que le sommet du pic était 
une véritable lumachelle, composée de débris des mêmes 
espèces. Tout cet ensemble de couches fossilifères, les unes 
argileuses (pré de Roger), les autres de calcaire très com- 
pacte, mesure environ 400 mètres d'épaisseur. 

Il nous a donc été permis de fixer exactement l'âge des 
régions supérieures du Pic du Gar: l'une noire inférieure 



— 22 - 

appartient au lias , l'autre supérieure est nettement An- 
tienne. 

Deux de nos camarades, MM. Romestain et Sauvage, 
séduits par l'annonce du beau temps (le baromètre remon- 
tait rapidement et les bergers nous promettaient un soleil 
superbe po\ r le lendemain), se décidèrent à camper au som- 
met du pic et, grâce à l'excellente tente du Club Alpin et au 
matériel de campement qui l'accompagne, leur installation 
fut rapidement faite. 

Pour nous, cette nuit passée ainsi en plein air, après deux: 
journées aussi mauvaises, ne promettait rien de bon ; aussi, 
d'un commun accord, nous prîmes le chemin de la descente. 
Celle-ci s'etfectua rapidement par les pentes de Boutx , 
grâce à un excellent sentier tout récemment tracé. 

En arrivant à Saint-Béat, nous eûmes encore le temps de 
visiter la carrière des Romains (marbre bréchoïde blanc- 
jaune) et de recueillir de beaux échantillons d'ophite, avec 
enduits de trémolite. 

Le soir, je résumai en quelques mots les résultats obtenus 
au point de vue géologique, et M. Fagot exposa les obser- 
vations intéressantes qu'il lui avait été donné de faire sur 
les mollusques de la montagne du Gar, faune qui varie 
d'une manière remarquable selon la composition du sol. 
Enfin, au sommet du Gar, M. Fagot a rencontré une espèce 
d'hélix absolument nouvelle. 

Le lendemain matin, en gagnant la gare de Marignac, 
nous eûmes l'occasion de voir les cuves glacières des fours 
à chaux de Saint-Béat, de visiter et de faire une abondante 
récolte dans la carrière de marbre statuaire, enfin, de voir 
les granités de Saint-Géry et les griottes de Cierp. 



Nous ferons suivre ce compte-rendu d'une liste des échan- 
tillons de minéraux, de roches et de fossiles recueillis dans- 
cette course, et que M. Gourdon s'est chargé de rédiger : 



_ 23 - 

Peridot dans la grauwacke. — Sur la route de Eup à Boutx. 

Chaux fluatée verte et violette, dans le calcaire saccharoïde 
de la carrière de marbre statuaire actuellement exploi- 
tée à droite de la route, un peu avant Saint-Béat. 

Tourmaline noire prismatique. — En cristaux souvent fort 
gros dans le granit de la butte de Géry, en face du lac 
de Marignac. 

Tourmaline verte prismatique. — Dans le marbre saccha- 
roïde de la carrière qui se trouve avant Saint-Béat. 

Tourmaline noire en prismes longs et fins. — En place dans 
la roche (calcaire gris) sur le côté gauche de la route 
neuve, un peu avant Boutx. 

Préhnitoïde, diallage, fluorine et pyrites. — Dans la carrière 
de marbre statuaire de Saint-Béat. 

Trémolite (amphibole blanche). — En masses aciculaires ou 
fibreuses radiées sur l'ophite en place, un peu au-dessus 
de la carrière des Romains (ou Pêne Saint-Martin) sur 
la route de Boutx. 

Ândalousite rougektre surfeldspathine stéatiteuse. Nombreux 
blocs dans le torrent. 

Trémolite blanc grisâtre. Au sortir de Saint-Béat sur la 
route de Eup, dans les éboulis de droite. 

Trémolite blanche. — Même provenance. 

Paranthine noire avec pyrites, dans le calcaire. Eboulis du 
Gap del Mount à la sortie de Saint-Béat, sur le chemin 
d'Eup. 

Couzeranite noire en gros prismes octogonaux allongés. — 
Blocs dans le torrent entre Boutx et la carrière des Ro- 
mains. 



— 24 — 

Couzeranite de Charpentier. Bloc unique trouvé dans une 
rue de Saint-Béat, sur la route de Boutx. 

On rencontre trois autres variétés de couzeranite à 
prismes carrés ou octogonaux ; elle diffèrent, soit par 
leur couleur, soit par celle de la roche encaissante ; on 
peut les recueillir soit près de Lez, soit dans les éboulis 
calcaires au sortir de Saint-Béat, à droite, sur la route 
d'Eup. 

Soufre natif cristallisé. En mouches difficiles à trouver dans 
le calcaire saccharoïde de la carrière de marbre sta- 
tuaire, à droite avant la ville. — On l'y rencontre aussi 
et très souvent en enduit pulvérulent. 

Stéatite vert bleuâtre sur quartzite micacé. Blocs dans le 
torrent, près Boutx. 

Fer sulfuré. Dans le marbre de la carrière qui précède 
Saint-Béat. 

Fer sulfuré jaune. Carrière au-dessus de l'Eglise. 

Préhnite verte (apatite d'après Descloizeaux). Blocs dans le 
torrent, près de Boutx. 

Sidérose (fer spathique). Dans les blocs de calcaire gris du 
torrent au-dessous de Boutx. 

Couzeranite verdâtre. Dans les blocs de calcaire, près de 
Boutx. 

Couzeranite blanche vitreuse en grands cristaux à base carrée 
ou octogonale. Dans des blocs de calcaire blanc grenu 
dans le ravin de Boutx. 

Sphène (titane siliceo-calcaire) cristallisé avec trémolite 
et épidote. Dans la diorite formant le mur du chemin 
qui va de Eup à Boutx. 

Amphibole fibreuse grise avec pyrites. Blocs près de Eup. 



— 25 — 

Couzeranite d'un blanc jaunâtre. Dans les blocs de calcaire 
blanchâtre du ravin de Boutx. 

Fer oxydé et mica. Blocs de grès rougeâtre dans le mur de 
la route neuve à gauche, avant d'arriver à Boutx. 

Emeraude verte. Un seul spécimen de cette belle espèce dans 
le calcaire de la carrière, près la ville. 

Chaux fluatée verte avec table de mica. En petits amas dans 
le calcaire saccharroïde de la carrière qui précède 
la ville. 

Substance grise cristallisée dans une pâte cristallisée. Ren- 
contré un seul bloc dans les pierrailles apportées par 
l'inondation de 1875, près de Lez. 31/5, 1880. 

Fer (?) et petits cristaux blanchâtres dans une pâte couleur 
d'ocre jaune. Un seul bloc sur le chemin entre Eup et 
Boutx. 31/5, 1880. 

Préhnite (?) ou Enstatite (?). Ce minéral vert clair, lamelli- 
forme, se trouve en filons dans une roche grise infusible 
inattaquable aux acides, à gauche de la route, en mon- 
tant à Boutx. 



Roches. 

Granit éruptif. — En place, formant la butte de Géry, près 
le lac de Marignac. 

Syénite. — Route de Eup à Boutx en blocs, dans les murs 
des chemins. 

Petrosilex argileux schistoïde avec dendrites. — Blocs dans 
le ruisseau de Boutx et à la carrière des Romains. 

Diorite avec épidote (Frossard). Blocs dans les murs de la 
route de Boutx. 



— 26 — 
Diorite. — Blocs. Boutx et près de Eup. 

Ophite (de Palassou). — En place, près de Eup. 

Ophite décomposée. Blocs près la carrière des Bomains. 

Euphotide. Blocs sur la route d'Eup à Boutx. 

Euphotide à petits éléments. — Blocs près la carrière des 
Romains. 

Hemithrène jaune grenue. — Blocs dans le ravin au-dessus 
de Boutx. 

Ophicalce. — Blocs dans le torrent au-dessus du village 
de Lez. 

Calcaire dévonien rouge (Griotte). — En place à Gierp et à 
Marignac, près Saint-Béat. Renferme des goniatites. 

Calcaire dévonien rose. — Près Boutx, en blocs dans le tor- 
rent. 

Calcaire dévonien noir (à orthocères et cardiola). — En place, 
près et au-dessus du château de Marignac, à l'entrée de 
la gorge de Pales de Burat. 

Graphithrène. En place, à droite, sur la route, avant d'en- 
trer à Saint-Béat. 

Calcaire cristallin blanc chloritifère. — En blocs dans le 
ravin au-dessous de Boutx. 

Calcaire cristallin grenu alvéolaire avec talc et pyrites. — 
Blocs dans le ravin au-dessus de Lez. 

Concrétion calcaire (stalactite). Au puits du Gar, près la 
base des dernières murailles du pic. 

Calcaire saccharoïde. — Carrière de marbre statuaire actuel- 
lement exploitée, à droite avant d'entrer à Saint-Béat. 



- 27 — 

Brèche calcaire. — A la Pêne Saint-Martin ou carrière dite 
des Romains, sur la route de Saint-Béat à Boutx. 

Calcaire dolomitique brèchiforme jaune. — En place au lac 
de Marignac, à droite de la route. 

Calcaire ferrifère dolomitique veiné. — Blocs dans le ravin, 
entre Boutx et Lez. 

Poudingue ferrugineux. — Blocs dans les débris apportés 
près la carrière des Romains par les inondations de 
juin 1875. 

Grès rouge. En place dans la crête qui descend du pic du 
Gar et au-dessus de Garraux. 

Grès calcarifère ferrugineux. — Blocs près le château de 
Marignac. 

Grauwacke. — Blocs dans le ravin entre Boutx et Lez. 
Calschiste amygdalaire passant à la griote. — En place près 
le château de Marignac. 

Macline (de Gordier). — Blocs près le château de Marignac. 

Fossiles. 

Orthocères et cardiola interrupta. — Dans le calcaire dévo- 
nien noir près et au-dessus du château de Marignac. — 
Près le lac de Burat. — Près et au-dessous du pic de 
Pous Bentous. 

Orthocère. — Trouvé près la carrière des Romains, dans un 
bloc de griotte amené par les inondations du mois 
de juin 1875. 

Encrines. — Dans un bloc de calcaire dans le torrent au- 
dessus de Lez. 

Orthis. — Ravin des Puts. 

Plicatula placunea. — Pré de Roger, sommet du pic. 

Toxaster complanatus. — Pré de Roger. 

Ammonites Neocomiensis. — Pré de Roger, sommet du pic. 



— 28 — 

Séance du 17 janvier 1883 
Présidence de M. Bidaud. 

M. le Président proclame membres titulaires: 

MM. Lartet, professeur à la Faculté des sciences de 
Toulouse ; 
E. Frankoual, interne des hôpitaux. 

M. Marty présente une intéressante collection de pointes 
de flèches recueillies dans les divers abris de la Dordogne. 

M. G. de Malafosse présente à la Société une belle em- 
preinte d'Ammonites serpentinus mesurant 30 centimètres de 
diamètre. Ce fossile, d'une rare conservation, a été recueilli 
par M. le comte de Sambucy-Luzençon dans les marnes 
feuilletées de la base du toarcien, à Saint-Georges (Aveyron). 

M. de Malafosse caractérise en quelques mots le rôle que 
joue Y Ammonites serpentinus dans les couches basiques. 
Pourvue d'un têt corné très fragile, cette ammonite s'est 
le plus souvent brisée en se fossilisant et n'a laissé sur les 
feuillets marneux que son empreinte plus ou moins nette. 
Ces traces existent en nombre prodigieux dans les couches 
inférieures du toarcien de notre Midi. Avec elles se retrou- 
vent des aptychus de forme élancée, se rattachant sans 
aucun doute à l'Ammonite dont il est ici question. 

M. Lacroix donne des détails sur une capture d'aigle im- 
périal faite dans les Pyrénées le mois de décembre dernier ; 
il présente une belle gravure de cet oiseau. 

Le banquet de la Société d'Histoire naturelle, auquel les 
membres et leurs invités pourront prendre part, est fixé au 
20 février. 

L'assemblée, sur la proposition de M. Trutat, décide en 



- 29 - 

principe d'aller faire une excursion dans le bassin houiller 
de Carmaux. 

M. Fagot, membre titulaire, communique le travail sui- 
vant: 

Note sur la faune zoologique des lacs Alpins 
des Pyrénées, 

Par M. P. Fagot, membre titulaire. 

M. le D r Jeanbernat (Bullet. Soc. sciences phys. etnat. de 
Toulouse, t. II, p. 313, 314, 1874), dans un travail impor- 
tant intitulé : Les lacs des Pyrénées, a fait connaître la faune 
zoologique de ces lacs et a signalé dans ceux qui sont situés 
à une altitude supérieure à 1000 mètres les espèces suivan- 
tes : 

1. Truta fario, Siéb. 

2. Euproctus Rusconii, Gêné. 
H. Limnœa glacialis, Mog. 

4. Gordius aquaticus, Linnaeus. 

Si M. le D r Jeanbernat s'était livré à quelques recherches 
bibliographiques, il aurait vu facilement que le nombre des 
espèces doit être augmenté. 

Voici par ordre de dates les noms des animaux dont la 
présence a été mentionnée dans les lacs Alpins des Pyré- 
nées : 

I. Lacépède, t. IV, p. 561, édit. Rapet. Salmone truta. 

Lac du Canigou. 

II. Uamond. Lettre adressée à M. de Humboldt le 28 

mars 1821, in : Mém. Soc. acad. Htes-Pyr., 1823. 

1° Truite saumonée. Lac deGaube. 

2° Truite commune. Lacs de Lyèou et d'Escoubous. 

3° Truite des Alpes ou truite noire. Salmo alpinus. 

Gmel. Lac noir au-dessus de celui d'Escoubous. 



- 30 - 

Ces trois prétendues espèces ne sont autres que le truta 
fario et deux variétés de coloration, ainsi que le fait observer 
avec raison M. Jeanbernat. 

4° Salamandres aquatiques. Lac d'Oncet. 

L'histoire de ces salamandres est assez curieuse. 

Les individus recueillis au lac d'Oncet reçurent ce nom 
de Ramond. 

Quelques années plus tard, Philippe, de Bagnères-de-Bi- 
gorre, recueillit quelques exemplaires au lac Bleu et envoya 
un individu à M. Westphael qui le nomma Triton g lacialis 
Philippe et le déposa sous ce nom dans sa collection. Là il 
fut examiné par M. P. Gervais qui y remarqua la saillie anale 
caractérisant le genre Euproctus établi par Gêné pour une 
espèce de Sardaigne. Postérieurement Philippe adressa, sous 
le nom de Triton g lacialis, à M. Gervais, deux individus chez 
lesquels, à cause de l'état de développement incomplet, la 
saillie anale n'existait pas, ce qui mit le doute dans l'esprit 
de ce savant et l'empêcha de ranger le triton du lac Bleu 
parmi les Euproctus . 

« Cette espèce avait été déjà recueilliepar Bibron et placée 
dans les collections du Muséum sans nom spécifique. Dumé- 
ril, étudiant à une époque ultérieure aux faits ci-dessus rap- 
pelés les individus de Bibron, crut y reconnaître plusieurs 
espèces qu'il nomma Triton cinereus, punctulatus, rugosus, 
Bibronii et Pyrenœus. » Jeanbernat, loc. cit. 

Vers le même temps, A. Dugès supposa, sans cependant 
oser l'affirmer, que plusieurs de ces tritons n'étaient que des 
sujets plus ou moins développés ou plus ou moins diverse- 
ment colorés de VEuproctus Rusconii Gêné, et provisoire- 
ment il leur donna le vocable de Hemitriton niger. 

L'histoire du genre Euproctus n'est pas moins curieuse. 

La première espèce trouvée en Corse a été appelée Megap- 
terna montana par Savi (Nuov. giorn. litt., 1839). 

La deuxième espèce découverte en Sardaigne a été nommée 
Euproctus Rusconii par Gêné (Reptil. Sard., 4848). 



— 31 — 

Jusqu'à ces dernières années, on a cru ces deux espèces 
synonimes en y ajoutant un troisième nom, celui de Molge 
platycephalus Otto. 

11 y a peu de temps on a constaté, par l'étude d'échantil- 
lons authentiques, que le Megapternamontana Savi était dis- 
tinct de YEuproctus Rusconii et que le prétendu Euproctus 
Rusconii des Pyérénées constituait une bonne espèce qu'on 
a appelée Euproctus Pyrenœus (Edouard Bosca, Reptil. et 
amphib. Pénins. Ibér., in : Bullet. Soc. Zool. fran., t. V, 
p. 247, 1880, paru en mars 4881). 

Le vocable Megapterna étant antérieur d'une année à ce- 
lui d'Euproctus, devra être seul conservé. En conséquence, 
la salamandre aquatique de Ramond, Triton glacialis de Phi- 
lippe M ss , Triton Pyrenœus de Duméril et Bibron, henmitriton 
niger de A. Dugés, Euproctus Rusconii de divers auteurs (non 
Gêné), Euproctus platycephalus de M. Boulanger, etc. fin Bul- 
let. Soc. Zool. franc., t. III, p. 308, 1879), etc., doit recevoir 
le nom de Megapterna pyrenaica. 

III. Boubée, Bullet. d'hist. nat., 4 re édit., in-46, 4833, 
4 re sect., anim. vert., t. II, p. 47. 

Rana temporaria, var. : canigonica. Etang du Cani- 
gou, 2 me sect., anim. invert, articul., p. 12, n° 49. 
Dytiscus circumflexus . Etang du Ganigou. 

IV. Boubée. Bullet. d'hist. nat., 2 me édit., in-8, 4835, 
3 me sect., moll. et zoophyt., p. 38, n° 38. 

Limnœa ovata, Drap. var. : glacialis, Nob. Lac d'Oo. 

V. D. Dupuy, Hist. nat., Moll. franc. 5 me fasc, 4854, 

p. 479, n° 4, Limnœa glacialis . LacsdeGaube, d'Es- 
tous, d'Ilieu, d'Oncet, d'Escoubous, d'Oo; p. 492, 
Ancylus capuloïdes. Ancylus Jani, Bourg. Lac de 
Gaube. 

VI. Enfin, le général deNansouty a constaté la présence 
du Pisidium Cazertanum, dans le lac d'Oncet. 

11 résulte des renseignements ci-dessus que la faune zoolo- 
que des lacs Alpins des Pyrénées comprend dans l'état actuel 
de nos connaissances : 



— 32 - 

1. Truta fario. Siéb. 

2. Rana temporaria Linn. var. : Canigonica Boubée. 

3. Megapterna Pyrenaica Fagot. 

4. Dytiscus circumflexus Fabric. 

5. Limnœa glacialis Boubée. 

6. Ancylusjani Bourguignat. 

7. Pisidium Cazertanum Jenyns. 

8. Gordius aquaticus. 

Soit : \ poisson, 2 reptiles, i insecte, 3 mollusques et 
\ vers nématoïde. 



Séance du 1 février 1883. 
Présidence de M. Bidaud. 

M. le Président proclame membres titulaires : 

MM. Duchalais, inspecteur des eaux et forêts ; 
Laulamé, professeur à l'Ecole Vétérinaire ; 

Et membre correspondant : 

M. de Bormans, à Valenciennes. 

M. Marquet, chargé d'analyser deux mémoires de M. Pera- 
gallo, dit que le premier traite des nombreux parasites de 
Polivier et des maladies auxquelles cet arbre est sujet. Une 
magnifique planche accompagne ce travail sérieux et con- 
sciencieux. 

Dans le second, M. Peragallo étudie le nid du Frelon 
(Vespa Crabro). 

M. Desjardins annonce qu'il a trouvé aussi des parasites 
sur les oliviers du jardin botanique de l'Ecole Vétérinaire 
de Toulouse. 



- 33 — 

M. Trutat présente à la Société un exemplaire vivant de 
tortue d'eau douce, la cistudo Europœa, prise dans la rivière 
du Touch, près du village de Plaisance. Il y a déjà longtemps 
que les pêcheurs du pays affirmaient avoir vu quelquefois 
des tortues dans les eaux du Touch, mais jamais jusqu'à pré- 
sent il n'avait été possible de vérifier l'exactitude de ce 
dire. Aujourd'hui le doute n'est plus possible, et nous pou- 
vons inscrire la cistude d'Europe dans la faune toulou- 
saine. 

M. le docteur Noulet se souvient avoir eu en sa possession, 
il y a déjà longues années, une carapace de cette même es- 
pèce prise dans les eaux de l'Ariège; mais le fait était passé 
inaperçu et les circonstances de cette capture étaient trop 
peu précises pour en conclure à la présence de cette espèce 
dans notre région. 



M. Marquet, membre titulaire, communique à la Société 
le travail suivant : 

Etude sur le genre Typhlolabia Scudder et 
description d'une espèce nouvelle, 

Par MM. A. de Bormans et Marquet. 

Le nom de Typhlolabia (tu?aos lapiç) a été donné, par 
l'éminent M. Scudder, de Cambridge, à un genre de Forfi- 
culaires extrêmement anormal créé d'après'une seule espèce 
du Chili. 

Une espèce nouvelle de ce genre ayant été trouvée 
en France, nous pouvons établir ci-dessous les caractères 
saillants du genre Typhlolabia, jusqu'ici considéré comme 
très douteux. Nous reproduirons ensuite textuellement la 
description de la première espèce connue, et enfin nous dé- 
crirons et figurerons l'espèce nouvelle. 

3 



— 34 — 

Gcnus Typhlolabia Scudder. 

Corpus depressum, albo testaceum (vivum). — Caput solito 
valde mejus, oculis nullis, antennis multiarticulatis, articulo 
secundo primum sequante. — Pronotum minimum, subquadra- 
tum. — Elytra ala3 que nulla. — Pedes brevissimi compressi, 
tarsi uniarticulati. — Abdomen elongatum , segmentis septem 
primis latioribus quam longioribus, ultimo multo longiore quam 
latiore. — Forcipis o* crura sat robusta, subcurvata, dente 
armata. — (Feminae ignotae). 

4. Typhlolabia larva, Philippi. 

Forficula ? larva (Philippi) Zeitschrift fur die gesammten 
Naturwissenschaften, 1863, Mârz und April, n 09 HT, IV, p. 24 9- 
221, 4-F. ca3ca, aptera, pallide testacea, angusta, segmentis seu 
primis abdominis supra medio longitudinaliter sulcatis -, seg- 
mentis ultimis, forcipibusque intus unidentatis rufîs , hirsutis ; 
antennis 30-40 articulatis ; tarsis uniarticulatis. Longit : absque 
forcipe, 7 lin (environ m ,016). 

Habitat : In provincia Colihagua (Chili) sub lapidibus unicum 
spécimen invenit ornât. Landbeck. 

Les tarses d'un seul article, l'absence des yeux, la cou- 
leur blanchâtre indiquent d'un côté que cet animal n'est 
qu'une larve ; mais d'un autre côté les nombreux articles 
des antennes et le parfait développement de la pince disent 
tout le contraire. 

La tête est lisse et luisante, aussi large que longue, 
un peu plus étroite en avant qu'en arrière avec les angles 
arrondis ; elle présente une ligne transversale, et, dans le 
milieu de la partie postérieure, une ligne longitudinale 
enfoncée. On ne voit aucune trace d'yeux réticulés ni 
d'ocelles. Les antennes sortent du bord antérieur de la tête, 
serrées l'une contre l'autre ; elles sont aussi longues que la 
tête et le thorax réunis ; le premier article est assez gros, 
court, cylindrique, le deuxième aussi long, en cône ren- 
versé : les huit à dix suivants sont aussi épais, cylindriques, 
très courts ; les derniers, au contraire, presque sphériques, 



- 35 - 

de sorte que la dernière moitié des antennes semble moni- 
liforme. 

Le Prothorax est sensiblement plus étroit que la tête, 
à peine moitié aussi long qu'elle ; le Mésothorax est un peu 
plus large, mais toujours plus étroit que la tête, carré avec 
les angles arrondis, ainsi que le Métathorax à peine un peu 
plus grand ; ces trois segments tout entiers sont couverts de 
villosités. 

Les sept premiers anneaux de Vabdomen sont plats en 
dessus, glabres, lisses, brillants, avec un sillon longitudinal 
au milieu ; ils sont tous de même longueur et vont en 
s'élargissant graduellement jusqu'au sixième, qui est deux 
fois aussi large que long ; le septième est un peu plus étroit, 
mais aussi long, son bord postérieur en arc de cercle avec 
un angle aigu de chaque côté ; ses bords latéraux sont un 
peu courbés de façon que le bord postérieur est plus court 
que le bord antérieur. Le huitième segment est aussi long 
que les précédents et aussi large que leur partie postérieure, 
tronqué en arrière, avec les côtés parallèles, il présente une 
ligne enfoncée parallèle au bord postérieur. Le neuvième 
segment est aussi large que les précédents, mais un peu plus 
long, pareillement carré et brun-rouge , ses côtés offrent en 
dessous et en dessus une arête tranchante en ligne droite. 

La Pince est aussi longue que le dernier segment et ses 
deux branches sont inégales : la droite est plus robuste, 
plus droite, et présente au bord interne, un peu au-delà du 
milieu, une forte dent ; la gauche plus grêle, un peu plus 
courte, recourbée, finement crénelée en dedans, dans 
la moitié antérieure ; les deux branches sont d'un marron 
presque brun et, ainsi que tout le dernier segment, ciliées 
de longs poils médiocrement serrés. 

En dessous les trois segments de la poitrine sont larges, 
plats et offrent chacun une impression en forme d'Y avec 
l'ouverture tournée en avant. Tous les segments ventraux 
ont le bord postérieur coupé droit. 



- 36 - 

Les Pattes sont très courtes ; les coxa et le trochanter 
sont de même longueur et de même grosseur ; les cuisses a 
peine plus longues que le coxa et le trochanter réunis ; les 
tibias aussi longs que les cuisses, mais plus grêles ; les tarses 
un peu plus courts, d'un seul article, mais munis de deux, 
grilles assez faibles et médiocrement recourbées ; ces tarses 
sont couverts de poils assez serrés. 

Les organes de la mastication ne peuvent être rendus 
apparents sans risquer de détruire la tête ; cependant on 
reconnaît deux paires de palpes courts. 

N'ayant pu voir cette espèce, nous avons donné ci-dessus 
le texte littéral de Philippi. 

2. Typhlolabia subterranea spec. nova. 

Elongata, angusta, viva albo testacea, exsiccata fusco-testacea, 
sparsim pilosa. — Caput ovale, duplo longius quam latius ,. 
antennae ad insertionem contiguse, pilis longis confertissimis 
obsitre, caput cum pronoto parum superantes, articulis tribus 
primis crassis, subovalibus, asquis ; aliis inter se vix discretis 
nec accurate numerandis, sicut apud Acridiodea nonnulla 
antennam conicam efficientibus. — Pronotum circulare, longi- 
tudine quartam capitis partem sequans -, mesonotum, metano- 
tumque caput subœquantia. — Femora brevia, compressa, tarsf 
uniarticulati unguibus duobus terminati. — Abdominis seg- 
mentis septem primis. latioribus quam longioribus, valde de- 
pressis, liuea média longitudinali profunde impressa, margine 
laterali late carinato fere reflexo ; ultimis duobus segmentis 
multo angustioribus^ haud depressis, longioribus quam latiori- 
bus. — Forcipis a* crura basi dilata ta et fere contigua, sat ro- 
busta, supra triquetra, subtus plana, in tertia parte basali dente 
valido armata , per très quartas partes longitudinis modice, 
apicem versus valde introrsum curvata. — (Fsemina ignota.) 

Longit : corporis, m ,012-, capitis, m 001,6 -, pronoti, m ,0004; 
femor post., m ,00l ; forcipis, m ,C01,2. 

Tête elliptique, d'un testacé pâle, deux lois aussi longue 
que large, plate, lisse, glabre, sans aucune ligne ni suture 
visible , sauf une impression postérieure profonde , très 
courte au milieu du bord postérieur. Organes buccaux non 
apparents, sauf deux paires de palpes très courts, sétiformes 



— 37 — 

«t dont les articles ne peuvent être distingués Antennes 
testacées, un peu plus longues que la tête et le pronotum 
réunis, d'une forme tout à fait anormale ; elles se touchent 
presque à leur point d'insertion et sont entièrement couvertes 
de poils longs, serrés, concolores ; les trois premiers articles 
sont gros, aussi longs que larges, ovoïdes, presque égaux 
et bien distincts; le reste forme, par son ensemble, un 
cône allongé, aussi large à sa base que le premier article 
et finissant en pointe aiguë. Les articles' soudés entre eux 
sur une large surface, peuvent à peine être discernés l'un de 
l'autre et nous n'avons su les compter sûrement (il y en a 
une trentaine environ). On trouve cette forme d'antennes 
chez certains Acridiodés, mais jamais chez les Forficulaires 
connus jusqu'ici. 

Pronotum presque circulaire, d'un diamètre égal au quart 
de la longueur de la tête, très légèrement bombé et traversé 
dans toute sa longueur par un sillon médian ; près de celui-ci 
se trouve, au milieu et de chaque côté, une petite impres- 
sion semi-circulaire dont la convexité est tournée vers le 
sillon. Ses côtés ne sont nullement bordés ni réfléchis. 

Mesonotum aussi long que la tête, mais un peu plus étroit, 
sa forme est celle d'un trapèze à côtés et angles arrondis, le 
bord antérieur un peu plus grand que le postérieur. Il est 
largement rebordé, plat, et présente une assez forte impres- 
sion longitudinale noirâtre qui n'atteint aucun des bords ; 
la ligne fine qui limite en dedans le rebord de chaque côté 
^est également noirâtre. 

Metanotum sensiblement plus court et plus large que le 
mesonotum, elliptique, ses bords antérieur et postérieur 
coupés droit. Il est fortement rebordé et muni d'une impres- 
sion médiane et de lignes latérales semblables à celles du 
segment précédent. 

Tout le dessus du thorax est d'un testacé plus foncé que 
la tête, hérissé çà et là de poils longs, raides et de même 
couleur. 



- 38 - 

Les Pattes sont extrêmement courtes, de la couleur de la 
tête, les cuisses assez robustes, comprimées ; les tibias de 
la longueur des cuisses, les tarses moitié plus courts. Il nous 
est impossible, avec le plus fort grossissement des loupes, d'y 
distinguer plus d'un article ; ils sont couverts en dessous 
d'une pubescence serrée et se terminent chacun par deux, 
griffes. 

V Abdomen va en s'élargissant peu à peu jusqu'au sep- 
tième segment, puis en diminuant graduellement jusqu'au 
huitième. Les six premiers segments ont la forme de trapèzes 
dont la base serait le plus petit côté ; dans le septième, au 
contraire, le côté le moindre est le bord postérieur. Les six 
premiers segments sont partagés longitudinalement en 
deux parties égales par une ligne noirâtre profondément 
creusée dont on ne voit plus qu'une trace sur le septième. 
Les six premiers sont très aplatis, le septième légèrement 
bombé. Ces sept premiers anneaux sont beaucoup plus 
larges que longs, un peu rugueux, munis au bord latéral 
d'une large carène presque réfléchie terminée postérieure- 
ment dans le septième segment, de chaque côté, par une 
pointe mousse légèrement prolongée en arrière. Le hui- 
tième et le neuvième anneaux sont lisses, plus épais que le 
précédent, de couleur plus foncée, rectangulaires, sans ca- 
rènes latérales saillantes ; le huitième est sensiblement plus 
long que large, un peu convexe, il offre aux deux tiers de la 
longueur, à partir de la base, une impression annulaire 
parallèle au bord postérieur ; le dernier segment est presque 
deux fois aussi long que large, plus épais que les précédents, 
plan en dessus, avec les bords latéraux brusquement abaissés 
suivant un pli longitudinal faible , mais bien distinct. 
Il n'offre ni lignes ni points, s*auf un léger repli tuberculi- 
forme au-dessus de chaque racine de la pince. Les côtés de 
l'abdomen présentent quelques poils longs et disséminés. 

Le Sternum tout entier est aplati ; sur chacun de ses trois 
segments est imprimé un Y dont l'ouverture regarde en 
avant. 



— 39 — 

Le dernier segment vertical est coupé droit, plat et lisse. 

Les branches de la pince du à* sont inégales, assez ro- 
bustes, courtes, d'un brun testacé, hérissées de quelques 
poils longs et raides, dilatées et presque contigués à la base, 
triquêtres en dessus, planes en dessous, courbées en dedans : 
légèrement de la base aux trois quarts de leur longueur, 
puis fortement jusqu'à la pointe aiguë qui les termine. La 
hanche gauche un peu plus petite et moins courbée que la 
droite. Leur épaisseur diminue graduellement de la racine 
à l'apex. La droite est armée au tiers de sa longueur, à 
partir de la base, d'une forte dent triangulaire dont la pointe 
est tournée en dedans, la gauche est crénelée intérieurement, 
mais sans dent bien apparente. 

Cette description est faite d'après un à* adulte desséché, 
trouvé à Cette (Hérault), par M. Mayet et l'un de nous en 
janvier, sous une grosse pierre enfoncée, en même temps 
qu'un mâle probablement à l'état de nymphe et qui offre 
seulement les différences suivantes : 

Longit. corporis, m ,007 -, longit. forcipis, O m ,O007. 

Couleur beaucoup plus pâle, téguments plus mous, pince 
inerme (les neuf segments dorsaux de l'abdomen font voir 
de suite que l'exemplaire susdit est du sexe masculin). 

Parmi tous les Forficulaires, c'est du genre Anisolabis, 
Fieber, que les Typhlolabia se rapprochent le plus, par l'ab- 
sence complète d'ailes et d'élytres, et de plis tuberculiformes 
sur les deuxième et troisième segments abdominaux ; par le 
nombre d'articles des antennes, la forme générale du corps 
et de la pince, l'arête latérale des sept premiers anneaux de 
l'abdomen, etc. 

Les caractères qui nous frappent vivement à première vue 
et nous paraissent limiter si nettement le nouveau genre : 
absence d'yeux, brièveté excessive des pattes, tarses d'un 
article, etc., etc., ne sont, en somme, que les résultats d'une 
adaptation à un genre de vie particulier. Ainsi que l'établit 



— 40 — 

si clairement notre illustre maître M. Brùnner de Wattenwyl, 
ce sont des caractères biologiques et non généalogiques , pro- 
pres, par conséquent, tout au plus à distinguer un genre et 
non un groupe plus important, comme on serait tenté de le 
croire au premier abord. 



Séance du 21 février 1883. 

Présidence de M. de Saint-Simon 

M. le Président annonce que M. Bidaud n'a pu venir pré- 
sider cette séance, à cause de la récente délivrance de 
M me Bidaud. La réunion charge le Secrétaire de lui transmet- 
tre ses félicitations, à l'occasion de cet heureux événement. 

M. le Maire de Toulouse a adressé une lettre à M. le Pré- 
sident, pour l'informer qu'on allait agrandir la partie zoolo- 
gique du Jardin des Plantes. 11 espère que par ses nombreu- 
ses relations, la Société d'Histoire naturelle pourra l'aider 
d'une manière efficace à se procurer les animaux nécessaires. 

MM. Chalande, Lacroix, Laulanié, Guy, Monclar, sont 
chargés d'étudier et de préparer une réponse à la demande 
de la municipalité. 

L'assemblée délègue aux réunions de la Sorbonne, 
MM. Rey-Lescure et Trutat. 

M. Rey-Lescure fait part à la Société de ses recherches 
sur la géologie du département du Tarn. 11 est autorisé à 
lire son Mémoire à la réunion des Sociétés savantes. 

M. Trutat donne lecture du travail suivant : 



Société d'Histoire Naturelle. 



PRÉPARATION DES DIATOMÉES. 






RATABOUL del. 



- 41 - 

Les Diatomées. — Récolte et préparation , 

Par M. Rataboul, membre titulaire. 

PREMIÈRE PARTIE 
Récolte des Kkaiomées. 

Les diatomées, ces êtres infiniment petits, dont l'admira- 
ble structure ne peut se voir qu'à l'aide des puissants gros- 
sissements que fournit aux micrographes l'optique moderne, 
constituent le dernier échelon du règne végétal : elles se 
composent d'une cellule unique dans l'enveloppe de laquelle 
se sont produits des dépôts de silice, qui en ont pris toutes 
les formes et tous les menus détails ; aussi sont-elles inatta- 
quables aux acides énergiques comme l'acide azotique, chlo- 
rhydrique et sulfurique. Le temps lui-même n'a pas de prise 
sur ces organismes et leurs frustules passent au travers des 
âges géologiques, souvent mieux conservés que des êtres plus 
élevés en organisation. 

La rapidité de leur croissance et de leur multiplication 
leur a permis de former des dépôts considérables. Les 
conditions d'existence de ces végétaux ont dû sans doute 
être meilleures à l'époque tertiaire que de nos jours, car 
c'est surtout dans les couches de cette période que l'on 
rencontre les dépôts les plus riches et les plus variés 
en espèces de grande dimension et de dessins les plus 
délicats. La plupart de ces espèces anciennes ne se retrou- 
vent plus parmi les diatomées vivantes. Certaines contrées 
voient encore se produire des dépôts de ce genre, grâce à 
l'uniformité de climat et à la tranquillité des eaux dans les- 
quelles les diatomées végètent. Nous citerons, par exemple, 
un dépôt lacustre situé dans les Montagnes-Rocheuses, en 
Amérique, au Parc National des Etats-Unis ; le lac Yellows- 
tom, qui y prend naissance, renferme, suivant l'expression 



- 42 - 

de ses explorateurs, des amas de diatomées nageant sur les 
eaux, semblables à des peaux de bœuf colorées, et qui se 
déposent peu à peu au fond du lac où leur couleur passe 
au blanc d'albâtre. Il est regrettable que les explorateurs du 
Parc National n'aient rien rapporté de ce dépôt qui nous 
aurait donné, sans doute, quelques formes intéressantes. 

En raison des milieux dans lesquels elles se rencontrent, 
les diatomées sont ordinairement mélangées à des matières 
d'origine organique et à des substances inorganiques qui 
gêneraient beaucoup l'observation au microscope. C'est pour 
cela qu'on a dû recourir à des moyens de préparation va- 
riés ayant tous pour but l'élimination de ces corps étran- 
gers. Mais, avant de parler de ces opérations, nous devrons 
donner quelques détails sur la récolte proprement dite des 
diatomées. 

Gomme nous venons de le dire, les diatomées peuvent être 
ou fossiles ou récentes. Dans ces deux cas, les méthodes de 
récolte ne sont pas les mêmes. Bien mieux, les espèces fossi- 
les se rencontrent dans des conditions si différentes des au- 
tres, que force nous est de donner quelques détails sur ces 
espèces et sur les gisements les plus connus. Nous parlerons 
donc des dépôts fossiles marins, des dépôts lacustres et des 
guanos ; puis, des récoltes de diatomées récentes : lavages 
de coquilles, estomacs d'invertébrés marins et de poissons, 
sondages et, enfin, récoltes fraîches. 

Pour reconnaître l'existence des diatomées dans une ré- 
colte, on en fait d'abord un examen superficiel au micros- 
cope et à un grossissement de 100 diamètres; de la sorte, 
on évitera bien des méprises et on reconnaîtra de suite si le 
dépôt vaut la peine d'être conservé. Pour cela, il suffira de 
déposer une parcelle de la récolte entre deux lames de verre 
après l'avoir humectée avec de l'eau et on l'observera telle 
quelle. Un petit microscope de poche est indispensable au 
voyageur qui désirera utiliser les nombreuses occasions qui 



- 43 — 

se présentent dans une exploration et dont on doit profiter 
immédiatement, sous peine de ne. plus les retrouver. Quant 
au mode de transport, il est des plus simples pour les dé- 
pôts fossiles qui sont presque toujours assez secs pour pou- 
voir être enveloppés avec du papier fort et serrés dans une 
caisse. Nous verrons plus bas que les récoltes récentes de- 
mandent bien plus de soins. 

Dépôts fossiles marins. — Nous dirons avec le professeur 
Mead Edwards : Prenez toutes les terres de couleur claire, 
allant du blanc pur par toutes les nuances de gris, crème, 
fauve, jusqu'à la teinte rouille. Leur texture est ordinaire- 
ment friable, elles paraissent semblables à l'argile quand 
elles sont fraîches; d'autres fois, elles sont dures et plus 
lourdes, quoique toujours plus ou moins poreuses. Toutes, 
quand elles sont sèches, sont d'une faible densité. Ramas- 
sez-en assez pour en avoir 3 ou 4 livres, c'est-à-dire un 
bloc de 42 à 15 centimètres en carré, et, si cela se peut, 
à différentes profondeurs, car souvent ces dépôts varient 
de caractère suivant la profondeur à laquelle sont faites 
les récoltes. On notera tout ce que l'on pourra vérifier rela- 
tivement à leur position et à leur rapport avec les autres 
couches. On fera mention des fossiles que renferment ces 
dépôts et de ceux des couches supérieures ou inférieures ; 
si on ne les connaît pas, on en prendra pour les faire dé- 
terminer plus tard. Chaque échantillon sera soigneusement 
séparé ; jamais on ne les mettra en contact direct, mais on 
les pliera dans une enveloppe dans laquelle on mettra une 
étiquette portant la localité, la date et le nom de l'auteur 
de la récolte. On devrait aussi prendre note de la profon- 
deur à laquelle l'échantillon a été recueilli, de même que 
de tout autre renseignement qui pourrait avoir de l'inté- 
rêt, par exemple, de l'étendue de la couche, de son incli- 
naison vers le Sud, Nord, Est ou Ouest, et de son épaisseur. 

Quelques détails maintenant sur les principaux gise- 



_ 44 — 

ments. Presque tous sont de l'époque tertiaire. Le plus 
grand et le plus beau forme la côte du Pacifique de l'Amé- 
rique du Nord. De l'autre côté, appartenant au miocène, se 
trouve le dépôt si riche dit Terre du Maryland. Il couvre 
la côte de l'océan Atlantique de l'Amérique du Nord et 
s'étend depuis la rivière Patucent, dans le Maryland, jusqu'à 
la ville de Petersburg en Virginie. C'est sur cet immense 
dépôt que sont bâties les villes de Petersburg, Richmond et 
Frédericksburg, en Virginie. Le dépôt de la côte du Pa- 
cifique découvert à Monterey et portant, à cause de cela, le 
nom de « Pierre de Monterey, » part au moins de San 
Francisco et s'étend jusqu'au bas de la Californie, peut être 
plus loin dans les deux directions. C'est une sorte de schiste 
bitumineux formant les roches de la côte et des collines 
avoisinantes. On l'a trouvé depuis à Santa Cruz, San Pedro, 
San Diego. Sa couleur est blanche, lavée de fauve, et sa 
texture nettement stratifiée. Il s'y trouve de grands coquil- 
lages fossiles. 

A Baldjik, en Bulgarie, on trouve une couche géologique 
contenant des coquilles et des ossements avec diatomées, 
que l'on croit être d'eau saumâtre. C'est le seul dépôt de 
ce genre que l'on connaisse. 

Dans l'île de Jutland, en Danemark, se trouve une ar- 
doise à polir très riche en formes de diatomées que l'on ne 
peut rencontrer ailleurs. Sans sortir du Danemark, nous 
trouvons le riche dépôt de Fur et celui tout récemment 
découvert de Skiva. 

En Algérie, Oran est célèbre pour son dépôt tertiaire dé- 
couvert à Mascara ; il appartient au miocène supérieur. 

En Grèce, près d'Egim et de Caltanisetta, les diatomées 
sont mélangées à des polycistines, des foraminifères et des 
spicules d'épongés. Le dépôt des îles Barbades est surtout 
célèbre sous ce rapport. 

Nous mentionnerons seulement les dépôts de Moron en 
Espagne, de Licata en Sicile, de South Naparina dans l'île 



— 45 — 

de la Trinité, de Natanaï au Japon, de Nottingham, Calvert 
Co, Santa Monica, en Amérique, etc. 

Dépôts lacustres. — Ce sont les dépôts qui se sont pro- 
duits dans les lacs, étangs et rivières. A proprement parler, 
ce ne sont pas des dépôts fossiles, mais bien des dépôts 
récents ; car les formes de diatomées que l'on y rencontre 
sont la plupart vivantes encore. Ils sont cependant quelque- 
fois tertiaires et aussi quaternaires. 

Ces dépôts sont pulvérulents et d'un si faible poids quand 
ils sont secs, que l'attention se trouve de suite attirée par 
cette légèreté spécifique. Suivant la plus ou moins grande 
quantité de matières organiques qu'ils renferment, ils sont 
absolument blancs ou gris ; on les a comparés à de l'empois 
en poudre. L'humidité qu'ils ont à l'état frais fonce ordinai- 
rement leur couleur, qui s'éclaircit à mesure qu'ils se des- 
sèchent. Les conseils à donner pour leur récolte sont les 
mêmes que pour les dépôts marins. Gomme ces sédiments 
sont d'une grande étendue, mais qu'ils se recouvrent à la 
longue du sable ou de la terre qui les environne, on fera 
bien, si on a la bonne fortune de les trouver entièrement 
découverts, d'en garder une quantité suffisante. On n'ou- 
bliera pas les restes fossiles de coquillages, ossements, ou 
troncs d'arbres et débris organiques que l'on pourra y dé- 
couvrir, soit dans la couche elle-même, soit au-dessus ou 
au-dessous. 

Ce sont ces dépôts dont on a parlé comme de farines fos- 
siles, c'est-à-dire pouvant s'adjoindre en cas de famine à 
des aliments devenus rares. Peut-êlre conservent-ils encore 
quelque trace de matière organique qui puisse être digérée, 
ce qui nous paraît fort douteux. On ne connaît pas de 
peuples géophages, mais bien des individus atteints de cette 
maladie, chez lesquels l'organisme malade prouve surabon- 
damment l'insuffisance d'une pareille nourriture. 

Les poudres à polir, tripolis ou autres, n'ont pas d'autre 



— 46 — 

origine. On connaît le tripoli blancetgris de Saint-Saturnin, 
de Lunebourg, de Rouillât en Auvergne, de Salzbourg, de 
Berlin, etc. Le commerce ne livre plus ces tripolis qu'après 
leur avoir fait subir une préparation, une trituration éner- 
gique qui ne permet pas de retrouver intactes les diatomées 
qu'ils renferment. En outre, les provenances en sont 
presque toujours douteuses. 

Guanos. — Les guanos, tels qu'ils sont vendus dans le 
commerce , sont trop souvent l'objet de falsifications , 
aussi ne devra-t'on les accepter qu'autant qu'ils vien- 
dront d'une personne sûre, si l'on ne peut les récueillir 
soi-même aux dépôts d'origine. Comme les diatomées sont 
peu nombreuses, quoique magnifiques et d'espèces rares, ou 
même introuvables ailleurs, une provision considérable sera 
toujours nécessaire. 

Les guanos ammoniacaux sont les plus riches comme aussi 
les moins ennuyeux à débarrasser des impuretés. Ce qui ne 
veut pas dire que l'on ne doive pas en prendre d'autre ; le 
guano bolivien, par exemple, renferme des formes toutes 
particulières. 

Lavages de coquilles. — Les diatomées croissant en para- 
sites sur une foule d'algues, de débris de coquillages, rien 
n'est aisé comme de les trouver sur ces débris et sur ces 
coquillages en leur faisant subir un lavage à l'eau légère- 
ment acidulée à l'acide chlorydrique, et en les brossant 
avec un pinceau. Tout ce qui restera de ces lavages que 
n'oublient jamais défaire les amateurs de coquilles, devra 
être conservé précieusement. En effet, bien des pays dont 
on ne peut avoir des récoltes de diatomées, nous envoient 
des coquillages marins, et si l'on n'a eu soin de les net- 
toyer sur le lieu de leur récolte, les diatomées sont restées 
adhérentes en compagnie de foraminifères et de spicules 
d'épongés. On aura donc, après les avoir lavées, une partie 



— 47 — 

bien minime, il est vrai, de la flore d'un pays, mais au moins 
des sujets très intéressants et remarquables. Si l'on ne peut 
recueillir soi-même les coquilles, on recommandera de 
ne jamais les débarrasser des impuretés qui pourraient les 
recouvrir. 

Estomacs d'invertébrés marins et de poissons , — Les 
echinoïdes (oursins), crustacés, holothuries, mollusques, 
poissons, etc., se nourrissent la plupart de matières végétales ; 
avec les algues ils avalent les diatomées qui y croissent en 
parasites, et comme la silice de leur carapace résiste aux 
agents de la digestion, ces animaux rapportent des grands 
fonds des formes intéressantes ; d'autres espèces se nour- 
rissent exclusivement de diatomées. On devra donc conserver 
les estomacs de ces animaux sans leur faire subir de lavage 
et les plonger dans l'alcool ; si cela n'est pas possible, on les 
fera dessécher au soleil. Dans les musées, les mollusques, 
holothuries et poissons sont conservés en entier dans des 
bocaux, et alors le contenu de leur estomac se répand dans 
l'alcool et s'accumule au fond des vases. On n'aura garde 
de laisser perdre de pareilles récoltes et les poissons seront 
ouverts afin que l'on puisse laver leur estomac et même 
les intestins. 

Sondages. — Nous ne saurions donner ici les moyens 
d'exécuter les sondages, ni décrire les appareils employés, 
car les diatomées ne constituent ordinairement qu'une petite 
portion des immenses richesses obtenues par ce moyen, 
Lorsque les ancres d'un navire sont relevées, on devra 
prendre la boue qui y reste adhérente. Nous ferons remar- 
quer que les boues recueillies au fond des estuaires, des 
grands fleuves ou des grands lacs, sont rarement riches en 
diatomées. Toutefois, lorsqu'il ne sera pas possible de faire 
autrement des récoltes de diatomées, on devra s'en con- 
tenter. 11 n'en est pas de même des vases venant des fonds 



- 48 - 

des mers qui sont parfois 1res curieuses sinon par la quantité, 
au moins par la rareté des espèces qu'elles renferment. On 
aura ordinairement plus de succès avec celles qui sont noires 
et molles, car l'abondance du gravier est en raison inverse 
de celle des organismes que nous cherchons. Tout ce que 
l'on pourra prendre sera mis dans un flacon ou dans un 
bocal, et en y versant quelques gouttes de glycérine on 
évitera la dessication, très préjudiciable lorsqu'il s'agit de 
boues d'origine marine ; celles-ci, en effet, lorsqu'elles sont 
sèches, se laissent difficilement imprégner de nouveau par 
l'eau, ce qui en rend le traitement long et difficile. 

Il arrive parfois à bord des bâtiments des chutes dépous- 
sières que l'on fera bien de garder, car elles contiennent 
aussi des diatomées enlevées par les vents et transportées 
au loin grâce à la légèreté de ces organismes. Pour les re- 
cueillir, on placera à différents endroits des feuilles de 
papier humide, et après un certain temps on les repliera 
sur elles-mêmes. En renouvelant à plusieurs reprises cette 
opération, on pourra recueillir une certaine quantité de ces 
poussières. 

Récoltes fraîches des diatomées. — Nous devrons, sous ce 
titre, examiner la manière de récolter les diatomées marines 
et celles d'eau douce. Les conseils que nous donnerons pour 
ces dernières sont le résultat d'une longue et fructueuse 
pratique. 

Cette pêche s'exécute au moyen d'instruments communs 
pour les deux genres. Ce sont : 

1° Une provision de tubes de 16 millimètres de diamètre 
sur 12 centimètres de long; on les porte dans une cartou- 
chière et ils sont munis d'étiquettes et de numéros ; 

2° Une cuillère en fer étamé pouvant se visser à l'extré- 
mité d'une canne d'entomologiste ; sa dimension est celle 
d'une grande cuillère à soupe et elle sera pointue. On en a 
aussi une plus petite, comme une cuillère à café, que Pon 



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portera dans sa poche et qui est d'un usage fréquent, par 
exemple, lorsque la grande cuillère ne pourrait pénétrer 
dans quelque anfractuosité; 

3° Trois ou quatre pinceaux en martre très fins pour 
enlever les diatomées lorsqu'il y en a en très grande abon- 
dance ; on pourra ainsi les avoir pures, sans mélange de 
corps étranger, en passant légèrement sur la couche brune, 
puis délayant et lavant le pinceau dans un tube d'eau 
claire ; 

4" Sur la canne pourra se visser un crochet en fer tran- 
chant à l'intérieur de la courbure et un autre non coupant.' 
afin d'amener les algues que l'on aura détachés avec le 
premier ; 

5° Quelques carrés de toile caoutchouc pour serrer les 
algues, conferves ou débris qui porteraient des diatomées. 

Outre ces ustensiles, l'on se trouvera bien d'avoir avec soi 
un petit microscope de poche donnant un grossissement de 
100 lois , ce qui suffit ordinairement. 

Diatomées marines. — Les algues submergées, les ouvrages 
de bois, pieux, jetées, bouées, roches à peu près constam- 
ment couvertes ou battues par la vague sont les habitations 
de prédilection des diatomées qui les recouvrent d'un enduit 
verdâtre, brun, couleur rouille ou jaune. Plus ces objets 
paraîtront à l'œil nu couverts de saletés, plus sera riche la 
récolte des diatomées. Les grandes algues, surtout celles qui 
sont gluantes au toucher, ne portent pas ordinairement des 
diatomées ; quant aux filaments fins, bruns, rouges Ou verts 
des autres algues, Cladophora, Microcladia, Spyndia, etc. 
ils en sont parfois littéralement couverts. Plusieurs diato- 
mées dont les frustules sont attachés bout à bout, imitent 
parfois les algues composées, au point qu'un examen au 
microscope devient indispensable. Les grandes fucacées 
quoique inhabitables pour les diatomées, portent parfois 
toute une végétation parasitaire d'autres algues colorées en 



— 50 — 

rouge et, à leur tour, celles-ci peuvent donner asile à quan- 
tité de diatomées. Les Laminaires et d'autres algues de cou- 
leur verte ou olive se comportent de môme. Les mousses 
qui viennent par masses compactes sur les rochers sont 
ordinairement de véritables nids à diatomées, et les pierres 
que recouvre un enduit muqueux et velouté d'une couleur 
fauve donnent de bonnes récoltes. 

Quelques diatomées, et ce ne sont ni les moins jolies ni les 
moins rares, flottent à la surface de l'eau et ressemblent 
alors à une écume légère que le moindre mouvement de la 
cuillère disperse sans espoir de les rattraper. Aussi il sera 
bon de passer en rasant la surface avec un filet en mous- 
seline très fine. Ensuite on lave ce filet et on garde le pro- 
duit du lavage dans un flacon de 100 ou 200 grammes de 
capacité. 

Dans tous ces cas, on comprendra facilement comment 
on devra procéder : en prenant les algues sur lesquelles 
croissent les diatomées, en raclant les pieux, bouées, fonds 
de bateaux, pierres, etc.; prenant la superficie de la vase 
sur laquelle on a remarqué ce tapis de couleur fauve bien 
caractéristique, etc. 

Nous rappellerons à ce sujet l'intéressant article publié par 
Y lntellectual Observer. Pour toutes récoltes fraîches, on doit 
connaître exactement le mode de végétation des diatomées et, 
après quelques essais, un observateur et amateur intelligent 
arrivera certainement à faire des récoltes passables, sinon 
belles. Les algues, pliées dans la toile caoutchouc, seront 
lavées aussitôt de retour et, si cela*ne suffit pas, bouillies, 
afin d'en détacher les diatomées. Cependant, comme il est 
très intéressent d'étudier les diatomées in situ, il faudra 
garder quelques filaments intacts que l'on étalera et laissera 
sécher avec précaution ; on les conservera comme les 
plantes dans un herbier et, à l'occasion, on en montera 
de petits fragments. Les algues ressemblant à des mousses 
seront aussi lavées et triturées grossièrement, puis on filtrera 



— 54 - 

à un gros tamis et on conservera le résidu le plus fin. Quant 
aux boues ou vases que l'on aura eu le soin de mettre dans 
des flacons, on les versera dans des soucoupes de porcelaine 
et on les couvrira d'eau de mer. Les diatomées continuant 
à vivre sortiront peu à peu de la vase sur laquelle elles 
s'étaleront en nappe colorée que l'on pourra enlever au 
pinceau. Du reste, nous verrons à propos des récoltes d'eau 
douce bon nombre de procédés communs aux deux modes 
de récoltes. 

Diatomées d'eau douce. — On ramassera tout ce qui for- 
mera au fond de l'eau une couche plus ou moins épaisse 
et ayant une couleur fauve, jaune de chrome, rouille, 
marron ou brun. Au toucher, ces couches d'apparence glai- 
reuse sont douces et quelque peu veloutées. Les conditions 
de végétation des diatomées d'eau douce sont des plus 
variées ; dans les eaux calmes, jamais dans les eaux croupis- 
santes, dans les eaux les plus agitées, ces petites algues 
croissent et se multiplient par millions. Les unes ressemblent 
à s'y méprendre à des algues plus élevées, ce sont les espèces 
filamenteuses ; les autres sont d'une ténuité qui ne permet 
de les voir à l'œil nu que par l'énorme quantité de frustules 
qui se trouvent agglomérées. Certaines sont difficiles dans 
le choix de leur station, alors que d'autres peuvent être 
agitées, tourmentées par le pêcheur, envoyées au loin, sans 
pour cela être empêchées dans la reprise de leur végétation ; 
lorsqu'on les mettra dans les soucoupes, les premières ne 
supporteront pas deux heures de réclusion dans un flacon 
sans se décomposer et ne pouvoir être séparées naturelle- 
ment des impuretés. Un bon nombre vit en parasite sur 
d'autres algues, et les replis des masses vertes des Vaucheria, 
Spirogyra, etc., leur offrent des citadelles d'où l'on parvient 
difficilement à les extraire convenablement. Dans ce cas, 
elles sont à l'abri des courants d'eau qui les auraient entraî- 
nées infailliblement. 



- 52 - 

On regardera sous les ponts qui coupent les routes et on 
trouvera a l'abri du grand jour certaines espèces qui redou- 
tent la trop grande lumière. 

Lorsque le temps passe du froid au chaud, ainsi qu'il 
arrive souvent en hiver lors des changements de vent, les 
diatomées devront être recherchées avec plus d'activité que 
jamais, car, sous cette influence, elles se développent en 
très grande quantité. L'époque la plus favorable pour leur 
récolte étant surtout février et le printemps ainsi que l'au- 
tomne, tandis que la trop grande chaleur l'été, le trop grand 
froid l'hiver, s'opposent à leur développement, on remar- 
quera que lorsque des pluies ont ramolli les terres' et pro- 
duit dans les champs des flaques d'eau entretenues par des 
suintements du fous sol, les recherches de diatomées sont 
rarement infructueuses. Les sources sont nombreuses, les 
fossés des routes ont de l'eau ; mais par contre, les gros 
ruisseaux sont devenus des torrents, les rivières roulent trop 
de limon ou débordent ; là plus de diatomées. 

Les branches d'arbres, les pieux, les pierres que l'eau re- 
couvre seront raclés avec soin, avec le pinceau d'abord et 
légèrement si la couche est assez considérable, puis avec la 
cuillère ou le couteau, et on fera tomber cette récolte au fond 
d'un tube. 

Lorsque les diatomées seront sur la vase du fond des 
ruisseaux, fontaines, flaques d'eau ou bassins, on passera le 
pinceau dessus et on le retirera doucement et sans secousse 
hors de l'eau si la masse des diatomées permet cette ma- 
nœuvre, puis on le lavera dans un tube rempli d'eau claire 
et on recommencera aussi souvent qu'on le pourra. Il va 
sans dire que cela ne peut se faire que dans une eau bien 
calme. Après la sortie du pinceau hors de l'eau, on voit 
flotter un petit amas do diatomées qui se sont détachées et 
qui retombent peu à peu au fond de l'eau; elles sont per- 
dues à moins qu'on n'use à leur égard du procédé suivant : 
Ajoutez à vos ustensiles de pêche une petite seringue en 



— 53 — 

verre dont le piston est terminé par un anneau ; en tenant 
ce petit instrument entre le pouce et le médius, on passe 
l'index, dans l'anneau et l'on aspire facilement l'eau conte- 
nant le nuage de diatomées aussitôt le pinceau enlevé, puis 
on garde cette eau dans le tube où l'on lave le pinceau 
chargé de frustules. Il faut, il est vrai, un peu de dextérité, 
mais ce moyen nous a réussi mainte fois 

Après avoir enlevé tout ce que l'on a pu, on raclera déli- 
catement la couche de vase cliatomifère le plus légèrement 
possible et en faisant traîner la cuillère un peu relevée, afin 
d'en réunir la plus grande quantité en une fois, et cette 
boue sera mise dans un tube, avec très peu d'eau. Ceci est 
facile tant que le courant de l'eau est faible ; mais s'il est fort, 
on devra protéger la récolte en raclant dans le sens du cou- 
rant avec dextérité et relevant ensuite prestement au-dessus 
de l'eau. Ou bien encore on pourra faire, avec la main qui 
reste libre et que l'on tiendra relevée en avant du courant, 
une petite digue qui détournera le courant et permettra de 
récolter quand même. 

Si les diatomées sont fixées à des algues, sans pour cela 
être assez adhérentes pour qu'on puisse les prendre sans 
précautions, un simple mouvement de l'eau les dispersera 
sans retour. Alors on tâchera d'amener au centre de la cuil- 
lère un fragment de cet amas et on la relèvera avec beau- 
coup de précaution et de lenteur jusqu'au niveau de 
l'eau ; on fera écouler l'excès de l'eau , puis on retirera 
vivement la cuillère. Du reste, beaucoup de tact de la part 
de l'amateur sera nécessaire'pour varier les moyens, suivant 
les circonstances que nous ne pouvons prévoir. 

Quant aux herbes et végétaux immergés sur lesquels on 
apercevra la couleur caractéristique des diatomées, on 
pourra soit les racler avec le couteau, soit les passer entre 
deux doigts et, en les faisant glisser, détacher ce qui reste- 
rait adhérent. Le résidu sera mis en flacon. 

Dans toutes ces récoltes, on prendra le plus de matériaux 



- 54 - 

que l'on pourra ; l'on ne saurait en avoir trop, car dans le 
cours des lavages on est obligé d'en perdre beaucoup pour 
éliminer les matières étrangères qui nuiraient à la beauté 
de la préparation. 

Si cependant on ne pouvait prendre d'une récolte que peu 
de choses renfermant en outre un mélange dont on ne 
puisse espérer de tirer un parti convenable, au point de vue 
des préparations, mais utile si on se propose d'étudier la 
flore diatomique d'une région, on aura recours au moyen 
suivant qui m'a presque toujours réussi : On aura du papier 
buvard fort et blanc que Ton découpera en feuilles de m ,08 
sur nl ,45 et que l'on ploiera en trois de façon qu'elles puis- 
sent entrer dans de petites enveloppes. Sur le côté du papier 
buvard qui se trouve entouré de tous côtés, on mettra un peu 
du dépôt peu abondant que l'on prendra le mieux possible ; 
ensuite, après avoir replié la feuille et l'avoir enfermée dans 
son enveloppe, on notera la localité, date, etc., puis on la 
serrera dans un portefeuille. De la sorte, on aura une petite 
réserve, un herbier, d'où l'on extraira quelques préparations 
qui, quoique indignes de figurer dans des collections soi- 
gnées, n'en rendront pas moins service au naturaliste qui 
n'attache à l'aspect d'une préparation qu'une importance 
secondaire. 

Nous ne saurions donner des renseignements plus détaillés 
sur la pèche des diatomées ; à chacun de résoudre les diffi- 
cultés qui se présenteront. Nous parlerons donc du rôle du 
préparateur qui va commencer. Cette tâche comprend plu- 
sieurs parties. En effet, si l'on se contentait de traiter chimi- 
quement les matériaux bruts que l'on a rapportés, malgré 
les méthodes de lavage les plus perfectionnées et l'attention 
la mieux entendue, on n'arriverait qu'à un résultat peu 
satisfaisant. Si quelques diatomées marines et quelques 
rares récoltes d'eau douce peuvent subir la préparation chi- 
mique sans aucun préambule, le plus grand nombre des 
récoltes exige une culture véritable ayant pour but de faire 



— 55 - 

que les diatomées se séparent elles-mêmes du sable et des 
impuretés auxquelles elles sont mélangées. Seules les 
récoltes pures et celles faites au pinceau seront directement 
soumises à l'ébullition dans l'acide. 

Auparavant, on aura reconnu s'il existe beaucoup d'im- 
puretés et si la grande taille des diatomées permet de 
passer outre ; les décantations suffisant à éliminer les débris, 
un examen au microscope sera donc le premier soin à pren- 
dre au retour d'une chasse. Cet examen aura au surplus un 
autre but : permettre de déterminer certains genres de frus- 
tules litigieux en tenant compte de la répartition de l'endô- 
chrome, d'après l'excellente classification de M. Petit. On 
prendra alors des notes et des dessins des diatomées qui né- 
cessitent cette observation. 

Ensuite on versera chaque récolte dans une soucoupe en 
porcelaine plate, de in ,4 à m ,1 2 de diamètre. Ces sou- 
coupes ou assiettes seront numérotées au vernis noir, afin 
de ne point mélanger les indications qu'on aura prises lors 
de leur récolte. Pour obtenir que la boue s'accumule en 
couche uniforme au fond du vase, on imprimera quelques 
secousses et, le tout étant couvert d'eau, on exposera à une 
lumière suffisante en se rapportant aux conditions de végé- 
tation des récoltes que l'on a faites. C'est alors qu'il sera 
bon de revoir les notes prises sur place. Telle espèce se 
trouvait en plein soleil, donnez-lui cette intensité lumineuse ; 
telle autre aimait l'ombre , abritez-la dans l'angle d'une 
fenêtre en fermant presque les volets. 

Avez-vous parfois remarqué en versant les boues recueil- 
lies, qu'il surnageait comme de petites particules métalliques 
brillantes, restant obstinément au-dessus de l'eau, malgré 
l'agitation que vous faisiez subir à l'eau ? C'est une bonne 
fortune, car vous allez avoir une provision de diatomées bien 
pures. Observons en passant que ce sont les espèces per- 
méables à qui cela arrive ; elles sont toujours munies de 
stries ou ponctuations plus ou moins grosses. Ainsi Cym- 



- 56 - 

bella lanceolata, gastroides, Ehrembergii; Stauroneis phœni- 
cenleron, Pleurosigma attenuatum, Navicula major, etc., se 
comporteront ainsi et se sépareront de mélanges oùonaurait 
dû les laisser sans cela. Dans ce cas, on facilitera la sépara- 
tion en étanchant, à l'aide d'une petite seringue, toute l'eau 
de la récolte ; puis on agitera la boue en imprimant des se- 
sousses répétées jusqu'à ce que l'on aperçoive une couche 
plus ou moins épaisse et scintillante de ces frustules. 
Faisant ensuite rentrer l'eau doucement, les diatomées 
surnageront. On passera à plusieurs reprises une aiguille 
au milieu de cette pellicule, afin de faire tomber au fond 
les grains de sable qui auront été entraînés avec les diato- 
mées. Puis, quand l'eau aura repris une certaine limpidité' 
on prendra une feuille de papier buvard de m ,45 de long et 
% ou 3 de large et, la plongeant par la tranche dans l'eau 
de la soucoupe en commençant par un côté, on amènera 
sans soulever la vase, en rétrécissant le cercle de cette sorte 
de filet, la couche de frustules dans un très petit espace d'où 
on les extraira en aspirant avec une seringue de verre dont 
on maintiendra le bout presque à la surface de l'eau. Ce 
procédé m'a toujours réussi ; grâce à lui, j'ai pu enlever 
complètement d'une récolte les espèces dont j'ai parlé et en 
avoir des provisions absolument pures. 

Revenons aux diatomées qui sont resté mêlées aux 
boues dans les soucoupes ou assiettes. Quatre ou cinq heures 
après, quelquefois plus, et jusqu'à deux jours, ces petites 
algue?, cherchant la lumière, auront formé une couche 
exactement semblable, quoique plus intense, à celle de la 
station où on les aura recueillies. Il est bon d'attendre 
qu'elles soient en grand nombre ; pourtant, si l'on attendait 
trop, certaines espèces disparaîtraient à tout jamais. Prenez 
alors de la main droite un pinceau pas trop petit, mais très 
souple, et promenez-le sur le fond sans soulever la vase en 
brisant le thalle des diatomées ; lorsque vous aurez dragué 
ainsi suffisamment de frustules, enlevez sans secousse le 



- 57 — 

pinceau et, avec la main gauche munie de la seringue en 
verre, aspirez le nuage qui flotte après la sortie du pinceau- 
Puis jetez le tout dans un verre de Bohême ou clans un 
tube à essai bien propre et rempli d'eau et nettoyez le pinceau 
dans ce tube ou ce verre, après quoi vous recommencerez 
l'opération jusqu'à complet épuisement de la couche dia- 
tomifère. 

Cependant il y aura des cas où, malgré toute la légèreté 
de main possible, on ne pourra prendre les diatomées sans 
soulever la vase. Ayez alors de la toile de batiste très fine ou 
de la mousseline un peu usée, et après l'avoir découpée en 
disques de la dimension de la soucoupe, posez-la à plat 
légèrement mouillée à la surface de l'eau, puis faites-la 
descendre au fond en y mettant quelques grains de plomb 
de chasse. Les algues passeront à travers les mailles toujours 
trop larges pour leur taille exiguë et s'étaleront en nappe 
parfaitement propre à la surface de la toile. Il ne restera 
plus qu'à passer le pinceau, mais sans beaucoup de précau- 
tion cette fois, pour les avoir pures. Bien mieux, agitez l'eau 
avec le pinceau en raclant le fond et enlevez toute l'eau 
avec une pipette et gardez-la pour la traiter par les acides, 
vous aurez enlevé presque toutes les diatomées. Si vous 
remettez de nouveau de l'eau, au bout de un ou deux jours 
les diatomées restées dessous seront passées et vous les en- 
lèverez encore. 

Ici encore, on ne peut qu'indiquer sommairement les pro- 
cédés, car il est impossible de prévoir tous les cas et de 
donner autre chose que des règles générales. 

Les produits obtenus par ces moyens seront conservés 
dans l'alcool si on ne peut leur faire subir immédiatement 
le traitement que nous allons décrire. On les laissera dans 
l'eau distillée si le traitement est près de se faire, à l'abri 
de la poussière et autant que possible du grand jour. On 
pourra aussi remplacer l'eau ordinaire dans laquelle elles 
sont par de l'eau distillée, ce qui augmentera la pureté du 



résidu final, en éliminant le carbonate de chaux et différents 
sels renfermés dans les eaux. 

DEUXIÈME PARTIE 
Préparation des diatomées. 

TRAITEMENT CHIMIQUE ET LAVAGE DES DIATOMEES. 

Les matériaux que l'on a recueillis seraient absolument 
impropres à l'observation si on les plaçait tels quels sous 
l'objectif du microscope, c'est-à-dire que les stries, ponc- 
tuations et dessins des valves seraient confus ou totalement 
invisibles si, à l'aide de réactions chimiques, on ne parve- 
nait à les dégager entièrement. En outre, les terres fossiles 
et guanos ne laisseraient rien voir des diatomées qu'ils ren- 
ferment si un traitement énergique ne venait dissoudre 
les matières amorphes, sels de chaux, oxydes métalliques, 
matières animales ou végétales, etc., qu'ils contiennent et 
qui les retiennent agglomérées comme dans un ciment. 
A l'aide des acides, ces matières disparaissent et il ne 
reste plus que des grains de silice et les diatomées, que 
des lavages souvent répétés permettent de séparer. 

Plusieurs méthodes peuvent être suivies, nous donnerons 
celles dont nous usons journellement et qui nous assurent 
un succès constant. Au reste, toutes les récoltes ne de- 
mandent pas le même procédé, très long pour les uns et 
rapide pour les autres. 

Il sera bon, pour éviter les vapeurs très désagréables 
des acides, d'opérer dans un endroit aéré, mais non exposé 
aux courants d'air. Les instruments sont : un support à 
anneaux de différents diamètres. Gomme source de chaleur 
nous préférons la lampe à alcool de grande capacité, qui 
permet de donner une grande intensité à la flamme : le 
gaz seul la remplace avec avantage. 



- 59 — 

Au lieu de vases en verre, tubes à essai, verres allemands 
ou de Bohême, il est plus avantageux de se servir de capsules 
en porcelaine, qui supportent mieux le chauffage direct de 
la flamme, ce que ne fait jamais le verre, et ce qui dispense 
du bain-marie de sable qui consomme beaucoup de chaleur. 
Les verres de Bohême de grande capacité, 150, 200 et 
250 grammes ou plus, sont très commodes pour les lavages; 
des agitateurs de verre et des pipettes ou seringues en verre 
compléteront le matériel. 

Les produits chimiques indispensables sont les acides 
azotique, chlorhydrique et sulfurique des meilleures qualités 
commerciales, purs même, s'il est possible ; en outre, de la 
potasse et soude caustique, du carbonate de potasse et du 
carbonate de soude, du bichromate de potasse rouge, du 
permanganate et du chlorate de potasse, enfin de l'alcool 
pour conserver les dépôts obtenus purs. L'eau de pluie 
filtrée nous a paru pouvoir remplacer l'eau distillée, sauf 
toutefois pour les deux derniers lavages que nous faisons 
toujours avec l'eau distillée, il faudra donc avoir une grande 
provision d'eau de pluie, car on ne doit pas être avare d'eau 
si l'on désire arriver à de bons résultats. Des filtres en papier, 
des entonnoirs en verre, des pinceaux en martre plus ou 
moins gros serviront aussi à l'occasion. 

Guanos. — Les guanos ammoniacaux sont les moins 
ennuyeux à traiter. Gomme ils contiennent beaucoup 
de cristaux de fel ammoniac, on les exposera en mince 
couche à l'air ou sur une plaque légèrement chauffée. 
Lorsque l'humidité et l'ammoniaque auront disparu, 
le guano s'effritera comme une poudre sèche. Une terrine 
en étain de capacité appropriée sera ensuite à moitié 
remplie d'une solution de soude de 5 à 10 pour 100, 
suivant le besoin ; mieux vaut moins que plus, et cela dé- 
pend du guano employé. On portera le liquide à l'ébullition, 
et alors on y jettera peu à peu le guano en ayant soin d'agi- 



- 60 - 

ter constamment avec un bâton de verre ; après deux ou trois 
minutes d'ebullition, on lavera à grande eau bouillante et on 
laissera reposer chaque fois deux ou trois heures. Deux lava- 
ges suffiront, la couleur de l'eau sera d'ailleurs le meilleur 
guide, la couleur plus ou moins claire indiquant la propreté 
du guano. Le résidu sera ensuite bouilli à l'acide nitrique 
dans une capsule en porcelaine ; pendant l'ébullition, on y 
jettera quelques cristaux de bichromate de potasse. Cinq mi- 
nutes suffiront pour l'action de l'acide azotique. On lavera 
ensuite comme précédemment à l'eau bouillante. 11 va sans 
dire que c'est toujours de l'eau de pluie filtrée dont on 
usera. Trois lavages suffiront, et chaque fois on laissera 
reposer les diatomées. 

Le résidu sera ensuite mis dans une capsule et décanté 
après repos et en s'aidant d'une pipette. On couvrira avec 
de l'acide sulfurique, environ un centimètre par dessus la 
masse, et on chauffera jusqu'à l'ébullition. Comme les va- 
peurs qui se dégagent sont très désagréables, on fera bien 
de couvrir la capsule avec un couvercle en porcelaine que 
l'on aura eu soin de chauffer. Lorsqu'on l'enlèvera, on évitera 
de l'incliner, de peur que l'humidité condensée ne laisse 
couler quelques gouttes, ce qui provoquerait une projection 
du liquide bouillant. Après dix minutes au plus d'ebullition, 
on découvrira la capsule et on ajoutera quelques cristaux 
de bichromate de potasse et d'acide chlorydrique que l'on 
versera par petites gouttes avec une pipette. On laissera 
refroidir et on aura sous la main un verre de Bohême de 
200 grammes de capacité à moitié rempli d'eau bouillante; 
prenant alors la capsule, on versera très lentement quelques 
gouttes de l'acide mélangé aux diatomées, en agitant conti- 
nuellement avec une baguette de verre, jusqu'à ce que tout 
l'acide soit épuisé. Puis on lavera la capsule et on ajoutera 
cette eau de lavage au mélange acide. 11 ne restera plus qu'à 
laver à grande eau en laissant reposer. 

Le dernier résidu est maintenant composé presque uni- 
quement de diatomées qu'il faut encore laver. 



- 61 - 

Les guanos phosphatés sont plus difficiles à traiter et de- 
mandent à être bouillis dans une plus grande quantité 
d'acide chlorhydrique et jusqu'à trois fois. En outre, on 
ne laisse pas refroidir entièrement pour jeter l'acide. 

Une autre manière de traiter les guanos consiste à les 
laver tout d'abord à l'eau bouillante et à plusieurs reprises. 
Après quoi on les fait bouillir dans une solution à 6, 7 ou 8 
pour 100 de carbonate de soude; on peut prolonger l'é- 
bullition pendant un quart d'heure. Le résidu, bien lavé, 
sera bouilli de nouveau dans un mélange à parties égales 
d'acide nitrique et d'eau, pendant dix minutes environ. 
Après des lavages répétés, le dépôt est de nouveau bouilli 
dans l'acide nitrique pur, de cinq à dix minutes, puis lavé à 
l'eau bouillante. L'action de l'acide chlorhydrique sur le 
dépôt éliminera le sulfate de chaux et d'autres matières, 
par une ébullition de quelques instants, et un nouveau 
lavage à l'eau bouillante enlèvera définitivement ces corps 
devenus solubles. En dernier lieu, l'acide sulfurique con- 
centré carbonisera les matières végétales et animales, et 
le carbone disparaîtra par l'addition d'acide azotique. La 
quantité d'acide azotique sera réglée par la couleur du mé- 
lange qui doit passer du noir au rouge, puis au jaune foncé, 
puis au jaune clair. On lavera, comme nous l'avons dit 
plus haut, dans l'eau chaude et en usant des mêmes pré- 
cautions. 

Dans cette dernière opération on a essayé de remplacer 
l'acide azotique par le chlorate de potasse finement pulvé- 
risé et versé à très petites doses. 

Terres fossiles, boues, dépôts lacustres et sondages. — 
Suivant que ces matériaux seront durs ou friables, on pro- 
longera plus ou moins l'ébullition dans une solution de 
carbonate de soude; s'ils résistent trop, on agira avec le 
carbonate de potasse ou la potasse elle-même. Mais, comme 
on risque de détériorer considérablement les diatomées par 



- 62 — 

la potasse, on se trouvera mieux de renouveler l'ébullition 
au carbonate de soude, soit plusieurs fois de suite, soit 
après le dernier traitement à l'acide sulfurique, ce qui nous 
a presque toujours réussi. Le traitement, à part cette diffé- 
rence, est le môme que pour les guanos. Seulement, on 
prolongera plus ou moins, suivant le besoin, l'ébullition; 
ou, même, on supprimera l'action de l'acide azotique. Nous 
nous trouvons bien de procéder ainsi : ébullition dans le 
carbonate de soude 10 à 30 minutes, lavage; ébullition dans 
l'acide chlorhydrique 5 minutes, lavage 5 ébullition dans 
l'acide azotique et lavage ; enfin, ébullition dans l'acide sul- 
furique de 2 à 5 minutes, et mélange d'acide azotique, puis 
lavage définitif. Après quelques essais, on sera vite au fait 
de cette manipulation. 

11 existe pourtant certaines terres qui présentent de sérieu- 
ses difficultés pour obtenir leur émiettement. On est obligé 
de recourir à des moyens trop violents pour la fragilité des 
diatomées. Ainsi, on fera cliautfer fortement le bloc sur une 
lame de platine et on le jettera dans l'eau froide ; bien des 
frustules seront brisés; ou bien on le chauffera légèrement 
et on le jettera dans une solution de carbonate de potasse à 
40 ou 12 pour 100, et on fera bouillir quelques instants. 
Le carbonate de soude n'aurait peut-être pas le même suc- 
cès, mais il endommagerait moins les di a tomées. Dans aucun 
cas, on ne devra recourir à la trituration dans un mortier, 
ni même essayer d'écraser la terre entre les doigts. 

Récolles fraîches de diatomées. — Après qu'on aura débar- 
rassé de la vase les diatomées vivantes, on doit éliminer 
l'endochrôme, le protoplasme, les gouttelettes d'huile, etc., 
par plusieurs procédés qui sont tous également bons, mais 
plus ou moins rapides. La préférence devra toujours être 
donnée à- ceux qui agissent lentement, lorsqu'on disposera 
du temps nécessaire. En effet, moins on a recours a l'ébul- 
lition et moins on trouve de frustules brisés; sans doute, il 



- 63 - 

en reste toujours suffisamment pour l'observation, mais rien 
ne produit mauvais effet comme ces débris de zone connec- 
tive que les acides n'ont pu détruire, se mêlant aux. frus- 
tules intacts et ayant toujours soin de gêner un point inté- 
ressant du frustule observé. 

Une première méthode consiste à faire simplement bouillir 
dans l'acide azotique le dépôt à traiter. On mettra environ 
10 d'acide pour 4 de diatomées, plus ou moins, cela importe 
peu. Après deux ou trois minutes, on lavera à l'eau de pluie 
en laissant reposer plus ou moins longtemps, suivant la 
dimension des diatomées, et, lorsque l'eau , de laiteuse 
qu'elle était, sera devenue transparente, oir décantera et 
l'on recommencera le lavage ; au bout de trois ou quatre 
opérations, l'on usera une dernière fois de l'eau distillée, 
puis, après avoir enlevé la plus grande partie de cette eau, 
on mettra un peu d'alcool et on conservera définitivement 
dans un tube de verre bien bouché et étiqueté. 

Dans d'autres procédés rapides, on ajoute à l'acide azoti- 
que bouillant parties égales d'acide chlorhydrique ou bien 
un peu de chlorate de potasse pulvérisé. On peut aussi faire 
macérer et même bouillir dans le carbonate de potasse, puis 
laver et bouillir encore dans l'acide azotique. Au lieu de 
chlorate de potasse, quelques cristaux de bichromate de 
potasse produiront un effet analogue. Nous nous sommes 
très bien trouvé même, pour des espèces délicates et fragi- 
les, d'employer la dernière partie du traitement des guanos 
et terres fossiles, à savoir l'ébullition dans l'acide sulfurique 
avec addition d'acide azotique. Seulement, au lieu de laisser 
agir l'acide sulfurique bouillant pendant longtemps, nous 
cessons l'action de la lampe aussitôt que quelques crépita- 
tions, indices de son ébullition prochaine, se font entendre. 

Les procédés lents, les meilleurs, sont certainement ceux 
qu'indique le professeur Brun, de Genève. Nous les donne- 
rons sans y rien changer, car avec eux on est sûr de 
réussir : 



- 04 - 

« Les diatomées sont légèrement chauffées (au soleil ou 
sur un fourneau chaud) avec de l'acide chlorhydrique auquel 
on ajoute peu à peu de petits cristaux de chlorate de po- 
tasse. On laisse agir le chlore plusieurs jours (en agitant 
souvent), jusqu'à ce que les diatomées aient viré du fauve 
au blanc. Si l'emiochrôme ne se détruit pas ainsi entière- 
ment, il faut- enlever par décantation le liquide acide et 
faire agir l'ammoniaque caustique aqueux, pendant un ou 
deux jours. Cet alcali est décanté, puis on intervient encore 
pendant quelques jours avec de l'acide nitrique concentré 
froid. (L'action de l'alcali vis-à-vis de l'acide fonctionne au 
travers de la silice des valves par endosmose, et ce courant 
interne détruit très bien Pendochrôme et le coléoderme.) » 

On termine ensuite par les lavages comme il a été dit 
précédemment. 

Le second procédé, dû aussi à M. Brun, a été donné dans 
le Bulletin de la Société belge de microscopie, n° XI, 
26 août 1882. Malheureusement, il donne des résultats va- 
riables, que nous ne savons à quoi attribuer. Les doses 
indiquées doivent être rigoureusement suivies et les pro- 
duits employés de la meilleure qualité. 

« Si l'on a un magma frais de diatomées encore humides, 
on* y ajoute des cristaux de permanganate de potasse et 
très peu d'eau ; — si l'on a des diatomées desséchées, pures 
ou mêlées de débris organiques, on les arrose d'une solu- 
tion très concentrée du même sel, contenant même des 
cristaux en excès. 

» L'action de ce sel doit durer au moins douze heures. 
Il est bon de remuer quelquefois le mélange mis au fond 
d'une fiole d'une capacité de 100 grammes environ et de 
tenir cette fiole dans un endroit chaud (sur un fourneau 
ou au soleil, par exemple). 

» Il faut ensuite remplir la fiole à moitié d'eau et ajouter 
environ 50 centigrammes de magnésie calcinée. On agite; 
deux ou trois heures après on y verse plusieurs fois et par 



- 65 - 

petites doses (de \ gramme environ) et, de dix en dix mi- 
nutes, de l'acide chlorhydrique pur. 

» Pour les espèces très délicates ou à silice un peu cal- 
caire, on pourra ralentir et adoucir l'action du chlore, en 
mettant une plus grande quantité d'eau avant l'addition de 
l'acide. 

» On laisse agir en agitant souvent et l'on plonge au 
besoin (l'hiver) la fiole dans de l'eau chaude ou bouillante, 
jusqu'à ce que tout le contenu ait perdu sa couleur ; -^- 
l'opération chimique est alors terminée et l'on peut procé- 
der aux lavages, décantations, etc. — Rappelons que la pu- 
reté absolue de l'eau distillée pour ces dernières opérations 
reste toujours une condition essentielle de réussite. ;> 

Quand on aura obtenu les diatomées dans un état de 
pureté convenable, qu'il ne restera plus que des débris et 
de la silice amorphe à enlever, on s'occupera du lavage de 
ces matériaux. C'est la dernière opération avant le montage 
et ce n'est pas la moins longue. Il faut user de grandes 
quantités d'eau et avoir bon nombre de récipients. Dans 
cette opération, on s'efforcera de séparer les grandes espè- 
ces des plus petites, ce que l'on fera en agitant le liquide, 
puis laissant reposer quelques instants, quatre ou cinq se- 
condes, pour les formes les plus grandes, dans les terres 
fossiles, et plus longtemps dans d'autres cas. On fera bien 
de regarder une lumière à travers le vase en verre dont on 
se servira, et on verra les espèces se séparer et tomber plus 
ou moins rapidement au fond. Le sable tombera d'abord et 
on l'enlèvera en décantant de suite et laissant environ 1 cen- 
timètre du liquide ; on remplira de nouveau et, après un 
repos de même durée, on jettera le liquide avec le premier; 
on répétera cette opération jusqu'à six fois, en laissant cha- 
que fois le fond dans le vase et, à la fin, on ne trouvera que 
du sable dans le premier et les diatomées dans le second. 
Alors on recommence pour les grandes diatomées en lais- 

5 



— 66 — 

sant reposer plus longtemps; et, de cette manière, on pourra 
faire trois ou quatre portions de la même récolte, qui diffé- 
reront assez entre elles pour que la première contienne peu 
de formes de la seconde, la seconde différant aussi de la 
troisième et ainsi de suite. Il faut pour cette opération une 
expérience à laquelle aucune description, quelque détaillée 
quelque soit, ne saurait suppléer. 

Pour séparer les grandes formes d'avec les petites on peut 
se servir avec avantage de fdtres métalliques à diatomées 
que l'on trouve chez Bœcker, à Wetzlar, et qui rendent de 
réels services pour les terres fossiles. Ces filtres ont les 
mailles serrées jusqu'à 1/10° de millimètre et simplifient 
beaucoup le travail du lavage, car la silice amorphe se sépare 
bien plus facilement des diatomées quand on a réduit les 
dimensions des frustules d'une récolte variée à \ /10 e de mil- 
limètre. 

On doit aussi au professeur Christopher Johnston une 
remarque importante, relative aux formes discoïdales des 
diatomées. Lorsque le dépôt est presque ou entièrement dé- 
barrassé des matières étrangères, si l'on a soin d'employer 
un verre très propre, les diatomées rondes, mais seulement 
celles entières et non les fragments, adhèrent au fond du 
vase après quelques minutes de repos, au point que l'on 

1 peut verser le contenu sans parvenir à les détacher. Pour les 
avoir, on passe légèrement avec un pinceau très doux et on 
les a parfaitement pures. On recommencera ainsi l'opération 

"ei\ chaque fois, on aura de beaux résultats. Que ceux qui 

ont (les récoltes de diatomées discoïdales dans des tubes 

essayent de les agiter, ils en verront toujours une couche 

qii'iV fleur* sera impossible de détacher. 

l^nfWi/'si Ton veut nettoyer définitivement certaines récol- 

" tes qui, 8 malgré tous les soins, présentent encore des ma- 
.'{iere^i6oconn f euses, on les lavera avec une solution de savon 

''miScinaî/VjuVï'on fera ensuite disparaître par un dernier 

•^ia'èel'l^a^^fstlllée. 



- 67 - 

Lorsque toutes ce^ opérations auront été faites, on mettra 
les diatomées obtenues dans Jes flacons ou tubes de la col- 
lection, avec de l'alcool, et c'est de cette source que l'on 
tirera pour les préparations microscopiques dont nous allons 
nous occuper. 

PRÉPARATIONS ORDINAIRES. 

Les préparations de diatomées se font de plusieurs ma- 
nières : à sec et au baume. Les premières, à cause de la 
différence considérable des indices de réfraction de la silice 
et de l'air, permettent d'apercevoir plus distinctement les 
détails de leurs valves, mais elles ont l'inconvénient de se 
détériorer par l'introduction de l'humidité entre les deux 
verres ; en outre, elles sont fragiles. Les secondes, indes- 
tructibles, il est vrai, ont une transparence qui fait dispa- 
raître les ponctuations des espèces les plus délicates et sont 
bonnes, dans ce cas, à servir avec des objectifs hors ligne 
et presque spéciaux. Cependant, bien des espèces marines, 
et ce ne sont ni les moins nombreuses ni les moins belles, 
ne peuvent être préparées que de cette sorte à cause de leur 
opacité. Aussi devra-t-on pratiquer simultanément ces 
deux méthodes. 

Une tournette est indispensable pour faire les cellules 
de bitume employées pour monter les diatomées à sec. 
Quel que soit le produit employé, on devra laisser sécher 
les cellules à l'abri de la poussière, plusieurs jours et plu- 
sieurs semaines même. 

Nous recommanderons les vernis suivants qui nous ont 
donné d'excellents résultats : Assphaltlack, Feinster Mikros- 
kopiclack (chez Bœker, Wetzlar) ; Shellac (Wheeler, Lon- 
dres) ; Vernis au bitume, chez tous les préparateurs; Gold 
Size, excellent, quoique très long à sécher. 

Les covers seront toujours le plus mince possible, afin de 
pouvoir servir avec des objectifs puissants. Naturellement* 



— 68 — 

ils doivent être très propres et exempts de toute poussière. 

Les diatomées seront prises dans le tube à provision à 
l'aide d'une pipette, et on en déposera une petite quantité 
sur le cover en y ajoutant une goutte d'eau distillée. On ré- 
pandra également le liquide sur la surface du cover en 
appuyant dessus avec une aiguille pour ne pas l'entraîner 
pendant cette opération; puis, on fera sécher à une chaleur 
modérée sur une plaque de fer un peu épaisse (5 mm ) chauf- 
fée à la lampe à alcool. Lorsque l'eau sera évaporée, on 
portera ce cover sur une plaque de platine de 20 millimètres 
de côté, montée sur un anneau en fil de cuivre; celui-ci 
sera enroulé sur une tige droite de façon à mettre la plaque 
à la hauteur voulue pour que la flamme de la lampe agisse 
convenablement. 

Le cover muni des diatomées sera donc fortement 
chauffé jusqu'à ce que la masse des diatomées devienne 
entièrement blanche. Après quoi, on prendra le porte-objet 
sur lequel est la cellule de vernis et, après l'avoir bien 
essuyé et légèrement chauffé, on y posera le cover, les dia- 
tomées en dessous ; la cellule de bitume dépassant les bords 
du cover, on disposera celui-ci de manière que les circon- 
férences soient bien concentriques, en le poussant avec la 
pointe d'une aiguille jusqu'à ce qu'il ait atteint la position 
voulue. Puis, on chauffera avec précaution le cover en le 
passant, à plusieurs reprises, au-dessus de la lampe à alcool 
et, lorsque le vernis sera suffisamment ramolli, on n'aura 
qu'à appuyer avec l'aiguille pour que le cover devienne 
complètement adhérent. Après quoi, on donnera une nou- 
velle couche de vernis à la gomme laque dissoute dans 
l'alcool, afin de pouvoir user d'objectifs à immersion homo- 
gène. 

Les préparations au baume sont tout aussi faciles et plus 
solides. Pour cela, on préparera à l'avance un certain nom- 
bre de porte-objets en mettant au centre une goutte de 
baume du Canada et en les chauffant afin d'évaporer l'es- 



— 69 — 

sence ; pendant le refroidissement, on en enlèvera les 
bulles d'air s'il y en a. Les diatomées ayant été chauffées 
comme précédemment sur le cover, avant que celui-ci ne 
soit complètement froid, on y déposera une goutte d'essence 
de térébenthine. Lorsque cette goutte sera presque évapo- 
rée, on prendra le cover avec les pinces et on le mettra la 
face humectée en contact avec la goutte de baume parfai- 
tement sèche. Chauffant alors le porte-objet, on verra le 
baume se ramollir et la lamelle adhérer sans bulles d'air 
au baume. Il sera inutile de chauffer plus longtemps, et la 
préparation sèche et refroidie, on n'aura qu'à gratter l'excé- 
dent de baume autour du cover, et à laver à -l'alcool. 

PRÉPARATIONS SYSTÉMATIQUES. 

L'arrangement systématique des diatomées est devenu, 
depuis quelques années, d'un usage si courant, qu'il est 
nécessaire d'en connaître les procédés. 

Le triage des diatomées, lorsqu'il s'agit d'espèces assez 
grosses, telles que les eupodiscus, coscinodiscus, heliopelta, 
campylodiscus , arachnoidiscus , pleurosigma balticum , 
pinularia et navicula de grande dimension, etc., se fait à 
l'aide du petit appareil (fi g. 4 et 2) que chacun est à même 
de construire. Il se compose essentiellement d'une planchette 
épaisse A destinée à donner à l'appareil la stabilité voulue ; 
un bloc de bois B à pans coupés s'y trouve fixé et sert 
d'appui à la main. Dans un angle de la planchette, une 
tige en laiton D, doublement articulée et portant à son 
extrémité horizontale un doublet ou lentille Goddington F, 
peut élever ou abaisser les lentilles pour la mise au point. 
Une autre tige L à l'autre extrémité de la planchette sert de 
support à la petite plaque en platine M destinée à chauffer 
les diatomées pendant leur préparation. 

La partie principale de l'appareil consiste en un secteur 
en cuivre G, tenu au sommet du bloc ou pyramide tronquée 



- 70 - 

B à l'aide d'une vis V à large tête plate, qui lui permet de 
tourner autour de ce point comme centre. Cette platine 
est une plaque de cuivre, épaisse de 3 millimètres, 
noircie à sa partie supérieure et munie de deux ouver- 
tures 6 et c dont les centres se trouvent sur une même 
circonférence ayant pour rayon d b. Par suite de cette dis- 
position, les diatomées à aligner se trouvant sur un cover 
fixé en c, tandis que le cover sur lequel on les aligne repose 
en 6, il est facile, après avoir pris avec un poil emmanché et 
sous le doublet, une diatomée, de faire exécuter un mou- 
vement de rotation à la plaque et de déposer cette diatomée 
à une place qui reviendra se présenter à chaque nouveau 
mouvement. Il est bon que cette platine tournante soit assez 
grande pour que, lorsqu'une diatomée s'échappe par un 
mouvement trop brusque du poil, on puisse la retrouver 
par un déplacement horizontal du doublet. 

Pour fixer les covers sur la plaque de cuivre, j'emploie 
un petit morceau de paraline que je fonds à l'aide d'une 
petite tige en fer emmanchée G, chauffée légèrement à la 
lampe à alcool. Rien n'est plus facile que d'enlever ces 
covers, lorsque l'opération est terminée en les prenant avec 
une pince ou en les chauffant de nouveau. Il va sans dire 
que l'orifice le plus petit de la platine est destiné au cover 
sur lequel on aligne les diatomées, l'étroitesse de l'ouverture 
permettant de placer exactement au centre les diatomées, 
puisqu'on aperçoit dans le champ de vision toute la circon- 
férence. On ne s'étonnera pas de l'absence de miroir 
réflecteur au-dessous de la plaque, car les diatomées de 
grande dimension s'aperçoivent plus facilement et se 
cueillent aussi plus aisément lorsqu'elles sont sur fond noir. 
En effet, je colle sous la platine un morceau de papier noir 
qui ne laisse passer aucun rayon lumineux. Il se peut, du 
reste, que le miroir devienne nécessaire, et, dans ce cas, un 
petit miroir N peut se fixer à volonté sur la planchette et 
s'enlever lorsqu'il n'est plus utile. 



— 74 - 

Lorsqu'il s'agit du triage d'espèces très petites, ou, ce qui 
est le cas le plus fréquent, lorsqu'on veut isoler une ou deux 
diatomées d'un mélange, il devient indispensable d'avoir 
recours aux grossissements du microscope composé : 4 00 à 
4 50 diamètres L'appareil précédent étant insuffisant, on doit 
le modifier tout en conservant la partie la plus importante, 
la platine tournante. Voici le petit appareil qui nous a donné 
les meilleurs résultats (fig. 3) : 

Une plaque de cuivre rectangulaire A, épaisse de 2 milli- 
mètres, longue de 90, large de 35, percée au centre dune 
ouverture de 16 millimètres, porte sur un côté un secteur 
de cuivre B analogue au secteur G du grand appareil, mais 
plus petit que lui. De même que l'autre, ce secteur tourne 
autour de son centre et porte deux ouvertures dont les centres 
sont sur une même circonférence autour du point B, coïnci- 
dant aussi avec le centre de la plaque de cuivre. L'usage de 
cette plaque est le même que dans le cas précédent, elle se 
fixe sur la platine du microscope composé et se maintient à 
l'aide des valets. 

Pour permettre aupoil emmanché, avec lequel on recueille 
les diatomées, d'exécuter des mouvements assez petits et 
assez précis sous les objectifs d'un grossissement ordinaire, 
les mouvements de la main étant trop saccadés, il a été 
nécessaire d'utiliser le principe de l'ingénieux appareil de 
M. Châlon, professeur à Namur, et qui consiste en une 
pince en cuivre dont les mâchoires percées serrent, tout en 
la laissant libre de tourner autour de son centre, une 
petite sphère de cuivre dans laquelle glisse la tige formant 
le poil 

Sur un collier C (fig. 4) portant une ouverture dans 
laquelle peut passer ie pas de vis d'un objectif de un pouce, 
qui le serre ainsi au tube du microscope, se trouve une 
sphère G dans laquelle une tige T peut monter et descendre 
et être fixée par le bouton à vis V, à l'extrémité inférieure de 
laquelle la sphère du professeur Châlon et la tige du poil sont 



_ 72 - 

pincées et peuvent tourner librement. Tel est l'appareil 
qui, se montant sur le microscope, a l'avantage de ne pas 
se déplacer avec la grande plaque de cuivre pendant le 
triage des diatomées. Les mouvements du poil sont en 
raison inverse de la longueur du bras de levier opposé. En 
môme temps ils seront renversés, ce qui n'aura pas d'incon- 
vénient, puisque le microscope redressera ces mouvements. 
Cependant le mouvement en avant de la tige sera inverse, 
aussi faut-il une certaine habitude pour s'en servir aisé- 
ment. 

Les diatomées sont prises dans le tube à provision à l'aide 
d'une pipette I (fig. 1), et une goutte plus ou moins grosse 
du liquide, suivant l'abondance ou la rareté des diatomées, 
est déposée sur le cover mis sur la plaque en platine M. On 
les chauffe à la lampe à alcool et, après évaporation, on les 
calcine comme pour les préparations ordinaires. Il est plus 
facile parfois de les saisir lorsqu'elles sont très sèches que 
lorsqu'une légère humidité les fait adhérera la lamelle. 

Les instruments que nous venons de décrire sont loin de 
donnor les résultats d'instruments plus précis dont se 
servent les préparateurs et entre autres J.-D. Moller. Le 
« Mechanical finger, » de Zentmayer, n'était son coût trop 
élevé, devrait se trouver chez tout amateur qui tiendrait à 
composer des groupes de diatomées alignées symétrique- 
ment. 

Préparations au baume. — Un cover très propre, préala- 
blement fixé à l'aide d'un peu de parafine sur l'orifice de la 
platine tournante G, fig. \, ou 0, fig. 3, reçoit en son centre 
une petite goutte d'une solution de gomme bien pure dans 
de l'eau distillée ; on l'y dépose à laide d'un petit pinceau. 
La solution de gomme se compose d'une grosse goutte de 
gomme arabique épaisse dans 15 c. c. d'eau distillée. La 
gélatine donne peut-êlre de meilleurs résultats. Lorsque 
cette couche est sèche, ce que l'on obtient très rapidement 



— 73 — 

en été à l'air libre ou bien en approchant un petit bâton de 
fer chauffé au rouge, le cover à provision de diatomées 
est déposé en G et fixé comme le premier par la pa- 
rafine. Le doublet étant amené au-dessus de la platine et 
mis au point, on prend à l'aide de la main droite, munie 
d'un poil emmanché très court, un frustule de diatomée. 
Sans déplacer cette main, la main gauche fait exécuter un 
mouvement de rotation à la platine, et lorsque le cover se 
présente en B, on dépose la diatomée au centre, sur la 
mince couche de gomme qui y est restée. On prend ensuite 
le gros tube de verre H et, l'ouverture la plus petite tournée 
\ers la diatomée, on projette doucement l'haleine sur le 
cover. Un instant après, la diatomée se trouve fixée défi- 
nitivement et on procède à une nouvelle opération. 

Après que les diatomées ont été ainsi successivement ali- 
gnées et fixées, le cover est placé, la face couverte de dia- 
tomées en dessous, dans un verre de montre contenant de 
l'essence de térébenthine ou de lavande, ou bien du chlo- 
roforme, et on laisse l'imbibition s'effectuer pendant une 
heure environ. 

On met ensuite sur le porte-objet une goutte de baume 
du Canada avec le bâton de verre effilé K, et on le porte 
au-dessus de la lampe à alcool ; lorsque des zébrures se 
produisent dans la goutte de baume, on laisse refroidir la 
lame de verre et, s'il y a des bulles d'air on les crève ou les 
enlève avec une aiguille froide. A l'aide d'une pince, on 
retire le cover de l'essence et on l'égoutte quelque peu, puis 
on l'applique sur la goutte de baume que l'on a fait réchauffer 
un peu. Sous l'influence d'une chaleur plus forte, l'essence 
en excès s'évapore et le baume fixe complètement le cover 
et les diatomées sans dérangement de ces dernières. Si 
quelques bulles se produisaient par excès de chaleur, on 
appuiera du côté opposé avec une aiguille. Enfin, lorsque la 
lame de verre sera complètement refroidie, il ne restera 
plus qu'à nettoyer le baume qui a inondé les bords du cover, 



— 74 — 

ce qui se fait avec un canif, et on enlèvera les dernières 
traces avec un linge imbibé d'alcool. La préparation terminée, 
on posera l'étiquette, afin d'éviter toute confusion, lors- 
qu'on prépare un grand nombre de diatomées à la fois, ce 
qui est le cas habituel, 

Si l'on ne se trouve pas assez d'habileté pour employer le 
baume du Canada sans laisser de bulles d'air , on aura 
recours au vernis au copal, qui est bien plus long à sécher, 
mais plus maniable. Pour cela,, on le fait évaporer jusqu'à 
consistance sirupeuse, environ un tiers de son volume. On 
en déposera une petite goutte sur le porte-objet, et sans 
chauffer, on recouvrira avec le cover imbibé, porteur des 
diatomées. En maintenant ensuite la lame sur une plaque 
de fonte chauffée à 70° pendant deux heures ou plus, on 
obtiendra une dessication suffisante pour permettre de net- 
toyer l'excès de vernis autour du cover, sans appuyer trop 
fort cependant, et de mettre définitivement en boîte cette 
préparation qui sera complètement exempte de bulles d'air. 

Préparations à sec. — Ces préparations sont plus délicates 
et bien plus sujettes à dérangement que celles au baume. Ce- 
pendant, sans obtenir les résultats merveilleux de l.-D. Môller, 
l'habile préparateur de Wedel, on peut suppléer à ses pro- 
cédés inconnus par l'emploi du moyen suivant : On déposera 
sur le cover, au lieu d'une couche de gomme, une goutte de- 
baume du Canada dissous clans le chloroforme ou de vernis 
au copal. Les différentes solutions de ces résines seront très 
étendues, afin qu'après évaporation, la couche qui restera 
soit excessivement mince. Les diatomées seront déposées 
comme ci-dessus et on les fixera en ramollissant le baume 
par la petite baguette de fer fortement chauffée que l'on ap- 
prochera de la diatomée. Cette opération pourra se recom- 
mencer sans crainte à chaque nouvelle prise, et les diato- 
mées ne subiront aucun dérangement. Après quoi, le cover 
sera mis sur la plaque de platine, chauffée au rouge ; la 



- 75 - 

masse, d'abord noire du baume finira par disparaître sans 
laisser la moindre trace et les diatomées seront toujours 
restées à la même place. 

Si les diatomées sont montées sur un cover très petit (au 
plus m ,006 de diamètre), on fera sur le porte-objet un cercle 
ou cellule de bitume de m ,003 de diamètre intérieur et, 
lorsqu'il sera très sec (il convient d'avoir quelque cellules 
préparées au moins trois semaines à l'avance), on y déposera 
délicatement et sans secousse le cover, les diatomées en des- 
sous, et on l'y fixera en chauffant un peu au-dessus de la 
lampe à alcool ; alors on appuiera avec une aiguille, afin qu'il 
y ait une adhérence complète. Dans le cas où on aurait usé 
d'un cover de plus grand diamètre, il sera bon de faire deux 
cellules, la première ayant le diamètre extérieur du cover, la 
seconde de 2 ou 3 millimètres de diamètre. Le rôle de cette 
cellule intérieure sera d'éviter en premier lieu l'écrasement 
des diatomées, en nettoyant la préparation, et aussi leur 
dispersion par suite de manipulations trop brusques. 

En terminant ce travail peut-être trop détaillé, nous ferons 
cette remarque : que les premiers essais seront rarement 
couronnés de succès, et que l'on ne doit pas se décourager. 
Il est évident que si l'on prend pour modèles les prépara- 
tions de Môller et de quelques préparateurs en renom, on 
pourra se prendre à désespérer de jamais acquérir pareille 
habileté. Mais si l'on se munit d'une certaine provision de 
patience, et que l'on se borne à vouloir réunir sur un petit 
espace quelques diatomées dont les rares, mais beaux frus- 
tules, sont dispersés dans de nombreux débris, ou même 
former sur une préparation un groupe qui résumera la flore 
d'une localité, on ne devra jamais désespérer d'arriver à un 
résultat suffisant, à l'aide des moyens que nous avons décrits 
et qui tous, nous le garantissons, ont subi l'épreuve d'une 
longue pratique. 



- 76 - 

M. Azam, membre titulaire, communique les notes suivan- 
tes qu'il a recueillies à la Trappe de Staouelli : 

Etude du Pélargonium à la Trappe 
de Staouelli. 

Le Pélargonium ou Géranium, comme on l'appelle sou- 
vent improprement, est cultivé avec succès en Algérie, mais 
c'est à la Trappe de Staouelli que j'ai trouvé une culture des 
plus complète. Avant de vous parler des Géraniums et de la 
fabrication de l'essence, je crois devoir faire connaître en 
peu de mots cette grande concession exploitée par les Trap- 
pistes. La Trappe de Staouelli est située sur un large plateau 
à 30 kilomètres à l'ouest d'Alger. Ce plateau s'appelle en 
Arabe Staouelli, ce qui signifie « terre des saints. » Son alti- 
tude est de 150 mètres; une succession de dunes de sa- 
ble peu élevées le séparent de la mer. Ce n'est guère que 
depuis la conquête de l'Algérie que Staouelli est connu de 
nous; le 14 juin 4830 l'armée française débarqua à Sidi- 
Ferruch, à 5 kilomètres de Staouelli ; les trois chefs arabes, 
Ibrahim, gendre d'Hussein Dey, et les beys d'Oran et de 
Gonstantine, avaient dressé leurs tentes à l'ombre des pal- 
miers séculaires qui se trouvent maintenant au centre de 
l'abbaye. Le 19 juin 1830, la bataille sanglante qui nous ou- 
vrit la route d'Alger, se livra entre Sidi-Ferruch et Staouelli. 
Le lendemain du combat les aumôniers militaires célébrèrent 
une messe au pied des palmiers qui avaient abrité les chefs 
arabes. Après le passage des Français, Staouelli devint dé- 
sert ; ce grand plateau ne fut visité que par quelques tou- 
ristes qui venaient ramasser des éclats d'obus, en souvenir 
de la brillante victoire remportée par nos troupes. 

Treize ans après, le 11 juillet 1843, un arrêté autorisait 
les Trappistes à fonder un établissement à côté du champ 
de bataille. Le R. P. Dom François Régi, premier abbé de 
Staouelli, prit possession de 1,200 hectares concédés par 



— 77 — 
l'Etat. Les Trappistes commencèrent alors à livrer un autre 
combat, celui du travail, qui lui aussi devait compter ses 
morts. Quarante Trappistes furent employés à défricher ce 
grand plateau ; à cette rude tâche beaucoup devaient suc- 
comber. La fièvre fit rapidement de nombreuses victimes, 
en peu de temps la -majeure partie de ces travailleurs 
étaient morts ; les survivants étaient dans un tel état de 
faiblesse, que des condamnés militaires furent appelés pour 
leur donner des soins. Les morts furent remplacés immé- 
diatement par des religieux envoyés de France ; après un 
travail sans relâche qui dura quatre ans, le sol fut assaini 
et la fièvre disparut. Aujourd'hui la Trappe de Staouelli est 
une des plus belles propriétés de l'Algérie ; les 1,200 hec- 
tares concédés se divisent ainsi : 40 hectares de bois, 
300 de vignes, 30 de Géraniums, 120 de blé, 90 avoine et 
orge, 35 en cultures diverses, 200 non défrichés, reste 200 
hectares environ en fourrages, fruitiers, jardins et pépi- 
nières. Quatre cents personnes sont attachées à l'exploi- 
tation du domaine de la Trappe ; pour les travaux agri- 
coles on dispose de 30 paires de bœufs, 18 mulets et 15 
chevaux, un troupeau de 300 moutons du pays que l'on 
exploite comme producteurs de viande et qui en même 
temps fournissent beaucoup d'engrais; ajoutons à cela une 
magnifique porcherie qui a été organisée par un Trappiste, 
membre d'une grande famille de France, qui, après avoir 
été garde du corps de Charles X, fut désigné à Staouelli 
pour établir et organiser la porcherie. 

La culture du Pélargonium ou Géranium avec celle de la 
vigne, sont les deux cultures les plus importantes et les plus 
productives de la Trappe. 

Le Géranium est une plante d'une végétation puissante 
qui vient bien clans tous les terrains. Dans les sols argileux 
le rendement en feuilles est plus abondant, mais la qualité 
d'essence est moindre, tandis que dans les terres sablonneu- 
ses et légères il y a moins de feuilles, mais le rendement en 



- 78 — 

essence est bien plus considérable que dans les terrains ar- 
gileux. C'est aux premières pluies de septembre et d'octobre 
que se tout les plantations ; la terre doit être aussi bien 
préparée que pour la plantation de la vigne. 

Le Géranium le plus estimé pour la fabrication de l'es- 
sence, est le Pélargonium roseum, appelé communément 
Géranium rosat. 

Les plantations se font par boutures; on les plante à 80 
centimètres dans un sens et 30 centimètres dans l'autre, ce 
qui fait 40,000 pieds environ à l'hectare. Les travaux d'en- 
tretien sont les mêmes que ceux de la vigne. La coupe se 
fait lorsque le Géranium a atteint son plus grand dévelop- 
pement foliacé ; la première coupe a lieu en avril, la seconde 
en juillet et la troisième en octobre. Les coupes se font à la 
faucille, mais si on opère sur des jeunes plants, mis en terre 
l'hiver précédent, il est préférable de se servir du sécateur, 
avec la faucille on s'exposerait à en arracher beaucoup, à 
cause du peu de développement des racines. 

Toutes les coupes n'ont pas la même valeur au point de 
vue de leur richesse en essence : la seconde coupe, celle de 
juillet, donne moins de feuilles que les deux autres, mais 
le rendement en essence est plus grand. 

Le Géranium peut donner pendant dix à douze ans des 
coupes abondantes ; après ce laps de temps il dépérit ; il 
convient alors de l'arracher. Les racines, qui ont acquis 
un assez grand développement, sont utilisées comme com- 
bustible. 

La préparation des essences est basée sur deux ne leurs 
propriétés : leur puissance de ditï'usion et leur insolubilité 
dans leau. Pour utiliser cette puissance de diffusion des 
essences, on fait bouillir les substances qui les contiennent 
avec de l'eau. Celle-ci en s'évaporant entraîne l'essence 
dont sont imprégnés les tissus végétaux, et si on condense 
la vapeur, on recueille en même temps l'essence, qui, inso- 
luble dans l'eau, s'en sépare immédiatement. La Trappe de 



. - 79 - 

Staouelli possède six alambics, ce sont des alambics ordinai- 
res semblables à ceux que l'on a dans les laboratoires pour 
la distillation de l'eau. 

La manipulation est très simple, chaque cucurbite est 
chargée d'environ 1 20 kilogramme de feuilles et tiges de Gé- 
ranium fraîchement coupées ; on tasse légèrement le tout de 
manière à ne pas gêner le dégagement de la vapeur. On 
ajoute 60 litres d'eau, puis on ferme hermétiquement la cu- 
curbite. On chauffe pendant une heure environ, jusqu'à ce 
qu'il soit passé à la distillation, le quart de l'eau que l'on a 
ajouté au Géranium dans la cucurbite, l'opération est alors 
terminée. 

Les vapeurs condensées, essence et eau, se réunissent dans 
un récipient florentin, où l'essence insoluble dans l'eau et 
plus légère qu'elle se rassemble à sa partie supérieure et 
s'écoule par une ouverture, pendant que l'eau gagne le fond. 
Cette eau, qui garde une odeur d'essence, est conservée pour 
servir à la distillation d'une autre quantité de Géraniums. 

L'essence de Géranium, comme toutes les essences, ne 
peut se conserver longtemps. A la température ordinaire, 
elle absorbe l'oxygène de l'air et cette oxydation produit une 
matière résineuse qui la colore. La lumière la colore aussi, 
l'altère et hâte son épaississement ; il est donc nécessaire 
de la conserver dans des flacons bien bouchés et de les 
déposer dans un endroit obscur 

Un kilogramme d'essence revient environ à 35 francs, son 
prix de vente est en moyenne de 80 francs ; si on estime 
l'essenceà son prix moyen, un hectare de Géraniums rapporte 
annuellement 600 francs de bénéfice net. 

En médecine et pharmacie on ne fait pas usage de l'essence, 
cependant les indigènes du cap de Bonne-Espérance, d'où 
le Pélargonium est originaire, se servent de la décoction 
des tiges et des rhizomes comme astringent (Tilden). Sa 
destination véritable est pour la parfumerie; malheureu- 
sement depuis longtemps déjà, elle est presque toute em- 



- 80 - 

ployée pour la falsification de l'essence de rose, la fraude y 
trouve un grand bénéfice, car l'essence de rose de Turquie 
se vend 1 ,000 francs le kilogramme, tandis que celle de Gé- 
ranium ne vaut que 80 francs. On m'a assuré en Algérie, que 
les négociants en essencesde roses reconnaissaient facilement 
à l'odeur s'il y avait un mélange d'essence de Géranium ; il 
y a un moyen bien plus sûr de reconnaître cette fraude ; il 
s'agit de la soumettre à l'acide sulfurique et aux vapeurs 
d'iode : l'essence de rose pure n'est pas altérée dans son 
odeur par l'acide sulfurique et n'est pas colorée par les 
vapeurs d'iode ; tandis que si elle est fraudée par l'essence 
de Géranium, l'acide sulfurique lui donne une odeur désa- 
gréable et les vapeurs d'iode la brunissent. 

Le tableau suivant donne un aperçu du rendement et 
du prix moyen de vente des principales essences : 

Quantités produites 

par 100 Ml. de Prix 

matières premières. du kilogr. 

Rose de Turquie 0^038 1.000^. 

Rose de Provence 016 1.000 

YlangYlang «016 900 

Neroli 250 400 

Menlhe 150 140 

Pelargonium 110 80 

Bergamolte 150 60 

Amandes amères. 900 45 

Anis 2 250 50 

Orange 6 250 20 

Citron 6 250 25 

Lavande 1 600 15 

Romarin 2 600 8 



- 81 — 

Réunion annuelle du G Mars 4 883 

La réunion annuelle des membres a eu lieu, cette année, 
le 6 mars. M. Trulat a bien voulu se charger de faire une 
conférence sur l'Espagne. C'est le retour d'un voyage en Al- 
gérie par l'E<p.igne, qu'il a raconté à l'auditoire avec sa 
parole, entraînante habituelle 

M. Lluchde Diaz, consul d'Espagne, M. Sipière, président 
de la Société Hispano-Portugais,?, assistaient à cette intéres- 
sante séance. M. Trutat et ses compagnons ont rapporté de 
nombreuses photographies qu'il projette à la lumière oxhy- 
drique Il montre succès -ivemeut le port de débarque- 
ment, Carthagène avec ses grands arsenaux, Murcie, Tolède; 
la capitale d< j l'Espagne, Madrid et ses palais renfermant de 
précieuses collections artistiques. Puis, Ségovie, célèbre à 
bien des titres, et enfin Barcelone, la grande ville industrielle 
espagnole. 

M. Bidaud, président de la Société, porte un toast à 
l'avenir de la Société qui compte aujourd'hui dix-sept ans 
d'existence, et M. le Secrétaire-général se fait l'interprète 
de tous en remerciant M. Trutat de sa brillante conférence. 



Séance du 21 Mars 18*3. 

Présidence de M. Bidaud. 

M. le Président proclame membres titulaires : 

MM. Caralp, licencié ès-sciences naturelles; 
Boule, licencié ès-sciences naturelles ; 
Pendriez, répétiteur à l'Ecole vétérinaire. 

M. Gauran présente une intéressante collection d'objets 
d'Australie. 

6 



— 82 — 
M. le Secrétaire-général lit une 

Note sur la présence d'une espèce d'Athérine (Atherina 
Boieri, Risso) dans les eaux douces du canal du Midi, 
à Castelnaudary (Aude); 

Par le docteur G. Depf.ket, licencié ès-sciences naturelles, membre 

titulaire. 

La présence d'une espèce d'Athérine, poisson osseux de 
l'ordre des Acanthoptérygiens, famille des Athérinidés, dans 
le canal du Midi, est un fait intéressant, car il est tout à fait 
nouveau pour la faune ichthyologïque des eaux douces de 
notre pays. M. Blanchard ne fait aucune mention de ce 
genre dans son bel ouvrage sur les Poissons d'eau douce de 
la France. 

Cuvier et Valenciennes (Histoire naturelle des Poissons, 
vol. X, page 413) caractérisent ainsi le genre Atherina, 
Linné : « Les Athérines sont des Poissons à deux dorsales, 
à ventrales sous l'abdomen, à mâchoire supérieure protrac- 
tile, garnie de dents très menues. 11 en existe quelquefois 
au palais ; dans d'autres espèces, il est lisse. Leur corps est 
orné d'une large bande d'argent à chaque flanc. Cette bande 
est constante, ainsi qu'un petit trait noirâtre au bord supé- 
rieur de l'orbite. » 

Les espèces sont assez nombreuses et répandues dans 
toutes les mers. Sur les côtes de France, on en rencontre 
quatre espèces, dont trois dans la Méditerranée. L'espèce 
qui habite le canal du Midi se rapporte très exactement au 
Joël (Atherina Boieri, Risso], Cuv. et Val., Atlas, f. 303. La 
diagnose est la suivante : 

Tête courte et obtuse. OEil grand. Museau court. La dis- 
tance du bout du museau au bord antérieur de l'a n'égale 
que les deux tiers du diamètre de cet œil. Ses dents sont 
nombreuses et bien marquées. 



— 83 - 

La première dorsale a sept rayons ; la deuxième a un 
rayon épineux et 12 mous. L'anale comprend un. rayon épi- 
neux et 13 mous. La caudale a 17 rayons, la pectorale 44, 
la ventrale 1 épineux et 5 mous. La formule est donc la 
suivante : 

D. 7 — 1/42 A. 1/13 G. 47 P. H V. 1/5 

La taille des plus grands sujets que j'ai pu avoir ne dépasse 
pas 7 centimètres et demi. 

Une bande argentée formée de trois séries d'écaillés orne 
les flancs. La coloration est jaunâtre au-dessus de cette 
bande avec des points noirs régulièrement répartis en demi- 
cercle sur les bords libres des écailles. La couleur est blanc- 
jaunâtre sans points ou avec quelques points noirs irrégu- 
liers au-dessous de la ligne argentée des flancs. 

Cette espèce habite la Méditerranée, Iviça, Nice, Sicile, 
Malte, etc. Elle est commune sur la côte du Languedoc, 

Les espèces du genre Àtheriiia sont presque exclusivement 
marines. On a constaté cependant chez plusieurs d'entr'elles 
une tendance à fréquenter les estuaires des rivières et même 
à remonter les cours d'eau; VAtherinaRissoi, Cnv. et Valenc, 
de la Méditerranée, est signalée dans les eaux douces de la 
plaine de la Mitidja, près d'Alger, par MM. Letourneux et 
Playfair {Ichthyologie algérienne. Alger, 1871). D'après Cuvier 
et Valenciennes (loc. cit.), V Alherina presbyter, Cuv., de 
l'Océan, monte dans la Rance et dans les au'res rivières du 
nord de la Bretagne, en quantité prodigieuse aux mois de 
février, mars et avril. Parmi les espèces étrangères, YAthe- 
rina lacunosa, Forster, vit aux embouchures des petits ruis- 
seaux de la Nouvelle-Calédonie. VÀtherina menidia, Linné, 
afflue au mois d'avril dans les rivières de la Caroline. V Alhe- 
rina Boscii, Cuv., abonde dans les eaux saumâlres de Char- 
lestown. Enfin, les Alherina bonariensis, Cuv., et argenti- 
nensis, Cuv., remontent le Rio de la Plata pendant l'été. 

Le poisson qui fait l'objet de cette note vit toute l'année 



- 84 — 

dans les eaux douces du canal du Midi, à Castelnaudary 
(Aude), à une distance de 150 kilomètres environ de l'embou- 
chure de ce canal dans la Méditerranée. Il est donc entière- 
ment acclimaté dans une eau nullement saumâtre et il 
mérite à tous égards de compter dans la faune ichthyologi- 
que des eaux douces de la France. 11 est du reste extrême- 
ment abondant dans le canal, où il est parfaitement connu 
des pécheurs, qui le nomment Jol ; cette appellation est très 
voisine de celle de Joël, que la même espèce porte sur les 
côtes de la Méditerranée. 

L'acclimatement de ce petit poisson ne me paraît pas 
remonter à une dalc bien ancienne, et semble encore en 
voie d'évolution. Venue de la Méditerranée, où l'espèce est 
fort commune, tandis quelle n'est pas signalée dans l'Océan, 
l'Aihirine de Boier a remonté peu à peu le canal du Midi et 
jusqu ici elle n'a guère dépassé le point où je l'ai découverte. 
A Toulouse, M. Noulet ne l'a jamais rencontrée, malgré ses 
recherches sur les poissons d'eau douce des environs de cette 
ville. Elle y arrivera probablement un jour, et de la, pourra 
peut-être gagner l'Océan par le cours de la Garonne. 



Conférence sur les Diatomées 

Par M. Peragallo, ancien élève de l'Ecole Polytechnique. 

M. Peragallo fait un résumé rapide des notions actuelles 
sur l'intéressante famille des diatomées. Ces petits orga- 
nismes sont constitués par une cellule vivante simple, 
entourée d'une membrane , toujours siliceuse , appelée 
généralement frustule et qui est ornée de dessins, lignes 
et ponctuations très élégants et très fins. C'est pour arriver 
à résoudre les stries les plus fines de certains frustules, que 
les objectifs et les appareils d'éclairage les plus perfec- 
tionnnés ont été construits. Ces petits corps, qui sont d'un 



— 85 — 

emploi constant pour juger les qualités des objectifs, ont 
donc plus ou moins directement amené tous les perfec- 
tionnement-; apportés au microscope dans ces dernières 
années. 

Les premiers observateurs qui examinèrent des diatomées, 
voyant de petits élres enveloppés d'une espèce de coquille 
et souvent doués de mouvement, n'hésitèrent pas aies classer 
parmi le règne animal. Aujourd'hui qu'une élude plus 
approfondie a été faite des diatomées et surtout des formes 
microscopiques de ia vie animale et végétale, ce classement 
a été abandonné et les diatomées sont généralement con- 
sidérées comme des algues unicellulaires. En effet, tout 
dans leur mode d'existence les rattache au règne végétal; 
elles se nourrissent par décomposition directe de l'oxygène 
en dissolution dans l'eau, absorbant l'acide carbonique et 
dégageant souvent de l'oxygène en telle quantité, que 
les grosses bulles de ce gaz mises en liberté et plus ou 
moins retenues par les matières mucilagineuses qui en- 
tourent les iatomées, détachant toute la couche el l'amènent 
à la surface de 1 eau. Leur reproduction se fait par conju- 
gaison, et quant aux mouvements que l'on remarque chez 
certaines espèces, ils ne peuvent, en aucun cas, être un signe 
de leur animalité, d'abord, parce qu'ils n'ont aucune ap- 
parence de spontanéité et, ensuite, parce que presque tous 
les organismes végétaux, inférieurs présentent des mouve- 
ments qui souvent même semblent tout à fait volontaires et 
spontanés, à tel point que les anciens micrographes ont 
rangé parmi les animaux des organismes qui, suivis et 
étudiés avec soin, ont été reconnus n'être autre chose que 
des spores mobiles f'e cryptogames intérieurs, ou même des 
anthérozoïdes de végétaux assez élevés sur l'échelle des 
plantes. 

On peut donc définir une diatomée une algue unicellu- 
laire microscopique, à enveloppe siliceuse, se multipliant 
par subdivision binaire et se reproduisant généralement par 
conjugaison. 



- 86 - 

L'enveloppe des diatomées se compose de deux valves 
de formes variées : rondes, polygonales, carrées, allongées, 
sigmoï.les, etc., d'une, infinie variété, presque toujours ré- 
gulières, souvent géométriques, réunies par un anneau sili- 
ceux généralement composé de deux parties emboîtées ; le 
tout a l'aspect d'une petite boîte; au moment de la multi- 
plication, il se forme deux nouvelles valves à l'intérieur de 
la petite boîte qui s'entr'ouvre ensuite et met en liberté deux 
individus nouveaux. Quant à la reproduction vraie, elle a 
été observée chez très peu d'espèces, c'est une conjugaison. 

Les valves, et quelquefois les anneaux ou connectifs, sont 
ornées de dessins très élégants et très variés que les membres 
de la Société ont pu admirer sur les microphotographies 
des plus belles espèces projetées devant eux. Ces dessins, 
sur les valves discoïdes, de sujets atteignant à peine quel- 
ques centièmes de millimètre, sont d'une délicatesse à défier 
toutes les guillochures de montre ; ils sont constitués soit 
par les cloisonnements plus ou moins parfaits, soit plus 
généralement par des épaississements perlés de la subs- 
tance de la valve, ces perles étant déposées en lignes droites, 
courbées ou en quinconce. 

Ces êtres si petits ont-ils une importance 'quelconque 
dans la nature? Incontestablement ; car s'ils sont infiniment 
petits, ils sont en nombre infiniment grand; il n'y a pas 
d'eau, à moins qu'elle ne soit croupissante, qui n'en con- 
tienne en grande quantité et à certaines époques en si 
grand nombre, que l'on a essayé d'en faire industriellement 
du tripoli. Elles servent de nourriture aux animaux infé- 
rieurs qui, à leur tour, nourrissent les plus gros et elles 
assainisseï t, comme tous les végétaux, les eaux dans les- 
quelles elles vivent. C'est ainsi qu'elles rendent la vie ani- 
male possible dans les mers polaires du Sud où l'on ne 
rencontre pas d'autres végétaux. Leurs squelettes siliceux 
forment des couches géologiques puissantes sur lesquelles 
certaines villes, comme Berlin et Riclimond, en Amérique, 



— 87 — 

sont bâties ; elles constituent le tripoli le plus fin et le plus 
pur et sont souvent exploitées ainsi. Elles constituent géné- 
ralement les terres silicieuses qui servent à la préparation de 
la dynamite. 

On les trouve dans toutes les eaux soit libres, soit attachées 
aux herbes, algues, pierres et bois submergés par des ap- 
pendices variés qu'elles sécrètent, mais elles ne paraissent 
pas être parasites. 

Pour avoir soit au sujet de leur vie et de leur classifi- 
cation, soit au sujet des préparations à leur faire subir pour 
les examiner au microscope, on pourra consulter les ouvrages 
suivants, écrits en français : Pelletan, le Microscope et ses 
applications ; Van Heurck, le Microscope et la synopsis 
des diatomées belges; Brun, les Diatomées des Alpes et du 
Jura; Guinard, Récolte et préparation des Diatomées dans 
les Annales de la Soc. d'Hist. nat. de Montpellier ; Petit, les 
Diatomées et desmidiéts des environs de Paris ; ainsi qu'un 
grand nombre d'articles dus à d< s auteurs français et 
étrangers, et parus dans le Journal de micrographie et les 
Annales de la Société belge de Microscopie. 



Sûsktuu*. d» 4 avril 1883. 

Présidence de M. Bidaud. 

M. Azam appelle l'attention de la Société sur un Ficus 
carricus, gelé par les froids de l'hiver dernier, alors que 
deux Eucalyptus globulus, placés dans les mêmes condi- 
tions, ont résisté. 

M. le docteur Régi fait part de remarques faites à ce 
sujet à Toulouse et au Sénégal. 

D'après de nombreuses observations météorologiques fai- 
tes pendant plusieurs années, M. de Saint-Simon ne croit 



- 88 — 

pas que l'Eucalyptus globulus puisse s'acclimater dans la 
vallée de la Garonne. 

M. Bidaud donne de curieux détails sur les essences con- 
nues vulgairement sous les noms d'essences de Fraise, de 
Framboise, etc. 



L'invasion du Peronospora viticola dans 
le Sud-Ouest en 1882. 

Résumé d'une Conférence faite par M. Louis de Maiafosse 
dans une séance ordinaire. 

L'agriculture, gravement atteinte dans ses produits par 
l'invasion d'un cryptogame nouveau en nos contrées, le 
Peronospora viticola, demande les moyens d'arrêter ses 
ravages. La pratique agricole est obligée d'aller à tâtons 
vis-à-vis d'un mal qu'elle ne connaît pas, et la mycologie 
est loin d'avoir la série complète des phases de la vie du 
Mildiou. Aussi, entre l'étude technique de ce cryptogame 
faite par MM. Millardet et Prilleux et les remarques d'agri- 
culteurs ignorant la nature du mal qui les frappe, y a— t -il 
place pour les observations raisonnées d'un naturaliste étu- 
diant V acclimatation dans nos régions d'un parasite de la 
vigne qui était inconnu en nos parages il y a trois ou quatre 
ans. 

Mais avant d'étudier les phases locales de sa végétation 
en 1882, j1 faut dire quelques mots de ses transformations 
générales* qui sont les bases forcées de sa propagation et, 
quoique modifiées plus ou moins par le climat et la tempé- 
rature comme aussi par l'espèce sur laquelle est implanté 
le parasite, se retrouvent néanmoins partout. 

MM. Millardet et Frilleux, après une série d'observations, 
ont établi deux phases nécessaires dans le cycle du Pero- 
nospora, comme aussi deux modes de propagation. 



- 89 - 

Son apparition sur la vigne se manifeste par un mycélium 
serpentant dans l'épaisseur du parenchyme et produisant, 
par les stomates de la face intérieure des feuilles, des tiges 
conidil'ère?. Ces conidies, au bout de peu de temps, sen- 
tr'ouvrent pour laisser échapper les germes dont leurs capi- 
tules sont chargés et que le vent emporte au loin. La pro- 
pagation est très rapide et très étendue, car la ténuité de 
ces germes que l'on a nommés zoospores est extrême. 

Ces zoospores jetés par le vent sur une feuille de vigne 
s'y dessèchent bientôt s'il ne vient ni pluie ni rosée abon- 
dante et l'invasion est arrêtée. Mais, si l'humidité couvrant 
la face inférieure de la feuille lui permet de se développer, 
ce germe, que l'on a pour ce fait nommé zoospore, opère 
dans la goutte d'eau qui lui sert de véhicule des mouve- 
ments divers qui lui permettent de trouver un endroit pro- 
pice pour enfoncer une sorte de lige d'où le mycélium radi- 
culaire s'étendra à travers la feuille et produira ses ravages. 

Ces zoospores ne pouvant évidemment se multiplier 
que tant que la vigne a des feuilles, le parasite serait con- 
damné à l'infécondité s'il ne subissait pas une autre phase. 
C'est ici qu'apparaissent les oospores ou spores d'hiver. 

A 1 extrémité des radicelles des mycélium se forment des 
végétations globulaires très dures qui restent prises dans la 
feuille desséchée. 

Lorsque l'humidité et la chaleur du printemps les attei- 
gnent, environ vers le mois d'avril ou de mai, ces oospores 
se développent et s'entr'ouvrent, lançant dans l'air les ger- 
mes qui vont adhérer aux feuilles et renouveler le cycle. 
C'est là ce qu'ont révélé les expériences faites en serre ou 
les études en plein champ. J'ai furt abrégé ces détails con- 
nus de la boianique mycologique et je renvoie aux diverses 
notices de MM. Alillardet et Prilleux, pour en venir à ce 
qu'il y a de nouveau dans cette végétation parasitaire en 
4882. 



- 90 - 

L'invasion du Peronospora, en 18S0, surprit tout le monde. 
C'était une acclimatation toute nouvelle sur la vigne fran- 
çaise d'un parasite qui, jusqu'alors, était resté sur certains 
cépages américains. Beaucoup plus localisée qu'en 18*2, là 
où cette végétation s'établit elle fut plus active et, sur les 
souches infestées, toutes les feuilles atteintes furent dessé- 
chées en peu de jours. 

Comme il faut forcément aux zoospores une assez grande 
humidité pour pouvoir germer, l'été si sec de 188I arrêta la 
propagation du Peronospora et ce ne fut qu'à l'état précaire 
que quelques conidies poussèrent de çà et de là dans des 
vignes de bas-fonds humides. 

Le printemps si sec de 1882 ne permit pas la propagation 
au mois de mai et de juin. Au début de juillet, des recher- 
ches faites sur les parties de vignobles où étaient des fonds 
humides laissèrent voir, dans la première quinzaine, quel- 
ques plaques givrées et, en les étudiant à la loupe, on y 
distinguait des conidies développées. Le mal était à l'état 
latent. Pour l'extension et la propagation du parasite, il 
fallait une température plus humide. Le 16 et le 17 juillet 
furent des jours de pluie dans tout le Sud-Ouest ; le 18 fut 
un jour torride. On sait que la chaleur sur une grande hu- 
midité est une des conditions les plus favorables au déve- 
loppement de tous les cryptogames. Six jours après, on 
apercevait une dispersion énorme du Peronospora. Les 
feuilles ne tombaient pas encore, comme en 1880, mais 
jaunissaient beaucoup. Toutefois, les coteaux exposés au 
soleil levant, où l'humidité n'avait pu séjourner, et les 
vignes situces sur un sol très perméable n'avaient encore 
que peu de mal. 

Mais le 3 et le 4 août furent des jours d'un brouillard 
général qui développa les germes existants du Mildiou. 
Huit jours après, il se tiouvait presque partout. 

C'est ici où s'établit une ditférencc notable avec 
l'invasion de 1880. Beaucoup de feuilles résistèrent; la 



— 91 — 

plupart des ceps restèrent assez verdoyants et cependant 
le vin fait avec le produit de ces vignes fut de qualité 
pitoyable, fermenta très mal et offrit, peu après sa mise en 
fût, une production étrange de ferments qui rendent au- 
jourd'hui sa conservation plus qu'incertaine. 

Evidemment la chute des feuilles n'a pas joué là le même 
rôle qu'en 4880, le vin a eu son mal en lui-même, malgré 
que la vigne gardât son apparence ordinaire. 

Selon MM. Prilleux et Lespiaut, une autre phase de la 
végétation du Mildiou se serait montrée en 4882. Ce cryp- 
togame aurait végété clans l'intérieur du grain de raisin, 
sans laisser sortir au dehors des tiges conidifères. Ce serait 
là un point très grave s'il était prouvé; mais, évidemment, 
il nécessiterait comme corollaire une autre phase de végé- 
tation dans le vin lui-même après les filtrages ou les souti- 
rages, car le Peronospora ne peut développer là aucun 
mycélium et ce vin est toutefois altéré. 

La difficulté vient ici de ce que la chimie est forcée de 
s'unir à des études microscopiques sur les ferments ou mi- 
crospermes modifiant le vin. Cette question est loin d'être 
résolue. 

Mais une observation semble contredire, au moins en 
partie, la théorie de MM. Lespiaut et Prdleux. C'est que 
certaines espèces de vignes ont résisté aux attaques des 
cryptogames et ont donné un vin de bonne qualité. Je cite- 
rai le Gamay de Bouzes et LAlicante-Bouschet. 
, Or, les causes qui paraissent les avoir préservés viennent 
non du grain, mais de la feuille dont le feutre épais a résisté 
au Peronospora et aux perforations de son mycélium. Ces 
vignes restées vertes au milieu d'autres jaunies laissaient 
voir quelques conidies de Peronospora sur leur face infé- 
rieure, mais il ne s'y étendait pas et surtout n'y occasion- 
nait pas ces taches jaunes ou brunes traversant leur épais- 
seur. 

11 est impossible de conclure à la suite de remarques 



- 92 - 

faites une seule année, vis-a-vis d'un protée subissant avec 
une extrême sensibilité l'action de la température et de 
l'hygrométrie. Cependant, je serais très porté à croire que 
l'infection du suc de raisin provient de l'infection de la 
feuille. La sève est altérée sur de très grandes surfaces 
qui d'ordinaire, par la respiration des stomates de la feuille, 
jouaient un rôle considérable dans la circulation et la mo- 
dification de la sève. 

Cette sève altérée arrête dans le grain la production de la 
glucose et de la matière colorante de la pellicule. La verai- 
son se (ait mal. On trouve dans le jus de ce raisin altéré 
bien moins d'acide tartrique et bien moins de matière 
sucrée qu'a l'ordinaire. Dès lors s'explique très bien une 
mauvaise ou incomplète fermentation. 

Il se produit ensuite dans ces vins incomplets une se- 
conde et fausse fermentation désastreuse pour leur conser- 
vation. 

C'est ici où l'existence de cette phase du Pcronospora non 
cou d itère dans l'intérieur du grain me paraît combattue, 
car les ferments qui se développent dans le vin ne sont pas 
évidemment une suite des évolutions de ce cryptogame. 
A moins que l'on admette un second parasite de ce para- 
site lui-même faisant ses évolutions après la fermentation 
du vin. 

On le voit, cette question est des plus obscures et ce ne 
sera que par de longues observations chimiques et mycolo- 
giques, observations toujours très difficiles, que l'on pourra 
y apporter du jour. 

Nous devons je le crois, au point de vue du naturaliste 
proprement dit, nous efforcer d'étudier le mode de végéta- 
tion du Peronospora sur les diil rentes feuilles des divers 
cépages, puisqu'il y en a d'à peu près indemnes. 

Il est, en effet, très important de savoir si son extension 
est arrêtée par la contexiure de la feuille ou par la qualité 
de la sève. Je crois toutefois que cette dernière hypothèse 
n'est pas probable. 



- 93 - 

Quoi qu'il en soit, nous n'avons pas à douter que ce dan- 
gereux cryptogame ne soit acclimaté dans tout notre Sud- 
Ouest, puisqu'une année de végétation latente, comme en 
4 881, l'a laissé partout existant et prêt à profiter d'une 
température favorable pour tout envahir. 

Au point de vue agricole, on peut essayer de soufrages 
avec des antiseptiques divers dont plusieurs ont donné 
d'assez bons elfels; mais le naturaliste aura, cette année, à 
examiner surtout la marche de sa végétation sur la feuille 
elle-même et le rôle que cette végétation joue sur l'écono- 
mie générale de la plante. 

Les théories de MM. Prilleux et Lespiaut devront être 
étudiées à nouveau avec attention, pour savoir si cette végé- 
tation intérieure (si elle existe) n'a pas, à l'époque de la 
formation du grain, quelque indice extérieur autre que cette 
flaccidité remarquée l'an passé sur la pellicule du raisin et 
diverses taches encore mal définies. 



Séance du 18 avril 1883. 

Présidence de M. Bidaud. 

M. le Président proclame membre titulaire : 

M. Fernand Gineste. 

L'Assemblée décide de faire l'excursion à Carmaux. 

M. Regnault annonce que dans une récente fouille qu'il 
vient de faire à la grotte de M.nerve, avec notre collègue 
M. Sicard, ils ont trouvé des silex taillés et de trôs beaux 
quartziles. M. Gazalis de Fondouce avait nié l'existence de 
l'homme dans ces grandes excavations. 



- 94 - 

M. Jules Chalande , membre titulaire, communique le 
travail suivant : 



Etude sur les Géotrupes français 

Les Géotrupes sont classés parmi les insectes de l'ordre 
des Coléoptères, dans la tribu des Lamellicornes. 

Mœurs , habitudes. 

Les Géotrupes hantent de préférence les crottins de cheval, 
les vieux champignons mous et surtout les bouses aban- 
données dans les bois ou les pâturages ; c'est ce qui leur a 
valu le nom vulgaire de Bousiers. 

A peine l'insecte parfait est-il sorti de terre, que les 
soucis de sa progéniture et de sa nourriture le préoccupent 
entièrement. 11 pénètre d'abord dans les crottins ou les 
bouses et, après avoir satisfait son appétit glouton, il creuse 
en dessous un trou en forme de puits, légèrement incliné, 
d'une profondeur de m ,25 à n ,30 ; il le comble avec une 
portion de la matière stercoraire, en choisissant la partie so- 
lide plutôt que la partie fluide et y dépose un seul œuf; il 
creuse autant de trous qu'il en a à déposer. 

L'œuf éclot au bout de huit jours environ, il en sort une 
larve analogue à celle du hanneton. Celle-ci grossit en 
s'élevant peu à peu dans le puits, rempli préalablement 
d'aliments propres à sa nourriture et, comme le signale Mul- 
sant, elle ne change de peau que pour passer à l'état de 
nymphe. Sa dernière métamorphose a lieu quelque temps 
après. 

Pendant le jour, le Géotrupe se tient à l'entrée de son 
trou ou se vautre dans la matière qui le recouvre et, lorsque 
le soir arrive, il commence à marcher à la surface du sol, 
puis prend son vol, mais non sans peine ; souvent il s'élance 



- 95 - 

plusieurs fois et retombe lourdement sur le dos, avant de 
pouvoir prendre son essor. 

Son vol est lourd, généralement peu élevé et produit un 
fort bruissement qui révèle sa présence. 

Les Geotrupes ont leurs parasites comme les Nécrophores. 
Ces Acarides (Gamasus coleoptratorum) s'attachent à leur 
corps, souvent en grand nombre; ils sont principalement 
attachés aux articulations, sous le thorax et l'abdomen et 
deviennent d'autant plus nombreux que le Géotrupe appro- 
che de sa fin. 

Ces insectes, comme tous les stercoraires, peuvent être 
classés en première ligne parmi les espèces utiles. Ce sont 
les grands nettoyeurs du sol; ils font disparaître jusqu'aux 
derniers vestiges les matières en décomposition, et c'est 
dans les pays méridionaux où, sous l'influence d'un soleil 
plus ardent , la fermentation et la dissolution sont plus 
actives, que leurs services sont plus précieux. 



Plusieurs auteurs (Motschulsky, Mulsant) ont divisé les 
Géolrupes en deux genres distincts : les Geotrupes et les 
Tripocopris, dont les caractères différentiels sont : 



Geotrupes 

Pro thorax muni à sa base d'un 
rebord entier. 

Eîytres à quatorze ou dix-huit 
stries. 

Jambes antérieures offrant la 
première dent antérieure externe 
simple d* $ ■ 

Cuisses postérieures armées à 
leur bord postérieur d'une dent et 
offrant l'extrémité de leur tro- 
chanter relevée en forme de dent p* 
excepté chez le Sylvaticus ; iner- 
mes $. 



Tripocopris 

Prothorax muni à sa base d'un 
rebord interrompu entre sa partie 
médiane et ses angles latéraux. 

Elytres à rangées striaîes de 
points très légèrement marquées, 
parfois formant des stries légères. 

Jambes antérieures offrant la 
première dent antérieure, externe, 
bifide a*> simple £. 

Cuisses postérieures offrant leur 
trochanter relevé à l'extrémité en 
forme de dent d* 9 ; denticulées 
sur leur bord postérieur et munies 
de dents plus saillantes près des 
trochanter d" ; inermes 9- 



— 96 - 

Le caractère tiré du rebord basilaire du prothorax n'est 
pas de nature à créer un nouveau genre ; nous en trouvons 
le passage dans le Geotrupes hypucrita, chez qui le rebord 
postérieur est entier, mais fortement affaibli entre la partie 
médiane et les angles latéraux. 11 en est de même pour les 
stries des élytres, nous trouvons le passage entre les Tripo- 
copris et les premiers Geotrupes dans les Geotrupes hypo- 
crita et sylvalicris. 

Les caractères fournis par la première dent des jambes 
antérieures et par les cuisses postérieures chez le a*, seraient 
seuls de nature à pouvoir les diviser en deux genres ; mais 
alors on se trouverait obligé de créer un troisième genre 
pour le Geotrupes sylvaticus, dont les cuisses postérieures ne 
présentent ni de dent à leur bord postérieur, ni trochan- 
ter relevé en forme de dent o* 9. 

Nous décrirons donc les insectes faisant l'objet de ces deux 
divisions comme appartenant au seul genre Geotrupes. 

Caractères du genre. 

Maxima. — Long., 27 u,,b ; — Larg., U m,n . 
Minima. — Long., V2 mm hjl -, — Larg , 7 mm . 

Corps noir, verdàtre , bleuâtre ou violàtre métallique , 
convexe, glabre en dessus, hérissé de poils en dessous. 

Joues dilatées en forme de tranches horizontales coupant 
les yeux en deux parties, Tune supérieure, l'autre inférieure. 

Epistome rétréci en avant, laissant à découvert le labre et 
les mandibules. 

Antennes insérées en devant des yeux., sous le rebord des 
joues, composées de onze articles dont les trois derniers 
forment la massue. 

Mandibules arquées. 

Prothorax environ deux fois aussi large que long, sans 
cornes ni saillies, présentant sur chaque côté une fossette. 



— 97 - 

Ecusson très apparent, en triangle plus large que long. 

Elytres libres, couvrant des ailes propres au vol ; environ 
deux fois la longueur du prothorax, aussi larges que celui-ci ; 
rebordées latéralement, embrassant les côtés de l'abdomen 
et ne laissant dépasser à leur sommet que l'extrémité 
du pygidium ; marquées de stries pius ou moins apparentes 
ou de rangées striâtes de points. 

Jambes antérieures aplaties, élargies en avant, fortement 
dentées sur leur côté externe, armées d'un seul éperon, 
munies en dessous d'une arête longitudinale. 

Jambes intermédiaires munies à leur côté externe de 
saillies transverses, armées de deux éperons. 

Jambes postérieures armées également de deux ou trois 
saillies transverses et de deux éperons. 

Tarses filiformes, simples; crochets composés de deux 
ongles simples. 

Mulsant, dans son travail sur les stercoraires français (I), 
décrit six espèces dans le genre Geolrupes : 

Geotrupes stercorarius, Linné. 

— punctieollis, Malinowski. 

— putridarius, Erichson. 

— mutator, Mar.han. 

— hypocrita, llliger. 

— sylvalicus, Panzer. 

Les descriptions qu'il donne des Geotrupes mutator, hypo- 
crita et sylvaticus sont d'une parfaite netteté et ne laissent 
aucun doute sur les caractères et l'existence de leur espèce ; 
il n'en est pas de même pour le stercorarius, le punclicollis 
et le putridarius. Pour ces trois derniers, il y a eu unacer- 



(*) Annales de la Société d'Agriculture de Lyon, année 4 870, t. III, 
4°°» série. 

7 



- 98 - 

taine confusion due à la création de l'espèce putridarius, 
qui n'est qu'une variété du stercomrius et parfois du pimc- 
ticollis. 

Tous les putridarius qui m'ont été communiqués n'étaient 
que des stercomrius ç ou des puncticollis &. J'ai môme 
eu la bonne fortune d'étudier une série de Geotrupes dénom- 
més par Mulsant et où ces prétendus putridarius n'étaient 
que des $ de stercomrius. 

Les seuls caractères saillants sur lesquels s'appuie Mulsant 
pour maintenir l'espèce putridarius sont : 

Chez le <?. — Le prothorax, lisse sur son disque comme chez le sler- 

rorarius, tandis qu'il est légèrement parsemé de points chez le 

puncticollis. 
La dent des cuisses postérieures moins prononcée et les deux 

dénis antérieures de l'arête inférieure plus faibles que chez le 

puncticollis. 
Chez la 9. — Le prothorax lisse sur son disque comme chez le ster- 

corarius, tandis que le puncticollis 9 l'a ponctué. 

Ces différences ne sont pas importantes ; elles s'appuient 
sur des caractères qui ne sont pas constants. J'ai réuni des 
Geotrupes dont les prolhorax offrent une série non interrom- 
pue de tous les degrés de ponctuation. Il en est de même 
de la dent des cuisses postérieures et des deux dents anté- 
rieures , de l'arête inférieure des jambes de devant qui se 
trouvent plus ou moins développées ou plus ou moins fai- 
bles. 

Enfin, les putridarius & et ç se distingueraient du ster- 
corarius et du puncticollis par leurs mandibules « subsi- 
nuées seulement vers l'extrémité à leur côté externe, » tandis 
que ces deux autres espèces les auraient « ordinairement 
bissinuées à leur côté externe. » 

Mais, comme le dit lui-même Mulsant, en parlant du 
stercorarius, « il ne faut pas perdre de vue que les mandi- 
bules, comme diverses autres parties du corps de ces Ster- 



- 99 — 

coraires, se modifient suivant les conditions plus ou moins 
favorables dans lesquelles s'est trouvée la larve sous le rap- 
port de la nourriture. » 

Les caractères signalés plus haut ont trop peu de va- 
leur et cette dernière considération est assez importante 
pour faire rejeter l'existence de cette espèce créée sur 
des individus atrophiés et sans aucune différence cons- 
tante. 

Nous ajouterons donc le putridarius aux autres synony- 
mies du stercorarius et du puncticollis . 

Après le travail de Mulsant, M. Preudhomme de Borre 
a publié un tableau synoptique du genre Geotrupes (1) dans 
lequel il fait entrer aussi l'espèce putridarius, et où \e ster- 
corarius n'est plus l'espèce décrite par Linné, Latreille et 
Mulsant. Si l'on prend la description qu'il donne de l'arête 
longitudinale inférieure des jambes antérieures qui, d'après 
lui, serait lisse chez le o* et la 9 , tandis qu'en réalité, chez 
cette espèce, l'arête inférieure des jambes de devant est 
munie d'une forte dent chez le a* et est denticulée sur toute 
sa tranche chez la 9 . 

En revanche, nous devons à M. Preudhomme de Borre un 
caractère différentiel entre le stercorarius et le puncticollis 
que ne signale pas Mulsant et qui perme't de distinguer faci- 
lement les 9 de ces deux espèces lorsque le prothorax a un 
caractère équivoque. C'est, chez le puncticollis, l'abdomen 
longitudinalement pourvu d'une raie lisse, sans points ni 
poils, et chez le stercorarius, l'abdomen complètement 
pourvu de points pilifères. 

Dans le tableau synoptique des espèces du genre Geo- 
trupes, nous nous servirons de ce dernier caractère. 



(1) V Abeille, Nouvelles el Faits divers, 1874, n° ?. 



- 100 - 

Tableau synoptique du genre Geotrupes 

Elytres à stries profondes, intervalles convexes A 

Elytres à slries légères, intervalles plans B 

Elytres présentant des rangées striâtes de points, peu marquées, 

superficielles et en partie peu distinctes C 

/ Elytres à dix-huit slries, les neuf premières s'avan- 

. 1 çant jusqu'à la base mutator. 

Elytres à quatorze slries, les sept premières s'avan- 

çant jusqu'à la base D 

Abdomen complètement pourvu de points pilifères. stercoraiius. 
Abdumen longiludinalement pourvu d'une raie lisse 

sans points ni poils punclicollis. 

Jambes postérieures armées à leur côté externe de 

deux saillies transversales sylvalicus. 

Jambes postérieures armées à leur côté externe de 

trois saillies transversales hypocrita. 

I Prolhorax densérnent ponctué. Abdomen complète- 

] ment pourvu de points pilifères vernalis. 

! 



C : 

Prolhorax d'apparence lisse. Abdomen lisse sur un 



disque pyrenœus. 

Description des Geotrupes français. 

Geotrupes mutator Marshan. 
Long. <9 à 25 mill. — Larg. 9 à 12 mill. 

Corps ovale-allongé, convexe, d'un noir verdâtre, métal- 
lique, passant au violet et au bleu. 

Epistome relevé sur les bords, rugueusement ponctué, 
chargé d une arête médiane terminée en arrière par un 
tubercule conique ; creusé postérieurement d'un large sillon 
transverse en forme de croissant, dont les pointes sont di- 
rigées en avant. 

Mandibules fortement arquées, rugueusement ponctuées, 
ordinairement subsinuées vers l'extrémité. 

Palpes et antennes rougeàtres. 

Prothorax convexe, tronqué en ligne presque droite à la 



- 101 — 

base, légèrement bissinuée ; muni sur son pourtour d'un 
rebord entier et non crénelé ; creusé en arrière, sur sa ligne 
médiane, d'un léger sillon souvent réduit à une rangée de 
petits points ; généralement lisse sur son disque ou parsemé 
de quelques points épars ; garni, sur le bord antérieur, d'une 
rangée de points irréguliers et irrégulièrement disséminés; 
rugueusement ponctué sur les côtés jusqu'à la fossette. 
Parties voisines des bords d'une couleur plus claire, plus 
brillante et plus métallique. 

Ecusson légèrement rugueux, marqué sur sa ligne mé- 
diane de deux rangées de points en sillons irréguliers. 

Elytres convexes, arrondies postérieurement, ayant près 
de deux fois la longueur du prothorax; à environ dix-huit 
stries fortement ponctuées, les neuf premières s'avançant 
jusqu'à la base entre la suture et le calus humerai ; les 
deuxième et troisième, sixième et septième, réunies deux à 
deux à la base ou avant d'y arriver, souvent ne formant plus 
qu'une rangée de points plus ou moins espacés ou un sillon 
irrégulier ; les neuf dernières stries moins prononcées, 
souvent réduites à des rangées de points. Intervalles lisses, 
convexes, de largeur inégale. Bords latéraux des élytres 
d'une couleur plus claire, plus brillante et plus métallique. 

Pygidium couvert de points pilifères. 

Dissous du corps et pattes ordinairement d'un yert métal- 
lique, brillant, passant au bleu et au violet. Abdomen com- 
plètement couvert de points pilifères. 

Jambes antérieures armées à leur côté externe de sept ou 
huit dents, les trois ou quatre premières antérieures sépa- 
rées entre elles par de> espaces plus grands que les autres. 

Jambes postérieures munies à leur côté externe de trois 
saillies transverses entières, en comptant celle de l'extrémité. 

o* — Cuisses postérieures armées à leur bord postérieur 
dune dent dirigée ordinairement du côté interne et offrant, 
à l'extrémité de leur trochanter, une autre dent dirigée 



— 102 — 

aussi du côlé interne, et séparée de la première par un 
espace égal à la base de cette dent. — Jambes antérieures 
présentant les troisième et quatrième dents antérieures 
externes plus espacées entre elles que les deuxième et 
troisième, et surtout que les première et deuxième, munies 
d'une arête inférieure chargée de deux fortes dents corres- 
pondant à la troisième et à la quatrième dent externe. 

9 — Cuisses postérieures, inermes. — Jambes anté- 
rieures ayant les deuxième et troisième dents externes 
plus espacées entre elles que les première et deuxième 
et surtout que les troisième et quatrième, qui ne sont 
guère plus espacées que les autres ; arête inférieure den- 
ticulée sur toute sa tranche, armée dans le milieu d'une 
dent plus saillante que les autres. 

Cette espèce varie beaucoup de couleur, elle se distingue 
facilement de ses congénères par les stries de ses élytres 
plus nombreuses, dont les neuf premières, au lieu de sept, 
s'avancent jusqu'à la base des élytres, entre l'écusson et le 
calus humerai. 

De tous les Geotrupes, le mutator semble être le plus- 
commun ; on le rencontre partout. 
Les synonymies de cette espèce sont : 
Le grand pilulaire, Geoffr. 
Scarabœus stercorarius , De Geer. 
Scarabœus paliius, Malinow. 
Geotrupes stercorarius, Latr. 

Geotrupes stercorarius Linné. 
Long. 4 8 à 25 mil). — Larg. 14 à 44 mill. 

Corps ovale-oblong, d'un noir luisant, tirant vers le bleu, 
le vert, ou le violet foncé. 
Epistome formant un angle aigu en avant, légèrement 



- 103 — 

relevé sur les bords, densément et rugueusement ponctué, 
chargé d'une arête médiane terminée postérieurement par 
un tubercule conique ; creusé, en arrière de ce tubercule, 
d'un sillon transverse en forme de croissant, dont les poin- 
tes se dirigent en avant. 

Mandibules fortement arquées, rugueusement ponctuées, 
ordinairement bissinuées à leur côté externe. 
Palpes et antennes rougeâtres. 

Prothorax convexe ; tronqué en ligne presque droite, 
légèrement bissinué à la base ; présentant sur son pourtour 
un rebord entier non crénelé ; creusé sur sa ligne médiane 
d'un sillon, rarement entier, ordinairement interrompu vers 
le milieu de sa moitié antérieure, souvent réduit à une ran- 
gée de points épars ; lisse sur son disque ; garni sur le 
bord antérieur d'une rangée irrégulière de points; marqué 
sur les côtés de points s'avançant jusqu'à la fossette, épars 
près'de celle-ci et rugueux près des bords latéraux. Parties 
voisines des bords plus métalliques. 

Ecusson noir, lisse, marqué dans son milieu d'un amas de 
gros points, parfois prenant la forme de deux lignes mé- 
dianes. 

Elytres convexes , arrondis postérieurement ; près de 
deux fois aussi longues que le prothorax ; à environ qua- 
torze stries assez faiblement ponctuées, les sept premières 
s'avançant jusqu'à la base, entre la suture et le calus hu- 
merai ; la première et la deuxième ordinairement réunies à 
la base, ou avant d'y arriver, à la hauteur du sommet de 
l'écusson ; les sept dernières moins prononcées, souvent 
réduites à une rangée de points plus faibles postérieure- 
ment, mais plus réguliers. Intervalles lisses, convexes, pré- 
sentant à la partie antérieure quelques rides transverses. 

Pygidium en partie couvert de points pilifères. 

Dessous du corps et pattes, ordinairement d'un violet bril- 
lant métallique, quelquefois en partie d'un bleu violet. 
Abdomen complètement couvert de points pilifères. 



- 104 - 

Jambes antér'eures armées à leur côté externe de sept 
dents, quelquefois de huit, les trois ou quatre premières 
antérieures séparées entre elles par des espaces plus grands 
que les autres. 

Jambes 'postérieures munies de trois saillies transverses, 
entières, en comptant celle de l'extrémité. 

o" — Cuisses 'postérieures offrant, à leur bord posté- 
rieur, une dent dirigée du côté interne et armées à 
l'extrémité de leur trochanter d'une autre dent dirigée 
du côté externe, séparée de la première par un espace 
égal à la longueur de la base de cette dent. — Jambes 
antérieures présentant les troisième et quatrième dents 
antérieures plus espacées entre elles que les première, 
deuxième et troisième ; les autres se resserrant à mesure 
qu'on approche de la base; les quatre premières dirigées en 
arrière, les autres, dirigées en avant; munies d'une arête 
inférieure élevée graduellement depuis l'extrémité jusqu'à 
la troisième dent antérieure externe, armée en cet endroit 
d'une forte dent formant un angle avec la troisième 
externe, et reliée à la cinquième et à la sixième par une 
forte arête lisse, commençant par une échancrure profonde, 
puis qui se relève brusquement et s'abaisse ensuite gra- 
duellement jusqu'à la base au point de l'articulation. Cette 
arête, située dans un plan parallèle à la rangée de dents 
externes, est séparée de celle-ci par un espace canaliculé. 
La partie interne des jambes antérieures présente encore 
une légère arête partant de la base et s'atténuant vers la 
troisième dent externe, munie de quelques petites dents ou 
ondulations irrégulières. 

— Cuisses postérieures inermes. — Jambes antérieu- 
res présentant les première, deuxième et troisième dents 
antérieures externes plus espacées entre elles que les au- 
tres, les deux premières dirigées en arrière, les cinq autres 



— 105 - 

dirigées en avant ; munies à leur partie inférieure d'une 
arête partant de la base et aboutissant à l'éperon, unifor T 
mément denticulée sur toute sa longueur et servant de 
point d'insertion à une rangée de poils raides. 

Le stercorarius se distingue du mulator par ses élytres à 
quatorze stries, dont sept seulement s'avancent jusqu'à la 
base, entre la suture et le calus humerai ; il paraît commun 
dans toute la France. 

Les synonymies de cette espèce sont les suivantes : 
Scarabœus stercorarius, Linné. 
Scarabœus spiniger, Marsh. 
Geotrupes pulridarius, Erich. 

Geotrupes puncticollis Malinowski. 
Long. 44 à 24 mil!. — Larg. 8 1/2 à 43 mil!. 

Corps ovale -oblong, convexe, d'un noir mat, parfois 
soyeux et brillant. 

Epistome arrondi en avant, faiblement relevé sur les 
bords, rugueusement ponctué, chargé d'une arête médiane 
terminée en arrière par un tubercule ; creusé postérieure- 
ment d'un large sillon transverse en forme de croissant 
dont les pointes sont dirigées en avant. 

Mandibules fortement arquées, lisses à la base, finement 
ponctuées à l'extrémité, ordinairement bissinuées à leur côté 
externe. 

Palpes et antennes d'un brun rougeâtre. 

Prothorax convexe, tronqué, faiblement bissinué à la base, 
muni d'un rebord entier non cîénelé ; marqué sur sa ligne 
médiane d'une rangée de points, rarement entière; ordinai- 
rement ne s'étendant que sur la moitié postérieure ; garni 
sur son bord antérieur d'une rangée irrégulière de points; 
marqué sur les côtés de points s'avançant un peu au-dessus 
de la fossette; lisse ou parsemé de quelques points épars 



- 106 — 

sur son disque chez le <? , ou marqué de points assez gros 
et assez rapprochés chez la 9. Face externe du rebord anté- 
rieur d'un rougeàtre clair, brillant. Parties voisines du bord 
postérieur, et quelquefois des bords latéraux, d'un vert mé- 
tallique, passant parfois au violet. 

Ecusson noir ou d'un noir violet, lisse, marqué dans sa 
partie médiane de points affectant souvent la forme de deux 
rangées longitudinales, rarement prolongées jusqu'à la base. 

Elytres convexes, arrondies postérieurement, presque une 
fois plus longues que le prothorax, à environ quatorze stries 
ponctuées, les sept premières s'avançant jusqu'à la base, 
entre la suture et le calus humerai, la deuxième parfois ne 
l'atteignant pas ou se réunissant à la première ; les sept 
dernières moins prononcées, souvent réduites à des rangées 
de points plus ou moins nettement indiquées; la huitième 
strie se dédoublant en deux rangées de points depuis la 
moitié jusqu'au calus humerai. Intervalles lisses, convexes, 
surtout antérieurement, présentant parfois quelques rides 
transverses. Parties voisines des bords d'un violet ou vert 
métallique foncé. 

Pygidium couvert de points pilifères plus ou moins res- 
serrés. 

Dessous du corps et pattes d'un violet métallique foncé,, 
quelquefois d'un violet bleuâtre. Abdomen couvert de points 
pilifères, longitudinalement pourvu d'une raie lisse sans 
points ni poils. 

Jambes antérieures armées à leur côté externe de sept 
dents, les premières plus espacées entre elles que les der- 
nières. 

Jambes postérieures munies de trois saillies transverses 
entières en comptant celle de l'extrémité. 

(y — Cuisses postérieures armées à l'extrémité de leur 
trochanter d'une dent relevée dirigée du côté externe et 
munies à leur bord postérieur d'une autre dent génê- 



- 107 — 

ralement plus forte dirigée du côté interne, séparée de la 
première par un espace plus large que sa base. — Jambes 
antérieures présentant la troisième dent externe inclinée 
fortement du côté interne et séparée de la quatrième par 
un espace plus grand que les autres ; les cinquième , 
sixième et septième assez rapprochées entre elles, ces deux 
dernières presque nulles ; munies d'une arête inférieure d'une 
hauteur uniforme, s'avançant jusqu'au niveau de la troi- 
sième dent antérieure externe, terminée en cet endroit par 
une petite dent/ et chargée vers la base de deux ou trois 
dents rapprochées entre elles ; cette arête est séparée 
de l'arête externe par un intervalle plan non canaliculé. — 
Prothorax lisse sur son disque ou parsemé de points assez 
petits, espacés. 

$ — Cuisses postérieures inermes, présentant parfois une 
faible dent à l'extrémité de leur trochanler. — Jambes anté- 
rieures présentant les première , deuxième, troisième et 
quatrième dents externes, plus espacées entre elles que les 
autres, la septième rudimenlaire, chargée en dessous d'une 
arête de hauteur uniforme , présentant quelques dents 
obtuses, mal caractérisées. — Prothorax couvert de points 
s'avançant jusque sur son disque. 

Cette espèce se distingue facilement du mutator, par 
les stries de ses élytres ; du stercorarius, par son abdomen 
pourvu dans sa ligne médiane d'un espace lisse sans points 
ni poils o* ? ; par la troisième dent antérieure externe des 
jambes de devant, dirigée du côté interne, et par l'arête infé- 
rieure munie de plusieurs dents & ; par son prothorax pourvu 
de points s'avançant jusque sur le disque 9. 

Le puncticollis paraît habiter un peu partout, dans le Nord 
comme dans le Midi , mais toujours de préférence dans 
les pays humides et montagneux. 



- 108 — 

Les synonymies de cette espèce sont : 

Scarabœus puncticollis, Malinowski. 
Geotrupes stercorarius, variété minor, Erichs. 

— mesoleius, Thoms. 

— stercorarius, Gern. et Har. 
Scarabœus foveatus. Marsh. 
Geotrupes foveatus, Steph. 

— putndarius, Erich. 

— spiniger, Marsh. 

Geotrupes sylvaticus Panzer. 

Long., 13 à 48 mill. — Larg., 8 à H mill. 

Corps ovale-oblong, convexe, d'un noir verdàtre ou vio- 
Jàtre, parfois bleuàlre, presque toujours très brillant. 

Ep stome large, arrondi en avant, légèrement relevé sur 
les bords, rugueusement et densément ponctué, muni sur sa 
ligne médiane d'une arête terminée en arrière par un 
tubercule. 

Mandibules arquées, bissinuées à leur côté externe ; fine- 
ment ponctuées. 

Palpes et antennes d'un brun rougeàtre. 

Prothorax convexe, bissinué à la base, muni d'un rebord 
entier faiblement crénelé postérieurement ; marqué d'un 
sillon ponctué, rarement entier, occupant le plus souvent 
la moitié postérieure et le quart antérieur de sa ligne mé- 
diane ; parsemé sur son disque et le bord antérieur de points 
plus ou moins nombreux ; rugueux sur les côtés et criblé 
de points s'avançant jusqu'à la fossette ; parties voisines des 
bords latéraux d'un violet ou vert foncé; côté externe 
du rebord antérieur d'un rougeàtre clair, brillant. 

Elytres convexes, à environ quatorze stries crénelées, les 
sept premières s'avançant jusqu'à la base entre l'écusson et 



- 109 - 

le calus humerai. Intervalles plans, ridés transversalement 
et irrégulièrement. 

Pygidium d'un verdâtre métallique, ponctué, couvert de 
points pil itères. 

Dessous du corps et pattes d'un violet brillant ou d'un 
noir bleuâtre métallique. 

Jambes antérieures ordinairement armées de six dents 
à leur côté externe, munies quelquefois d'une septième 
dent rudimentaire, présentant à leur partie inférieure une 
arête denticulée. 

Jambes postérieures munies de deux saillies transverses 
entières en comptant celle de l'extrémité. 

o* — Cuisses postérieures inermes. — Jambes antérieures 
munies à leur partie inférieure d'une arête denticulée s'arrê- 
tant au niveau de la troisième dent antérieure externe 
et formant une courbé, concave, lisse à partir de ce point 
jusqu'à l'extrémité. 

$ — Cuisses postérieures inermes. — Jambes antérieures 
munies d'une arête inférieure denticulée jusqu'au niveau de 
la troisième dent externe, et granuleuse à partir de ce point 
jusqu'à l'extrémité. 

Cette espèce se distingue aisément de ses congénères par 
ses jambes postérieures ne présentant que deux arêtes trans- 
verses au lieu de trois. 

Le sylvaticus paraît habiter les endroits montagneux et 
boisés ; on le trouve principalement sous les mousses. 

Les synonymies de cette espèce sont : 
Scarabœus sylvaticus, Panz. 

— . stercorarius, Harth. 

— niyer, Marsh. 
Geotrupes moniicola, Heer. 



- 410 - 

Geotrupes hypocrita Illiger. 
Long., 16 à 20 mill. — Larg., 9 à 10 mill. 

Corps ovale-oblong, convexe, d'un noir mat terne. 

Epistome en angle arrondi en avant, faiblement relevé sur 
les bords, densément et rugueusement ponctué, chargé sur sa 
ligne médiane d'une arête terminée en arrière par un tuber- 
cule, creusé postérieurement d'un sillon transverse en forme 
de croissant. 

Mandibules arquées, ordinairement sinuées à leur côté 
externe, finement ponctuées. 

Palpes et antennes d'un brun rougeâtre. 

Prothorax convexe, tronqué, légèrement bissinué à la 
base, muni d'un rebord entier non crénelé ; lisse sur son 
disque, marqué sur les côtés de points assez rapprochés; 
mais n'atteignant pas la fossette ; marqué parfois sur sa ligne 
médiane d'une rangée de points espacés, réduite le plus 
souvent à quelques points situés au quart antérieur et au 
quart postérieur. Rebord basilaire affaibli entre la partie mé- 
diane et les angles latéraux. Parties voisines des bords laté- 
raux d'un noir verdâtre. 

Ecusson rugueux, parsemé de quelques gros points épars. 

Elytres un peu plus de deux fois la longueur du prolhorax ; 
arrondies postérieurement ; à quatorze stries, fines, légère- 
ment ponctuées ou formées d'une rangée de points ; les sept 
premières s'avançant jusqu'à la base entre l'écusson et 
Je calus humerai, la cinquième et parfois la deuxième irré- 
gulières, bifurquées en avant, en deux rangées de points 
plus ou moins épars et irréguliers. Intervalles larges, plans, 
parfois présentant des rides transversales légères. 

Pygidium d'un beau bleu , finement couvert de peints 
pilifères. 

Dessous du corps et pattes en partie d'un beau bleu ou 



— 411 — 

d'un vert métallique et d'un cuivreux doré brillant. Abdo- 
men d'un beau vert métallique, présentant chaque segment 
bordé d'une bande cuivreuse dorée, très brillante. 

Jambes antérieures armées de six dents, les trois premières 
plus écartées entre elles que les autres. 

Jambes postérieures munies de trois saillies transverses», 
en comptant celles de l'extrémité. 

o* — Cuisses postérieures armées à leur bord postérieur 
d'une dent obtuse, dirigée plutôt du côté interne que du 
côté externe ; munies à l'extrémité de leur trochanter d'une 
petite dent couchée dans la direction externe. — Jambes 
antérieures présentant une arête inférieure, située dans un 
plan parallèle à la rangée de dents externe, denticulée sur 
toute sa base, armée d'une forte dent au niveau de la troi- 
sième externe et d'une autre petite isolée, au niveau de la 
deuxième externe. 

2 — Cuisses postérieures inermes. — Jambes antérieures 
présentant l'arête inférieure finement denticulée sur toute sa 
tranche et munie au niveau de la troisième dent externe, 
d'une petite dent relevée dépassant toutes les autres. 

Observation. — D'après Mulsant, les dimensions de cette 
espèce varieraient beaucoup. 11 donne : long , m ,0439 à 
n ,0M3; larg., 0",008 à (K0112. 

Cette espèce se distingue des précédentes par les inter- 
valles de ses élytres, qui sont entièrement plans ; par sa cou- 
leur noir mat en dessus et ses brillantes couleurs bleues, 
vertes et dorées en dessous. Elle se distingue en outre du 
sylvaticus par les trois arêtes transverses de ses jambes pos- 
térieures. 

Le Géotrupe hypocrita semble être peu commun ; il habite 
de préférence les contrées chaudes du Midi ; cependant 
Mulsant le signale comme assez commun aux environs 
de Lyon. 



- 112 - 

Les synonymies de cette espèce sont : 
Scarabœus pilularius, Linné. 
— siercorarius, Rossi. 

Geotrupes pilularius, Gem. et Har. 

* Les deux espèces suivantes : G. vernalis et G. Pyrenœus, 
sont classées, dans le travail de Mulsant, dans le genre Tri- 
pocopris. 

Geotrupes vernalis Linné. 
Lcqg., U à 18 mil!. — Larg., 8 à M mill. 

Corps ovale, convexe, d'un noir terne. 

Epistome large, arrondi en avant, rugueusernent ponctué, 
chargé sur sa ligne médiane d'un tubercule terminé en 
avant par une faible carène ; creusé en arrière d'un sillon 
en forme de triangle, les deux pointes dirigées en avant. 

Mandibules bissinuées à leur côté externe. 

Palpes et antennes noirâtres. 

Proihorax convexe, rebordé sur les côtés, bissinué à la 
base, muni à celle-ci d'un rebord déclive, interrompu entre 
sa partie médiane et les angles latéraux ; densément et ru- 
gueusernent ponctué sur les côtés jusqu'à la fossette; den- 
sément marqué de points inégaux sur son disque. 

Ecusson lisse, fortement ponctué sur toute sa base. 

Elytres convexes, presque deux fois la longueur du pro- 
thorax, à rebords externes relevés en forme de gouttière, 
surtout en avant; marquées en arrière d'une strie juxta- 
su tu raie, rendant l'intervalle suturai plus ou moins con- 
vexe; présentant sur le disque et sur les côtés des rangées 
striales de points peu marqués, parfois visibles seulement 
vers le sommet. Intervalles plans, ridés transversalement 
et irrégulièrement. 

Dessous du corps et pattes d'un noir bleuâtre ou d'un 



- 113 - 

violet brillant. Abdom -n complètement etderisément pourvu 
de points pilifères. 

Jambes antérieures armées à leur côté externe de sept à 
neuf dents, les premières antérieures plus fortes et plus 
espacées entre elles, les dernières près de la base rudimen- 
taires. 

Cuisses postérieures présentant l'extrémité de leur tro- 
chanter relevé en forme de dent o* et $. 

Jambes postérieures munies de deux saillies transverses 
entières, en comptant celle de l'extrémité. 

a* — Cuisses postérieures den'iculées sur leur bord pos- 
térieur; les première et deuxième dents de la base plus 
fortes que les autres, souvent réunies ensemble, et ayant 
alors 1 aspect d'une saillie rectangulaire ou d'une large dent 
bifide. — Jambes antérieures armées à leur côté exierne 
d'une rangée de huit à neuf dents, la première antérieure 
bifide, souvent émoussée, séparée de la seconde par un 
espace assez large, celle-ci presque aussi forte que la pre- 
mière, les autres graduellement affaiblies à mesure qu'on 
s'approche de la base, les dernières rudimentaires; munies 
d'une arête inférieure présentant en avant, à la base de 
l'éperon, deux petits tubercules et chargée de cinq à six 
dents en forme de lamefes transverses, la première très 
forte correspondant à la deuxième exierne, les autres gra- 
duellement plus petites en s'avançant vers la base. 

9 — Cuisses postérieures inermes. — Jambes antérieures 
armées à leur côté externe de sept à huit dents, la première 
simple, de même grosseur que la deuxième, les autres gra- 
duellement plus petites en s'avançant vers la base, les der- 
nières rudimentaires, les première, deuxième et troisième 
plus espacées entre elles que les autres ; munies d'une 
arête longitudinale inférieure denticulée sur toute sa tranche. 

8 



— m — 

Cette espèce est facile à distinguer des précédentes par 
ses élylres munies seulement de rangées striales de points, 
à intervalles fortement ridés, et par son prothorax densé- 
ment ponctué. En outre de ces caractères, ceux fournis par 
la première dent externe des jambes antérieures, bifide; 
par les dents de l'arête inférieure qui sont en forme de la- 
melles transverses, et par les dents de l'arête des cuisses 
postérieures chez le a*, ainsi que celui que présente le 
trochanter chez la $, ne peuvent permettre de les confon- 
dre avec les espèces déjà décrites. 

Le Geotrupe vemalis, quoique habitant presque toutes 
les parties de la France, ne paraît pas être très commun. 
Les synonymies de cette espèce sont : 

Scarabœus vemalis, Linné. 

Le petit pilulttire, Geoff. 

Geotrupe s lœvis, Curt. 

Stemotrupes vemalis, Jekel. 

Geotrupes Pyrenasus Charpentier. 

Long. 42 4/2 à 17 mill. — Larg. 7 à 10 mill. 

Corps ovale-oblong, ordinairement d'un noir verdàtre ou 
bleuâtre métallique brillant. 

Epistome large, arrondi en avant, faiblement relevé sur 
ses bords rugueusement et densément ponctué, chargé 
sur sa ligne médiane d'une arête ou plutôt d'un cône peu 
élevé et à large base se prolongeant en avant; présentant 
en arrière une dépression bissinueuse, moins rugueusement 
ponctuée. 

Mandibules fortement bissinuées a leur côté externe. 

Palpes » t antennes noirs, parfois d'un noir violàlre. 

Prothorax convexe, rebordé antérieurement et sur les 
côtés, bissinué à sa base et muni à celle-ci d'un rebord 



— 415 — 

interrompu entre la partie médiane et les angles latéraux ; 
creusé en arrière sur sa ligne médiane d'un léger sillon 
divisant le rebord postérieur, souvent nul et parfois pro- 
longé jusqu'au bord antérieur; marqué sur les côtés de 
points ne s'avançant pas jusqu'à la fossette. Disque marqué 
de petits points très nombreux, visibles seulement à une 
forte loupe, et laissant au prothorax un aspect lisse très 
brillant. Parties voisines des bords d'un vert clair brillant. 

Ecusson abaissé à la base, lisse, marqué de quelques 
point< irrégulièrement placés. 

Elytres convexes, pas plus longues que larges, presque 
une t'ois et demie aussi longues que le prolhorax; arrondies 
postérieurement; à rebords externes relevés sur toute leur 
longueur jusqu'au sommet ; marquées d'environ dix-huit 
rangées striales de points, dont les neuf premiers s'avancent 
jusqu'à la base, entre l'écusson et le calus humerai, les pre- 
mière et deuxième, quatrième et cinquième, huitième et 
neuvième, ordinairement assez réguLères et formant sou- 
vent des stries peu profondes. Intervalles plans, marqués 
de rides transverses parfois très nombreuses. RepLs des 
élytres d'un vert clair métallique très brillant. 

Dessous du corps d'un violet métallique. 

Pâlies d'un vert métallique foncé. 

Abdomen marqué de quelques points et garni sur son 
pourtour de poils obscurs, n'occupant sur le disque que le 
bord postérieur des segments, lisse sur le reste. 

.Limbes antérieures armées de sept à neuf dents à leur 
côté externe, munies à leur partie inférieure d'une arête 
longitudinale. 

Cuisses postérieures présentant l'extrémité de leur tro- 
chanier relevé en forme de dent tf, $. 

Jambes postérieures munies de deux saillies transverses. 

o* — Cuisses postérieures dentelées sur leur bord posté- 
rieur et munies de den.s plus saillantes vers la base. — 



- 116 - 

Jambes antérieures armées à leur côté externe de huit à 
neuf dents, la première antérieure bifide, celles de la base 
rudimenlaires ; présentant l'arête longitudinale inférieure 
munie de cinq à six dents en forme de lamelles transverses, 
les deuxième, troisième et quatrième plus fortes que les 
autres. 

$ — Cuisses postérieures inermes. — Jambes antérieures 
armées à leur côté externe de sept à huit dents, les doux 
premières antérieures plus fortes et plus espacées, celles 
de la base rudimenlaires, la première antérieure, simple ; 
présentant l'arête longitudinale inférieure finement denti- 
culée sur Lmte sa tranche. 

Le Pyrenœus ne peut être confondu avec le vernalis, il 
s'en distingue par son abdomen lisse sur son disque et par 
son prothorax d'un vert métallique brillant, d'une appa- 
rence lisse et parsemé de points beaucoup plus petits et 
visibles seulement à une forte loupe. 11 se distingue des 
autres espèces par ses élytres marquées de rangées striales 
de points au lieu de stries. 

C'est à tort que cette espèce a été considérée par plu- 
sieurs auteurs comme une variété du vernalis; le caractère 
fourni par l'abdomen complètement pourvu de points pili- 
fères chez le vernalis, tandis qu'il est lisse sur son disque 
chez le Pyrenœus, est un caractère spécifique constant qui 
ne permet pas de réunir ces deux espèces. 

Le Geotrupe Pyrenœus, comme son nom l'indique, se 
trouve tiès communément dans les montagnes des Pyrénées, 
on le trouve dans toute la partie méridionale de la France, 
où il habite principalement dans les bois. 

Les moeurs de cette espèce diffèrent beaucoup de celles 
des autres Geotrupes. Les Pyrenœus creusent des trous obli- 
ques, peu profonds, d'environ 10 centimètres au plus; sou- 



- 417 — 

vent, ce ne sont que de simples galeries sous des pierres, 
où ils transportent à grand'peine les provisions pour leur 
progéniture. Ils vivent rarement seuls, on les trouve ras- 
semblés quatre ou cinq sous chaque pierre, ou en très 
grande quantité dans la terre et sous la mousse autour des 
bouses. J'en ai ramassé une fois, dans ces conditions, 
quatre-vingt-dix-huit réunis dans un espace d'environ 
30 centimètres de diamètre, autour d'une bouse. 



Séance du 8 mai 4 883. 
Présidence de M . Bidmjd. 

MM. Boule et P Fabre, au nom de M. Barthélémy, pro- 
fesseur dp zoologie à la Faculté des sciences de Toulouse, 
invitent la Société à se joindre aux membres de la Faculté 
qui doivent aller visiter le laboratoire zoologique de Banyuls- 
sur Mer. M. Boule donne des détails sur cette excursion qui 
aura lieu vers le 20 mai courant. 

Le fondateur de cet établissement, M. de Lacaze-Duthiers, 
membre de l'Institut, professeur d'anatomie comparée à la 
Sorbonne, viendra exprès de Paris pour faire lui-même les 
honneurs de son œuvre. 

M. le Président prie MM. Boule et Fabre de remercier 
M. Barthélémy de son aimable invitation. 

L'assemblée décide que M. le Secrétaire-général enverra 
un programme détaillé de cette excursion à tous les mem- 
bres de la Société. 

M. de Saint-Simon, membre titulaire de la Société, donne 
lecture du travail suivant : 



- 118 - 

Note sur les Bulimes auriculiformes 
de la Nouvelle-Calédonie. 

Messieurs, 

Je viens au nom de M. Théophile Savez, correspondant 
de la Société d Histoire naturelle, vous communiquer un 
Bulime aunculiforme que cet observateur consciencieux a 
recueilli a la Pointe d'Artillerie, près de Nouméa, au mois 
de mars 18^0. Ce Bulime se rapproche du B. senilïs décrit, 
en 1869, par mon regretté ami M. Gassies, dans le Journal 
de Conchyliologie, mais cette dernière coquille est beaucoup 
plus grande; en outre, sa forme se rapproche de celle du 
B.porphyrostomus par rallongement des tours, ainsi que par 
la déviation de l'ouverture entre la columelle et le bord 
libre, tandis que l'espèce communiquée par M. Savez pré- 
sente l'avant-dernier tour plus trapu et plus renflé; l'ouver- 
ture est plus arrondie près de la columelle. Ces caractères 
se retrouvent chez les B. fibralus et Souvillei. 

J'ai l'honneur de soumettre à la Société, comme éléments 
de comparaison, les B. Guestieri, forme voisine du Sou* 
villei, ainsi que le B. porphyrostomus ; chez le premier,, 
l'ouverture présente à peu près la même disposition que 
celle de l'individu semi-fossile de la Pointe d'Artillerie. 
Chez le p rphyrostomus, l'ouverture rappelle beaucoup celle 
du se ni lis. 

Les tonchyliologues, qui veulent connaître les types cu- 
rieux dont se compose le groupe dont les trois Bulimes 
communiqués font partie, trouveront de nombreux détails 
dans le Mémoire publié par M. Crosse en 1804. (Voir Etude 
critique sur les Bulimes auriculiformes de la Nouvelle- 
Calédonie et des terres voisines, Journal de Conchyliologie, 
XII e volume, pages 105 à 151.) Je vais résumer rapidement 



— 149 — 

cet intéressant travail ; je parlerai ensuite d'une Notice de 
M. Marie sur les animaux de ces Bulimes remarquables par 
leur taille ainsi que par leur forme, et je terminerai ma 
Notice en résumant les observations faites par M. Fischer 
sur les organes internes des B. porphyrostomus et Scarabus. 
Quelques observations que j'ai faites moi-même pourront 
concourir, jusqu'à un certain point, à compléter cette der- 
nière étude, autant que m'a pu le permettre létal des 
animaux qui ont souffert par suite d'un séjour prolongé 
dans l'alcool. 

Le B. fibralus a été la première espèce signalée par 
Martyn, en 1 764, sous le nom de Limax fibralus. Ce Bulime 
a été décrit et figuré, en 1845, par Chenu. 

Albers, en 1850, crée pour ce groupe le sous-genre 
Placostylus qu'il compose de trois espèces : le fibralus de 
Martyn, le Calédoniens de Petit de la Saussaye, enfin, le 
Shongii, étranger à la Nouvelle-Calédonie et dont la forme 
est toute différente. Le nom de Shongii n'a pas été con- 
servé , cette espèce ayant reçu antérieurement celui de 
Bovinus, dans Y Encyclopédie méthodique de Bruguière. 

M. Crosse conserve dans sa Notice sept espèces, dont le 
nombre devra être probablement réduit, ce sont les : 
Buliinus Âlexander Crosse. 

— Souvillei Morelet. 

— fibrattts Martyn. 

— porphyrostomus Pfeiffer. 

— Calédoniens Petit. 

— Pseudo-Caldonicus Montrouzier. 

— Scarabus Albers. 

Quant au Seemanii, que l'auteur rattache à ce groupe, il 
est douteux qu'on puisse l'y laisser. Le dernier tour est 
mallée, il est vrai, comme celui des types calédoniens, 
mais l'ouverture présente une forme complètement diffé- 
rente. Il est, en outre, étranger à la Nouvelle-Calédonie; 

Je crois que les B. Alexander et Souvillei doivent être 



— 120 — 

réunis, si l'anatomie ne révèle pas des différences plus 
importantes que celles de la coquille. La forme de l'ouver- 
ture m'a paru à peu près la même, lavant-dernier tour 
est bombé dans les deux types. Ainsi, les caractères signalés 
par M. Crosse ne me paraissent pas bien importants. On 
peut faire la même observation sur d'autres formes se rat- 
tachant aux B. porphyrostomus et Scarabus. 

Le B. fibralus est plus allongé que les Alexander et Sou- 
villei. L'ouverture est plus étroite et en même temps plus 
oblique. Il me paraît constituer une forme relativement 
assez fixe et tranchée sous ces rapports, bien que sous 
d'autres il varie d'une manière remarquable chez les nom- 
breux individus de ce type. 

Le B. porphyroslomus est encore plus distinct. Son* ou- 
verture est très oblique et présente à l'intérieur une colo- 
ration d'un pourpre sombre. Je possède des individus dont 
la coquille est allongée; d'autres en même temps, plus 
trapus, se rapprochent d'une autre forme, le Scarabus, qui 
est caractérisé par un péristome bien plus épais. 11 résulte 
de cette structure que le pli columellaire est droit et 
allongé ; en outre, l'échancrure du bord libre est plus 
accusée. Au premier abord, ces caractères ne paraissent pas 
suffisants pour prouver que ces deux Bulimes appartiennent 
à deux espèces différentes, mais les caractères anatomiques 
particuliers à chacun de ces deux mollusques sont plus 
tran liés. 11 existe plus de doutes pour le Caledonicus et le 
pseudo-Caledonicus . 

En avril 4868, MM. Crosse et Marie décrivaient dans le 
même Recueil, un nouveau Bulime recueilli sur le mont 
Mou et le désignaient sous le nom de B. Bavayi. 11 diffère 
complètement de ceux dont je viens de parler. L'ouverture 
est grande, arrondie, et présente une obliquité en sens 
inverse de celle des précédents. D'après les auteurs qui, 
les premiers, l'ont signalé, les vieux individus présentent 
une dent sur l'avant-dernier tour, .le possède un de ces 



- 121 - 

Bulimes non adulte et un autre dont le péristome est formé 
bien qu'encore étroit; aucun des deux ne présente de trace 
de cette dent. Cette particularité avait été notée déjà dans 
le travail dont je viens de parler. 

En 1857, MM. Crosse et Fischer ont décrit un nouveau 
Bu lime auriculiforme auquel ils ont donné le nom de 
Mariei; il se rapproche pour la forme générale et celle 
de l'ouverture du Calédoniens. 

Un autre type, le B. Annibal, a été décrit plus tard par 
M. le docteur Souverbie. (Voir Journal de Conchyliologie, 
1869, pages 416 et 417.) La figure de ce type a été 'publiée 
dans le 3 e fascicule de l'année suivante. D'après la figure, 
cette dernière forme me paraît bien voisine du fibralus, 
dont il semble différer par une ouverture moins oblique et 
une columelle moins contournée. 



Pendant longtemps, on ne savait que peu de chose sur 
l'animal de ces Bulimes. Seulement, M. Gould avait fait 
connaître une particularité curieuse de celui-ci. Le pied, 
au lieu de se terminer en pointe comme les Hélices et les 
Bu.imcs d'Europe, est arrondi à l'extrémité. 

La note de M. Marie, publiée dans le même Recueil en 
! 870 (voir pages 381-391 ), donne des détails a^sez nom- 
breux sur les animaux de ces types et d'autres qui s'y rat- 
tachent, elle en fait connaître l'habitat, les mœurs et la 
ponte. La coloration généralement foncée varie peu; ces 
animaux sont aussi granuleux presque au même degré. 
Seulement la granulation et plus faible chez le B porphy- 
rostomus, sa couleur est aussi plus claire. L'observation la 
plu^ importante de M. Marie, est celle qui se rapporte aux 
tentacules supérieurs; bien que l'œil soit situé à l'extrémité 
de ceux ci comme chez les Héiicidés d'Europe, il n'existe 
pas de bouton. 

Les types étudiés par M. Marie sont les suivants : 



- 122 - 

Bulimus Souvillei, 

— Alexander, 

— CaledonicuSy 

— Kanalensis, 

— ftbratus, 

— Ouveanus, var. Lifouanay 

— Marieiy 

— porphyrostomus, 

— Bavayi. 

D'après M. Marie, les espèces ou formes sont réparties 
dans l'île de telle manière qu'on n'a pas pu expliquer jus- 
qu'à présent leur polymorphisme. 

On sait que ces mollusques jouent un rôle important dans 
l'alimentation des indigènes et particulièrement chez ceux 
qui habitent le sud de l'île. 

Enfin, d'après M. Marie, M. Heckel, pharmacien de la 
marine à Nouméa, est parvenu à préparer avec le B por- 
phyrostomus, un sirop qui serait plus onctueux que le sirop 
d'Escargots d'Europe. 

En 1S71, M. P. Fischer a donné, dans le Journal de Con- 
chyliologie, pages 161 à 166, et pi. VIII, fig. 1 à 8, les 
premiers détails sur l'anatomie de ce groupe. 11 n'a eu 
malheureusement à sa disposition que deux espèces : les 
B. porphyrostomus et Scarabus. 

Il est difficile de faire une anatomie avec des individus 
en partie détériorés par un long séjour dans l'alcool et de 
couleur foncée comme ont dû l'être les animaux examinés 
par M. Fischer. 

Les organes étudiés par l'auteur, appartiennent aux sys- 
tèmes digestif et reproducteur. Il signale seulement l'épais- 
seur de la poche pulmonaire, que j'ai pu constater sur le 
B. Kanalensis; en outre, la grosse veine pulmonaire est 
droite et très longue. Autant que me l'a permis l'état de 
l'individu que j'ai étudié, le sac de Bojanus m'a paru très 
développé, ce qui expliquerait l'abondance de mucus et 



— 423 - 

l'épaisseur de coquille qui caractérisent les Bulimes de ce 
groupe. 

L'e tomac, par sa structure, appartient au type des pul- 
monés herbivores. Il en est de même pour la mâchoire et 
le ruban lingual. 

La mâchoire, par ses côtes qui se touchent et convergent 
vers le bord libre, est celle des Pulmonés goniognathes. Le 
nombre des côtes n'est pas toujours le même d'un côté que 
celui de l'autre partie. 

Les dents rachiales et latérales sont grosses et trapues. 
Ce caractère s'accorde avec ceux de la mâchoire et du tube 
digestif. 

La formule dentaire est : 

(25 — 1 — 25) x 1 05 pour le B. scarabus 

et (60 — 1 — 60) x 100 pour le porphyrostomus . 

J'ai examiné la mâchoire et le ruban lingual d'un Bulime 
de ce gfroupe. Malheureusement, l'animal étant séparé de la 
coquille, je n'ai pas pu savoir s'il appartenait au poiyhyros- 
tomus ou au fibratus. J'ai pu constater l'exactitude de la 
plupart des observations de M. Fischer. 

La formule dentaire de cet individu est la suivante : 

(40 + 24 + 1+24 + 40) X 120. 

Elle se rapproche des précédentes. 

La rainure rachiale est apparente; les dents marginales 
décroissent d'une manière remarquable ; il existe deux 
formes : celle représentée dans la planche du Journal de 
Conchyliologie ; on voit chez ces dents un commencement 
de lamelle; les plus extérieures se composent d'un support 
large, pyriibrme et arrondi contre la base des cuspides ; 
celles ci sont au nombre de trois, courtes, grosses, égales 
et à pointe obtuse. 

Les ligures du Journal de Conchyliologie ne reproduisent 
pas les cuspides accessoires des dents latérales; ces cuspides 



— 124 — 

sont assez courtes, grosses, divergentes. La planche laisse à 
désirer sous ce rapport. 

Le système g^nitil a été décrit avec soin. Je vais en 
signaler, d'après l'auteur, les principales particularités. 

Il n'existe pas de flagellum et la par lie libre du canal 
déférent est courte. La poche copulatrice est représentre par 
un canal large et dont le diamètre est le même dans toute 
sa longueur. H est plus long chez le B. scarabus que dans 
celle du porphyrostomus. 

Les vésicules muqueuses et la poche à dard manquent 
complètement et rien ne les remplace. 

La glande en grappe se compose de deux rangées de 
cœcums séparés par une rainure médiane. Le canal excré- 
teur est large; il se compose de circumvolutions pressées 
les unes contre les autres. Enfin, il existe un talon simple, 
contourné et sans bouton. 

Les figures déjà citées révèlent des dilïérences sensibles. 

La mâchoire du porphyrostomus est plus trapue, plus 
obtuse aux extrémités que celle du scarabus. Les côtes pa- 
raissent plus espacées. 

Le canal copuiateur du porphyrostomus est plus court que 
celui du scarabus; en revanche, la verge est plus longue. 

La glande de l'albumine du scarabus est plus trapue que 
chez le porphyrostomus ; il en est de même pour la glande 
en grappe. D'un autre côté, le talon paraît plus allongé. 

Je viens d'examiner les dents pharyngiennes ou embryon- 
naires du ruban lingual que je possède; elles sont impor- 
tantes à étudier. Les moins développées des marginales se 
composent de trois crochets allongés, égaux et disposés en 
éventail. Les latérales sont rédu tes à un simple crochet 
comme ceux des Rhytides; elles reposent sur une plaque 
trilobée et sont flanquées d'un appendice corné qui, en se 
développant, devient la lamelle; elles paraissent lentement 
échancrées à leur base. Les rachiales présentent une struc- 
ture à peu près semblable. 



J'avais étudié depuis longtemps ce système de dents chez 
le Bulimus détritus, la plus grosse espèce des Cuîimes de 
France avec le Rumina decollatu. On ne sera pas fâché de 
connaître le résultat de mes observations, qui remontent 
au moins à î 870. 

On remarque, à la partie postérieure du ruban lingual, 
quatre ou cinq rangées de dents marginales et latérales 
naissantes; la forme de ces dents est très curieuse ; elle 
justifie les assertions que j'ai mises en avant dans mon 
Mémoire sur le Rumina decollata. Les deux cuspides des 
dents marginales constituent à elles seules presque toute 
la dent et sont complètement séparées en forme de sabre; 
elles sont munies chacune d'un support étroit, échancré à 
sa base et terminé vers le bord opposé par un appendice 
en trèlle ; de même que chez les dents complètement for- 
mées, la cuspide qui regarde le côté du raehis est la plus 
grande. Les grains sont très petits et ovales. Les dents laté- 
rales sont aussi composées de deux crochets séparés, mais 
la forme est toute différente. On voit que la petite dent se 
compose de deux parties : un support ressemblant à celui 
des dents marginales des Hélices, c'est-à-dire étroit, allongé 
dans le sens de la largeur du ruban, un peu contourné, il 
donne naissance à une cuspide semblable à celle des dents 
marginales, très petite, parallèle au raehis, en l'orme de 
sabre, assez pointue. La dent principale est beaucoup plus 
grande que la précédente, très inclinée vers le raehis; elle 
ressemble beaucoup à une corne de bœuf contournée en S 
et terminée par une pointe très aiguë ; c'est d'elle que part 
la lamelle qui paraît plus large et plus développée que celle 
de la dent parvenue à son développement complet; comme 
dans celle-ci, la pointe marginale de récliancrure est la 
plus longue. Il résulte des observations précédentes, que 
chez le B. détritus comme chez le Fer. Ve.coi, les cuspides, 
dans les premières phases de leur développement, forment 
des dents séparées ainsi que leurs supports. Il est probable 



— 126 — 

donc que la base commune des dents à plusieurs cuspides 
(palmettes) des Hélïcéens est produite par la soudure des 
bases des crochets primitivement isolée 

J'ajouterai quelques observations sur les cellules ^pithé— 
liales du ruban lingual. On voit celles-ci par transparence à 
un très tort grossissement sous 1'épiderae du bord marginal ; 
elles sont extrêmement petites et munies d'un noyau central 
noir. En étudiant le bord en question et l'examinant latéra- 
lement, on reconnaît que la plaque en est entièrement com- 
posée. Les séries de cellules sont très visibles à la base de 
chaque dent. Néanmoins, elles ne sont pas aussi régulières 
que celles du Rumina decollata. 

La mâchoire du B. KanaUmis est plus trapue que celle des 
porphyrostomus et scarabus, d'un fauve roux. La notation 
est 19* — 16; les cotes sont très serrées, moins fortes que 
chez les Bulimes étudiés par M. Fischer, un peu sinueuses 
et coupées par des stries d'accroissement qui leur donnent 
une apparence granuleuse comme les lignes caillantes qui 
couvrent les élytres de certains Carabes. D'un côté, la forme 
générale et la notation se rapprochent de celles du B. sca- 
rabus ; d'un autre, elles en diffèrent beaucoup par le nombre 
des côtes qui sont très serrées. Les plus nombreuses conver- 
gent davantage vers le bord libre, surtout en se rapprochant 
de la ligne médiane. 

Le ruban lingual diffère aussi. La ligne rachiale est moins 
distincte ; les dents sont plus grosses, les dents latérales 
forment un angle plus marqué avec la ligne du rachis. Le 
peu de dents marginales que j'ai vues est plus allongé, a cus- 
pides plus inégales. Les dents accessoires latérdesel rachiales 
sont presque rudimentaires. Les lamelles sont tourtes et peu 
échancrées dans ce type comme dans celui que je possé- 
dais déjà. 

Le mauvais état de la plaque ne m'a pas permis de faire 
des observations plus complètes. Cet appareil se ressent beau- 
coup d'un séjour prolongé dans l'alcool. 



- 127 - 

Il existe dans les régions tropicales de l'Amérique des 
Bulimes à coquille épaisse et à péristome rebordé, dont la 
forme rappelle plus ou moins celle des Bulimes de la Nou- 
velle-Calédonie. Je citerai entre autres les Bulimus signatus 
et bdabiutus; la première de ces espèces présente une eolu- 
melle saillante et une ouverture sinueuse ; la seconde est 
caractérisée par un péristome continu et des côtes espacées 
longitudinales, contournées. Elles sont toutes deux granu- 
leuses et l'avant-dernier tour est dépourvu de dents. Le 
Bulimus iostomus se rapproche du fibratus par la taille; il 
présente une ouverture à péristome épais et continu, la colu- 
melle forme aussi un pli saillant et contourné, mais la dent 
de lavant-dernier tour manque ; la coquille n'est pas mallée 
et on y remarque des stries régulières assez serrées, sail- 
lantes, contournées. La coloration de ces trois Bulimes est 
aussi claire que celle des espèces calédoniennes est sombre. 
Le Blainvilleanus se rapproche beaucoup plus de ceux-ci 
par la forme, la malléation et la couleur foncée de la co- 
quille ; le bord libre de l'ouverture n'est pas sinueux et 
l'avant-dernier tour est dépourvu de dent. 

On regarde le B. Loveni comme ayant été créé d'après des 
individus jeunes du précédent, dont la coquille présente des 
traces de lignes en zigzags, qui caractérisent la coquille de 
l'espèce dont il s'agit et qui serait à supprimer, par consé- 
quent. 

Les Bulimus Pantagruelinus, exesus et Wagneri sont carac- 
térisés par une ouverture dentée à l'avant-dernier tour; 
mais cette dent est accompagnée d'autres dents qui sont dis- 
posées comme celles de nos Chondrus. 

Grâce à l'obligeance de mon regretté ami M. Môrch, de 
Copenhague, j'ai pu étudier la mâchoire et le ruban lingual 
du B. Loveni On pourra les comparer avec ceux des Bulimes 
auriculifjrmes de la Nouvelle-Calédonie. 

La mâchoire du B. Lovent est très arquée, à bouts atténués 
et pointus ; on y remarque trente-deux côtes écartées, un 



- 128 - 

peu sinueuses et toutes convergeant vers le bord libre. 
Les médianes et les (lenticules terminales sont plus fines et 
plus rapprochées ; elles augmentent île grosseur à mesure 
qu'elles se rapprochent des bouts ; les stries d'accroissement 
sont aussi très fines et très serrées ; leur croisement forme 
des rectangles composés de cellules et à côtés un peu 
sinueux; les cellules sont d'une excessive petitesse et à 
noyau central. J'ai pu les voir sur une partie écornée de la 
mâchoire. 

Le ruban lingual est long de 7 millimètres, large de 
3 millimètres et demi, élargi antérieurement; il se rétrécit 
d'une manière assez brusque à la partie postérieure ; les 
dents sont de grandeur médiocre, un peu inclinées vers le 
rachis, très serrées, a grains extrêmement petits, ronds. Les 
lamelles sont visibles à partir du bord marginal et le carti- 
lage qui les supporte paraît entièrement recouvert de cellules 
qui se touchent. 

La formule dentaire est : (50 -H 6 -M -H 6 + 50) x 1 00. 

Le support des dents marginales paraît très allongé, lingui- 
forme, un peu sinueux. La base est faiblement échancrée et 
tronquée, l'autre bout est découpé de manière à former deux 
prolongements dentitormes, d'où partent les cuspides. La 
grande cuspide est assez courte, très grosse, presque droite, 
assez obtuse au bout et un peu inclinée vers le rachis -, 
l'autre cuspide est plus petite, courte et grosse, à peu près 
parallèle au rachis, pointue. La pointe des lamelles est assez 
recourbée. 

On distingue très bien les lignes de cellules épithéliales et 
leur noyau central ; elles paraissent disposées en chapelets 
un peu sinueux comme chez le Rumina decollata. 

Les dents latérales sont un peu plus écartées que les mar- 
ginales, le support de la grande et de la petite dent leur est 
commun. 11 paraît assez long et assez large ; chacune des 
deux dents se prolonge vers celui-ci en deux lobes dentés 
dont la forme rappelle celle des cuspides ; l'extrémité opposée 



— 129 — 

paraît tronquée vers celles-ci, qui sont courtes et grosses. 
La grande dent est un peu rélrécie vers la base, assez ren- 
flée ; la petite dent paraît proportionnellement plus trapue. 
Les lamelles sont courtes, très larges, médiocrement échan- 
gées, à pointes obtuses. 

Les dents rachiales paraissent un peu plus petites et un 
peu plus écartées que les latérale,; le support est grand, 
allongé, il ressemble à un pentagone dont la base toucherait 
la dent principale ; celle-ci s'élargit à partir du support; elle 
esta^sez large et tronquée à l'insertion de la cuspide termi- 
nale qui paraît très robuste, conique et terminée en pointe. 
Les petites dents sont recourbées en croissant et pointues au 
bout ; elles forment un angle droit avec la grande dent Les 
jamel les sont assez courtes, larges, médiocrement échanerées, 
divisées en quatre lobes; les deux marginaux paraissent 
étroits, pointus et dépassent les deux autres ; la pointe est 
dirigée en dedans. 



M de Rey-Pailiiade, secrétaire-général, donne lecture de 
son rapport sur une 

Excursion an bassin houiller de Carmaux. 

Au commencement de l'année, la Société manifesta le 
désir d'aller visiter les Mines de Carmaux ; je fus chargé de 
l'organisation de cette course. 

Après un échange de plusieurs lettres avec le Directeur et 
les ingénieurs de ces mines, le jour de l'excursion devait 
être fixé au mois de mars, quand la nouvelle d'une grève 
vint ajourner la date de ce proj t. Cette grève, dont nous 
avons suivi avec anxiété toutes les péripélit s, a duré plus 
d'un mois ; elle a causé de grandes pertes à l'industrie de 
cette vallée et à celle des départements limitrophes ; elle a 
porté la misère dans une grande partie de la classe ouvrière. 

9 



- 130 - 

Lorsque le calme fut revenu et que les mines eurent 
repris le cours normal de leur exploitation, on fixa l'excur- 
sion aux il et 28 avril. 

Le vendredi 27, à deux heures quarante du soir, la So- 
ciété prenait le train pour Carmaux; mais, malheureuse- 
ment, plusieurs membres, retenus à Toulouse par leurs 
affaires, manquaient au rendez-vous. La pression baromé- 
trique de 73 < 2 mm et le vent du Sud-Ouest qui soufflait avec 
rage depuis plusieurs jours, présageaient le mauvais temps 
pour le lendemain. 

La voie ferrée de Toulouse à Albi, traverse la partie nord 
de la riche plaine de la Garonne et entre ensuite dans la 
vallée du Tarn, au-delà de Montastruc 

Après Saint-Sulpice-la-Pointe, le paysage devient plus 
varié et plus frais : on y remarque Rabastens, l'Isle-d'Albi 
et Gaillac, renommé par ses vins mousseux, bâtis dans des 
nids de verdure sur les rives du Tarn. On change de wagon 
à Tessonnières pour prendre l'embranchement d'Albi; le 
trajet se fait en peu de temps au milieu de belles prairies. 
Là, il faut encore changer de voiture, car la ligne de Car- 
maux appartient au chemin du fer du Midi. 

On franchit le Tarn sur un grand et beau Yiaduc, situé 
un peu en aval du pont de la ville ; puis, on passe au pied 
de la colline au sommet de laquelle s'élève la chapelle de 
Notre-Dame de la Drèche, but de pèlerinage pour les fidèles 
de la région ; on traverse la vallée de la Vère et on aperçoit, 
enfin, les hautes cheminées de Carmaux. 

A sept heures, nous entrions en gare et nous nous diri- 
geons immédiatement vers l'hôtel du Nord. 

Après souper, à huit heures et demie, nous allons 
visiter les verreries de M. Rességuier. Son gendre, M. Mof- 
fre, ingénieur, nous souhaite la bienvenue et nous montre 
gracieusement le travail de la fusion du verre. 

On met 600 kilos d'un mélange en proportions convena- 
bles de sable de Lautrec, de sel marin et de pierre à chaux, 



— *31 — 

dans des creusets en terre réfractaire, placés dans un grand 
four voûté. Le chargement se fait chaque jour vers midi; 
puis, on chaude vigoureusement, en entretenant un feu de 
houille sur deux grilles latérales. Peu à peu, le mélange 
entre en fusion et dégage des bulles de gaz qui, d'abord 
fines, deviennent de plus en plus grosses. 

Lorsque les gaz cessent de se former, l'opération est ter- 
minée; on diminue alors la chaleur en réduisant le courant 
d'air du foyer, afin d'amener le verre à une consistance con- 
venable pour la fabrication des bouteilles. 

Le verre n'est pas un simple mélange des matières em- 
ployées : lorsque ces matières fondent sous l'influence de la 
chaleur, il y a combinaison chimique et formation d'un 
silicate complexe de soude et de chaux, coloré en vert bou- 
teille foncé par du protoxyde de fer. 

Avant d'être chargées dans les creusets, les matières sont 
préalablement chauffées dans des chambres traversées par 
les flammes perdues du four de fusion. Il faut une tempé- 
rature de 1800° pour obtenir une ébullition convenable du 
verre; à ce moment, l'éclat est si vif qu'il est difficile et 
pénible d'observer le dégagement des bulles de gaz, même 
avec d'épais verres bleus. Cette opération est soigneusement 
surveillée. La chaleur qui se dégage des parois du fond est 
très intense, elle devient suffocante pendant les grandes 
chaleurs de l'été. 

Le travail du verre ne commençant qu'à minuit pour se 
continuer jusqu'à dix heures du matin, la suite de la visite 
est remise au lendemain. 

La pluie commençait à tomber quand nous avons regagné 
notre hôtel. 

Le samedi, tout le monde était sur pied à sept heures du 
matin ; le soleil manquait seul au rendez-vous et la pluie 
tombait sans relâche. Nous nous rendons à la verrerie. 

M. Moffre nous conduit dans tous les ateliers et nous en 
explique les particularités avec de nombreux détails. 



— 132 — 

Nous voyons d'abord faire une bouteille : un aide plonge 
le bout d'une canne dans le verre en fusion; il en ramène 
la quantité nécessaire à la confection d'une bouteille, puis 
il la passe au souffleur. 

Cela s'appelle cueillir le verre. 

La canne est un cylindre de fer creux, d'une longueur de 
1 m ,50 environ, dans laquelle le souffleur lance de l'air avec 
la bouche par la part e supérieure. 

Le verre se Çonlïe peu à peu sous cette impulsion; quand 
la dimension #fct suffisante, l'ouvrier met cette boule dans 
un moule; i souffle et il tourne la canne pendant tout le 
temps qu'il la tient enfermée, pour lui donner sa forme défi- 
nitive. 

Le moule se compose actuellement de deux valves de 
fonte, que l'ouvrier rapproche au moyen d'une pédale. On 
fait cependant, a la verrerie de Carmaux, quelques bou- 
teilles au moule ancien, qui est simplement un cylindre 
creux dans lequel le souffleur enfonce la boule de verre. 
11 tourne sa canne tout en soufflant et il peut donner ainsi 
*à la bouteille la hauteur qu'il désire. Dans les deux cas, on 
finit à peu près de la même manière : on relève d'abord le 
fond de la bouteille encore rouge et attachée à la canne en 
la pou .sant dans un sabot. On désigne sous ce nom un cy- 
lindre, ayant une pointe intérieure, fixé à l'extrémité d'une 
longue tige. Puis, on la détache de la canne en appliquant 
le col encore chaud sur un morceau de fer froid. L'aide fait 
la cornaline ou rebord du goulot en y entortillant un mor- 
ceau de verre fondu et l'arrondit avec un petit instrument 
spécial A ce moment la bouteille est finie; quelquefois, sur 
la demande des clients, on ajoute un pontil en verre sur le- 
quel on imprime un cachet. Un enfant de douze à quinze 
ans vient prendre le sabot contenant la bouteille pour aller 
la déposer dans le four de refroidissement lent, situé à peu 
de distance. Le verre exposé brusquement à une tempéra- 
ture froide est aigre et cassant. 



- 133 - 

La confection d'une bouteille demande assurément moins 
de temps qu'il n'en faut pour en faire une description 
même succincte. 

Les boute.lles plates et les grandes bonbonnes se font 
sans moule par un habile tour de main. 

Les principales annexes sont : les magasins des ma'ières 
premières, l'atelier du broyage où elles sont pulvérisées au 
moyen dune lourde meule de grès garnie d'un cercle de 
fonte et, enfin, râtelier de confection des creusets réfrac- 
taires. Cette dernière fabrication exige des matériaux de 
choix et des soins tout particuliers. 

Un ouvrier spécial et un aide travaillent toute l'année à 
ces verres, qui sont entièrement faits à la main, alin d'avoir 
une homogénéité parfaite. Chaque creuset vaut environ 
150 francs. 

La verrerie de Carmaux a 6 fours de fusion, contenant 
chacun 8 creusets. On installe, en ce moment, un four qui 
sera muni d'un générateur Siemens. 

Dans cette nouvelle disposition, les creusets ne seront 
plus chauffés par la flamme directe du charbon, mais par 
des gaz combustibles fabriqués dans un four Siemens 
Jatéral. 

Ce bel établissement a produit en 1882 : 

10 millions de bouteilles diverses; 12 mille bonbonnes qui 
ont exigé 10 mille tonnes de matières premières et 20 mille 
tonnes de charbon. 

Cette industrie occupe à Carmaux 400 ouvriers, venus 
en grande partie du département de la Loire qui possède 
les plus grands établissements de ce genre. 

N'oublions pas de dire que M. Rességuier a créé dans sa 
verrerie une école pour les enfants de ses ouvriers. 

Nous quittons la verrerie en remerciant M. Moffre de sa 
gracieuseté et nous allons aux Bureaux des Mines. 

Le directeur de la Compagnie, M. Liénard, venu tout 



— \M - 

exprès à Carmaux pour nous recevoir, nous offre le con- 
cours de son personnel ; il nous apprend qu'il est obligé de- 
nous quitter dans quelques instants pour se rendre auprès 
du conseil d'administration de Paris. La Société regrette 
vivement que cette circonstance la prive des explications 
qu'aurait pu lui donner M. Liénard , dont elle apprécie 
la grande compétence. 

M. Fayol, ingénieur principal , accompagné des MM. Ra- 
veaud et Lapierre, ingénieurs ordinaires, nous montre les 
plans des Mines de Carmaux et nous explique les procédés 
d'exploitation. 

La superficie de la concession des Mines de Carmaux est de 
8,800 hectares ; les couches y sont actuellement connues sur 
4 kilomètres de longueur et 1,500 mètres de largeur. Au Nord 
et au Sud, elles vont buter contre le soulèvement primitif de 
micaschistes; au Sud et à l'Ouest, elles s'enfoncent sous un 
dépôt tertiaire qui a plus de 400 mètres d'épaisseur; il est 
probable que dans cette direction, elles s'étendent bien au- 
delà des régions explorées. Leur plongée est N.-E., tandis que 
celle des failles qui les rejettent en profondeur est S.-O. 
Le fond du bassin a été atteint aux profondeurs de 450, 200 
et 300 mètres. Les coupes faites d'après les travaux d'exploi- 
tation, montrent la superposition des terrains et alternances 
des grès, des schistes et des sept couches exploitables du ter- 
rain houiller. Les grès dominent les schistes. La puissance 
totale du charbon est de 20 mètres, sa nature est à peu près 
la même dans tout le terrain et dans toutes les couches. 

C'est de la houille grasse renfermant de 6 à 9 % de cen- 
dres, elle possède la qualité, éminemment favorable à 
l'exploitation, de ne pas dégager de grisou et d'être peu 
inflammable. 

Celte formation houillère a fourni de nombreuses em- 
preintes végétales, mais on \ trouve peu de poissons. Les 
stratifications sont dans un parallélisme assez régulier. 

L'exploitation de la houille se fait par deux puits doubles, 



- 435 - 

installés avec les derniers perfectionnements de l'art de 
l'industrie minière : les puits Sainte-Barbe, situés au fond 
de la vallée du Cerou, ont 250 et 300 mètres de profondeur; 
les puits de la Grillatié placés au sud des premiers, descen- 
dent à 230 mètres. Dans chaque groupe de puits voisins, 
on en organise un spécialement pour l'extraction du char- 
bon et la descente des ouvriers, l'autre est muni d'un ven- 
tilateur Guibal ou Fabry pour l'aérage et de caisses à épui- 
ser les eaux. 

Les Mines de Carmauxontexti ait, en 1882, 355,000, tonnes 
mais dans peu de temps l'outillage sera disposé pour atteindre 
le chiffre de 600,000 ; or, comme le tonnage reconnu dé- 
passe 50 millions de tonnes, l'extraction actuelle est assurée 
pendant un période d'au moins cent ans. 

La Compagnie de Garmaux emploie : 

1,790 ouvriers, 

87 chevaux aidés de 

25 machines à vapeur représentant une force 
motrice de 
1,000 chevaux-vapeur. 

Les couches ayant en moyenne 2 mètres d'épaisseur et 
une inclinaison générale d'environ 15°, sont exploitées par 
la méthode des grandes tailles. Suivant ce procédé, on com- 
mence par faire une galerie de 40 mètres de longueur, di- 
rigée suivant l'inclinaison de la couche de charbon. Cette 
galerie est située entre deux autres galeries horizontales qui 
aboutissent au puits. Ensuite on attaque la houille sur toute 
la ligne, en s'avançant dans le sens perpendiculaire à l'axe de 
la galerie primitive. Au fur et à mesure que le charbon est 
extrait, on garnit le vide avec du remblai (pierres et terre) 
apporté de l'extérieur. Les petits wagons ou wagonnets, 
pleins de remblai, sont descendus par le puits jusqu'à la ga- 
lerie horizontale supérieure ; de là, on les fait rouler jusqu'au 



- 136 - 

chantier où on les vide et où on les remplit de charbon. 
Ensuite, on les descend à la galerie horizontale intérieure 
par laquelle ils reviennent au puits. 

C'est ce qu'on appelle le roulage continu. Chaque couche 
a son plan d'exploitation. 

Après avoir entendu ces explications, la Société se trans- 
porte au puits Sainte-Barbe et aux usines. 

Le puits Sainte-Barbe est circulaire, muraille et muni d'un 
guidage en bois, système analogue à la double voie des che- 
mins de fer, qui permet de marcher à grande vitesse sans 
crante de chocs. Les wagonnets voyagent dans le puits, par 
l'intermédiaire de deux cages de fer, ou on les enferme Ces 
cages sont attachées à deux gros câbles plats en fil de fer, qui 
passent sur deux grandes poulies plicées au sommet d'une 
haute charpente de fer; de là, ils s'infléchissent pour aller 
s'enrouler sur une immense bobine double, mise en mouve- 
ment par une puissante machine à vapeur. L'un est fixé à la 
partie inférieure, l'autre à la partie supérieure de la bobine, 
de sorte que pendant son mouvement un câble se déroule 
pendant que l'autre s'enroule : une cage monte pendant 
que l'autre descend. 

Les wagonnets sont des chariots à quatre roues, d'une 
contenance d'un tiers de mètre cube environ. 

Les cages sont à deux étages recevant chacun deux wa- 
gonnets et armées d'un parachute. Le modèle en usage à 
Carmaux a été imaginé par M. Fayol : lorsque la cage ne 
pèse plus sur le câble, par suite d'une rupture, un ressort 
fait saillir deux fortes barres de fer qui, en venant reposer 
sur les boiseries horizontales, l'empêchent de tomber au fond 
du puits. 

La machine d'extraction est installée dans une construction 
spéciale ; elle est à deux cylindres horizontaux, avec admis- 
sion de vapeur à soupape et d&iente Schultzer ; sa puissance 
est de 200 chevaux ; six chaudières à bouilleur l'alimentent. 



— 137 - 

Le machiniste est assis dans un fauteuil, entre les deux 
cylindres ; il a devant lui le levier de changement de marche 
et le levier de l'introduction de vapeur; il conduit cette 
énorme machine avec facilité et une assurance surprenante. 
Les bobines se trouvent un peu en avant. Un curieux méca- 
nisme, placé en vue du machiniste, indique à chaque ins- 
tant la position des cages dans le puits. Le remplacement des 
wagonnets pleins par des vides, se fait sur un plancher 
situé à 5 mètres au-dessus de l'orifice du puits ; cette dispo- 
sition a pour but d'aménager convenablement les cribles. La 
cage est arrêtée à cette hauteur, au moyen d'un sysième de 
taquets désigné sous le nom de clichage. 

Les ouvriers du fond de la mine, qui mettentdans laçage 
les wagonnets pleins de charbon, donnent leurs ordres au 
machiniste, au moyen d'une cloche placée dans la salle de 
la machine. A côté de chaque puils d'extraction se trouve un 
vestiaire pour les ouvriers : lavabos à leau chaude, installa- 
tion pour sécher les vêtements, etc., rien ne manque. C'est 
un excellent exemple d'ordre et depropreté que la Compa- 
gnie donne à ses employés. 

Le classement du charbon, suivant la grosseur des mor- 
ceaux, se fait par des cribles à secousses, mis en mouvement 
par une machine à vap ur. Au moyen d'un culbuteur situé 
au niveau du plancher d'extraction, on verse le charbon sur 
le crible, qui se compose de trois grandes plaques de tôle, 
inclinées et percées de trous de différentes grandeurs. La su- 
périeure, aux plus grands trous, retient la qualité désignée 
sous le nom de r/re/e ; sur la deuxième, qui est percée de trous 
plus petits, glisse le noisette ; eniin, la troisième est pleine et 
garde tout ce qui a tra\er>é les deux premières, c'est \emenu. 
Le charbon, ainsi classé, tombe des cribles dans des wagons 
de chemins de fer. Le grêle est trié sur le crible même, par 
des enfants qui enlèvent les pierres mêlées avec le charbon ; 
quant aux deux autres qualités, on les débarrasse de leurs 
impuretés par le lavage. 



- 138 — 

Le principe de la construction d'un lavoir repose sur une 
expérience que tout le inonde connaît : lorsqu'on laisse 
tomber dans l'eau deux corps de densités différentes, c'est 
le plus dense qui descend au fond le premier. 

On agite constamment le charbon impur dans un grand 
cuvier plein d'eau, et divisé verticalement en deux compar- 
timents communiquant par la partie inférieure. 

Dans l'un d'eux se meut un piston qui communique son 
mouvement a l'eau. Les parties pierreuses, qui sont les plus 
lourdes, tombent au fond, et la houille pure est sans cesse 
enlevée par des raclettes. Une toile sans fin, en mouve- 
ment continuel de translation, va le jeter dans un wagon de 
chemins de fer. 

Ces lavoirs sont une modification du système imaginé par 
M. Bérard, ingénieur à Saint-Etienne. 

On arrive par ce procédé à obtenir des charbons ne ren- 
fermant pas plus de 6 % de cendres. 

Le lavage opéré, une partie de ces charbons est carbonisée, 
l'autre est transformée en agglomérés. 

Les fours à coke sont situés dans le fond de la vallée. Là, le 
spectacle change : au lieu de l'eau, c'est un brasier ardent 
que nous avons en face. Nos pieds, glacés par la pluie 
qui n'a pas cessé de tomber un instant, peuvent enfin se 
réchauffer. 

Les fours à coke de Carmaux sont du type horizontal, dit 
système belge ; ils ont deux portes verticales : 9 mètres de 
long, m ,80 de large et 1 m ,30 de haut; on les groupe par bat- 
terie. L'enfournage du charbon se fait par deux ouvertures 
supérieures. La cuisson s'opère au moyen de la chaleur 
produite par la combustion des gaz dégagés par le charbon. 
Cette combustion se fait dans descarneaux placés dans les 
parois du four. Quand le coke est cuit, on ouvre les deux 
portes et on le pousse avec un bouclier fixé à l'extrémité 
d'une longue tige à crémaillère mue par une machine à 
vapeur. 



— 139 — 

La sortie de cet énorme bloc de coke incandescent de 
10 mèlres cubes est réellement majestueuse ; la chaleur 
qui s'en dégage est excessive. Cette masse est brisée 
avec de longues raclettes par des ouvriers habitués à 
ce travail, pendant que d'autres y projettent des jets 
d'eau qui se transforment en immense colonne de vapeur. 
Le bloc qui se refroidit sous cette abondante aspersion 
craque violemment en répandant une légère odeur de 
soufre. 

Le coke de Carmaux est dense, résistant, sonore et à reflet 
métallique. 

Le rendement de ces fours est de 72 °/ de houille ; il 
faut donc, pour effectuer la transformation, employer plus 
du quart du combustible primitif. 

Carmaux a produit, en 4882, 48,000 tonnes de coke. 

Les usines métallurgiques de l'Ariège se servent de ce 
combustible pour la fusion des minerais de fer dans les 
hauts-fourneaux. 

L'usine des agglomérés est placée entre les fours à coke 
et le puits Sainte-Barbe. 

Un aggloméré se compose de petits morceaux de charbon 
soudés entre eux au moyen d'un goudron solide à la tempé- 
rature ordinaire, désigné sous le nom de brai. Ce mélange 
est énergiquement comprimé dans un moule où il prend la 
forme d'une brique rectangulaire, appelée briquette. Les 
chemins de fer et surtout les bateaux à vapeur emploient 
beaucoup ce combustible qui offre plus d'avantages que les 
gros blocs de charbon, au point de vue de l'arrimage et de 
la quantité de chaleur dégagée. Les principales opérations 
de cette fabrication sont la pulvérisation du brai au moyen 
d'un broyeur Carr, puis le mélange du charbon et du brai 
par des malaxeurs, ensuite le chauffage à 300° par de la va- 
peur d'eau surchauffée et sèche dans une cuve de fonte et, 
enfin, la compression dans un moule par une puissante 
presse. Ces appareils sont du système Middleton et Cou- 



— 140 — 

iinhal. L'usine en possède deux pour parer aux arrêts qui 
sont fréquents avec ces sortes de machines. 

L'atelier de Carinaux a fabriqué, en 1882,^6,000 tonnes 
d'agglomérés. 

Les puits et tous les ateliers des usines sont desservis par 
des embranchements du chemin de fer du Midi. 

Cette visite du matin a duré jusqu'à onze heures et 
demie. 

Après déjeuner, à une heure, la Société se rend au puits 
de la Grillat.é, par une pluie battante. Nous endossons des 
habillements ad hoc dans le vestiaire de MM. les Ingénieurs 
et nous entrons dans la cage qui nous descend à l'étage 
situé à 140 mètres au-dessous du sol Au moment où la cage 
part, on éprouve la sensation d'une chute dans le vide, on 
ne sent plus rien sous ses pieds: l'émotion ne dure que 
quelques instants. 

On pénètre d'abord dans une belle galerie horizontale 
creusée dans le grès houiller. Un peu plus loin apparaissent 
les schistes noirs, maintenus solidement par des cadres de 
bois. On trouve, enfin, le charbon; à cet endroit, la tempé- 
rature est bien plus élevée qu'à l'extérieur. Après une lon- 
gue marche dans d'interminables galeries, dans des plans 
inclinés glissants, on arrive à un chantier d'exploitation. 
C'est un des points les plus intéressants de la mme. On se 
trouve en présence d'une excavation à peu près rectangu- 
laire de 40 mètres de profondeur, de 8 à 10 mètres de lar- 
geur et 2 n ,2o de hauteur; d'un coté, il y a le charbon massif 
taillé à pic, qui miroite à la lueur des lampes (c'est ce qu'on 
nom ne, en style d'exploitation, un front de taille); de 
l'autre, il y a une foret de bois renforcés de murs de pierre 
qui soutiennent le toit de la partie excavée. Une voie ferrée 
est installée sur toute la longueur du chantier. Malheureuse- 
ment, le travail du piquage venait île finir et nous n'avons 
pas eu le plaisir de voir les mineurs à l'ouvrage. 

Chaque chantier a un groupe d'ouvriers qui travaillent 



— 141 - ' 

ensemble et à leurs pièces. Ils commencent par faire, avec 
le pic, une entaille dans la partie intérieure du charbon; 
puis, soit avec des coins de fer, soit d'un coup de mine, ils 
abattent la masse supérieure. Les piqueurs (ont un triage 
sommaire, en rejetant au remblai les plus grosses pierres 
qui se trouvent mêlées au charbon et en mettant les gros 
blocs de houille à part. Ces morceaux, de choix sont placés 
à la main et avec soin dans les wagonnets. Le charbon ordi- 
naire ou tout venant est chargé à la pelle. — Chaque chan- 
tier marque son charbon au moyen d'une goupille numé- 
rotée. Nous îeprenons notre marche à travers ce véritable 
labyrinthe et nous descendons dans une galerie située à 
160 mèïres au-dessous de l'orifice du puits. On fait en ce 
moment, à côté de celte galerie, un travail fort rare : c'est 
un petit puits creusé en montant Tout pr^s, il se trouve 
encore une belle écurie de douze chevaux, parfaitement 
aménagée comme installation et aérage. 

Les chevaux sont de précieux auxiliaires dans les travaux 
des mines. Les wagonnets qui arrivent des chantiers 
d'exploitation sont groupé* par trains de dix à douze dans 
une grande voie de roulage et traînés par un cheval jus- 
qu'au puits d'extraction. Les chevaux descendus à la mine, 
ne sont jamais remontés ; ils y meurent. 

Avant notre départ, M. Fayol nous invite, au nom de 
ja Compagnie de Carmaux, à prendre un verre de Cham- 
pagne. 

Notre président, M. Bidaud , le remercie de l'aimable 
gracieuseté avec laquelle il nous a fait les honneurs de 
la mine. 

La pluie n'ayant pas cessé de tomber, la Société prend la 
décision de remettre l'étude géologique à une prochaine 
visite et de partir de suite. 

Nous quittons Carmaux à quatre heures vingt, emportant 
un excellent souvenir de cette journée si bien remplie. 



- U2 - 

La Société s'arrête quelques heures à Albi pour aller vi- 
siter l'église de Sainte-Cécile. Cette immense cathédrale est 
bâtie en briques rouges. L'extérieur présente un remarqua- 
ble et magnifique porche du xvr 3 siècle en pierre blanche. 
L'intérieur renferme des merveilles, des fresques italien- 
nes de la Renaissance et un jubé orné de nombreuses sta- 
tues, encadrées d'une véritable dentelle de pierre. Ce jubé 
est le plus grand monument de ce genre qui existe en 
France. 

A onze heures du soir, la Société rentrait à Toulouse, 
emportant de cette course autant de plaisir que d'instruc- 
tion. 



M. Laulanië, membre titulaire, communique une 



Note sur l'origine du Canal de Wolff dans 
le Poulet. 



Il s'est produit sur le mode de formation du canal de 
Wolff un grand nombre d'opinions contradictoires qui lais- 
sent la question indécise et commandent de nouvelles obser- 
vations. 

Pour Kœlliker et Remack, le conduit de Wolff tire son 
origine du mésoblaste de la somatopleure. Dursy le fait 
naître des protovertèbres. Hensen et His le considèrent 
comme résultant d'une involution de l'épiblaste. 

Pour Waldeyer, la lame intermédiaire émet deux prolon- 
gements linguiformes (sur les coupes) qui s'inclinent l'un 
rers l'autre et so soudent pour former un canal. 

Romiti, enfin, attribue l'origine du Canal de Wolff à l'inva- 



— 443 - 

gination de l'épilhélium germinatif. — Il eu est de même de 
Kowaleski. 

Balfour et Foster, dans leur Traité de l'embryogénie du Pou- 
let, auquel nous empruntons cet historique, ne donnent sur 
la question que des renseignements descriptifs. 

Dans la dernière édition de son Traité d'embryogénie, Kœl- 
liker le fait naître de la lame intermédiaire. Vers la moitié 
du second jour, il apparaît au niveau de la 4 e ou 5° protover- 
tèbre pour s'étendre rapidement en arrière et atteindre à la 
fin du jour les dernières protoverlèbres. 

Il convient tout d'abord d'écarter les théories qui font pro- 
céder le Canal de Wolff de l'épilhélium germinatif. Cette 
opinion, soutenue par Romili et Kowaleski, est exacte, pa- 
raît-il, en ce qui touche les reptiles et les poissons. Mais à 
l'égard du poulet, il est évident qu'elle n'a pu se produire 
qu'après un examen trop tardif et sur des embryons du 
3 e jour. Les coupes transversales de la région dorsale de pa- 
reils embryons, sur lesquelles le Canal de Wolff est devenu 
tangent à l'épithélium germinatif, paraissent justifier une 
théorie d'ailleurs d'autant plus séduisante qu'elle s'applique 
exactement aux vertébrés inférieurs. 

En ce qui concerne les autres théories, elles sont d'accord 
sur la place occupée par le rudiment du Canal de Wolff qui 
à son origine occupe l'intervalle intercepté par l'épiblaste, la 
protovertèbre et la lame intermédiaire. Mais comme il est 
difficile de surprendre ses relations primitives avec l'une ou 
l'autre de ces parties, il est également difficile de lui assigner 
une origine exacte et on comprend que les uns le fassent 
procéder de l'épiblaste ou de la protovertèbre, les autre» 
de la lame intermédiaire. 

Nos observations s'accordent avec celles de Kœiïïker et 
nous permetltent de fixer en ce dernier point le lieu d'origine 
du conduit de Wolff. 

Sur un embryon de la 39 e heure et possédant 7 proto- 
vertèbres, on ne trouve pas de traces de ce conduit. Sur un 



— 144 — 

embryon do la fin du 2 a jour et possédant <:? paires de pro- 
iQvertèbrus, le conduit est assez étendu et s'offre avec des 
dispositions qui dénoncent son origine. 

Sur les coupes faites au niveau des premières protovertè- 
bres, on voit, en dehors do la protoverlèbre et au dessus do la 
lame intermédiaire, une petite masse circulaire dans laquelle 
les cellules ont uni* disposition radiée. C'est la coupe duO.nal 
de Woltï, qui à code hauteur est exempt de toute connexion 
avec les parties voisines. 

Ce n'est donc pas à ce niveau que nous pourrons saisir son 
mode de formation. Son développement, comme celui de 
tous les autres organes, marche d'avant en arrière et il est 
d'autant plus près de son origine qu'on l'examine en des 
points plus voisins de l'extrémité du rachis. Sur les coupes 
pratiquées vers les dernières protovertèbres, on le voit, en 
effet, (m continuité manifeste avec la lame intermédiaire. Sa 
section a la forme d'un appendice linguifurme émanant de 
cette dernière et se dirigeant en haut et en dehors. En remon- 
tant la série des coupes, on peut voir cet appendice s'isoler 
peu à peu de la lame intermédiaire et devenir libre au-dessus 
d'elle. Nous avons répété ces observations sur des embryons 
du môme a*ge ou un peu plus âgés et elles nous ont donné 
les mêmes résultats. Nous conclurons donc avec Kœlliker, 
que le canal de Wolff se détache de la lame intermédiaire. 
Il apparaît à la fin du 2 e jour vers \qs premières pro'over- 
tèbres et devient progressivement libre. Plus tard, au 3"- jour, 
par suite de L'inflexion latérale de la somalopleure et de la 
splanchnopleure, il s'enfonce dans la lame intermédiaire et 
se rapproche de l'épithélium germinalif au point que les 
observateurs qui ne l'avaient pas surpris dans ses positions 
précédentes, l'ont fait procéder de ce môme épilhélium. 



— 145 — 

Séance <ïu 6 juin 1883. 

Présidenee de M. Bidaud. 

M. le Secrétaire donne lecture d'une circulaire de M. le 
Ministre de l'Instruction publique, dans laquelle il prie les 
membres des Sociétés savantes de vouloir bien concourir à 
la détermination de l'efficacité des divers systèmes de para- 
tonnerres. 

Cette importante question a été posée par le Congrès des 
Electriciens. 

Les membres qui ont fait des observations sur les effets 
de la foudre sont priés de vouloir bien les adresser par 
écrit au Ministre, en se conformant au questionnaire joint à 
la circulaire. 

M. le Président proclame membres titulaires : 
MM. Adoue, professeur à Castelnaudary ; 
Dunac, naturaliste à Tarascon ; 
Fayol, ingénieur princ. des Mines de Carmaux. 

M. Reverdit présente, au nom de M. Regnault, une note 
sur une visite aux abris préhistoriques de la Dordogne. 
L'excursion, qui était dirigée par M. E. Cartailhac, professeur 
libre d'anthropologie à la Faculté des sciences de Toulouse, 
a eu un plein succès. 

M. le Secrétaire fait un compte-rendu sommaire de la 
visite officielle d'un groupe important de membres de la 
Société d'Histoire naturelle au laboratoire Arago, deBanyuls- 
sur-Mer. 

M. de Lacaze-Duthiers, le savant professeur de la Sor- 
bonne, membre de l'Institut, qui a créé les deux laboratoi- 
res de Roscoff et Banyuls, avait invité la Faculté des scien- 

40 



— «46 — 

ces de Toulouse et la Société d'Histoire naturelle a venir 
visiter la station zoologique de la Méditerranée. 

L'excursion a eu lieu les 18, 19 et 20 mai. 

A l'arrivée à la gare de Banyuls, le 18 à cinq heures du 
soir, nous avons été reçus par M. de Lacaze-Duthicrs, ac- 
compagné de M. le Maire de la ville, de ses préparateurs et 
élèves du laboratoire. L'accueil a été des plus sympathi- 
ques. 

Les journées des 19 et 20, ont été employées à la visite 
détaillée du laboratoire et à des pêches sur les rochers de 
Banyuls, en mer et dans le port de Port-Vendres. 

Le laboratoire est bâti sur le bord de la mer, au sud' de la 
ville ; au rez-de-chaussée est une vaste salle, avec un ma- 
gnifique bassin à jet d'eau, occupant le milieu, et des aqua- 
riums disposés devant de grandes fenêtres. Les salles de 
travail, au nombre de vingt environ, sont au premier ; le 
savant professeur les a dotées d'un mobilier scientifique 
complet et disposé de la façon la plus heureuse. 

Pendant notre séjour, M. de Lacaze-Duthiers n'a cessé 
de nous témoigner la plus grande bienveillance et de nous 
faire les honneurs du laboratoire avec une exquise courtoi- 
sie, dont nous sommes heureux de le remercier ici publi- 
quement. 

Nous nous souviendrons aussi toujours du charme de sa 
parole, de son vif amour de la vraie science et de son ardent 
patriotisme. 

M. le Secrétaire termine en engageant les membres de la 
Société qui ne faisaient pas partie de l'excursion, à faire le 
voyage de Banyuls, ils y trouveront plaisir, agrément et 
instruction. 

Il sera publié ultérieurement un rapport détaillé sur cet 
établissement de premier ordre. 

La Société reçoit communication du travail suivant, 
de M. Peragallo , membre titulaire: 



— U7 - 

Histoire sommaire du microscope composé 
et de ses récents perfectionnements, 

Par M. Peragallo, ancien élève de l'Ecole Polytechnique. 

I. — Les premiers microscopes achromatiques. 

Le microscope composé ne date que de l'invention de 
l'achromatisme; jusque-là l'imperfection des lentilles et 
les erreurs résultant de leur emploi étaient telles que les 
savants préféraient la loupe, ou microscope simple, à un 
instrument plus puissant, mais sur les renseignements du- 
quel on ne pouvait compter; et en fait les beaux travaux 
de Leuwenhoek et de bien d'autres observateurs furent 
faits avec des lentilles simples qu'ils fondaient et enchâs- 
saient souvent eux-mêmes. 

Dès 4762, cependant, le hollandais Herman Van Deyl 
achromatisa un objectif de lunette, et , en 4771, Euler dans 
sa Dioptrique , fit une théorie de l'achromatisation des 
objectifs de microscope ; mais ses idées ne purent être 
mises en pratique. En fait, il importe de se rendre 
compte, qu'aurait-on fourni, même au commencement 
de ce siècle au plus habile opticien, les dessins ou le 
modèle d'un de nos objectifs modernes, que les moyens 
lui auraient fait défaut pour le construire au moins d'une 
façon continue et commerciale. Il en eût été de même pour 
le mécanicien qui eut voulu entreprendre la construction 
de stands ou parties mécaniques de microscopes analogues 
à ceux que l'on produit couramment de nos jours. 

En 4823, Vincent et Charles Chevalier construisirent, pour 
Selligue, un microscope relativement achromatique; le ré- 
sultat était médiocre, mais il encouragea Charles Chevalier 
à reprendre les travaux d'Euler sur la question et, en 4824, 
la première lentille achromatique était construite, elle avait 



- U8 - 

quatre lignes de foyer, deux lignes de diamètre et une ligne 
d'épaisseur au centre. 

En 1825, Vincent et Charles Chevalier présentèrent à 
l'Académie des sciences un microscope achromatique qui 
fut l'objet d'un rapport très favorable. L'objectif se compo- 
sait de trois paires de lentilles séparément achromatiques, 
et ce plan fut suivi pendant une quinzaine d'années jus- 
qu'en 1855, époque où Amici montra que l'on pouvait pro- 
duire une combinaison achromatique de plusieurs lentilles 
sans achromatiser séparément chacune d'elles. 

Pendant ce temps, les constructeurs étrangers n'étaient 
pas restés inactifs et les objectifs construits en Allemagne, 
en Angleterre et en Italie, n'avaient rien à envier aux ins- 
truments construits en France. 

En même temps que les objectifs , les constructeurs 
avaient perfectionné les stands ou corps de microscopes ; 
et le microscope horizontal construit en 1827 par Amici, 
était ingénieux et fut imité par tout le monde. 11 était ce- 
pendant établi sur des principes qui aujourd'hui ne suppor- 
tent guère l'examen. Le tube en était coudé, ce qui paraissait 
alors d'une grande commodité ; cependant, si le microscope 
strictement vertical est souvent incommode, le microscope 
strictement horizontal l'est encore plus. De plus, l'introduc- 
tion d'un prisme sur le trajet des rayons est une compli- 
cation et une cause de perte de lumière. Le mouvement 
lent était obtenu en faisant mouvoir la platine, ce qui lui 
ùtait de la stabilité. Ces défauts sautèrent bientôt aux yeux 
des observateurs et des constructeurs, qui furent alors ame- 
nés à rendre la platine absolument fixe et à faire agir la 
vis micrométrique sur le tube du microscope lui-même. 
L'instrument qui résulta de ces recherches et qui fut cons- 
truit , surtout en France et en Allemagne, sous le nom de 
microscope à tambour ou à niche, n'a été détrôné qu'il y a 
vingt ou vingt-cinq ans par nos formes actuelles, à la suite 
de l'élargissement de l'angle d'ouverture des objectifs. Il est 



- 149 — 

inutile d'entrer dans une description du microscope à tam- 
bour, son caractère saillant consiste en ce que la platine est 
reliée au pied par une boîte ou tambour percée d'une ou- 
verture antérieure permettant au miroir de recevoir la 
lumière. Plusieurs de ces instruments permettaient la rota- 
tion de la platine et du système optique ; mais cette dis- 
position n'avait été prise que par suite de la facilité avec 
laquelle on pouvait l'obtenir ; elle ne servait qu'à orienter 
l'image de l'objet observé soit pour le dessiner, soit pour 
tout autre cause. Ce n'est que plus tard que la rotation est 
devenue indispensable pour utiliser toutes les qualités des 
objectifs et que l'élargissement de l'angle d'ouverfure a im- 
posé de nouveaux principes de construction. 

II. — Les perfectionnements des objectifs. 

Dans un autre article nous avons montré ce que c'était 
que l'ouverture d'un objectif et comment , de son agran- 
dissement, dépendait le pouvoir résolvant de l'objectif. 
Il est permis de nier l'utilité absolue des objectifs à grande 
ouverture ; de les reléguer comme objet d'une perfection 
coûteuse et inutile aux mains des amateurs de Diatomées ; 
mais on ne peut méconnaître que c'est la recherche de cette 
ouverture et les moyens de l'utiliser, qui ont amené le mi- 
croscope à l'état de perfection qu'il a atteint de nos jours et 
qui est tel que l'on se demande ce qu'on pourrait bien y 
ajouter. 

Ce fut Jackson Lister qui, en 1830, attira l'attention sur 
l'influence de l'angle d'ouverture des objectifs. 

Je ne puis m'empêcher de citer ici les lignes si souvent 
reproduites où M. Robin met en évidence l'utilité des rayons 
extrêmes qui concourent à former l'image : 

« Leur rôle a une importance telle , dans cette formation 
» d'images, qu'elle surpasse comme résultat définitif les 
» avantages du grossissement seul. En d'autres termes, on 



— 450 — 

» peut avoir des objectifs très puissants montrant beaucoup 
» moins de détails que d'autres objectifs plus faibles, cons- 
» truits en vue d'obtenir un grand angle d'ouverture, c'cst- 
» à-dire d'utiliser la grande majorité des rayons obliques 
» émanant de l'objet. » 

M. le professeur Abbe, d'Iéna, a fait voir par sa magnifique 
théorie de l'ouverture et de la vision microscopiques , les 
véritables causes de l'avantage fourni parles objectifs à grand 
angle et par l'éclairage oblique, et montré à quoi il fallait 
attribuer « l'effet vraiment étonnant de la lumière oblique 
» sur des objectifs, même de ceux qui ont un petit' angle 
» d'ouverture » (Robin). Ce n'est pas ici, croyons-nous, la 
place de parler de cette théorie et des curieuses expériences 
qui la vérifient, bien que théorie et expériences soient à peu 
près ignorées en France. 

L'influence des travaux de Lister s'exerça très rapi- 
dement surtout en Angleterre. Vers 1842, Ross le pre- 
mier, puis Powell , obtenaient des angles de 60 à 70 1 ; 
Amici, en 1844, obtenait 11 2°. En France, suivant notre 
habitude invétérée, les travaux de Lister sont restés long- 
temps inconnus, et les objectifs de Charles Chevalier et 
d'Oberhœser étaient de faible ouverture. Cependant nos 
opticiens, M. Nachet en tête, s'y mirent, et à l'Exposition de 
Londres de 1851, le jury constatait sur les objectifs de Na- 
chet 134° pour 1/18 de pouce, et sur ceux de Ross : 
27° pour ceux de 1 pouce. 
60° pour ceux de 1/2 
113° pour ceux de 1/5 
407° pour ceux de 1/8 
135 3 pour ceux de 1/12 

Aujourd'hui, grâce à l'immersion homogène, l'extrême 
limite est atteinte, surtout par les remarquables objectifs de 
Toiles en Amérique, qui atteignent presque le maximum théo- 
rique. Zeiss, Powell et d'autres font aussi des objectifs à très 
grands angles, et comme point de comparaison nous pouvons 



— 151 — 

donner les angles actuels des objectifs de Ross qui sont : 
25° pour ceux de 1 pouce 
80° pour ceux de 1/2 
130° pour ceux de 1/5 
140° pour ceux de 1/8 
145° pour ceux de 1/12 

En même temps les opticiens augmentaient l'ouver- 
ture de leurs objectifs, et pour obtenir ce résultat, ils chan- 
geaient leurs méthodes de construction. Ces modifications 
ont porté sur deux points principaux, modification aux 
conditions de fonctionnement de l'objectif et aux combi- 
naisons elles-mêmes. 

Déjà l'élargissement de l'ouverture avait mis en évidence 
les perturbations causées par le verre couvreur et néces- 
sité l'emploi d'un dispositif destiné à le corriger de ces per- 
turbations, par la modification des distances relatives des 
lentilles de la combinaison. Mais un perfectionnement au- 
trement important résultait des travaux d'Amici et de l'in- 
vention de l'immersion. 

Amici reconnut que si on interposait entre l'objectif 
et le verre couvreur , un liquide de même indice de 
réfraction, on évitait la brusque déviation des rayons au 
sortir du verre ; on gagne donc beaucoup, soit en clarté 
soit en résolution, en même temps que l'on obtient une 
distance frontale plus considérable. Amici ne réussit pas à 
appliquer sa théorie dans son entier et se borna à construire 
des objectifs à immersion dans l'eau. Le résultat fut cepen- 
dant remarquable, mais ce n'est que tout récemment que le 
D r Abbe réussit à faire construire par Zeiss des objectifs à 
immersion dans l'huile de cèdre, dont l'indice de réfraction 
et le pouvoir dispersif se rapprochent de ceux du verre. Ces 
objectifs d'une perfection remarquable ont été égalés, même 
surpassés, par ceux que construisent aujourd'hui Powell et 
Lealand et Toiles, et qui peuvent passer pour les instruments 
les plus parfaits dont « la science a armé le microscope. » 



— 152 — 

Le système d'immersion dans l'eau réduit la réfraction au 
sortir du cover, mais ne la supprime pas. Ce cover produit 
donc une perturbation analogue à celle qu'il cause aux ob- 
jectifs à sec, mais moindre : il faut donc que ces objectifs 
soient munis d'un système de correction. Il semblerait que 
ce système fût inutile pour les objectifs à immersion homo- 
gène, puisque la réfraction au sortir du cover n'existe plus ; 
mais il n'en est rien, car il y a une influence due à la lon- 
gueur du tube du microscope qui est du même ordre et qu'il 
faut corriger de la même manière, à moins que l'on n'em- 
ploie exactement la longueur du tube pour laquelle est cal- 
culé l'objectif. Aussi , bien que Zeiss ne monte pas ses ob- 
jectifs homogènes a correction, Powell et Toiles les livrent 
soit avec soit sans la correction (1). 

En outre, on peut établir l'objectif de manière qu'en chan- 
geant sa correction il puisse servir à sec ou à immersion à 
volonté. Les objectifs de Ross et de Toiles sont dans ce cas. 
MM. Powell et Lealand obtiennent le même résultat par 
le changement de la frontale de l'objectif. C'est ainsi que 
leur remarquable 1/8° à immersion dans l'eau peut recevoir 
deux frontales : l'une pour travailler à sec, l'autre pour tra- 
vailler à immersion. 

Quant aux modifications dans la construction même des 
objectifs, je ne puis faire mieux que d'en emprunter la des- 
cription sommaire au D r Carpenter : 

« Pendant longtemps, les meilleurs objectifs microscopi- 
ques, de moyenne et forte puissance, furent construits en 
combinant trois paires de lentilles superposées, croissant en 
diamètre et en longueur focale et composées chacune d'une 
lentille biconvexe de crown, partiellement achromatisée par 
une lentille plan-concave de flirit, les deux surfaces oppo- 
sées ayant même courbure et étant unies par du baume du 
Canada. Plusieurs modifications de cette disposition furent 

(1) Zeiss fait maintenant de môme. 



- 153 — 

apportées, à différentes époques, par divers constructeurs, 
les uns tendant à la simplification, les autres cherchant 
la perfection sans s'arrêter aux difficultés de construction 
qui pouvaient en résulter. 11 est évident que, d'un côté, de 
grands avantages résultent de la réduction du nombre des 
lentilles composantes, en tant que cette réduction n'affectera 
pas la qualité de l'objectif; on diminue les causes d'erreur 
provenant de la taille des surfaces et du centrage des len- 
tilles, ainsi que la perte de lumière due au passage des 
rayons d'un milieu dans l'autre. Mais, d'un autre côté, il 
semble prouvé que l'on ne doive compter atteindre la per- 
fection théorique que par une augmentation du nombre des 
lentilles. 

» Le premier pas important dans la voie de la simplification, 
a consisté à remplacer la paire frontale par une lentille sim- 
ple, piano-convexe de crown. Cette substitution, qui a été 
généralement adoptée, semble remonter à Amici ; on obtient 
ainsi une plus grande distance frontale que lorsque la fron- 
tale est un doublet ou un triplet : c'est un avantage, surtout 
pour les forts grossissements. Mais beaucoup de construc- 
teurs, qui ont employé cette méthode, ont ajouté une lentille 
à la combinaison postérieure en faisant ainsi un triplet 
télescopique et conservant un doublet au milieu. D'admi- 
rables objectifs de cette construction, comprenant chacun 
2 lentilles concaves de flint et 4 convexes de crown avec 
1 2 surfaces en tout, ont été construits en Angleterre, en Amé- 
rique, en France et en Allemagne. 

» M. Wenham a introduit une autre simplification ; il a 
montré que l'on peut entièrement corriger l'aberration chro- 
matique dans la combinaison médiane en la composant 
d'une lentille biconcave de flint, comprise entre deux len- 
tilles biconvexes de crown, les combinaisons antérieures et 
postérieures étant remplacées par de simples lentilles plan- 
convexes de crown. Ainsi, une lentille biconcave de flint 
sert à corriger les aberrations chromatiques de 4 lentilles 



- 154 - 

convexes de crown , et le nombre total des surfaces est 
réduit à 10. 

» Il n'y a pas de doute que l'on ne puisse construire sur le 
plan de M. Wenliam des objectifs très bons et relativement 
bon marché ; mais ce plan ne semble pas se prêter aussi 
bien a rétablissement d'objectifs de premier ordre possédant 
la plus grande ouverture possible. Ces derniers sont généra- 
lement composés d'un triplct antérieur, d'un doublet moyen 
et d'un triplet postérieur, ayant ainsi 8 lentilles et 16 sur- 
faces. 

» Les grands constructeurs des Etats-Unis ont encore ajouté 
à cette combinaison une frontale simple, ce qui leur donne 
une plus grande distance frontale. L'extraordinaire excel- 
lence de leur travail a donné à ces combinaisons complexes 
une perfection sans rivale ; aussi, ces objectifs sont-ils d'un 
prix très élevé. » 

En résumé, toutes les modifications apportées aux objectifs 
ont tendu à en augmenter l'ouverture et à la pousser soit à 
son maximum, soit au moins à un degré aussi élevé que le 
permettaient les conditions de bon marché relatif destinées 
à les vulgariser. Au besoin, les opticiens n'hésitent pas à 
subordonner, dans une certaine mesure, la perfection des 
corrections chromatiques et sphériques à l'obtention d'un 
grand angle d'ouverture. Nous croyons que cette manière 
d'opérer, qui a été la cause du commencement de la cam- 
pagne contre les grandes ouvertures, n'est pas à imiter. 11 
vaut mieux, ou, comme le font plusieurs opticiens, faire 
plusieurs séries d'objectifs différant entre eux par leur ouver- 
ture, ou approprier dans une juste mesure l'ouverture 
au grossissement , en abandonnant la construction des 
combinaisons grand-angulaires qui, en somme, sont d'une 
grande difficulté d'exécution, d'un prix naturellement excessif 
et d'un usage très restreint. 



— ibb — 
III. — Les perfectionnements des stands. — Les instruments 

CONTINENTAUX. 

Nous avons laissé le stand sous sa forme de microscope à 
tambour, qui était un perfectionnement sur les anciennes 
formes, mais qui ne permettait plus d'utiliser toute la puis- 
sance des objectifs en voie de progression. 

En effet, nous savons que, même avec des objectifs 
d'ouverture modérée, on gagne beaucoup à n'utiliser que les 
portions périphériques du pinceau éclairant, de là la né- 
cessité de pouvoir porter latéralement le miroir pour obtenir 
l'obliquité d'éclairage nécessaire. 

Il est vrai que l'on peut, par des appareils optiques ou con- 
densateurs, placés entre le miroir et la platine, transformer 
le pinceau direct en pinceau oblique. C'est même le meil- 
leur moyen et le seul qui permette d'obtenir une très grande 
obliquité , mais ce n'est pas celui qui fut tout d'abord 
employé. On en revint donc à l'ancienne disposition avec le 
miroir libre et le dessous de la platine dégagé, mais en con- 
servant le mouvement lent du microscope à tambour et 
la fixité de sa platine. 

Les microscopes construits suivant ces idées ont été très 
nombreux et peuvent se ramener à trois types principaux : 
le microscope de Strauss, qui est encore à peu près le seul 
construit sur le continent, et les modèles de Ross et de 
Jackson, construits en Angleterre et en Amérique; le mo- 
dèle Ross est à peu près abandonné aujourd'hui et a été 
remplacé, pour les raisons que nous dirons, par le modèle 
Jackson qui, entre les mains des Américains, a reçu dans le 
cours de ces dernières années de remarquables perfectionne- 
ments. 

Nous n'entrerons pas dans le détail de tous les instruments 
construits sur chacun de ces types, nous nous contenterons 
dé donner la description d'un type complet de chaque sorte 



— 156 — 

et de noter sommairement les simplifications qu'il peut rece- 
voir. Nous réservons pour un chapitre spécial les modifica- 
tions diverses qui résultent de l'emploi d'appareils particu- 
liers, polarisateurs et appareils binoculaires. 

Le microscope continental (1), repose sur une base pe- 
sante en forme de fer à cheval, sur laquelle s'élèvent deux 
colonnes ou un support analogue, recevant l'axe d'inclinai- 
son de l'appareil. Cette inclinaison du corps de l'instrument 
s'est maintenant généralisée ; elle était réservée, dès le début, 
aux grands modèles seuls, et encore, à côté des grands mo- 
dèles inclinants, trouvait-on toujours et trouve-t-on parfois 
encore des modèles analogues, mais fixes. L'inclinaison est 
si utile, son addition est si peu coûteuse, que cette dis- 
tinction disparaîtra de jour en jour davantage. 

L'axe d'inclinaison supporte tout le mécanisme que l'on 
divise en tube optique, platine, sous-platine et miroir. 

Le tube optique est relié par l'intermédiaire d'une pièce 
qui reçoit la crémaillère du mouvement rapide à une co- 
lonne qui repose sur la platine. Cette colonne du mouve- 
ment lent est formée de deux pièces glissant l'une dans 
l'autre ; l'intérieure est fixe, l'extérieure est mobile et cons- 
tamment poussée de bas en haut par un fort ressort à 
boudin ; une vis micrométrique et un écrou permettent de 
vaincre la résistance de ce ressort et de donner au tube exté- 
rieur et, par suite, au tube optique, le mouvement lent et 
précis destiné à achever la mise au point. 

Pour que ce mouvement s'effectue en ligne droite, les 
deux pièces étaient, il y a peu de temps encore, reliées par 
un guide qui empêchait la rotation du tube extérieur ; ce 
guide était sujet à s'user, ce qui, à la longue, amenait un 
ballottement. Aussi , actuellement , tous les instruments de 



(1) Le grand modèle de M. Nachet représenté ci-contre représente, 
à notre point de vue, le modèle continental à son plus haut degré de 
perfection. 



— 157 — 

bonne fabrication sont-ils montés à prisme, c'est-à-dire que 
la colonne intérieure, au lieu d'être cylindrique, est prisma- 
tique, à section généralement triangulaire ; la colonne enve- 
loppante, cylindrique à l'extérieur, est intérieurement pris- 




Fig. 1. — Microscope grand modèle n<> 1, de M. Nachet. 

matique et son contact parfait avec la pièce fixe est assuré 
par la pression d'un fort ressort plat. L'usure est ainsi com- 
pensée à mesure qu'elle se produit. 

Ce mouvement lent est excellent, robuste et ne se dérange 
jamais quand il est bien construit; il a cependant un vice de 
construction théorique qui l'empêchera toujours d'atteindre 



— 158 — 

la parfaite douceur d'action des mouvements similaires an- 
glais et américains. Nous avons dit, en effet, que le ressort 
a boudin agit de bas en haut ; outre son rôle principal qui 
est d'assurer constamment le contact de la vis micrométrique 
et de l'écrou de manière à éviter le temps perdu, il faut qu'il 
relève en permanence le tube optique et la pièce qui le sup- 
porte. Le poids de ces pièces agit en sens inverse du ressort, 
c'est un poids mort à soulever en permanence. Il faut donc 
un ressort puissant et, par conséquent, dur à comprimer. 
Nous verrons que, dans le système Zentmayer, c'est l'inverse 
qui a lieu et que le poids du tube agit dans le même sens 
que le ressort. 

La disposition du mouvement lent continental a encore un 
autre inconvénient, mais qu'il suffit de connaître pour en 
éviter les conséquences. On est naturellement porté, lorsque 
l'on veut transporter l'appareil, à le saisir par l'espèce d'anse 
que forme la pièce qui joint le tube à la colonne. Or, si on 
soulève ainsi le microscope, tout le poids du pied, qui est 
toujours très lourd, n'est supporté que par la vis micromé- 
trique, ce qui, à la longue, peut la fausser. Bien qu'il soit 
indiqué de prendre le microscope par le pied pour le trans- 
porter, il est néanmoins si naturel de le prendre comme il 
vient d'être dit, que l'on opère presque toujours ainsi, mal- 
gré les conséquences qui peuvent résulter de cette manière 
de faire. 

Quoi qu'il en soit de ce défaut, le mouvement lent conti- 
nental rachète en solidité ce qu'il perd en douceur et, quand 
il est bien construit, il est excellent et ne se dérange ja- 
mais ; il ne faudrait cependant pas l'adapter à des tubes 
trop pesants, car si on voulait lui faire supporter les lourds 
tubes binoculaires anglais, on s'exposerait à de sérieux mé- 
comptes. 

En décrivant le mouvement lent, nous avons accessoire- 
ment parlé du mouvement rapide qui, au moins dans les 
grands modèles, s'elfectue au moyen d'une crémaillère. 



- 159 - 

Cette crémaillère, très utile, presque indispensable, n'est 
souvent pas taillée et ajustée avec tout le soin désirable ; 
elle est sujette à prendre du jeu et a quelquefois un léger 
temps perdu, même dans les grands modèles. C'est un point 
à perfectionner. 

La colonne du mouvement lent est fixée à la plaque supé- 
rieure de la platine par trois vis qui traversent des ouver- 
tures ovalisées, ce qui permet un certain jeu relatif des 
deux pièces, jeu nécessaire pour obtenir le centrage du tube 
optique sur l'ouverture de la platine. Ce centrage, dont l'ab- 
solue précision est indifférente, une fois obtenu, il faut 
serrer les vis à fond et placer deux ou trois goujons destinés 
à solidariser complètement et définitivement les deux pièces 
ensemble. 

La pièce supérieure de la platine tourne sur un anneau 
inférieur tenant au pied de l'instrument. Dans sa rotation, 
elle entraîne le tube qui lui est fixé ; cette rotation de l'en- 
semble, tube, platine et préparation, est caractéristique du 
modèle continental. Elle présente cet avantage que, pendant 
la rotation, la position relative du tube et de la préparation 
ne variant pas, il n'y a pas de déplacement de l'image ; mais 
à côté de cet avantage, elle présente des inconvénients sé- 
rieux : la colonne du mouvement lent et la crémaillère du 
mouvement rapide changent constamment de position et 
souvent on ne sait plus où chercher les boutons dont on a 
besoin pour la mise au point ; ces pièces viennent parfois 
s'interposer d'une façon gênante devant la lumière ; en 
outre, il y a une rotation de toutes les pièces optiques 
du tube qui, souvent, ont besoin d'être fixes, soit par leur 
disposition asymétrique (appareils binoculaires , prismes 
redresseurs, chambres claires), soit parce qu'elles doivent 
avoir une position donnée pour fonctionner dans certaines 
conditions (réticules, micromètres, appareils de polarisa- 
tion). Cet inconvénient est surtout sensible pour les appa- 
reils binoculaires, avec lesquels il est impossible de profiter 
de la rotation de la platine. 



— 160 — 

La platine, même dans les grands modèles, est générale- 
ment simple et ne présente aucun mouvement mécanique 
destiné à mouvoir l'objet sous l'objectif. Tant que ces mou- 
vements n'ont eu d'utilité que pour venir en aide à des 
mains mal habiles, ou pour rechercher et repérer quelques 
Diatomées, les opticiens continentaux se sont peu occupés 
de les construire et de les perfectionner ; et ceux de ces 
appareils qui étaient quelquefois fourni comme accessoires 
des grands microscopes étaient tellement mauvais et incom- 
modes, que leurs constructeurs conseillaient eux-mêmes de 
les laisser de côté. Aujourd'hui cependant, que les platines 
mécaniques sont indispensables aux microscopes destinés 
aux recherches minéralogiques, elles commencent à se géné- 
raliser et à se perfectionner sur le continent ; elles sont ce- 
pendant encore construites d'une façon trop légère et trop 
peu solide. 

Entre la platine et le miroir se place la sous-platine qui, 
dans les grands instruments, peut recevoir un mouvement 
parallèle à l'axe optique au moyen d'une crémaillère ou d'un 
levier ; elle est munie d'un dispositif permettant de la cen- 
trer. On peut faire sur la sous-platine les mêmes remarques 
que sur la platine. Les condensateurs , dont il existe un si 
grand nombre de modèles en Angleterre, étant peu ou pas 
employés sur le continent, les sous-platines destinées à les 
porter, ne servent guère qu'à recevoir des diaphragmes ; 
aussi sont-elles encore rudimentaires. Zeiss, qui construit 
un condensateur justement renommé, le monte d'une façon 
spéciale et indépendante, et, dans son grand modèle , la 
sous-platine proprement dite n'est qu'un accessoire d'autant 
plus inutile qu'elle n'a pas de dimensions suffisantes pour 
recevoir aucun appareil anglais. Aussi les acheteurs , qui 
tiennent à avoir les stands de Zeiss beaucoup pour le con- 
denseur d'Abbe, préfèrent-ils le n° 2 qui ne diffère guère 
du n» 1 que par l'absence de cette sous-platine à crémail- 
lère. 



— 161 — 

Enfin le miroir est mobile autour d'une série d'articula- 
tions qui permettent de le porter en dehors de l'axe, de 
manière à donner une obliquité aussi grande que possible à 
la platine. Zeiss emploie un dispositif assez compliqué et 
tel que la rotation se fasse autour d'un point placé sur l'axe 




«tsar 



Fig. 2. — Microscope grand modèle n° 2, de M. Nachet. 



optique un peu au-dessous de la platine, c'est un achemine- 
ment vers le système Zentmayer où la rotation s'effectue 
autour de l'objet lui-même. 

Ainsi construit, le grand modèle français ou allemand est 
un bel instrument solide et précis, d'un emploi commode, 

41 



— 162 — 

mais qui n'a aucun rapport avec ce que l'on entend en An- 
gleterre par microscope de première classe. C'est un instru- 
ment exclusivement scientifique qui, sauf les objectifs, ne 
peut recevoir aucune addition, aucun appareil autre que 
ceux avec lesquels il est fourni ; on peut même dire que 
comme instrument purement scientifique, il présente quel- 
ques inutilités , aussi les opticiens construisent générale- 
ment un grand modèle n° 2 qui est leur vrai instrument de 
vente. 

Cet instrument (fig. 2),ne diffère guère des premiers que 
par l'absence de la platine mobile et de la sous-platine qui 
est remplacée par un tube glissant à frottement doux dans 
un autre tube fixe que l'on peut mettre sous la platine ou 
enlever facilement lorsqu'on 
n'en a pas besoin. Ce tube fixe 

est muni d'un dispositif élé- À 

înen taire de centrage suffisant 
cependant pour l'usage auquel \ 
il est destiné (fig. 3). C. 

Etant donné que les plati- 
nes mobiles sont généralement 
mal construites sur le conti- 
nent, que les sous-platines des 

, lv1 " ,. . Figure 3. — Porte-diaphragme à 

grands modèles continentaux coulisse des instruments, de M. Na- 

n'ont pas grand chose à rece- chet - 

voir, on peut sans inconvénient, dans un instrument scien- 
tifique, se passer de la platine mobile et se contenter du tube 
porte-diaphragme. On aura alors pour un prix relativement 
modique un instrument scientifique parfait, commode, so- 
lide et transportable, accompagné d'objectifs qui , sans être 
des chefs-d'œuvre, sont suffisants pour toutes les recher- 
ches scientifiques les plus délicates (en mettant de côté, 
bien entendu, l'étude des Diatomées que d'ailleurs les sa- 
vants ne veulent pas admettre dans leur domaine). Dans ces 
conditions, à notre pointde vue, l'instrument est à peu près 




— 163 — 

sans rival (1). Si cependant on veut mieux, si l'on cherche 
un instrument absolument parfait pouvant se prêter à tout, 
possédant un mécanisme d'une douceur et d'un fini absolus, 
pouvant recevoir non-seulement tous les accessoires et appa- 
reils existants, mais encore probablement beaucoup de ceux 
que l'on pourra inventer ultérieurement, accompagné d'ob- 
jectifs irréprochables , il ne faut pas chercher en France ou 
en Allemagne, il faut absolument s'adresser en Angleterre 
ou en Amérique et s'attendre à des prix très élevés. 

Il faut cependant remarquer que maintenant on construit 
en Angleterre des stands de premier ordre qui ne sont pas 
beaucoup plus chers que les grands modèles du continent. 
Bien qu'ils soient peut-être moins robustes et d'un usage 
moins commode, ils se prêtent à des simplifications qui les 
rendent très pratiques tout en restant aptes à recevoir toutes 
les augmentations possibles. Nous reviendrons ultérieure- 
ment sur cette question. 

En France, les opticiens classent généralement leurs ins- 
truments en grands, moyens et petits modèles. Nous ve- 
nons de décrire les grands modèles, voyons en quoi en dif- 
fèrent les autres. 

Les moyens modèles ressemblent beaucoup aux grands 
modèles n° 2 dont nous avons parlé : ils sont un peu plus 
bas et n'ont quelquefois pas de crémaillère pour le mouve- 
ment rapide qui se tait par glissement ; ils sont toujours à 
inclinaison, platine tournante, et munis d'un porte-dia- 
phragme ; ils rendent presque les mêmes services que les 
grands modèles et sont plus portatifs. 

Quant aux petits modèles, ils n'ont plus de platine tour- 
nante et sont privés d'habitude de la crémaillère du mouve- 
ment rapide et du porte-diaphragme à tube ; les modèles 



(1) C'est cet instrument que M. Nachet fournit généralement aux 
grands établissements scientifiques : laboratoires du collège de France, 
des hautes études et presque toutes les Facultés. 



- 164 - 

le meilleur marché ne sont plus inclinants. Ce sont d'ex- 
cellents modèles d'étudiant et de travail courant. 

Nous ne saurions trop signaler, comme instrument de ce 
genre, le modèle fixe de M. Nachet représenté ci-contre 
(fig. 4). Dans cet instrument, le tube et la colonne peuvent 




Fig. 4. — Microscope d'étudiant, de M. Nachet. 



s'enlever et se remplacer par un bras porteur de doublets 
pour les dissections. Cet instrument est simple, solide, bien 
construit et bon marché, c'est pour nous le type du micros- 
cope d'étudiant. 

Il y a, en effet, un fait à constater: c'est que tandis qu'en 
Angleterre tel opticien de premier ordre, à côté de merveil- 



— 465 - 

les de mécanique, vend des instruments bon marché dont 
rougirait un marchand forain français, sur le continent, 
chez les bons fabricants, toute la série des modèles est éga- 
lement bonne ; le mouvement lent du plus petit est aussi 
précis que celui du plus grand, la solidité et l'assemblage 
des parties sont aussi parfaites et généralement il n'y a 
qu'une série d'objectifs et d'oculaires pour tous les modèles. 

C'est ce qui explique la vogue réciproque de nos instru- 
ments en Angleterre et des instruments anglais chez nous. 
Nous ne fabriquons pas ce qu'ils font merveilleusement et 
ils font mal et cher ce que nous faisons bon et à bon 
marché. 

Notons cependant qu'il y a des exceptions et que certaines 
maisons anglaises font des instruments d'étude ( student's 
stands) qui n'en ont pas que le nom et qui ne sont pas que 
de mauvaises copies des grands instruments. 

IV. — Les instruments anglais. 

Après quelques imitations des instruments d'Amici et 
d'Oberhœser, les opticiens anglais, à la suite des travaux 
de Jackson Lister, s'étaient rapidement lancés sur la voie du 
perfectionnement des objectifs ; ils comprirent de suite que 
les stands ne pouvaient rester ce qu'ils étaient et la maison 
Ross construisit l'instrument qui a été si longtemps copié 
et imité en Angleterre et en Amérique et qui, bien qu'aban- 
donné par la plupart des constructeurs, actuels, même par 
ceux qui l'ont créé, est encore construit par quelques bon- 
nes maisons malgré ses défauts reconnus. 

Le mécanisme de ce stand (fig. 5), a pour base une pièce 
creuse prismatique, pouvant osciller entre les branches d'un 
trépied métallique dont la forme varie suivant le construc- 
teur. Ici, le microscope est assez lourd pour qu'il soit inu- 
tile d'alourdir encore le pied qui ne demande qu'à être com- 
biné en vue de la stabilité de l'ensemble. Nous avons dit 



- \GQ - 

que la pièce qui doit porter le mécanisme oscille entre les 
branches du trépied, c'est-à-dire que l'instrument est à in- 
clinaison. C'est une disposition générale en Angleterre , les 




Fig. 5. — Microscope type Ross, de MM. Ross et Ce. 



microscopes sont trop grands et trop hauts pour qu'on puisse 
s'en servir verticalement, aussi l'inclinaison s'est imposée 
tout d'abord et s'est ensuite généralisée à tous les modèles. 
Chez nous, au contraire, où les premiers types étaient cons- 



- 167 — 

truits droits, l'inclinaison ne s'est présentée que comme un 
perfectionnement accessoire et est , encore aujourd'hui, 
loin d'être générale. 

La pièce creuse dont il vient d'être parlé, porte en dessous 
le miroir, en avant la platine et la monture de la sous-pla- 
tine, et dans son intérieur glisse une tige qui porte le tube 
optique. Le glissement de cette pièce est conduit par une 
crémaillère à double pignon qui soulève tout l'ensemble, 
tube et mouvement lent, de la même façon que chez nous le 
mouvement lent soulève tout l'ensemble tube et mouvement 
rapide. Seulement, ici, ce mécanisme n'est pas fixé sur la 
platine, mais en est indépendant. De sorte que la platine 
tourne seule sous le tube qui est fixe ; nous reviendrons tout 
à l'heure sur ce fait, en parlant de la platine. 

Au-dessus de la tige à crémaillère est fixée une pièce 
horizontale creuse, sur l'avant de laquelle est vissé le ou les 
tubes et clans l'intérieur de laquelle est logé le levier du 
mouvement lent. 

Ce mouvement lent n'agit pas comme chez nous sur tout 
le tube, mais seulement sur le nez, ou partie inférieure du 
tube qui porte l'objectif, qui seul est élevé ou abaissé. Ce 
mouvement est obtenu par un levier actionné par une vis 
micrométrique placée à l'extrémité de la pièce horizontale 
opposée au tube optique. Un ressort intérieur assure le con- 
tact du nez et du levier. 

Ce mouvement lent « Nationnal » a quelques avantages et 
beaucoup de défauts. Son principal avantage est qu'il est 
très sensible et très doux, n'agissant que sur des pièces de 
faible poids ; son principal défaut est qu'il doit être ajusté 
avec la plus grande précision pour bien fonctionner sans 
prendre du jeu. En outre, comme en fonctionnant il allonge 
ou raccourcit le tube, le grossissement change en consé- 
quence constamment. Cependant on peut, dans les opéra- 
tions micrométriques, tenir compte de ces changements, la 
tête de la vis micrométrique étant graduée et se mouvant 



— 168 — 

devant un index également gradué qui indique les tours 
complets. Il est facile d'établir une table des modifications 
apportées aux grossissements par le mouvement lent, de la 
même manière qu'on le fait pour les modifications analo- 
gues produites par l'allongement du tube porte- oculaire et 
la correction de l'objectif. 

En somme, le système est défectueux surtout parce qu'il 
n'est pas robuste ; aussi en Amérique, où il n'est pas aussi 
« nationnal » qu'en Angleterre, tend-il à être remplacé par le 
système Zentmayer que nous décrirons plus loin et qui agit 
sur le tube entier. 

En Angleterre, après quelques essais du système Zentmayer, 
on semble revenir à l'ancien système, mais en le perfection- 
nant et en faisant glisser le nez non plus dans le tube lui- 
môme, mais dans une coulisse fixe. La pièce, contrebutée 
par un ressort, est actionnée par une came en forme de V 
poussée par une vis micrométrique. Un ingénieux système 
de roulettes d'acier réduit le frottement , tandis que le bal- 
lottement est devenu impossible par suite de la monture à 
coulisse. L'action du système sur le grossissement reste le 
même. 

Notons en passant que l'on obtiendrait un mouvement 
lent très précis et très robuste en agissant au moyen d'une 
crémaillère sur l'oculaire ; mais il faudrait monter ou bais- 
ser l'oculaire des grandes quantités et les modifications cor- 
respondantes du grossissement seraient considérables. 

Le tube anglais est très large et très long et peut s'allon- 
ger d'une façon invraisemblable au moyen d'un tube addi- 
tionnel ou « Draw tube ». Les grands instruments anglais 
sont tous binoculaires sur le plan de Wcnliam que nous dé- 
crirons plus loin. 

La platine est composée de deux anneaux tournant l'un 
dans l'autre sous l'objectif. Il résulte de ce mode de 
rotation que l'objet, s'il n'est pas parfaitement au centre, se 
déplace pendant la rotation. Ce fait, dont on a l'habitude 



— 169 — 

d'exagérer l'importance dans les traités du microscope écrits 
chez nous, est en réalité peu gênant, les mouvements méca- 
niques de la platine permettant de ramener constamment et 
facilement l'objet au centre de la rotation. Si cependant on 
employait une platine non mécanique , il serait commode 
d'avoir un système de centrage appliqué soit à la platine 
soit au nez du tube. La rotation de la platine s'effectue sou- 
vent au moyen d'un pignon agissant sur une crémaillère 
circulaire. On peut débrayer le pignon lorsque Ton veut 
tourner à la main. 

Sur l'anneau mobile de la platine se trouve un système 
de charriots admirablement construits permettant de dépla- 
cer la préparation dans les deux sens. Les platines anglai- 
ses, surtout les anciennes, ont une grande épaisseur, mais 
les pièces qui les composent sont évidées de telle sorte 
qu'une lumière très oblique peut être dirigée sur la prépa- 
ration. Dans ces derniers temps, sous l'influence des idées 
américaines, on a tendu à en réduire beaucoup l'épaisseur ; 
pourtant un des meilleurs et des plus sûrs moyens d'obtenir 
une lumière aussi oblique que l'on voudra étant d'employer 
un bon condensateur, l'épaisseur de la platine n'a qu'une 
influence restreinte (1). 

Sous la platine peut généralement se mettre et s'enlever 
un « Iris diaphragrn » formé de lames de laiton qui, sous 
l'action d'un levier, s'ouvrent ou se referment de manière à 
régulariser à volonté l'action delà lumière. 

Entre la platine et le miroir se trouve le « substage » ou 
sous-platine. C'est une véritable platine, même rotation et 
mêmes mouvements dans les deux sens obtenus au moyen 
de vis, pignons et crémaillères ; en plus le substage peut 



(1) Le grand microscope « radial » de Wenham construit par 
MM. Ross et C ie , possède une platine mécanique très mince qui a été 
inventée par Toiles ; cette platine peut s'adapter à tous les grands mo- 
dèles actuellement construits par la maison Ross. 



— 170 — 

s'élever ou s'abaisser à l'aide d'une crémaillère parallèle- 
ment à l'axe optique, pour la mise au foyer des condenseurs. 

Enlin le miroir peut s'excentrer au moyen de bras suscep- 
tibles de s'étendre; en outre, il peut recevoir par glissement 
un mouvement de haut en bas ou réciproquement. 

Cet instrument ne présente qu'un défaut, c'est le manque 
de stabilité du tube. Ce tube très long est simplement vissé 
par le bas et n'est pas soutenu sur la longueur, aussi est-il 
sujet à vibrer, ce qui, avec les forts grossissements, produit 
des déplacements de l'image. 

Ce défaut était facile à corriger et de cette correction 
résulta le type Jackson (fig. 6 et 7). Il ne diffère du précédent 
qu'en ce que le tube est supporté sur toute sa longueur par 
une grande pièce métallique appelée assez improprement 
« limbe ». Ce limbe réunit toutes les pièces du microscope et 
leur donne ainsi une plus grande solidarité. Il porte sous le 
tube une coulisse à crémaillère pour le mouvement rapide. 
Quant au mouvement lent, il est généralement appliqué sur 
le tube optique lui-même et construit d'une façon analo- 
gue ; le levier est seulement moins long. C'est ce type de 
microscope qui est maintenant généralement adopté en 
Angleterre et en Amérique (1). 

Lorsque nous nous trouvons pour la première fois en pré- 
sence d'un grand microscope anglais, nous éprouvons une 
stupéfaction profonde. Est-ce un microscope que nous avons 
sous les yeux ? N'est-ce pas plutôt une lunette astronomique 
ou un petit télescope? En fait, l'instrument s'élève quelque- 
fois de 40 à 50 centimètres au-dessus de la table, ses ocu- 
laires sont au niveau du sommet de notre tête, sa platine 
est quelquefois large comme une petite assiette , de tous 



(1) La figure 7 représente l'excellent instrument construit sur ce 
type par M. Swift île Londres et appelé par lui « le Challenge ». C'est 
un instrument admirablement construit et relativement très bon mar- 
ché. 



- 171 - 

côtés se projettent des vis, pignons, boutons molletés, le- 




Fig. 6. — Microscope type Jackson, de MM. Ross et O. 

viers, etc. Si nous voulons nous en servir, nous heurtons 



- 172 




Fig 7. — Microscope « Challenge », de M. Swift. 



- 173 - 

notre nez entre les deux oculaires et nous égarons nos doigts 
à travers les quinze ou seize boutons molletés qui servent à 
faire marcher la machine, bien heureux si nos bras sont 
assez longs pour atteindre et diriger le miroir. 

Cependant, le premier émoi passé, nous constatons que la 
lourde machine obéit à la moindre indication et qu'il suffit 
d'apprendre le piano de ses différentes touches pour en tirer 
tout ce que l'on veut. On est alors surpris de la merveil- 
leuse perfection de ces organes et de la simplicité des com- 
binaisons dont le nombre seul produit une apparence de 
complication. Tout peut se régler, se serrer ou se desserrer, 
se centrer et se remplacer au besoin. Aussi, le moindre 
ballottement, déréglage ou décentrage, peut-il être facile- 
ment corrigé, soit par l'opticien, soit même par le possesseur 
de l'instrument s'il est habile. 

Cet instrument, d'un emploi si commode, est-il d'un 
usage pratique? Non, en général. Si pour le minéralogiste 
ou le diatomiste il représente le nec plus ultra, pour l'his- 
tologiste ou le naturaliste il ne peut être qu'un objet de 
curiosité. On a dit qu'il ne pouvait servir qu'à montrer des 
préparations toutes faites : c'est absolument vrai. Ceux qui 
ne travaillent que sur des préparations finies, comme le 
minéralogiste ou le diatomiste (nous confessons hum- 
blement faire partie de cette dernière et méprisée caté- 
gorie), ne pourront faire mieux que de se munir d'un de 
ces beaux instruments; ils auront, outre la satisfaction de 
posséder un magnifique instrument, la certitude qu'ils ne 
seront jamais arrêtés dans leurs recherches par la faute de 
leur outil. Pour les autres chercheurs et savants, tous ces 
perfectionnements ne seraient que des entraves et, au lieu 
d'en tirer profit, ils n'en éprouveraient que de l'embarras. 

Spécifions bien que tout ceci ne s'applique qu'aux grands 
modèles de grande taille et que nous rencontrerons des 
instruments aussi complets que les précédents, mais moins 
grands et moins embarrassants, et dans lesquels tous les 



accessoires ci-dessus mentionnés peuvent à volonté dispa- 
raître pour laisser l'instrument dans un état de simpli- 
cité pratique aussi complet que celui des grands modèles 
du continent. 

Tout fabricant anglais qui se respecte fabrique le grand 
instrument qui vient d être décrit. En dehors de cet instru- 
ment, il en construit un ou deux autres qui ne diffèrent 
guère du premier que par la taille. Le plus petit des trois 
n'est pas beaucoup plus grand que nos grands modèles con- 
tinentaux, il est cependant plus haut de platine pour pouvoir 
admettre le substage qui est généralement d'un modèle 
unique pour la série. Ce sont là les instruments de première 
classe. 

Les instruments de deuxième classe sont copiés sur ceux 
de première, mais ils ont généralement une platine non 
mécanique, une sous-platine qui n'est plus à rotation et 
dans laquelle le centrage s'obtient plus simplement par deux 
vis contrebutées par un ressort. Ce modèle de sous-platine 
est d'ailleurs amplement suffisant et peut s'appliquer aux 
grands modèles. Ils atteignent la taille des grands n° 2 
ou n° 3 ; ils présentent presque tous les avantages des 
grands modèles et peuvent les remplacer s'ils sont bien 
construits ; on peut d'ailleurs leur adapter généralement 
tous les accessoires des instruments de première classe. 

Quant aux instruments de troisième et de quatrième 
classe, ils n'ont rien d'intéressant pour nous, car ils sont 
généralement moins commodes, moins solides, moins bien 
construits et plus chers que nos moyens et petits mo- 
dèles. 

Etudions maintenant les plus récents perfectionnements 
que les stands ont reçus ; leur origine est américaine au moins 
de fait, sinon en principe, aussi désignerons-nous ces instru- 
ments sous le nom de microscopes américains.. 



— 17o — 

V. — Les instruments américains. 

Il est facile, si l'on veut faire de la quintessence, d'attri- 
buer, preuves en main, aux Grecs et aux Romains l'inven- 
tion de la vapeur ou de la poudre à canon ; il serait aussi 
facile de rechercher en Angleterre, en France ou en Alle- 
magne, l'origine des idées qui ont amené Zentmayer à cons- 
truire son remarquable stand; de fait on n'y a pas manqué. 
Mais des idées à l'application, il y a loin, surtout à une 
application aussi parfaite et aussi simplement réalisée que 
celle qui constitue l'instrument du constructeur américain. 
Aussi, ne chercherons-nous pas à contester à Zentmayer la 
paternité de son invention. 

L'idée capitale de l'inventeur consiste à prendre l'objet 
lui-même comme centre des divers mouvements de rotation 
que peuvent subir les pièces du microscope. La platine (fîg. 8) 
est terminée par une queue dont l'axe passe un peu au- 
dessus de son plan, par le point où sera l'objet point que 
nous appellerons le centre optique. 

Il en résulte que si cette platine, au lieu d'être fixe, peut 
tourner autour de son axe, cette rotation s'effectuera autour 
du centre optique et l'éclairage restant fixe, l'objet présen- 
tera ses diverses faces à la lumière et à l'objectif sans subir 
d'autre mouvement que sa rotation. 

Si au lieu de faire tourner la platine d'un petit angle on 
la renverse sens dessus dessous, l'objet sera toujours au 
même point, quoiqu'en sens inverse, l'épaisseur de la platine 
sera en fait supprimée et le miroir pourra être amené à 
diriger sur l'objet un pinceau éclairant aussi rasant que 
possible. 

D'un autre côté, la queue de la platine s'engage dans une 
bague tournée extérieurement et intérieurement, et dont, 
par conséquent, l'axe est le même que celui de la queue de 
ia platine, c'est-à-dire passe par le centre optique. Cette 
bague est fixée au limbe. 



170 - 




Fig. 8. — Microscope « RossZcnimayer > , de MM. Ross et (X 



— 177 — 

Or, la tige qui porte le miroir tourne autour de cette 
bague et le miroir est monté de telle sorle que son centre 
sort sur l'axe vertical de l'instrument; il en résulte que le 
miroir tourne lui aussi autour du centre optique sur lequel 
vient toujours tomber son foyer pendant sa rotation. 

Il en est de même pour la sous-platine, qui étant montée 
sur la même pièce que le miroir, tourne également autour 
de l'objet comme centre avec le condenseur qu'elle porte. 

La construction de l'instrument est donc établie sur des 
bases vraiment logiques , mais ce n'est pas cela à notre 
point de vue qui fait la vraie valeur de l'instrument. Nous 
avons montré, en effet, dans l'article consacré il y a quelques 
mois à l'ouverture des objectifs, que pour profiter du sys- 
tème Zentmayer il fallait, outre le condensateur tournant, 
employer une hémisphère réunie à la face inférieure du porte- 
objet par une immersion homogène. Cette hémisphère, nom- 
mée « Traverse Leus » par Toiles, doit être montée à part 
sous la platine centrée et mise au foyer (c'est-à-dire élevée 
ou abaissée pour que son centre de figure corresponde avec 
l'objet). Il faut en outre faire la même opération sur le con- 
densateur, puis lui donner l'inclinaison la plus convenable 
et modifier la position de la lampe chaque fois que l'on 
change le degré d'obliquité, ou que l'on passe de l'éclai- 
rage oblique à l'éclairage central. En somme , il faut effec- 
tuer une série de manipulations deux fois plus longues et 
compliquées que celles que nécessite l'emploi d'un bon con- 
densateur, et tout cela sans obtenir de meilleurs résultats. 
Aussi, le premier moment d'engouement passé, tend-on à ne 
plus considérer le « Swinging substage » de Zentmayer, que 
comme un accessoire utile mais non indispensable. La maison 
Powell et Lealand n'a jamais construit d'instruments de la 
sorte et a préféré établir un condensateur à grand angle 
excellent et bon marché. MM. Beck et G e ne construisent 
qu'un modèle de grande taille sur un principe analogue que 
nous mentionnerons plus tard, tous les autres sont de 



- 178 - 

l'ancienne forme. M. Swift, après avoir construit un système 
semblable, a dissuadé ses clients de l'adopter. Enfin, MM . Ross 
et G c , qui ont refondu toute leur série sur le plan de Zent- 
mayer, livrent parallèlement à chaque modèle un modèle 
qui n'en diffère que par la fixité de la sous-platine. De plus, 
dans les types à sous-platine oscillante, la pièce qui porte la 
sous-platine et le miroir peut être fixée solidement au bâtis 
ou limbe et immobilisée au moyen d'une forte vis. Dans ces 
conditions, l'instrument présente la disposition fixe ordi- 
naire. 

Aussi, croyons-nous que ce qui fait le grand mérite du 
type Zentmayer et qui a engagé des constructeurs aussi 
éminents que MM. Ross à abandonner leurs types anciens 
en faveur du nouveau modèle, c'est surtout l'admirable dis- 
position de l'ensemble et les facilités que présente le modèle 
d'être simplifié ou compliqué à volonté. 

Le mouvement lent est parfaitement compris : tout le 
tube optique s'élève ou s'abaisse dans une coulisse parallèle 
à celle du mouvement rapide. Le glissement est effectué 
par un levier logé dans l'épaisseur du limbe et actionné par 
une vis micrométrique. Le tube est appuyé contre ce levier 
par un ressort plat agissant de bas en haut, c'est-à-dire dans 
le même sens que le poids du tube, ce qui est l'inverse de 
ce qui se passe chez nous. Le poids du tube aide ainsi le 
ressort au lieu d'être un poids mort à porter. Tel est le 
mouvement lent original de Zentmayer ; MM. Ross et G e l'ont 
encore amélioré en remplaçant le giissement des coulis- 
ses par un roulement sur galets d'acier. Ainsi construit, ce 
mouvement lent est d'une douceur et d'une précision dont 
on ne peut se rendre compte sans l'avoir essayé et qui sur- 
prend quand on l'emploie pour la première fois. 

En outre, dans l'instrument de MM. Ross , la sous-platine 
tout entière, avec sa crémaillère, peut s'enlever en glissant 
latéralement dans une coulisse à queue d'aronde. 
Prenez un Ross-Zentmayer n° 2 ou n° 3, enlevez. la sous- 



- 179 - 

platine ; remplacez la platine mécanique par une platine 
simple (il n'y a qu'un écrou à dévisser et à revisser pour 
faire cette substitution), et vous avez un instrument aussi 
simple que n'importe quel microscope du continent. Tandis 
qu'en remettant la platine mécanique et le substage muni 
de tel accessoire que vous voudrez, le stand est aussi com- 
plet que n'importe quel autre stand anglais. Aussi croyons - 
nous que c'est l'instrument par excellence de quiconque 
voudra un microscope de première classe susceptible de se 
simplifier pour le travail ordinaire tout en conservant la 
précieuse propriété de se compléter à volonté si le besoin 
s'en fait sentir. Disons encore que, tout compte fait, le n° 3, 
qui est de la taille des grands modèles du continent, ne 
coûte pas beaucoup plus cher qu'eux, et nous n'aurons plus 
rien à ajouter à l'éloge sans réserves que nous faisons de 
cet instrument. 

Si à notre point de vue le substage oscillant deZentmayer 
ne doit être qu'un accessoire pour un grand microscope qui 
s'accompagne toujours de condensateurs dont tôt ou tard 
l'observateur se servira exclusivement, il n'en est pas de 
même pour un microscope d'étudiant. Là, si on ne se sert 
que du miroir, ce qui est le cas général, on a tout intérêt à 
ce qu'il tourne autour de l'objet et on a, en outre, la possi- 
bilité au besoin d'avoir un condensateur très suffisant en 
montant un objectif faible dans la sous-platine. Dans ce cas, 
tout est gain clans l'adoption du système Zentmayer. C'est 
ce qu'ont encore très bien compris MM. Ross et G e et c'est 
sur ce plan qu'est construit leur microscope d'étudiant ; 
ceux qui l'ont entre les mains en font le plus grand éloge. 

M. Toiles, de Boston, a construit un stand qui, d'une autre 
façon, permet la rotation des appareils d'éclairage autour de 
l'objet. La barre portant le substage et le miroir tourne 
dans une coulisse circulaire dont le centre peut être exacte- 
ment amené sur l'axe horizontal passant par l'objet et com- 
pris dans le plan de symétrie de l'instrument. Nous allons 



— 180 — 

décrire un système analogue en parlant de« l'Internalionnal» 
de MM. 11. et J. Beck. 

VI. — Deux micuoscopes spéciaux. 

Nous consacrons cette notice à part à deux instruments 
qui réunissent tous les perfectionnements quo l'on peut 
demander au microscope. Nous les considérons comme des 
instruments théoriques et beaucoup trop compliqués pour 
pouvoir être utilement employés dans la pratique. Ces deux 
instruments sont le radial de M. Wenham (fig. 9), construits 
par MM. Ross et G e et (jui est un Ross-Zentmayer dans lequel 
l'idée première de la construction est poussée jusqu'à ses 
dernières limites, et le grand « Internationnal» de MM.R. et 
J. Beck. Nous ne connaissons le premier de ces instruments 
que par la gravure et la description qu'en ont donnée ses 
constructeurs ; mais nous avons manié et étudié à loisir le 
second, dont un très bel exemplaire se trouve entre les mains 
de notre collègue M. Fabre. Cette étude nous a permis de 
constater la haute perfection de travail et de fonctionne- 
ment des différentes parties de l'instrument, mais nous a 
confirmé dans l'opinion que cette coûteuse merveille de 
mécanique serait plus à sa place sur les rayons d'un musée 
que sur une table de travail. Nous croyons qu'il doit en être 
de môme du radial de M. Wenham, bien que le plan géné- 
ral soit plus simple et que la platine, notamment, imitée 
d'un modèle de M. Toiles, puisse être avantageusement 
substituée aux platines mécaniques ordinaires des instru- 
ments du type Ross-Zentmayer. 

Nous suivrons ici la description qu'ont donnée de leurs 
instruments les deux constructeurs anglais. 

Le microscope radial de AVenham (iîg. 9), « a été construit 
dans le but spécial d'obtenir l'effet maximum de l'obliquité 
de l'éclairage en tous sens que l'on peut réaliser par tous les 
mouvements d'inclination et de rotation s'effectuant autour 



- 181 — 




Fig. 9. — Grand microscope « Radial », de M. Wenham. 



- 482 - 

de l'objet comme centre. Sept mouvements sont combinés 
ici : 

1° L'inclinaison de tout l'instrument, sauf la base, de la 
verticale à l'horizontale au moyen d'un secteur glissant en- 
tre les joues d'une pièce fixée sur la plaque supérieure de la 
base ; 

2° L'inclinaison latérale du limbe de chaque côté entraî- 
nant avec lui la pièce qui porte le miroir et le condenseur 
« Tail pièce », ou l'inclinaison du limbe et delà platine seule, 
le «Tail pièce » pouvant être fixé au secteur ; 

3° La rotation de tout l'instrument sur sa base suivant un 
axe qui est le prolongement de l'axe du tube, lorsque l'ins- 
trument est vertical ; 

4° Le balancement du « Tail pièce » comme dans le sys- 
tème Zentmayer ordinaire ; 

5° La rotation complète de la platine mécanique autour 
de l'axe optique; 

6° La rotation complète de la sous-platine autour de l'axe 
optique; 

7° La rotation partielle de la lampe autour du centre de 
la plaque de base. 

Ce qu'il y a de nouveau dans ce système et de particuliè- 
rement intéressant , c'est le mouvement n° 2 qui permet 
d'incliner l'objet sur le pinceau lumineux, à l'inverse de ce 
que l'on fait généralement. Cette disposition est aussi em- 
ployée dans un microscope construit par M. Pillisher, à 
Londres. Nous ne savons qui en a la priorité. 

Quant à « l'Internationnal » de MM. R. et J. Beck, il est 
également monté sur une base tournante (ce qui ne sert pas 
à grand chose pas plus que le mouvement analogue n° 3 de 
l'instrument précédent). La platine mécanique très large 
« est attachée au limbe par un pivot et peut tourner et être 
arrêtée à toute inclinaison ou même entièrement renversée. 
Ce mouvement s'obtient au moyen d'un pignon. L'objet peut 
en outre être placé directement soit dessus soit dessous la 



- 183 - 

platine. Cependant, dans cette dernière position, il n'est pas 
au centre de l'éclairage et ne peut y être amené. » 

La tige qui porte le substage est attachée à un secteur qui 
tourne dans une coulisse circulaire et graduée au moyen 
d'un pignon et d'une crémaillère ; cette coulisse, dont le 
centre doit être amené sur l'objet, peut, à cet effet, se dé- 
placer dans le sens de l'axe optique au moyen d'un levier. 
La quantité dont on élève ainsi le centre de rotation de la 
sous-platine est mesurée sur une division. Cette disposition 
de sous-platine tournant sur un arc et que nous avons vue 
employée par Toiles en Amérique, est attribuée par MM. Beck à 
M. Grubb, de Dublin, qui l'aurait signalée en 1854. Je doute 
que Toiles en ait eu connaissance lorsqu'il construisit, en 
4877, son célèbre stand pour le docteur Blackham. En tous 
cas, l'idée a mis du temps à passer dans la pratique. 

Nous avouons que nous ne comprenons pas bien l'utilité 
de l'inclinaison de la platine sur l'axe optique et encore 
moins la nécessité delà mesure de cette inclinaison. Dès que 
l'on emploie un objectif à foyer un peu court, on ne peut 
plus employer ce dispositif qui n'aurait guère d'utilité que 
celle que signale Carpenter , de permettre d'étudier des 
forammifères sous toutes les' faces, ou encore de mesurer 
des angles dièdres de gros cristaux. Il nous semble qu'il est 
bien suffisant de pouvoir placer la platine en dessus et en 
dessous comme dans les instruments de Ross. 

Il est inutile de faire remarquer que dans l'un et l'autre 
de ces instruments, chacun des mouvements qu'il peut subir 
peut être mesuré au moyen de graduations disposées 
ad hoc. 

VIL — Modifications apportées aux microscopes par des 

ÉTUDES SPÉCIALES 

Nous venons d'étudier les modifications que le perfection- 
nement des objectifs avaient amenées dans la construction 



— 484 — 

des stands. Incidemment, nous avons parlé des modifica- 
tions que l'usage des condensateurs avait introduites. Gomme 
l'emploi des condensateurs est encore une conséquence 
du perfectionnement des objectifs, ces modifications ont la 
même cause que les premières. Il nous reste maintenant à 
examiner les modifications imposées par des causes étran- 
gères aux objectifs. 

Nous laisserons de côté les instruments spéciaux des- 
tinés à l'examen de la peau, de la cornée, etc., et qui ne 
présentent aucun caractère intéressant. Nous ne nous occu- 
perons avec quelques détails que des modifications qu'a 
subi le microscope soit pour être rendu très portatif, soit 
pour se prêter à des recherches spéciales chimiques ou mi- 
néralogiques, soit pour permettre la vision binoculaire. 

Tous les constructeurs ont des modèles de microscopes 
portatifs plus ou moins commodes, plus ou moins ingénieux; 
les décrire tous serait un travail inutile et fastidieux : nous 
nous bornerons à en signaler trois qui sont heureusement 
combinés et peuvent être pris comme type de trois classes 
d'instruments portatifs : le microscope de poche, le micros- 
cope d'étude, et le microscope complet quoique réduit à 
n'occuper que peu de place. 

On ne peut rien trouver de mieux comme instrument de 
poche que le petit modèle de M. Swift, que représentent les 
figures 4 et 11. Il n'est pas plus gros que le doigt et tient 
facilement dans la poche du gilet. C'est un simple tube 
qui à sa partie inférieure glisse dans un coulant qui 
porte une espèce de pince à ressort destinée à maintenir en 
place la préparation ; ce tube est à rallonge. Le mouvement 
rapide s'opère par glissement dans le coulant; quant au 
mouvement lent, il s'obtient par le procédé que nous avons 
décrit plus haut et qui consiste à élever ou abaisser conve- 
nablement le tube à rallonge porte-oculaire. L'éclairage 
s'obtient au moyen d'un petit miroir porté par la pièce cou- 
dée qui termine inféricurcment le tube. 



- '185 - 

M. Swift construit spécialement pour cet instrument une 
série d'objectifs corrigés en raison de la faible longueur du 
tube que l'on munit d'oculaires forts. La figure 10 représente 
l'instrument porté par un petit pied accessoire que l'on en- 
lève à volonté. 




Microscope de poche, de M. Swift, monté sur pied, avec accessoires. 



La figure 11 représente, en grandeur naturelle, l'instrument 
dans sa boîte avec des lames et lamelles, trois objectifs, trois 
oculaires, un condensateur achromatique et un appareil de 
polarisation construit spécialement pour lui. Ces appareils 
ainsi que l'objectif de 1/1 6 e de pouce sont peut-être super- 
flus, mais l'instrument n'en a pas moins une grande utilité 
pour les chercheurs d'organismes microscopiques, ainsi que 
pour tous ceux qui peuvent avoir besoin d'un instrument 
très portatif et permettant de faire sur place des observa- 
tions microscopiques rapides. 



- 1SG - 
Le second microscope que nous décrirons est le micros- 
cope de voyage de M. Nachet. Cet instrument est très remar- 
quable à tous les points de vue, car il forme un tout très 
compacte et très homogène. La construction en est soignée 
et solide, le prix très modeste ; c'est par excellence l'ins- 
trument des naturalistes. Il est représenté dans les figures 
12 à 46. 




^ MBI BBB | 



ilillilliiilllIi i p P" •£ 



Fig. 



Microscope de poche, de M. Swift, dans sa boîte, avec ses accessoires. 



Le principe de sa construction consiste dans la séparation 
possible du tube et de la platine. Le tube et la pièce du 
mouvement lent se fixent sur la platine au moyen d'un fort 
écrou. Deux guides en acier pénétrant dans deux mor- 
taises permettent deux positions du tube : l'une (fig. 42) 
au-dessus de l'orifice de la platine, l'autre (fig. 43) en sens 
inverse, disposition commode pour la dissection dans 
un baquet plein d'eau. Le tube enlevé, on peut mettre 



— 187 — 

à sa place un bras porteur de doublets pour la dissec- 
tion. Ce tube est le même que celui des modèles ordinai- 
res et peut porter les mêmes pièces, objectifs, oculaires, 
chambre claire, redresseur, etc. Les objectifs se fixent 
d'une manière simple et facile au moyen d'un adapteur à 
ressort. 

La platine est basse de manière à permettre aux mains 




Fîg. 12 et 13. — Microscope de voyage, de M. Nachet. 



de prendre appui sur la table pendant les dissections. 
Elle porte en dessous un diaphragme rotatif et un pas 
de vis dans lequel on peut placer un tube à coulisse 
pour recevoir un condensateur ou un appareil de polarisa- 
tion . 

Pour plier l'appareil (fîg. 45) on enlève le tube, puis on 
fait complètement tourner la platine jusqu'à ce qu'elle 
vienne se loger entre les pieds postérieurs du socle ; le tout 



- 188 - 

est placé dans la boîte comme le montre la figure 46 (1 ). On 
ne saurait trop insister sur les qualités de cet instrument 
qui est propre à rendre autant, sinon plus, de services que 
ies petits modèles, par la solidité de ses pièces, les facilités 




Fjr. 1 





Pi g> ig. — Microscope de vovage, de M. Nachet, dans sa boîte. 

qu'il présente pour la dissection et l'observation, ainsi que 
par le peu de volume qu'il occupe une fois plié. En outre, 
chose qui n'est pas à dédaigner, son prix est à la portée de 
toutes les bourses. 



(1) Les dimensions de la boîte sont: longueur, 19 centimètres-, 
largeur, 1 1 ; épaisseur 6. 



— 189 - 



Le dernier instrument portatif dont nous nous occupe- 
rons est un instrument de luxe, petite merveille de méca- 
nique construite par M. Swift. C'est, comme le montre la fi- 
gure 17, un microscope du type Ross monté sur un trépied 




Fig. 17. — Microscope portatif, de JVI. Swift. 

pliant. Il est binoculaire et peut recevoir soit une sous-platine 
centrable ordinaire, pouvant porter tous les appareils acces- 
soires anglais, soit le très ingénieux condensateur de M. Swift, 
qui à lui seul remplace tous ces appareils, comprenant un 
« Iris diaphragm », un condenseur à grand angle avec dia- 
phragmes tournants et un appareil de polarisation avec 
lames de sélénite. 



— 190 — 

Pour le replier, on n'a rien à démonter; on fait tourner 
d'un côté la platine sur sa queue, de l'autre les tubes opti- 
ques autour du bras horizontal, et le tout s'aplatit de manière 
à n'occuper qu'un petit volume (4) (fig. 18). 

Cet instrument est admirablement construit, les joints 
peuvent être resserrés à volonté s'ils viennent à prendre de 
la mollesse ; sous une forme très portative, il permet d'ob- 




Fig. 18. — Micros ope portatif, de M. Swift, dans sa boîle. 

tenir tous les effets des grands modèles anglais. Ce n'est 
pourtant pas un instrument de travail, c'est un microscope 
de luxe : c'est à ce titre que nous le signalons ici. 

Les microscopes destinés aux études chimiques doivent 
avoir des dispositions particulières, car il est indispensable 
de soustraire les objectifs aux vapeurs acides dégagées par 



(1) Les dimcnsions'de la boîte sont : longueur, 27 centimètres ; lar- 
geur, U ; épaisseur, G. 



— 191 — 

les réactions. Dans ce but, M. Nachet a coudé le tube, les 
rayons étant réfléchis par un prisme (fig. 19). L'objectif est 
alors placé sous la platine, le miroir et le condenseur des- 
sous. 

Dans les recherches microchimiques, surtout celles qui 
s'effectuent dans des chambres humides à température cons- 




Fig. 19. — Microscope renversé, de M. Nachet. 



tante, il est souvent indispensable que les objets soumis à 
l'observation ne bougent pas. C'est pour obtenir ce résultat 
que M. Nachet, au lieu de faire mouvoir comme d'habitude 
la platine suivant deux directions rectangulaires, fait mou- 
voir la pièce qui supporte le tube optique. On peut ainsi 
étudier les différentes parties de l'objet soumis à l'étude sans 
que celui-ci soit déplacé ou remué. 



— 192 — 

S'appuyant sur le principe du rebroussement du tube et 
sur la grande longueur que l'on peut ainsi donner à ce tube, 
M. Xacliet avait construit un microscope dans lequel le tube 
coudé avait un développement de près d'un mètre et qui 
permettait ainsi d'obtenir d'énormes grossissements. Nous 
croyons que cet essai est resté isolé, car, nous ne cesserons 
de le répéter, le grossissement seul n'est rien en micrographie 
et il y a toujours avec un objectif donné un point où toute 
augmentation de grossissement n'a d'autre eifet que d'obs- 
curcir l'image sans rien montrer de nouveau. 

L'étude micrographique de la nature des roches, que l'on a 
baptisée du nom peu harmonieux de Pétrographie, a pris 
durant ces dernières années une grande importance. Bientôt 
on a reconnu, surtout sur le continent, l'insuffisance absolue 
des modèles de microscope existants. 11 faut, en effet, que 
l'instrument se prête à l'installation, au centrage et la rota- 
tion facile et mesurable des appareils de polarisation, ce 
qui nécessite une sous-platine toute différente du rudiment 
de tube à coulisse que possèdent nos instruments. Il faut que 
les objets observés puissent tourner, ce que nos platines 
tournantes permettraient si cette rotation ne devait s'effec- 
tuer sous les fils croisés et fixes d'un oculaire ; or, dans 
notre système de rotation , l'oculaire , l'objectif et l'objet 
tournent ensemble. Il faut pouvoir explorer régulièrement 
une préparation et noter la place des objets importants à 
retrouver, ce qu'une platine mécanique bien construite peut 
seule permettre. 

Pour répondre à ces conditions nouvelles, les construc- 
teurs anglais n'ont eu que peu ou point de modifications à 
apporter à leurs instruments. Il n'en a pas été de même sur 
le continent où les opticiens ont établi de nouveaux modèles 
dans lesquels la rotation indépendante de la platine, le cen- 
trage de la sous-platine, celui de la platine ou de l'objectif, 
les platines mobiles à repérage, étaient plus ou moins imi- 
tées des dispositions anglaises. 



- 193 - 

D'un autre côté, M. Nachet ne voulant pas renoncer aux 
avantages qui résultent de la rotation simultanée de l'objet 
et de l'objectif, a combiné d'une façon très ingénieuse un 




Fig. 20. — Grand microscope minéralogique, de M. Nachet. 



modèle que l'on ne peut passer sous silence. Nous lui en 
laissons la description : 

« La construction de cet instrument (fig 20), repose sur ce 
principe que, si l'on fait tourner l'objectif en même temps 
que l'objet, il ne peut pas y avoir de déplacement de celui- 

13 



- 194 — 

ci dans le champ de vision ; on sait que c'est une des condi- 
tions que doit remplir un microscope de pétrographie, c'est- 
à-dire de garder un cristal en contact avec des fils croisés 
placés dans l'oculaire. 

Pour y parvenir, nous avons employé un procédé des 
plus simples consistant à faire tourner la platine, l'objectif 
et le mouvement lent, en laissant l'oculaire, les fils croisés 
et l'appareil polarisateur immobiles. 

Le corps, porteur des objectifs et du mouvement lent, est 
complètement indépendant du tube contenant l'oculaire et 
l'appareil de polarisation et peut être élevé et abaissé au 
moyen d'un mouvement lent et d'un mouvement rapide 
h crémaillère. 

Quant au tube porte-oculaire, il est réuni à un bras fixe 
spécial et monté dans une coulisse avec pignon et crémail- 
lère, ce qui permet, au moyen de lentilles additionnelles, 
de transformer l'appareil en microscope Amici (disposition 
von Lassaulx et Bertrand). 

L'appareil, ajoute M. Nachet , est très solide; il nous 
semble un peu compliqué : c'est une solution élégante d'un 
problème qui n'était pas aussi simple que le dit modestement 
son auteur ; reste à savoir s'il ne valait pas mieux, comme 
ont fait les autres constructeurs, tourner la difficulté que de 
la vaincre. 

Nous n'avons pu examiner à loisir qu'un exemplaire de 
cet instrument, mais il avait été tellement détérioré par des 
mains inhabiles, qu'il nous a été difficile de voir si les dé- 
fauts qu'il présentait provenaient de sa construction, ou ne 
devaient être attribués qu'aux mauvais traitements que l'ins- 
trument avait subi ; nous penchons pourtant pour la seconde 
hypothèse, bien que la platine mobile nous ait paru un peu 
légère. 

11 nous reste maintenant à parler des appareils binocu- 
laires. 

« Lippershey (1609) et de Reita (Anvers, 1645), avaient 



- 195 — 

déjà connu la possibilité d'exécuter des microscopes binocu- 
laires. Chérubin (Paris, 4678) en a décrit et figuré un formé 
de deux tubes réunis à angle, portant au bas deux objectifs 
contigus et deux oculaires en haut à la distance moyenne 
des deux yeux. D'autres de ce genre furent employés par 
Divini, Bonnamus, etc. » (Robin, Microscope, p. 67). Ce 
n'était là que des essais et il faut remonter jusqu'en 4852 
pour trouver l'origine des microscopes binoculaires actuels. 
On ne pouvait, en effet, songer à utiliser deux objectifs. Il 
fallait se servir d'un seul. M. Nachet, mis sur la voie par la 
construction du microscope à deux corps, construisit bientôt 
un microscope binoculaire stéréoscopique. Bien que le doc- 
teur Ridell, en Amérique, ait fait servir à la vision binocu- 
laire les deux images données par des prismes séparateurs 
placés au-dessus de l'objectif, en 4 853, et que son appareil 
ait été peu après perfectionné par M. Wenham antérieure- 
ment à la construction du premier binoculaire de Nachet, 
ces deux inventeurs ne peuvent prétendre à une priorité sur 
M. Nachet, car leurs appareils, tout en étant binoculaires, 
n'étaient pas stéréoscopiques, mais pseudoscopiques, c'est- 
à-dire faisaient voir les reliefs en creux et réciproquement. 
C'est parce que M. Nachet s'était aperçu de ce fait qu'il 
n'avait pas, dès 4852, construit son binoculaire. Il étudia la 
question et reconnut qu'il était nécessaire pour la vision 
binoculaire microscopique que les rayons fussent croisés, 
c'est-à-dire que l'image donnée par la portion droite de 
l'objectif fût perçue par l'œil gauche et réciproquement. Ce 
fait , qui fut d'abord nié par des savants aussi autorisés 
qu'Harting , devint évident pour tout le monde lorsque 
M. Nachet eut réussi à construire un instrument donnant à 
volonté des effets soit stéréoscopiques, soit pseudoscopiques. 

Ce fait reconnu, il fut simple à M. Wenham de modifier 
son système en conséquence. 

Actuellement, il y a quatre systèmes binoculaires em- 
ployés : le système Nachet, celui de Wenham, celui de 



- 190 - 

Stephenson, et enfin celui des oculaires binoculaires qui 
semble devoir être attribué a Toiles. 

Dans l'ancien système de M. Nachet, les rayons sortant de 
l'objectif rencontrent normalement la base d'un prisme trian- 
gulaire pénétrant dans son intérieur et sont réfléchis très 
obliquement par les faces latérales, la moitié de droite à 
gauche, la moitié de gauche à droite. Chaque faisceau de 
rayon rencontre ensuite un prisme qui, par une deuxième 
réflexion, le redresse et le ramène au parallélisme dans 
l'axe d'un tube portant un oculaire à sa partie supérieure- 
Chaque faisceau de rayon rencontre quatre surfaces et subit 
deux réflexions ; il en résulte une certaine perte de lumière, 
mais qui n'est pas très sensible avec les faibles grossisse- 
ments employés. Les deux tubes s'écartent parallèlement 
pour s'adapter à l'écartement des yeux, ce qui est incom- 
mode, car les yeux sont obligés de regarder parallèlement, 
aussi position anormale et fatigante. Cependant le plus grave 
défaut de cet appareil est qu'il ne se prête pas à la vision 
monoculaire : et, comme la vision binoculaire n'est possible 
qu'avec de faibles grossissements, un microscope binoculaire 
doit pouvoir facilement se transformer en monoculaire, sous 
peine de n'être qu'un appareil de curiosité ou destiné à un 
usage particulier n'exigeant que de faibles grossissements. 
C'est ce qu'ont de suite compris les constructeurs , aussi 
l'appareil précédent n'est plus construit depuis longtemps. 
Le système de Wenham, d'un emploi si général en Angle- 
terre et en Amérique, est une merveille de simplicité. 11 peut 
être construit à si bon marché que d'excellents opticiens, 
tels que MM. Swift de Londres, ne font qu'une différence 
de 50 francs entre un instrument monoculaire ou binocu- 
laire. 

Les rayons émanant de la moitié gauche de l'objectif ne 
sont pas déviés et arrivent directement à l'œil droit à travers 
le tube ordinaire du microscope. Les rayons émanant de la 
moitié droite de l'objectif rencontrent un prisme qui leur 



— 497 — 

fait subir une double réflexion et les renvoie par un tube 
accolé au premier dans Y œil gauche. Les pinceaux sont donc 
croisés, ainsi que l'exige la théorie. Les deux tubes sont ac- 
colés suivant l'angle de convergence habituel des yeux. 

L'écartement des oculaires suivant celui des yeux des 
observateurs, s'obtient en allongeant ou raccourcissant les 
tubes. Il y a une modification évidente du grossissement, 
c'est chose de peu d'importance et que les auteurs français 
ont exagérée; comme on ne fait pas de micrométrie au 
binoculaire, peu importe que le grossissement change un 
peu, pour chaque observateur. 

Le grand avantage du système de M. Wenham, c'est qu'il 
n'y a qu'à retirer le prisme pour que l'instrument devienne 
monoculaire ; en outre, ce prisme occupant toujours la même 
place et n'étant pas mobile dans sa monture, l'appareil n'est 
pas sujet à se dérégler. On peut donc , en une seconde et 
sans avoir autre chose à faire qu'à tirer un bouton , rendre 
l'appareil propre à fonctionner monoculairement, lorsque 
l'objectif employé est trop fort pour se prêter à la vision 
binoculaire. 

Un autre avantage du système est que les rayons sui- 
vant de chaque côté des chemins à peu près de même lon- 
gueur, on peut employer deux oculaires semblables pour 
chaque tube : l'image gauche est un peu plus grande et un 
peu moins brillante que la droite, mais l'effet stéréosco- 
pique n'est pas altéré. 

Cet appareil si simple et si commode n'est malheureuse- 
ment applicable qu'aux instruments qui, comme ceux que 
l'on construit en Angleterre, ont de longs tubes. Si on vou- 
lait l'appliquer aux nôtres, la divergence des deux tubes 
serait trop forte et la vision serait aussi fatigante, par une 
. trop grande cou vergence des yeux, qu'elle l'était tout à 
l'heure par leur parallélisme. Aussi, pour nos instruments, 
le deuxième système Nachet est-il le seul pratique bien qu'il 
ne soit ni aussi simple ni aussi commode que le système 



— 198 - 



Dans le système actuel de M. Nachet (fig. 21), les rayons 
émanant de la partie droite de l'objectif traversent une 
partie du prisme séparateur dont les faces sont parallèles et 
arrivent directement à l'œil yauche par un tube vertical. 

Les rayons émanés de la moitié gauche de l'objectif sont 
réfléchis horizontalement et, après un trajet de 2 à 3 centi- 
mètres, rencontrent un deuxième prisme qui les renvoie 
par un tube incliné à l'œil droit. Ce tube étant placé à une 
certaine distance du premier et non réuni à lui par sa base, 
comme dans le système anglais , son in- 
clinaison peut être réglée d'une façon 
convenable malgré sa courte longueur 

Pour s'approprier à l'écartement va- 
riable des yeux , le second tube tourne 
autour de sa base ; mais il faut , pour que 
les rayons continuent à être renvoyés dans 
l'axe du tube, que le deuxième prisme ne 
tourne que de la moitié de l'angle de rota- 
tion du tube, puisque pour une rotation 
donnée d'un miroir le rayon réfléchi 
tourne du double. Pour obtenir ce résul- 
tat, M. Nachet a inventé un système certai- 
nement très ingénieux, mais très compli- 
qué; en outre, pour transformer l'appa- 
reil en monoculaire, il faut séparer les chet - 
deux tubes, enlever le tube droit et le remplacer par 
un tube monoculaire, opération fastidieuse lorsqu'il faut la 
répéter souvent et qui finit par fatiguer le système. Il 
nous semble qu'il serait bien facile de rendre le prisme sé- 
parateur amovible. Il l'était anciennement dans le but de 
rendre l'appareil à volonté stéréoscopique ou pseudoscopi- 
que, disposition qui n'avait guère qu'un intérêt de curiosité 
et auquel les constructeurs ont renoncé. 

Les rayons réfléchis suivent un chemin notablement plus 
long que les rayons passant dans le tube direct, il en résulte 
la nécessité d'oculaires spéciaux. 




Fig. 21. — Appareil bi- 
noculaire, de M. Na- 



— 199 — 

Quoique l'on puisse remarquer que les rayons directs 
aient deux surfaces à traverser et que les autres aient 
trois surfaces à traverser et deux réflexions à subir, la 
vision stéréoscopique est aussi parfaite avec ce système 
qu'avec celui de M. Wenham; et il est très commode pour 
l'observation habituelle, en ce que les tubes sont assez 
courts pour que l'on puisse observer sans fatigue, 
l'instrument étant vertical ; c'est là son grand avan- 
tage. 

Remarquons encore qu'avec nos microscopes à rotation 
le tubs tournant avec la platine, non seulement il est im- 
possible de profiter de la rotation avec le binoculaire, mais 
encore si l'instrument se transformait en monoculaire sans 
enlèvement du tube accessoire, ce tube n'en serait pas 
moins gênant et empêcherait de même parfois d'utiliser la 
rotation de la platine. 

C'est peut-être pour cela que M. Nachet a jugé inutile de 
rendre amovible son prisme séparateur. 

Avec les systèmes que nous venons de décrire, on ne peut 
employer de bien forts grossissements. On construit cepen- 
dant en Angleterre des objectifs de 4/4 (1) et même 4 /8 e de 
pouce, spécialement construits pour le binoculaire. Avec le 
1/4 de pouce, la grande longueur des instruments anglais, 
et des oculaires de force moyenne, on obtient de forts gros- 
sissements sous le binoculaire ; il faut cependant observer 
que, à mesure que les objectifs prennent du pouvoir, leur 
ouverture et leur grossissement augmentent et l'on arrive 
bienôt à n'observer que des objets ou portions d'objets qui 
ne peuvent plus donner lieu à des effets de relief. Le bino- 



(1) Nous possédons un objectif de 1/4 de pouce à correction construit 
pour e binoculaire de M. Swift de Londres. Cet objectif est un des plus 
beaux de ce grossissement que nous ayons vu, sa résolution est très 
rema-quable et les images qu'il donne d'une admirable pureté : avec le- 
binooilaire et des oculaires B, il fonctionne très bien. 



— 200 — 

culaire ne sert plus alors stéréoscopisquement, mais il pro- 
cure toujours le conifort qui résulte de l'emploi des deux, 
yeux. Cependant on peut dire que d'une façon générale, 
au-dessus du 1/2 pouce ou du 4/1 e , les binoculaires ci-dessus 
cessent de donner de bons résultats, tout au plus peut-on 
employer le 1/2 pouce s'il a été construit spécialement pour 
cela. 

Le système de Stephenson, qui permet d'employer des 
objectifs plus puissants, est peu employé parce qu'il ne peut 
facilement se transformer en monoculaire. Nous ne le dé- 
crirons pas, il n'est guère employé qu'à construire des bino- 
culaires redresseurs, disposition à laquelle il se prête facile- 
ment. 

L'oculaire binoculaire est fondé sur un principe différent. 
Le dédoublement des rayons ne se fait plus au sortir de 
l'objectif, mais au point de l'oculaire où se forme l'image 
réelle. Toiles est le premier qui ait construit un oculaire 
binoculaire. MM. Prazinowski et Verick en construisent en 
France ainsi que Zeiss en Allemagne. Ces appareils, pour 
bien fonctionner, doivent être faits avec la plus grande 
précision ; aussi sont-ils fort cher et peu employés. 

N'ayant jamais eu l'occasion d'avoir entre les mains un 
de ces instruments , nous ne pouvons nous prononcer en 
connaissance de cause sur leur valeur ; nous serions cepen- 
dant bien surpris que les résultats qu'ils fournissent soient 
aussi bons que ceux des binoculaires Nachet ou Wenliam, et 
la propriété qu'ils revendiquent de pouvoir servir avec tout 
objectif, nous semble plus théorique que réelle. En effet, si la 
perte que subit la lumière traversant les prismes est faille au 
sortir de l'objectif, elle s'accroît considérablement à mesure 
que le prisme s'éloigne de l'objectif. Tout observateur sait 
comme il faut peu de chose dans un oculaire pour assom- 
brir l'image, le simple verre divisé de l'oculaire micrométri- 
que causant une perte de lumière sensible. Or, autant que 
nous le croyons, les oculaires binoculaires français sont 



- 201 — 

construits sur le plan de l'ancien binoculaire Nachet avec 
trois prismes, ils doivent donc absorber beaucoup de lu- 
mière. Le type Zeiss est construit sur un plan plus simple, 
et doit absorber moins de lumière. 

L'oculaire binoculaire a encore un inconvénient accessoire, 
il allonge beaucoup le tube. Or, les tubes anglais sont déjà 
bien assez longs, et même avec les tubes de nos modèles 
l'emploi de cet oculaire doit faire perdre à l'instrument 
la précieuse propriété de celui de M. Nachet, c'est-à-dire la 
facilité de travailler l'instrument étant vertical. 

En résumé , l'appareil binoculaire est un instrument re- 
marquable donnant à l'observation une sûreté dont on ne 
se rend pas compte avant de l'avoir essayé. En Angleterre 
il est très répandu et l'appareil de M. Wenham est si sim- 
ple, si peu gênant et d'un prix si réduit que nous ne sau- 
rions trop en recommander l'acquisition à tous ceux qui 
achètent des instruments anglais. 

Le système de M. Nachet est moins commode et destiné 
surtout à rendre service aux naturalistes qui, opérant géné- 
ralement à de faibles grossissements, n'auront que par 
exception à le démonter pour le remplacer par le tube 
ordinaire. 

VIII. — Résumé et conclusions. 

Nous avons suivi pas à pas les progrès rapides que notre 
instrument a fait entre les mains des habiles opticiens de 
notre temps, nous avons maintenant à examiner quelle est 
la valeur pratique de ces perfectionnements. De même que 
les principales modifications dans les stands ont été la con- 
séquence du perfectionnement des objectifs, ainsi du choix 
que nous ferons de notre série d'objectifs dépendra souvent, 
quoique pas toujours, le choix que nous pourrons faire du 
corps destiné à les porter. 

Etablir une comparaison entre des objectifs, c'est ramener 



2Q2 _ 

la querelle de l'ouverture, il est impossible d'y échapper ; 
tachons de la simplifier en nous posant les deux questions 
suivantes : quels sont les défauts que l'on reproche et les 
qualités que l'on reconnaît à un objectif à grande ouver- 
ture? 

L'article « qualités » sera vite vidé de deux objectifs 
également bien construits , celui qui aura la plus grande ou- 
verture montrera le plus de détail et tel objectif grossissant 
500 fois, montrera des détails que ne mettra pas en évi- 
dence un objectif grossissant 1,000 ou 1,200 fois. 

On nous objectera que ces détails sont généralement des 
stries que seule la curiosité peut faire désirer de voir : 
nous répondrons que c'est vrai en général, mais qu'il ne 
faut en rien préjuger de ce que l'on pourra avoir à observer, 
et qu'il peut se présenter telle striation qui soit un caractère 
important à noter. 

Gomme défauts, on reproche à un objectif de grande ou- 
verture : \° de manquer de définition ; 2° de manquer de 
pénétration; 3° de manquer de distance frontale. Nous 
ne nous arrêterons pas au premier reproche, les objectifs 
grands angulaires bien construits ont une définition par- 
faite; ensuite, il est toujours facile de les diaphragmer si on 
veut. Le manque de définition est une apparence qui ré- 
sulte souvent du manque de pénétration qui est réel. Quand 
on observe en effet un même objet, d'abord avec un objec- 
tif pénétrant, puis avec un objectif qui ne l'est pas , le 
deuxième aspect, qui ne donne une image définie que d'un 
plan, paraît moins bon que le premier qui donne un ensem- 
ble plus complet. 

Le manque de pénétration est un défaut et une qualité. 
Un objectif qui doit montrer un ensemble doit avoir de la 
pénétration ; mais cette pénétration est nuisible à un objec- 
tif qui doit servir à détailler la vue d'ensemble précédente. 

Nous convenons donc parfaitement que les objectifs fai- 
bles et moyens n'ont pas besoin d'une grande ouverture et 



- 203 — 

que même cette grande ouverture leur est plus nuisible 
qu'utile. Nous nous refusons à comprendre l'avantage qu'il 
y a à payer 200 francs un 4/1 e de pouce qui nous montrera 
le Pleurosigma angulalum dont la vue ne nous coûtera que 
30 francs avec un 1/5 e ou 1/6 e de pouce du continent. Mais 
d'un autre côté nous trouvons que lorsqu'on aura pris une 
vue d'ensemble d'un objet avec un 1/4 de pouce, surtout 
au binoculaire, l'expérimentation ne pourra que gagner par 
l'emploi ultérieur d'objectifs à foyers nets et plans. 11 y a 
même bien des cas où un 1/4 à grande ouverture sera com- 
mode et avantageux. 

Ceci nous amène naturellement à parler du troisième dé- 
faut, le manque de distance frontale. Nous connaissons des 
examinateurs de faculté, qui crèvent une préparation cou- 
ramment avec un objectif de 1 pouce : il est évident que ce 
n'est pas à leur point de vue ni à celui des débutants que 
nous nous placerons. Ils sont rares , ceux qui n'arrivent pas 
à mettre un objectif au foyer sans rien casser, sinon par 
exceptiou. Ceux qui n'atteindront pas ce desideratum peu 
difficile à réaliser, feront aussi bien de ne pas s'obstiner. 
Or, pour les autres, il n'y a pas plus de difficulté de mettre 
au foyer un objectif de 1/2 millimètre de distance frontale 
qu'un autre de 1 à 2 dixièmes de millimètre, et tel est le cas 
pour tout objectif supérieur à 1/4 de pouce. Même les 1/4 de 
pouce de petit angle permettent difficilement de se passer 
de couvre-objet. Nous voyons donc que nous sommes en- 
core amenés à la même conclusion que tout à l'heure : au 
point de vue de la distance frontale, une grande ouverture 
est inutile et gênante pour les objectifs faibles; mais elle n'a 
pas pour les objectifs forts les inconvénients reprochés. 

Pour ces objectifs, au contraire, l'ouverture est tout 
avantage. 

Voyons, par exemple, ce que fait un observateur qui adresse 
à l'ouverture les reproches signalés plus haut : pour voir 
quelque fin détail, il n'ira pas prendre, par exemple, le 1/8 e à 



— 204 — 

immersion dePowell. Y pensez-vous ! Mauvaise définition ! 
Pas de pénétration! Pas de distance frontale! et l'immersion 
pardessus le marché! 

Mais son 1/8° à angle moyen ne lui montrera pas ce qu'il 
veut, il aura alors couramment recours au numéro suivant 
de sa boîte, généralement, un 4/12 e ou 4/1 4 e . Du coup, il 
faut subir l'immersion. Mais le 1/I4 e n'a guère plus de 
distance frontale que le 1 /8 e grand angulaire, il faut donc 
risquer la casse ; mais 4/1 4 e grossissant beaucoup plus, donne 
une image bien moins nette et plus sombre que le 1/8°. On 
a donc une définition bien moins bonne et pas plus de pé- 
nétration. On n'a gagné que le grossissement. Au moins 
a-t-on vu ce que l'on voulait voir et ce qu'aurait sûrement 
montré le 1/8 e peut-être, pas toujours, et en tous cas, moins 
bien. 

Il est vrai que pour tirer d'un objectif à grand angle ce qu'il 
peut donner, il faut l'étudier, apprendre à en manier la 
correction, et ce n'est qu'au bout de quelque temps que 
l'on arrive à en reconnaître les merveilleuses qualités. 

Le vrai, le seul défaut des objectifs à grand angle, est 
qu'ils coûtent très cher et que dans la majeure partie des 
cas, les bénéfices que l'on est en droit d'en attendre sont 
hors de proportion avec le sacrifice pécuniaire qu'ils néces- 
sitent : les savants ne sont pas tous millionnaires et 
Leuwenhœck fondait ses lentilles à la flamme de sa bougie, 
ce qui ne l'a pas empêché de découvrir les glob.ules du sang 
et les spermatozoïdes. 

Si, pour une raison ou pour une autre, on ne veut pas 
acheter d'objectifs à très grand angle , nous croyons qu'il 
est inutile de sortir de chez nous pour trouver d'excellents 
objectifs répondant à presque toutes les exigences du savant 
et du chercheur. Nous avons un 1/6 e de pouce de M.Nachet 
(ancien n° 3), sans correction, qui, avec une bonne disposi- 
tion d'éclairage, nous montre les stries transversales paral- 
lèles du surirella (jcmma, et cela sans employer la lumière 
solaire m mochromatique. 



- 205 - 

Quant au stand, il est évident que si on veut tirer d'ob- 
jectifs de premier ordre tout ce qu'ils peuvent donner, il 
faut des stands de premier ordre aussi, et on ne les trouvera 
qu'en Angleterre. Nous avons dit plus haut les raisons qui 
nous faisaient préférer à tous autres, les instruments du 
nouveau modèle de MM. Ross. En dehors de ces instruments 
remarquables et des autres stands anglais de première classe, 
on sera généralement mieux servi en France et à meilleur 
marché, surtout pour les petits et moyens modèles. 

Nous conseillerons toujours au débutant de commencer 
par un petit modèle, tel que l'instrument à pied de fonte de 
M. Nachet, dans lequel la colonne du microscope composé 
peut se remplacer par un bras porte-doublet et dont le prix 
est très modique. Cet instrument servira toujours, il devien- 
dra môme l'accessoire indispensable de tel grand instrument 
que l'on pourra être amené à acquérir par la suite. 

Le microscope de voyage de la même maison, construit 
sur le même principe, est encore plus commode ; son faible 
volume, le peu d'élévation de sa platine et la solidité de sa 
construction, en font un instrument très commode pour les 
voyageurs, les naturalistes et pour tous ceux qui n'ont be- 
soin ni de platine tournante ni de condensateurs. 

Les moyens modèles du continent représentent pour nous 
le type de l'instrument de travail, nous avons dit plus haut 
pourquoi. Quant aux grands modèles ,• ce ne sont guère que 
des moyens modèles plus complets, mais ils ne doivent pas 
être mis en comparaison avec les grands modèles anglais. 

Quels nouveaux perfectionnements l'avenir réserve-t-il 
au microscope ? Il est difficile de le deviner. L'instrument 
est arrivé à un haut degré de perfection. Des ateliers de 
Toiles, Spencer, Povell et Lealand Zeiss, sont sortis des 
objectifs d'une merveilleuse perfection. D'un autre côté, il 
semble résulter des travaux du D r Abbe, que cette perfec- 
tion ne peut être dépassée et qu'il n'y a plus rien à gagner 
sur l'objectif. Quant au stand, les perfectionnements qu'on 



- 206 — 

lui apporte de temps en temps ne sont guère que quelques 
modifications de détail dont les auteurs exagèrent les avan- 
tages. Cependant le mouvement lent, cette âme du stand, 
est loin d'être parfait et demande à être rendu plus solide 
en Angleterre, plus sensible en France. 

En tous cas, si l'on ne voit pas bien quelles importantes 
modifications l'avenir peut réserver au microscope, on est 
en droit d'attendre du temps la généralisation et la vulga- 
risation des beaux microscopes et des objectifs parfaits, qui 
sont encore la spécialité d'un nombre trop restreint de 
constructeurs. 



Séance du 20 juin 1883 
Présidence de M. Bidaud. 

M. le Président a le regret d'annoncer la mort de François 
Chalande, membre fondateur, qui avait beaucoup contribué 
à l'établissement de la Société et à sa prospérité. Quoique, 
depuis plusieurs années, une maladie cruelle l'empêchât 
d'assister aux séances, il n'en continuait pas moins de 
suivre avec intérêt les travaux de la Société. 

Cette mort réduit à huit, le nombre des membres fonda- 
teurs. 

Il est heureux d'informer la Société que M. Louis de Ma- 
lafosse vient d'être nommé mainteneur des Jeux-Floraux. 

L'assemblée s'associe unanimement aux paroles de M. le 
Président. 

M. Boddet, professeur au Lycée, est proclamé membre 
titulaire. 

La Société reçoit la communication suivante :. 



- 207 — 

Diagnoses d'espèces nouvelles pour la faune 
française, 

Par M. P. Fagot, membre titulaire. 

I. _ NOVA XEROPHILA LAURAGAISIANA 
Bolenensiana. 

1. Hélix Lauracina, Fagot. 

Testa umbilicata (umbilicus pervius, ad ultimum anfrac- 
tum subdilatatus), supra convexa , subtus turgida, non ni- 
tente, vix pellucida, sordide alba vel grisea, dense ac regu- 
Jariter striata (strise obliquai, undulatse, non prominentes) ; 
— apicemamillato, laevigato, obtuso; — anfractibus quinque 
regulariter sed rapide crescentibus, supremis subplanulatis, 
vix convexis, sutura profunda separatis ; ultimo majore, 
supra convexo, subtus turgido, ad aperturam dilatato ac 
descendente; — apertura obliqua, lunato-ovata, intusporcel- 
laneo-labiata ; marginibus sub approximatis, fere sequalibus ; 
peristonate acuto, recto, ad umbilicum vix refïexo. 

Alt. 9. Diam. \\ millim. 

Quartier de Barrellet, près Villefranche-Lauragais, dans 
un champ de grande luzerne (medicago sativa), appelée sain- 
foin, de la propriété d'Auberjon, seule localité où nous 
l'avons rencontrée jusqu'à ce jour malgré des recherches 
méticuleuses et réitérées. Cette nouvelle espèce vivant avec 
le Bolenensis, paraît avoir été apportée au milieu de graines 
fourragères venues du Vaucluse. 

Espèce voisine de V Hélix Bolenensis , Locard , mais très 
distinct par son ombilic très grand, son dernier tour ordi- 
nairement moins gonflé en dessous , son ouverture plus 
oblique, de forme oblongue au lieu d'être arrondie et pa- 
raissant plus étroite, surtout dans le sens de la largeur, etc. 



- 208 - 

Neglectioua. 

2. Hélix Lersiana, Fagot. 

Testa maxime umbilicata (umbilicus, late infundibulifor- 
mis ad ultimum anfractum perdilatatus fere ut in speciebus 
e grege //. ericetorum) , utriuquc depressa, supra tectiformi- 
comprcssa, all)a et in ullima anfractu zonalis fulvis sicut 
evanidis picta, irregularher striatula ; — apice nigra, ni tente, 
obtuso ; — anfractibus sex fere planulatis-, sutura parum 
impressa s^eparatis, sat regulariter crescentjbus, ultimo ma- 
jore ad a^erturam dilatato ac paululum descendent, ad 
umbilicum aopresso ac convergente, — apertura per obliqua, 
albo labiata, lunalo-ovali ; marginibus conniventibus mul- 
tum approximatis ; peristomate acuto, vinoso. 

Alt. 9. Diam. 14 millim. 

Talus herbeux de la rivière de Lers mort entre Villefran- 
che et Gardouch. 11 est impossible de confondre cette espèce 
avec aucune de ses congénères, à cause de la largeur de son 
ombilic et surtout de la forme du dernier tour comprimé 
dans toutes ses parties et convergent vers l'ombilic à l'instar 
du Zonites Farinesianus, Bourguignat. 

Tr.epidana. 

3. Hélix Caiiuzaci, Bourguignat. 

Testa umbilicata (umbilicus pervius, constrictus ad ulti- 
mum anfractum subito dilatatus), supra subdepressa, infra 
turgidula, non intente ncc pellucida, supra alba, subtus 
grisea ac fasciis diversis lutris vel nigris rarius circumcincta, 
striis irregularibus densis signata ; — apice griseo, laevi- 
gato, nitente;— anfractibus seu regulariter crescentibus fere 
planulatis, sutura profunda separatis, ultimo majore, utriu- 
que convexo, ad aperturam- vix dilatato aoparura descen- 



— 209 — 

dente ; — apertura subobliqua, rotundata, fere circulari, ad 
peristomatem albo labia'ta ; marginibus conniventibus sub 
sequalibus ; peristomate recto, albo. 

Alt. S.Diam. 13millim. • 

Domaine de Mlle Teulade, à Montlaur, canton de Montgis- 
card, arrondissement de Villefranche-Lauragais. 

Le type vit à Cahuzac près Montauban. Notre description 
a été faite sur des individus du Lauragais déterminés par le 
créateur de l'espèce^. 

L Hélix Cahuzaci ne peut être rapproché que de V Hehx 
trepidida, Servain, dont elle diffère notamment par sa spire 
plus surbaissée, par son ombilic moins large et plus régu- 
lièrement arrondi, par son ouverture un peu moins oblique 
et circulaire, par ses tours à croissance plus régulière , etc. 

Heripensiana. 

4. Hélix Crouziliana, Fagot. 

Testa subumbilicata ( umbilicus angustus, pervius, ad 
aperturam dilatatus), supra vix conoidea, fere plana, subtus 
ultra modum turgida, non nitente, subpellucida, sordide alba 
ac subtus zonulis fuscis evanidis circumcincta , striatula 
(striae densissimse regulares, obliquse, flexuosa3, parum pro- 
minentes; — apice mamillato la?vigato, obtuso ; — anfrac- 
tibus quinque vix convexis, ad suturam sicut planulatis, 
sutura impressa separatis, ultimo majore, supra parum con- 
vexo, medio earinato, carina alba ad aperturam evanes- 
cente, subtus turgidissimo et ad umbilicum inflato, non 
dilatato nec descendente ; — apertura sub obliqua, rotundato- 
lunata, porcellaneo-labiata ; marginibus approximatis, con- 
niventibus, fere œqualibus ; peristomate acuto, non reflexo. 

Alt. 5. Diam. 8. 

14 



- 210 — 

Talus à pic au bas duquel serpente un chemin creux, près 
du village de Montgiscard. 

Dédié à M.Victor Crouzil, membre de la Société d'Histoire 
naturelle de Toulouse. 

Espèce remarquable par la dépression du dessus et la con- 
vexité du dessous, ayant quelque analogie de forme avec les 
espèces du groupe de VHelix Gargottœ Philippi, quoique 
appartenant incontestablement à la série des H. Heripensis 
et venant après les Hélix Valcourtiana, et Saxœa, Bourgui- 
gnat. Celte dépression insolite suffira pour la distinguer 
de ses voisines. 

5. Hélix Margieriana, Fagot. 

Testa umbilicata (umbilicus angustus , subpervius , ad 
ultimum anfractum prope aperturâm dilatatus), supra conoi- 
deo-depressa, subtus turgida, non nitida, pellucida, sordide 
lutea ac maculis aut zonulis fuscis eleganter picta, striata 
(stria 1 sat regulares, flexuosse, obliqua?); — apice obtuso, 
lsevigato ; — anfractibus quinque fere planulatis, sutura vix 
conspicua separatis, lente acregulariter crescentibus, ultimo 
vix majore, ad aperturâm paululum dilatato ac subito des- 
cendente; supra vixconvexo, in medio parum carinato, sub- 
tus turgido; — apertura perobliqua, lunato-ovali, roseo aut 
rarius albo leviter et intus labiata ; marginibus approximatis, 
dextro brevi, rotundato, columellari vix longiore ad umbi- 
licum regulariter descendente ac arcuato ; — peristomate 
acuto, subreflexo. 

Alt. 6. Diam. 8 millim. 

A Montgiscard avec VHelix Crouziliana ; — à Odars, can- 
ton de Montgiscard ; — à Villefranche, sur le talus à pic du 
ruisseau près les voûtes du PHers. 

Nous dédions cette espèce à M. Margier, de Toulouse. 

Espèce caractérisée par l'obliquité de l'ouverture due à la 



- 211 - 

descendance brusque du dernier tour par sa spire convexe 
en dessus comme celle de YHelix intersecta, Poiret, avec 
lequel on pourrait le confondre à première vue, etc. 

Notre nouvel Hélix doit prendre rang à côté de YHelix 
Lieuranensis, Bourguignat. 

6. Hélix Siticulosa, Fagot. 

Testa aperte umbilicata (umbilicus rectus, infundibulifor- 
mis, ad ultimum anfractum maxime dilatatus) supra conoi- 
deo-depressa, subtus turgidula, ad umbilicum compressa, 
non nitente parum pellucida, sordide grisea, fascia unica 
subfusca, 1ère evanida supra carinam cincta, striatula 
(strise densissimae, regulares, fluxuosse, sicut capillares) ; — 
apice mamillato, leevigato, nitente; — anfractibus quinque 
celeriter et sat regulariter crescentibus, convexo-planulatis, 
sutura profunda separatis, ultimo supra parum convexo, in 
medlo subcarinato, carina longe ab apertura evanescente, 
subtus turgido, ad aperturam vix dilatato ac descendente; 
apertura parum obliqua, lunato-circulari, leviter porcellaneo 
labiata ; marginibus regulariter approximatis, fere aquali- 
bus ; — peristomate acuto, non reflexo. 

Alt. 4 12. Diam. 6 millim. 

Alluvions de la Garonne au Port-Garaud, près Toulouse. 

Notre espèce, facilement reconnaissable à son ombilic très 
large, à sa spire convexe, déprimée, à son demi -tour caréné 
vers son milieu, à sa striation pour ainsi dire capillaire, se 
place entre les Hélix Gigaxi, Charpentier, et Diniensis, 
Rambur. 

Acosmiana. 

7. Hélix aup.igerana, Fagot. 

Testa umbilicata (umbilicus parvus, pervius, ad ultimum 
anfractum vix dilatatus) utrinque fere œqualiter convexa, 



— 212 — 

non nitida nec pellucida, alba, zonula fusca cincla , in pri- 
mis anfractibus striata, in penultimo latè subcostulata ac 
in ultimo costuiata (costulse densse, undulatae, utrinque emi- 
nentes) ; — apice obtuso nitido, luteo ; — anfractibus quinque 
vix convexis, celeriter sed regulariter crescentibus, ultimo 
vix majore ad aperturam non dilatato, nec descendent^, 
utrinque turgido, rotundato, apertura vix obliqua, lunato- 
rotundata, intus albo labiata ; marginibus regulariter ap- 
proximatis, aeque rotundatis ; peristomate simplici, recto. 

Alt. 5. Diam 5 12 millim. 

Mazères, sur le grand Lers, près Saverdun (Ariège); — 
Odars, canton de Montgiscard-Villefranche (Haute-Garonne). 

Espèce de la série des Unifasciata, rugosiuscula, Acos- 
mia, etc.; cette série devrait prendre régulièrement pour 
type YH. unifasciala, Poiret, ou rugosiuscula, Michaud, 
créés antérieurement. Nous avons préféré le nom (YAcos- 
miana à cause de son euphémisme et parce que cette espèce 
est l'une des mieux caractérisées de ce groupe. 

VHelix aurigerana ne pourrait être confondu qu'avec YH. 
Jeanbernati, Bourguignat, dont elle se distingue par son om- 
bilic plus étroit, sa spire plus convexe et moins conique 
des deux côtés, son dernier tour arrondi et non caréné, sa 
taille plus grande, etc. 

8. Hélix Alavana, Bourguignat. 

Testa subumbilicata (umbilicus rectus , cylindraceus, ad 
ultimum anfractum non dilatatus) utrinque œqualiter con- 
vexa, alba, zonulis fuscis latis cincta, costuiata (costulae in 
primis anfractibus densissimae, in ultimo magis conspicua3 
ac densœ; — apice lœvigato, mamillato, obtuso ; — anfrac- 
tibus quinque parum convexis, lente ac regulariter crescen- 
tibus, ultimo majore, ad aperturam nec dilatato^nec descen- 
dente, supra paululum depresso, in medio carinato (carina 



- 213 - 

ad aperturam evanescente) subtus turgidulo, — apertura pa- 
rum obliqua, lunato-ovata,marginibus parum approximatis, 
dextro brevi, regulariter arcuato, columellari longiore, in 
medio subcompresso ; peristomate acuto, simplici. 
Alt. 4. Diam. 5 millim. 

Le type de cette espèce vit à Alava (Espagne). Notre des- 
cription a été faite sur un individu de Mazères (Ariège), 
déterminé par notre très complaisant ami M. Bourguignat. 
VHelix Alavana se rencontre aussi çà et là dans le 
Lauragais. 

On ne peut le comparer qu'avec VHelix acosmia, Bourgui- 
gnat, dont il se rapproche par le mode de striations ; mais 
tous ses autres caractères sont si différents, que nous négli- 
gerons de signaler leurs différences. Il suffit de comparer 
notre diagnose avec celle de VHelix acosmia donnée par 
M. Bourguignat dans le Prodrom. Malac. Franc, de 
M. Locard (p. 337, 1882). 

9. Hélix Ussatensis, Bourguignat. 

Testa aperte umbilicata (umbilicus infundibuliformis, ad 
ultimum anfractum dilatatus), supra convexa, subtus com- 
pressa, non nitida, vix pellucida, cretacea, alba, zonulafusca 
cincta, in primis anfractibus striata, in duobus ultimisseque 
costuiata (costulae densse, parum prominentes, obliqua?) ; — 
apice obtuso, Isevigato, vix mamillato, luteo ; — anfractibus 
quinque subconvexis, regulariter crescentibus, ultimo ma- 
jore ad aperturam dilatato ac subito descendente, supra 
rotundato, subtus ad umbilicum compresso ac convergente ; 
— apertura obliqua, lunato-rotundata, intus crasse albo 
labiata; marginibus per approximatis, conniventibus , 
sequalibus , peristomate simplici, acuto. 

Alt. 4 1/2. Diam. 6 millim. 
Ussat-les-Baius, Foix, Mazères (Ariège); — prairies du 



- 214 - 

Port-Garaud, près Toulouse; environs de Villefranche-Lau- 
ragais (Haute-Garonne). 

Sans parler des signes différentiels énoncés dans notre 
diagnose,on reconnaîtra à première vue cette espèce remar- 
quable par son ombilic extrêmement large, en forme d'en- 
tonnoir régulier et vers lequel semble plonger la partie la 
plus infériemre du dernier tour. L' Hélix Ussatensis joue, 
dans le groupe des Acosmiana, le rôle de Y Hélix Diniensis-,. 
Rambur, parmi les Heripensiana. 

Ratidana. 

10. Hélix Badigerensis, Fagot. 

Testa umbilicata (umbilicus subpervius, infundibuliformis,. 
ad ultimum anfractum regulariter dilatatus) , supra conoidea, 
subtus turgidula, nitida, pellucida, corneo-flava, supra ad 
dimidiam partem anfractus ultimi, fascia extus fusca, intus 
aurantiaca, cincta, subtus fascia lata fere evanescente et sub 
translucida picta, eleganter costulata (costulae albescentes , 
regulares, non approximatse, obliquas, flexuosse, utrinque 
prominentes, sicut sculpta?); — apice mamillato, levigato, 
nitido ; — anfractibus fere sex, lente ac regulariter accres- 
centibus, sutura profunda separatis, ultimo vix majore, ad 
aperturam parum dilatato ac descendente, fere cylindrico ; 
— apertura non obliqua, lunato-ovali, leviter intus candido 
labiata ; margirtibus ex solito approximatis, dextro brevi, 
rotundato, columellari longiore, ad umbilicum arcuato et 
descendente; peristomate simplici in umbilico paululum 
reflexo. 

Alt. 5. Diam, C h/% millim. 

Montgiscard (Haute-Garonne) , en compagnie de Hélix 
Crouziliana, margieriana, licuranensis , etc. 

Belle espèce nouvelle appartenant au groupe de YHelix 
ravida (Bourguignat), de Syrie, constaté en France pour la 
première fois. 



— 215 — 

On prendrait à première vue notre Hélix Badigerensis 
pour un Hélix acosmia, mais la ressemblance est seulement 
superficielle ; le galbe général est très différent, les stries 
sont tellement fortes et espacées, qu'on les dirait gravées 
au burin ; on aperçoit par transparence sur le dernier tour 
une bande orangée du plus bel effet, rappelant celle de 
Y Hélix madida dont nous allons donner la description. 

Djebaricana. 

41 . Hélix madida. 

Testa perforata (perforatio pervia, cylindrica, ad ultimum 
anfractum vix dilatata), supra conico-tectiformi, subtus tur- 
gida, non nitente, subpellucida, grisea, fasciis tribus fuscis, 
intus aurantiacis cincta, una supra carinam, altéra sub carina, 
tertia inter carinam et umbilicum, duobus zonulis capillari- 
bus interpositis, striata (strise albae, densse, regulares, obli- 
quas non fluxuosse); — apice mamillato, lsevigato, luteo ; 
— anfractibus fere sex convexis, sutura mediocri separatis, 
rapide sed regulariter crescentibus, ultimo vix majore ad 
aperturam parum dilatato ac descendente , supra parum 
convexo, in medio sub carinato, carina alba ad aperturam 
fere conspnua ; — apertura magna, lunato-rotundata, ad 
marginem incrassata ; marginibus remotis, dextro brevis- 
simo, arcuato, columellari longiore, arcuato et ad umbi- 
licum subito recte descendente, peristomate acuto, sim- 
plici. 

Alt. 7. Diam. 10 millim. 

Montgiscard (Haute-Garonne), en compagnie des [Jeripen- 
siana. 

La seule espèce des Djebaricana constatée jusqu'ici en 
France est la Lirouxiana, Bourguignat, coquille algérienne 
retrouvée au golfe Juan (Alpes-Maritimes). Par conséquent, 



- 216 - 

notre Hélix madidu ne peut être comparée qu'avec VH. Li- 
rouxiana dont on le distinguera à sa coloration très diffé- 
rente, à sa carène se continuant davantage vers l'ouverture, 
à cette ouverture moins obliqu s à sa taille plus petite, etc. 
Il sera aisé de rendre compte des signes distinctifs en com- 
parant notre description avec celle donnée par SI. Bourgui- 
gnat dans le Prodr. Malac. fra?iç. de M. Locard, p. -J39, 
4882. 

Limai-iana. 

12. Hélix Odarsensis, Fagot. 

Testa umbilicata (umbilicus subpervius, angustatus, ad 
ultimum anfractum non dilatatus) utrinque fere convexa* 
supra depressa-tectiformi, subtus parum turgida, vix pellu- 
cida, nitente, griseo-lutea, lineis vel punctis translucidis dé- 
ganter picta, subtilissime acdensissime striatula (strias in ul- 
timo anfractu sicut evanidse) ; apice griseo vel nigro, iaevigato, 
obtuso ; — anfractibus sex planulatis, sutura vix impressa 
separatis, primis lente, ceteris celeriter crescentibus, ultimo 
majore, ad aperturam dilatato, non descendente ; — aper- 
tura obliqua, lunato-ovali, cameo vel albo crasse intus la- 
biata ; marginibus parum approximatis, dextro brevi regu- 
lariter curvato columellari longiore semirotundato , ad 
umbilicum reflexo ; — peristomate recto, roseo vel rubro. 

Alt. 8. Diam. 13 raillim. 

Odars, canton de Montgiscard (Haute-Garonne). Tout le 
Lauragais, etc. 

Espèce facilement reconnaissable à un ombilic moyen bien 
cylindrique, à sa spire aussi convexe en dessus qu'en des- 
sous, avec une partie bien tectiforme surbaissée. La coquille 
est comme vernissée et est parsemée de bandes ou de ta- 
ches des plus élégantes ; les individus frais présentent un 



— 217 — 

bourrelet blanc tranchant sur la couleur rosée ou lie de vin 
de l'ouverture. C'est une des plus jolies coquilles du Laura- 
gais, très abondante dans les prairies ou sur les talus cou- 
verts de graminées. 

13. Hélix iierbatica, Fagot. 

Testa ad apicem usque umbilicata (umbilicus angustior, 
infundibuliformis ad ultimum anfractum vix dilatatus) supra 
conoideo-depressa, subtus parum turgidula, alba, zonis nigres- 
centibus aut fuscis diverse picta, fere lsevigata, vel irregula- 
riter striatula ; — apice nigro, nitente, obtuso ; anfractibus 
sex parum convexis, sutura tenui separatis, sat celeriter ac 
regulariter crescentibus, ultimo majore ad aperturam nec 
dilatatô nec descendente, utrinque convexo, sed ad umbili- 
cum compresso ac convergente in modo hyaliniarum e grege 
H. Lucidse ; — apertura parum obliqua, lunato rotundata, 
marginibus approximatis fere sequaliter rotundatis ; peristo- 
mate acuto, intus vix incrassato. 

Alt. 8. Diam. lâmillim. 

Le type a été recueilli par nous à Cintegabelle (Haute- 
Garonne). Nous avons rencontré quelques échantillons très 
différents de ceux de Cintegabelle, à Lauzerville, canton de 
Montgiscard (Haute-Garonne). 

44. Hélix Montgiscarduna, Fagot. 

Testa ad apicem usque subumbilicata (umbilicus per 
angustus, cylindraceus, fere rectus), supra convexa tecti - 
formi, subtus turgidula, non pellucida, subnitente, griseo 
lutea , subtiliter ac densissime striatula ; — apice nigro, 
laevigato, nitente; — anfractibus sex fere planulatis, sutura 
parum impressa separatis, ultimo supra parum convexo, 
infra, pra^sertim ad umbilicum, tumido, vix medio subcari- 



- 218 - 

nato, ad aperturam non aut vix descendente ; — aperiura 
obliqua, lunato-ovali, roseo leviter labiata; marginibus sub- 
approximatis, dextro brevi, rotundato, columellari arcuato, 
longiore, ad umbilicum non reflexo ; peristomate recto, 
acuto. 

Alt 8. Diam. 40 millim. 

Odars, canton de Montgiscard (Haute-Garonne). 

Var. major, alba cum fascia unica brunnea lata supra. 
Alt. 10 ; diam. 15 millim. 

Lauzerville, près Odars. 

Espèce caractérisée par un ombilic cylindrique, presque 
pas évasé au dernier tour, par une spire conique en dessus et 
assez convexe en dessous, une ouverture oblique, ressemblant 
à un ovale assez régulier coupé en croissant par la convexité 
du dernier tour, etc. 

La partie supérieure de la coquille a l'aspect des Varibiliana, 
tandis que le dessous rappelle assez bien celui des Neglectiana. 

II. - MOLLUSCA NOVA GALLIf.A 
Hortensiana. 

1. Arion Soijrbieui. 

Animal corpore mediocri, cylindraceo, ad extremitates pa- 
rum attenuato ; — dorso uniformiter cinereo-albo ; — rugis 
dorsalibus distantibus, magnis, sed parum prominentibus 
sat regulariter dispositis ; — pede nigricante ; margine pedis 
angusto, sordide luteolo, unicolore ; — clypeo cinereo-albo, 
subovali, antice parum attenuato, collum subobtegente ; 
— capite et tentaculis aterrimis. 

Long. 30-40 millim., — épaisseur 15 millim. 

Forêt des Fanges, au-dessus de Quillan (Aude). — Fon- 
taine de Fontestorbe, à Bélesta (Ariège). 



— 219 — 

Cette espèce nouvelle, de la taille d'un Arion hortensis 
moyen, est facilement reconnaissable à ses rides ou rugo- 
sités écartées, mais peu saillantes et comme écrasées, à sa 
coloration uniforme d'un gris presque blanc , y compris 
le bouclier dont la teinte tranche avec le cou, la tête et les 
tentacules d'un noir brillant. 

La teinte blanchâtre n'est point due à une décoloration ; 
tous les individus que nous avons observés, jeunes et adultes, 
étaient presque blancs, quoique vivant à la même exposition 
que Y Arion pyrenaicus et recueillis en même temps. Les 
exemplaires encore non adultes sont toujours plus trapus 
que leurs congénères. 

Nitidiana. 

2. Hyalima Oltisiana. 

Fagot in Servain, Hist. malac. lac Balaton, p. 17, 1882 
(nomen). 

Testa umbilicata, umbilicus angustus reclus, subinfundi- 
buliformis ; ad ultimum anfractum vix dilatatus, supra tecti- 
formi-depressa, subtus turgidula, fragili , corneo-luteola, 
nitidissima, subtilissime, praosertim ad suturam, striatula ; 
— apice lsevigato, obtuso ; — anfractibus quinque vix con- 
vexiusculis lente ac regulariter crescentibus, sutura pro- 
funda, quasi canaliculata, separatis ; ultimo vix majore, ad 
aperturam non dilatato nec descendente, supra parum con- 
vexo, subtus turgido, ad umbilicum subito, compresso ac 
descendente ; — apertura obliqua, lunato-ovali ; marginibus 
remotis arcuatis, columellari longiore ; — peristomale recto 
acuto. 

Alt. 3 1/2. Diam. 5 millim. 

Mas-d'Agenais, sur l'écorce des saules (M. l'abbé Dupuy). 

Voisin de H. nitida, dont il se distingue par sa spire plus 

convexe, ses tours moins bombés, sa suture plus profonde 



— 220 — 

et comme canaliculée, et surtout par la convexité intérieure 
du dernier tour qui rend l'ombilic moins évasé et moins en 
entonnoir. Far la grandeur de cet ombilic, 17/. nitida est 
intermédiaire entre le Parisiaca et notre nouvelle espèce. 

Hispitlana. 

3. Hélix Ataxiaca. 

Testa ad apicem usque recte subcylindrico umbilicata, 
utrinque subdepressa, supra vix couve xa, non nitida, vix 
pellucida, rubella, striis sat validis, prsesertim in ultimo 
anfractu confluentibus ac undulatis insignita, ac pilis albis 
parum densis munita ; — apice laevigato, obtuso, vix ma- 
millato ; — anfractibus fere septem parum convexis, sutura 
profunda separatis lente ac regulariter crescentibus, ultimo 
compresso, subcarinato, vix majore, ad aperturam vix des- 
cendente ; — apertura parum obliqua, lunato-ovali, lamina 
profunda, intus alba, extus aurantiaca, instructa ; marginibus 
subapproximatis, dextro brevi, regulariter arcuato, colu- 
mellari majore, subdepresso, adurabilicum pereflexo. 

Alt. 6. Diam. 10 millim. 1/2. 

Forêt des Fanges, au-dessus de Quillan (Aude). 

Magnifique espèce du groupe des Hispida, ayant l'aspect et 
la taille de VHelix montana, Studer, mais rentrant sans 
conteste dans les Hispidiana par la nature de son test et la 
disposition de ses poils. D'après M. Bourguignat , VHelix 
ataxiaca rappelle, mais de loin, son Hélix steneligma de 
Ludion. 

Boleueusiana. 

4. Hélix Visanica. 

Testa umbilicata (umbilicus rectus angustus, ad ultimum 
anfractum vix dilatatus), supra subdepressa, subtus turgida, 



— 221 — 

vix nilente, f'ere pellucida, sordide luteo alba, et fasciis luteis 
variis evanidis cincta, dense ac regulariter striata (stria? 
obliqua?, undulatae, subprominentes) ; — apice mamillato, lae- 
vigato, riitente ; — ant'ractibus sex regulariter crescentibus, 
primis convexiusculis ad suturam planulatis, sutura profunda 
separatis, ultimo majore, supra convexo, in medio albo fâs- 
ciato, subtus turgido, ad aperturam dilatato, non descen- 
dente ; — apertura subobliqua, lunato circulari, intus porcel- 
laneo vix incrassata ; marginibus conniventibus, gequalibus ; 
peristomate acuto, recto, ad umbilicum vix reflexo. 

Alt. 9. Diam. M millirn. 

Visan (Vaucluse). 

Espèce de la taille de notre Hélix Lauracina, mais ne pou- 
vant être rapprochée que de VHelix Bolenensis, dont elle 
diffère par sa spire moins convexe en dessus, son ouverture 
plus grande et mieux arrondie, son dernier tour plus cylin- 
drique, sans parler de son aspect moins terne et de sa colo- 
ration différente. 

5. Hélix Carpensoractensis. 

Testa subumbibcata (umbilicus angustissimus, perviusad 
ultimum afefractum, prsesertim ad aperturam, dilatatus), su- 
pra conoïdea, subtus turgidula, non nitente, vix pellucida, 
cretacea, uniformitergriseo-albida, densissime ac irregulari- 
ter striata (stria? obliquas undulatse, non aut vix prominentes) ; 
— apice mamillato, Isevigato, nitente ; — anfractibus fere 
septem lente ac regulariter crescentibus, convexis, sutura sat 
impressa separatis, ultimo vix majore, ad aperturam dilatato 
et parum descendente, cylindraceo ; — apertura subobliqua, 
lunato-circulari , intus porcellaneo sat incrassata ; margi- 
nibus approximatis, fere aequalibus, columellari tamen lon- 
giore et ad umbilicum subrecte descendente ; peristomate 
acuto, ad umbilicum reflexo. 

Alt. 10. Diam. 11 millirn. 



— 222 — 

Carpentras (Vaucluse). 

Espèce remarquable par sa spire exactement conoïde et 
son dernier tour convergent vers l'ombilic, quoique renflé 
en dessous, ressemblant assez extérieurement aux Chalci- 
dicana. 

D'ouverture, très peu oblique et presque arrondie, à ren- 
contre du Lauracina est aussi petite que celle de cette 
dernière ; l'ombilic très étroit, s'élargit sensiblement par 
l'écartement du dernier tour, etc. 

Des caractères aussi tranchés ne permettent point de le 
confondre avec aucun de ses congénères. 

Hypnoriana. 

6. Physa Ataxiaca. 

Testa elongata, oblongo-acuminata , subpellucida , fere 
diaphana, corneo-flava, ssepe limo ochraceo obducta, vix 
conspicue striatula, fere levi ; spira producta, acuminata, 
apicc minimo, acuto ; — anfractibus sex, rapide sed regu- 
lariter crescentibus, subconvexis, sutura mediocri separatis, 
ultimo multo majore, non tumido , 2/3 altitudinis circa 
sequante ; — apertura parum obliqua, oblongo-pyriformi, 
superne angulata inferne oblonga, intus albo leviter labiata ; 
marginibus multum separatis, columellari oblique îere recto, 
rimam tegente et superne intus leviter contorto-lamelloso, 
altero longissimo, regulariter arcuato, callo vix conspicuo ; 
— peristomate acuto, recto. 

Alt. 9. Diam. 4 millim. 

Gampagne-les-Bains, entre Quillan et Limoux (Aude). 

Diffère de YHypnorum par son sommet plus aigu, son der- 
nier tour un peu plus renflé, son ouverture moins compri- 
mée dans le sens transversal, sa coloration plus terne et plus 
foncée, même chez les sujets non enduits du limon ochracé 
dû au principe ferrugineux contenu dans l'eau (22°) où vit 



— 223 — 

cette physe, ses tours à croissance plus rapides, surtout 
l'avant-dernier, etc. 

Acutfana. 

Physa acroxa, Fagot. 

Testa elongata, oblongo-acuminata, limo nigro obducta, 
opaca, limo ablato corneo-lutea, levi, in ultimo anfractu 
grosse striata ; — spira producta, ultra modum acuminata ; 
— apice mamillato , acutissimo ; — anfractibus 5 4/2 
regulariter ac celeriter crescentibus, subconvexis, sutura 
maxime impressa separatis ; ultimo majore , compresse 
circa 2/3 altitudinis sequante ; — apertura recta, exacte 
pyriformi, vix marginata, dimidiam partem altitudinis pa- 
rum superante ; marginibus separatis; columellari oblique 
recto, inferne patulo ac rimam subobtegente, infra maxime 
incrassato ac septum formante sicut in génère lithoglypho, 
parum contorto ; altero utrinque fere regulariter arcuato ; 
callo crassissimo ; peristomate incrassato, recto. 

Alt. 11. Diam. 5 miilim. 

Nous n'avons trouvé encore que trois exemplaires de cette 
espèce : l'un dans un vivier de la commune d'Avignonet, 
quartier de Graman ; l'autre dans un vivier de la commune 
de Villefranche-Lauragais, et le troisième dans une fontaine 
de la commune d'Odars, tous en compagnie des Physa 
subopaca et Mamoi. 

Notre nouvelle physa est remarquable par l'allongement 
et l'acuité de sa spire et le développement des premiers 
tours relativement au dernier, surtout lorsqu'on examine la 
coquille du côté opposé à l'ouverture ; c'est jusqu'ici l'espèce 
la plus allongée du groupe et dont l'ouverture est la plus 
petite relativement à la longueur totale, puisqu'elle atteint 
à peine un peu plus que la moitié. Sans le dernier tour, on 
le prendrait presque pour une coquille du groupe des hypno- 



- sa* - 

rana. On ne pourrait la rapprocher que de la Physa subopaca, 
dont elle se distingue à première vue par le faciès plus 
allongé des derniers tours, sans parler des autres caractères. 

Physa Sàint-Simonis, Fagot. 

Testa oblongo-acuminata, parum pellucida, corneo-lactea, 
levi ; spira parum producta, subacuminata ; — apice ma- 
millato, obtuso ; — anfractibus 4 1/2 lente ac regulariter 
crescentibus fere planulatis, sutura parum impressa sepa- 
ratis, ultimo multum majore, amplissimo, totam fere testam, 
praecipue e latere apertura3 formante, a sutura usque ad 
basin turgido ; — apertura fere recta, oblôngo-pyriformi, 
superne ac inferne coarctata, margine crasso lacteo intus 
instructa ; — marginibus separatis, columellari oblique recto 
inferne patulescente, superne contorto-lamelloso, altero 
regulariter arcuato ; callo conspicuo, albo ; peristomate 
acuto, recto. 

Ait. 42. Diam. 7 millim. 

Le canal du Midi, aux écluses de Gardouch, de Laval, et 
de Renneville, près Villefranche, où elle est assez commune, 
mais localisée. 

Coquille très distincte de la Physa acuta, dont elle diffère 
notamment par sa spire beaucoup moins allongée relative- 
ment au dernier tour qui semble, lorsqu'on l'examine par 
devant, former la totalité de la spire, par le sommet moins 
pointu et plus trapu, les tours presque plans, au lieu d'élre 
renflés, le dernier tour plus convexe, l'ouverture différente 
dans son ensemble, quoique les détails soient assez voi- 
sins, etc. 



Séance du 4 juillet 1383. 

Présilenoe de M. Bidaud. 

M. le Président ouvre la sé&nce en rappelant que 
M. Edouard Filhol, directeur de l'Ecole de médecine, pro- 
fesseur à la Faculté des sciences, qui vient d'être si préma- 
turément enlevé à la science et à l'affection dé ses amis, a 
été un des fondateurs de la Société d'Histoire naturelle et 
que les suffrages de ses collègues l'avaient plusieurs fois 
élevé à la présidence. Il demande à l'assemblée d'exprimer 
à son fils M. Henri Filhol, ancien membre de la Société, la 
part que la Société d'Histoire naturelle prend au deuil cruel 
qui vient de le frapper. 

La réunion adopte cette proposition à l'unanimité. 

M. Régnault fait un compte-rendu sommaire de l'excur- 
sion que la Société a faite à la grotte de Gargas, le 21 juin 
dernier. Il donne des détails sur les fouilles qu'il avait orga- 
nisées à l'occasion de cette visite. Le succès a couronné ses 
efforts, puisque de nouveaux foyers et de magnifiques osse- 
ments en parfait état de conservation ont été mis à décou- 
vert. 

Il est donné lecture de la note suivante, due à la colla- 
boration de MM Marquet et de Bormans : 

Note complémentaire sur une espèce du genre Doii- 
chopoda (Bolivar), de la famille des Locustaires et 
de l'ordre des Orthoptères. 

Les Dolichopodes, que M. Fischer, de Fribourg (Orthop- 
tera Europae), avait réunis, ainsi que les Troglophiles, au 
genre Raphidophora (Serville), sont des insectes vivant dans 
l'intérieur des cavernes et se nourrissant probablement de 

15 



— 220 — 

petits névroptères et de diptères assez communs dans ces 
Lieux souterrains. 

Leur genre de vie, la couleur diaphane et incolore de leurs 
téguments, la longueur des cerques dont le dernier segment 
est pourvu en dessus, leur donnent un certain air de res- 
semblance avec quelques espèces aptères de la famille des 
Gryllidés. Les longues pattes dont la majorité des espèces 
est pourvue, permettent à ces insectes de sauter à des distan- 
ces de 2 ou 3 mètres sur les parois intérieures des cavernes. 

S'il est vrai que le sens du toucher réside dans les palpes, 
et celui de l'ouïe dans les antennes, les Dolichopodes, grâce 
à la longueur démesurée de ces organes, ont ces deux sens 
perfectionnés au plus haut degré. Chose remarquable, ces 
insectes, quoique habitant des régions privées de lumière, 
ont leurs yeux à facettes parfaitement caractérisés. 

Les trois Dolichopodes européens connus jusqu'à ce jour, 
habitent les cavernes de la Dalmatie, de la Sicile, de L'Italie, 
de la Corse, des Pyrénées-Orientales et de l'Aude. 

Un orthoptère très voisin des Dolichopodes ^le Troglophi- 
lus cavicola, Kollar), se trouve dans les grottes d'Adelsberg, 
dans la Carniole, mais ce n'est que près de l'entrée où il vit. 

Dans les contrées en dehors de l'Europe, ont été décou- 
vertes d'autres espèces très voisines ; ainsi VHadenœcus sub- 
terraneus, Scudder, habite la caverne du Mammouth. Le 
Centophilus stygia, du même auteur, celle d'Hickman près 
du Kentucki river. — M. Henry Edwards signale aussi une 
sauterelle aptère dans une groite de la Baie du Massacre (île 
centrale de la Nouvelle-Zélande), insecte auquel on a donné 
le nom (VHadenœcus Edwardsi. Enfin on a trouvé à Java 
une espèce que M. Serville a décrite sous le nom de Raphi- 
dophora picea. 

Les catalogues n'ont mentionné, pendant longtemps, 
qu'une seule Dolichopode (D. palpata, Sulzer) habitant les 
grottes de la Dalmatie. delà Sicile et des environs de Rome; 
d'après M. Bolivar, de Madrid, l'espèce trouvée par M. Simon 



— ZZ1 — 

-dans les cavernes d'Espezel et de Belvis, près de Quillan, ne 
serait autre que la palpata. 

Vers 1860, un entomologiste passionné pour la chasse aux 
insectes cavernicoles, M. Linder, découvrit dans la grotte 
de Yillefranche de Gonflans (Pyrénées-Orientales), la Dolicho- 
pocla Linderi (Léon Dulbur), que cet auteur avait classée dans 
le genre Phalangopsis. Cet insecte a été, dit-on, chassé plus 
tard dans les Abruzzes et a reçu le nom de Raphidophora 
geniculata, Costa ; on assure que l'espèce habite quelquefois 
en dehors des cavernes, mais alors ses téguments prennent 
une teinte verte. 

La découverte de la troisième Dolichopoda est due au zèle 
de M. Abeille de Perrin qui la trouva dans la grotte de 
Cisco, près de Bastia (Corse) ; le mâle a été récemment décrit 
par M. Brùnner de Wattenwil (Prodromus der Europaïschen 
Orthopteram), sous le nom de Dolich. Bormansi. Cet auteur 
n'ayant eu sous les yeux qu'un mâle mutilé, nous allons 
compléter sa description et caractériser la femelle que nous 
possédons et dont nous donnons le dessin. 

Tableau des espèces d'après M. Brùnner, avec note 
additionnelle. 

1. Cuisses antérieures et médianes inermes en dessous. 

2. Segments du thorax et de l'abdomen d'une seule couleur. Segment 

anal à* armé de deux cornes 1 . Palpata , Sulz. 

?. 2. Segments du thorax et de l'ai domen bordés de brun postérieurement. 
Segment anal o* inermeen dessus. . . ?. Linderi, Dufour. 

Geniculata, Costa. 
\. \. Cuisses antérieures et médianes munies de quelques petites épines en 
dessous. (Segments du thorax et de l'abdomen bordés de brun pos- 
térieurement. Segment anal a* inerme). 3. Bormansi, Brùnner 
1. D. Palpata, Sulzer. — Pallide-lutea, unicolor. Femora omnia subtus 
inermia. Segmentum anale a* angustum, disco ulriuque dente obtuso, recurvo 
cornuto. Lamina subgenitalis rf* profunde incisa, lobis rotundatis, stylis subobli- 
teratis medio marginis inserlis. Oviposilor basi rectus, apice incurvus, acu- 
minalus. Lamina subgenitatis î parva, rotundala. 



- 228 - 

c? 9 

Long. corporis 22 mm 22 mni 

» pronoti 4 mm 

» femorum anticorum. . . 17 16 

» » intermediorum. 16 16 

» m poslicorum. . . 24 — '25, 5 

» tibiarum posticorum.. . 30 — 31 

» ovipositoris 15 

Patrie : Dalmatie, sous les pierres, dans les grottes. — Italie, dans les an- 
ciens aqueducs de Rome. D'après M. Bolivar, c'est l'espèce trouvée dans les 
grottes de Belvis et d'Espezel (Aude). 

2. D. Linderi Dufour. — Rhaphidophora geniculala, Costa. Testacea, seg- 
mentis dorsalibus thoracis et abdominis margine postico fusco-fasciato. Femora 
omnia subtus inermia. Segmentum anale o* transversum, liaud dentatum. 
Lamina supra analis tf triangularis, margine incrassato. Lamina subgenitalis 
profunde incîsa lobis rotundatis, stylis sat explicatis. (Femina lantum in larva 
mibi cognita.) 

o* 9 ? 

Long. corporis *. 17mm 

» pronoti 3,8 

» m femorum anticorum 13,5 

» » intermediorum. . . . 13,5 

» » posticorum 21,5 

» tibiarum posticorum 26 

Patrie : Grotte de Villefrancbe de Conflans (Pyrénées-Orientales). 

3. D. Bormansi, Brunner. — o* Fusco-testacea. pronotum margine antico et 
postico, segmentis ceteiis margine postico fusco-fasciato. Femora antica et in- 
termedia subtus utroque margine spinis 4-6 armato, geniculis albidis. Femora 
postica 20 segmentum anale çf angustum baud dentatum. Lamina subgenitalis 
o* ample, profunde fissa, lobis triangularibus. Stylis apice insertis. Ovipositor 
basi rectus, apice incurvus acuminatus. Lamina subgenitalis parva sinuata. 

a* 9 

Long. corporis 1 6 mm 1 8 m 

» pronoti 4 mm 

» femorum anticorum 14,5 15 

» » intermediorum 14 15 

» » posticorum » 23 nim » 

» ovipositoris ; . . » 13 

Patrie : Grotte de Cisco, près de Bastia (Corse). 



— 229 — 

Dans l'ouvrage précité de M. Emaner de Wattenwil \Prodromus der Euro- 
pciïschen Orthopterum) , a été décrite la femelle de l'Ocnerodes Brunneri (Bolivar); 
nous trouvant en possession du mâle de cette espèce, nous pouvons compléter la 
description et en donner un dessin. Du reste, la seule différence entre les deux 
sexes réside simplement dans les dimensions et la forme des organes génitaux. 

Ocnerodes Brunneri (Bolivar). Acoceva Brunneri Bolivar. 1876, Ort. 
de Esp., p. 84, lab. II, fig. 7, 7 a . Nocadores Brunneri Bol., Annal, 
soc. Esp. Hist. nat., VII, p. 438, tab. V, fig. 11. 

Statura majore, Colore fulvo-griseo. Vertex vix concavus. Costa frontalis ad 
vultum subimpressa. Pronolura tuberculis albidis rugosum . postice truncatum , 
marginem posticum mesonoli baud attingente, ciïsta parum elevata, recta, a sulco 
typico in quinta parte postica interrupta, lobis deflexis margine postico eroso- 
dentato. Elytra angusta, rugoso reticulata, marginem posticum segmenti abdo- 
minalis primi superantia. Femora postica carinis crenato undulatis, latere ex- 
terno irregulariter reticulato. Prosternum margine antico laminato-producto, 
reflexo. Abdomen segmentis dorsalibus compressis, gibbosis, segmento primo 
tuberculo triangulari, compresso, a margine postico remoto, instructo. o* 9 . 

Long. corporis 34 mm 47 mm 59 mm 

« pronotum.. ..... 8 m 5 12 10 

» elytr 6 10 8 

» femorum postic. ... 14 23 18 

Habitat : Manzanarès (Bolivar), Uclès (R. P. Pantel), Espagne. 



EXPLICATION DE LA PLANCHE DES ORTHOPTÈRES 

1. Dolichopoda Bormansi. Femelle, grandeur naturelle. 
l a Tête vue de face. 

l b Extrémité de l'abdomen vue en dessous; grossie. 

I e . Id. Id. vue en dessus. 

2. Typhlolabia subterranea. Mâle ; grossi. 

3. Ocnerodes Brunneri . . . Mâle; grandeur naturelle. 
3 a Tête vue de face. 

3 b Tête et corselet vus en dessus 



- 230 - 

Séance du 18 juillet 1883. 
Présidence de M. de Saint-Simon. 

Il est donné lecture par M. de Rey-Pailhade, membre titu- 
laire, du travail suivant : 

Montre-Boussole solaire, à l'usage des naturalistes, 
Par M. de Rey-Pailhade. 

La direction du Nord s'obtient généralement au moyen 
de la Boussole, mais tout le monde n'en possède pas; aussi 
pour y suppléer dans une certaine mesure, nous avons cons- 
truit spécialement pour les naturalistes qui lont des excur- 
sions dans les environs de Toulouse, un instrument qui 
donne l'heure et la direction du Nord à laide du soleil. 

Nous l'avons désigné sous le nom de Montre-Boussole 
solaire; elle peut servir pour toute la partie méridionale de 
la France depuis Bordeaux. 

Cet instrument se compose de deux tableaux qu'on colle 
de chaque côté d'une forte feuille de carton. 

DESCRIPTION DE LA MONTRE SOLAIRE 

La montre solaire se compose d'un tableau quadrillé sur 
lequel sont tracées des courbes ; les lignes verticales indi- 
quent les divisions du temps de cinq jours en cinq jours : 
1 er , 5, 10, 15, 20, 25 de chaque mois. L'échelle de longueur 
des jours est de ,n ,002 pour 5 jours. Les gros traits séparent 
les mois les uns des autres ; les mois sont écrits en toutes 
lettres et soulignés de flèches qui montrent dans quel sens 
il faut aller; du 20 décembre au 20 juin, on s'avance de 
gauche à droite; du 20 juin au 20 décembre, c'est , au con- 
traire, de droite à gauche. Les deux périodes s'équivalent ; 



Sccute Mhtcire 9laUuvlle 



Se- 



Ijoulciuyey 



MONTRE - BOUS 

Construite pour Toul 



MONTRE SOLAIRE 




Construite pûur Toulouse 8r les Pyrénées 



.SOLE SOLAIRE 

use & les Pyrénées. 



BOUSSOLE SOLAIRE 



&ï 



7 .« 



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- 231 - 

la deuxième est inscrite immédiatement au-dessous de la 
première. On remarque aisément que le I er de chaque mois 
correspond à un 10 ou un 11 d'un mois de l'autre période. 

Les lignes horizontales sont distantes de 2 mm et numérotées 
de chaque côté aux grandes divisions 0, 10, 20, etc., etc. 

Les courbes tracées sont : 

1° Les courbes des heures solaires vraies, en grandeur 
naturelle, pour un style horizontal de m ,025 placé sur la 
ligne 0, savoir : 

Midi 
1 h soir et 11 h matin. 
% — 10 — 
3 — 9 — 

etc. etc. 

2° La courbe des déclinaisons du soleil, à l'échelle de 
m 003 par degré. La ligne représente l'équaleur céleste. 

On trouve la déclinaison en divisant par 3 la longueur de 
la verticale correspondant au jour d'observation. 

1 er ex. : 25 avril, vert. 39 ram décl. 13° boréale. 

9e _ 12oct., — 22,5, — 7'5 soit 7 C, 30' austr. 

3° La courbe de correction pour les heures civiles ou 
moyennes; du 20 décembre au 20 juin, elle est construite 
sur la ligne A B; du 20 juin au "20 décembre, sur la ligne G D. 

L'usage de cette courbe est très simple, on ajoute ou on 
retranche de l'heure solaire autant de minutes qu'il y a de 
demi-millimètres dans la verticale du jour de l'observation. 
Les parties supérieures indiquent qu'il faut ajouter, les infé- 
rieures retrancher. 

Heure solaire vraie Verticale inférieure Heure civile. 

1 er exemple : 25 avril. 2 h soir 1 mm ,5 ! h 57 m . 

Heure solaire vraie Verticale supérieure. Heure civile». 

2 e exemple : 25 juillet. 9 h 30 m matin. 3 mm 9*>36 m . 



— 232 — 

Sur la droite est tracée une ligne FP, parallèle aux. verti- 
cales : elle permet de mettre tout le tableau dans la vertica- 
lité au moyen d'un lil à plomb fixé à demeure. Ce fil à plomb 
se place en perçant d'abord le carton au point F, puis en 
passant dans le trou un lil qu'on noue derrière. L'extré- 
mité libre inférieure du lil est pincée dans un fort grain de 
plomb de chasse préalablement fendu. Le plomb doit être à 
quelques centimètres au-dessous du carton. 

USAGE DE LA MONTRE SOLAIRE 

On détermine l'heure en piquant une épingle au bord 
droit du point E, distant de B de m ,025, puis en dirigeant 
le carton placé verticalement dans le sens du soleil. L'épin- 
gle doit être située entre le soleil et B. Il faut avoir soin 
d'incliner très légèrement le carton autour de la verticale F P, 
afin de voir se projeter nettement l'ombre de l'épingle sur 
la partie du carton située à droite de la verticale passant par 
le point E. Dans cette position, le carton tout entier se pro- 
jette suivant une forte ligne verticale. 

L'instrument placé, on lit par quel millimètre delà ligne 
OB passe l'ombre de l'épingle. Cette donnée étant suffisante, 
on peut retirer l'épingle et déranger le tableau de sa posi- 
tion. 

On détermine le point d'intersection de l'horizontale cor- 
respondant au millimètre lu avec la verticale du jour de 
l'observation. Il ne reste qu'à lire l'heure qu'il indique, en 
ayant soin de choisir la colonne des heures du matin, si on 
opère avant raidi, et du soir si c'est après midi. On apprécie 
les époques intermédiaires aux heures exactes, en allant de 
haut en bas pour le matin et de bas en haut pour le soir. 

1 ,r exemple: 25 avril, soir, 30 :im , 2 h soir (H re vraie). 
2 — 20 juillet, mat., 30'"" 1 , 9''30 m matin. — 

3 e — 5 août, soir, 49 m,n , 3 h 45 m soir. -— 



- 233 - 

Si on veut être complet, on transforme en heure civile, à 
l'aide de la courbe de correction ; on trouve que : 

Le 25 avril, il était 4 h 57 m soir (heure civile). 
Le 20 juillet, — 9 h 36' n matin, — 

Le 5 août, — 3 h 54 m soir, — 

Afin de ne pas nuire à la clarté de l'explication des 
tableaux, les courbes des heures ont seules été marquées ; 
mais les personnes qui voudront s'en servir couramment 
feront bien de tracer les courbes des demi-heures en traits 
interrompus, et les courbes des quart-d'heure en lignes 
ponctuées. 

DESCRIPTION DE LA BOUSSOLE SOLAIRE 

La Boussole solaire se compose d'un cercle incomplet 
divisé comme une montre ordinaire; les minutes sont ins- 
crites au-dessus de la division minutaire, de gauche à droite 
à partir de midi; les heures sont au-dessous en chiffres ro- 
mains. Chaque minute de montre vaut 6 degrés sexagési- 
maux. 

Le centre est occupé par une croix, marquée des quatre 
points cardinaux. 

Au-dessous du cercle est dessiné un tableau quadrillé, sur 
lequel sont tracées 7 courbes. Les traits verticaux indiquent 
la division du temps comme dans la montre solaire. — Les 
traits horizontaux marquent les minutes de montre ordi- 
naire ; ils sont numérotés de cinq en cinq de chaque côté. 
La division de droite sert aux heures de l'après-midi, elle va 
en augmentant de bas en haut: 0, 5, 10, 15 et 20. La divi- 
sion de gauche est pour les heures du malin ; elle diminue 
de bas en haut : 60, 55, 50, 45 et 40. 

Les courbes représentent les angles du Méridien avec 
l'ombre horizontale d'un style vertical, aux diverses heures 
solaires. 



— 234 — 

A midi, l'angle étant toujours nul, sa courbe est la ligne 
horizontale ; les 7 courbes sont pour 

I — 1 heure du soir et XI heures du matin. 

2-11 - X - 

3-111 — IX - 

» etc. etc. 

7 — Vil — V — 



USAGE DE LA BOUSSOLE SOLAIRE POUR TROUVER LE NORD 

Cela exposé, quand on veut trouver la direction du Méri- 
dien, on regarde V heure sur sa montre bien réglée sur le 
Méridien du lieu ou bien on la détermine à l'aide de la mon- 
tre solaire ; puis on cherche sur le tableau quadrillé la courbe 
qui lui correspond. Si ce n'est pas une heure exacte, on en 
trace la courbe par la pensée, en se guidant sur les courbes 
des heures précédente et suivante. On détermine son point 
d'intersection avec la ligne verticale, réelle ou fictive, cor- 
respondant au jour d'observation, et on lit enfin, au moyen 
des lignes horizontales, la grandeur de l'angle cherché, ex- 
primée en minutes de montre; le matin il faut lire à gauche 
et le soir à droite. 

I er exemple : 25 avril, à 2\ soir, angle de 8 in {. 
fr exemple : 26 juillet , à 9 h 30 n matin, — 49f 

La Boussole solaire s'oriente sur le terrain, en la plaçant 
sur une surface horizontale, de manière que l'ombre d'une 
épingle piquée verticalement au centre de la croix, inter- 
cepte, à partir de la ligne de Midi ou Nord-Sud, le nombre 
de minutes trouvé plus haut. 

Le matin, l'ombre passe à gauche, le soir à droite du Nord, 
comme c'est marqué dans l'intérieur du cercle. 

Exemples: 25 avril, 2 h soir, ombre, 8 m £, côté droit 
26 juillet, 9*30 Œ matin, — 49| —gauche. 



~ 235 - 

Si on n'avait que le tableau quadrillé, sans le cercle supé- 
rieur, on se servirait du cadran de sa montre, mais l'exacti- 
tude serait bien moindre, à cause de la petitesse des divi- 
sions et de l'impossibilité de plxcer un style parfaitement au 
centre. 

USAGE DE LA BOUSSOLE SOLAIRE POUR TROUVER L'HEURE 

Cet instrument est à fonction double, c'est-à-dire qu'avec 
une montre il sert de Boussole, tandis qu'avec une Bous- 
sole il donne l'heure. 

La détermination de l'heure avec la Boussole solaire se 
fait par un manuel opératoire inverse du précédent : à 
l'aide de la Boussole magnétique, on place la ligne Nord-Sud 
du tableau dans la direction du Méridien, puis on lit par 
quelle minute passe l'ombre du style vertical piqué au cen- 
tre. Le point de la verticale du jour de l'observation, cor- 
respondant à la minute lue, donne l'heure cherchée. Il faut 
apprécier la position qu'il occupe par rapport aux deux 
courbes entre lesquelles il se trouve. Le soir, l'appréciation 
se fait de bas en haut; le matin, au contraire, de haut en 
bas. — Afin de faciliter l'orientation de la Boussole solaire, 
la direction de la ligne Nord-Sud a été indiquée en haut et 
en bas du tableau. 

Exemples : 25 avril, ombre, 8 m { 
26 juillet, — 49|- 

On en déduit que : 

Le 25 avril, il était 2 b , soir. 
26 juillet, — 9 h 30 m matin. 

La Boussole solaire peut donc aussi servir de cadran so- 
laire. 



- 236 - 

Séance du 21 novembre 1883. 

Présidence de M. Bidaud. 

H. le Président rend compte d'une visite que M. de Lacaze- 
Duthiers fit à Toulouse, le 21 octobre dernier. Sur l'invita- 
tion de quelques amis, il vint examiner et donner son avis 
sur un projet d'installation d'aquarium. Les naturalistes de 
la région, heureux de posséder au milieu d'eux une si haute 
personnalité, l'ont convié à un banquet. 

M. le Secrétaire analyse les principales publications reçues 
pendant les vacances. 

M. Flottes, au nom de M. Joachim Barande, de Prague, 
fait hommage à la Société de cinq ouvrages d'histoire natu- 
relle. 

M. le Président proclame membre honoraire : 
M. de Lacaze-Duthiers, membre de l'Institut ; 

Et membres titulaires : 
MM. Castaing fils, industriel ; 

Helson, ingénieur civil des mines. 

M. Flottes présente à la Société des haches de pierre tail- 
lées et un beau poinçon de forme quadrangulaire, trouvés 
dans sa propriété du Lauragais. 

M. Félix Régnault, après l'excursion et les fouilles faites 
par la Société à la grotte de Gargas, en mai 1883, commu- 
nique le mémoire suivant : 



- 237 — 

LA GROTTE DE GARGAS 
Par M. Régnault, membre titulaire. 

I, 

Formation des cavernes, — leur remplissage par les dépôts 
ossiîères. 

Les cavernes ou grottes sont des cavités souterraines plus 
ou moins spacieuses, mais le plus souvent d'une grande 
étendue, ce qui les distingue des fissures, des puits, des 
fentes verticales, dont les dimensions en général sont peu 
considérables. 

Les parois de ces cavités sont généralement recouvertes 
par des dépôts de calcaire concrétionné (stalactites et sta- 
lagmites), qui sont dus à l'action des eaux d'infiltration 
chargées de carbonate de chaux. A la suite d'un long suin- 
tement à travers les fissures des roches, ces eaux perdent 
insensiblementl'acide carbonique qui tenait en dissolution le 
carbonate de chaux, et ce sel, en se précipitant , forme ces 
dépôts blancs cristallins aux formes bizarres qui donnent à 
ces souterrains un charme particulier. Mais ce qui devait 
attirer l'attention des géologues, depuis surtout que les étu- 
des paléontologiques tendent à se répandre de plus en plus, 
ce sont les fossiles qui gisent sous la stalagmite des caver- 
nes. Leur nombre est très varié, leur accumulation souvent 
considérable, et dans la plupart des cas, leur extraction est 
facile, surtout quand ils sont ensevelis dans une lerre argi- 
leuse protégée par le plancher stalagmitique qui a soustrait 
tous les ossements aux causes de destruction et de décom- 
position atmosphérique. 

Quand on parcourt ces vastes galeries, ces cavités énormes, 
qui ont quelquefois des lieues d'étendue, on se demande 



- 238 - 

quelles causes ont produit ces phénomènes, et de quelle 
manière cette quantité d'ossements d'animaux que l'on y 
rencontre ont été introduits. 

Les géologues anciens n'étaient point d'accord sur la for- 
mation des cavernes. Le doute n'est plus admissible aujour- 
d'hui. 

« Quant au mode de formation de ces cavités natu- 
relles, nous dit Leymerie, nous le trouvons sans hésitation 
dans des cours d'eau souterrains et dans des sources ther- 
males acidulés, circulant et agissant par érosion et par dis- 
solution sur les parois de vides préexistants qui d.oivent 
être attribués à une dislocation. 

» Nous ferons remarquer, à l'appui de cette théorie . qui, 
d'ailleurs, paraît aujourd'hui généralement admise . que les 
cavernes caractérisées n'existent que dans les contrées qui 
ont été le théâtre de dérangements quelconques par l'action 
d'agents souterrains, et que partout où l'on peut observer 
leurs parois, on y rencontre des traces manifestes d'érosion. 
D'autres faits tendent à prouver l'abondance des eaux char- 
gées de gaz carbonique antérieurement à l'époque actuelle, 
et les dépôts d'albâtre et de minerai de fer qui remplissent 
certaines cavités, s'expliquent très bien clans cette hypo- 
thèse. Ajoutons enfin que presque toutes les cavernes exis- 
tent dans le calcaire et que c'est justement sur cette roche 
qu'une eau acidulé peut exercer une action érosive et dis- 
solvante énergique. » {Géologie, p. 526.) 

Beudant cite l'opinion de certains géologues qui pensent 
que les espaces, aujourd'hui libres, que nous rencontrons, 
étaient autrefois occupés par des masses de sels que 
les eaux auraient plus tard dissoutes et emportées. Selon 
lui, L'origine première des cavernes est due à des crevasses 
qui se sont opérées dans l'intérieur du sol. Il admet que ces 
cavités souterraines ont subi différentes transformations ; 
des éboulements, des modifications importantes ont été 
opérées par les eaux courantes chargées sans doute de 



- 239 - 

sables et de limons arrachés de toutes parts ; c'est ce que 
montrent les formes arrondies, l'usure et le poli des surfa- 
ces, les sillons qu'on y rencontre. Des excoriations particu- 
lières, qui affectent même jusqu'à la paroi supérieure des 
voûtes , indiquent une action corrosive dont l'eau seule 
n'est pas capable, et qui conduit à penser que cette eau a 
été souvent chargée d'acide carbonique dont l'action s'est 
ainsi manifestée. On sait, en effet, que cet acide se dégage 
fréquemment par toutes les fissures du sol, surtout après les 
tremblements de terre , et que les eaux, de sources en sont 
souvent chargées. (Beudant, Géologie, p. 146). 

Desnoyers, dans un Mémoire important sur les cavernes, 
pense que ce sont des crevasses de même ordre que les 
liions métallifères. Au lieu de renfermer des minerais mé- 
talliques, elles auraient été remplies primitivement par des 
dépôts de sources thermales. Dans les nombreux boulever- 
sements des inondations diluviennes, ces poches auraient été 
ouvertes par l'action des eaux qui, une fois écoulées, au- 
raient pris l'aspect quelles ont aujourd'hui après de nom- 
breuses modifications. 

« En l'envisageant sous son point de vue le plus vaste, 
» le phénomène naturel des cavernes entre dans l'ensemble 
» des anfractuositôs intérieures et superficielles de l'écorce 
» solide du globe. Les causes auxquelles on doit en attri- 
» buer l'origine étant des plus générales, elles se sont ma- 
» nifestées à toutes les périodes géologiques et dans tous 
» les terrains, depuis les couches les plus anciennes, dont 
» les fentes ou filons ont été pénétrés de bas en haut par 
» des substances métallifères ou par l'épanchement des 
» roches de cristallisation ignée, jusqu'aux calcaires jurassi- 
» ques et aux couches tertiaires solides, dont les anfractuo- 
» sites ont été comblées de haut en bas, ou latéralement, 
» par des brèches et des limons à ossements cimentés ou 
» recouverts par des concrétions calcaires. Si l'on compare 
» entre eux les principaux caractères et la manière d'être 



- 240 — 

» la plus habituelle des liions, ceux des cavernes et des au- 
» très anfractuosités intérieures du sol, et ceux des inéga- 
» lités de sa surface extérieure, on voit entre ces trois grou- 
» pesde faits les analogies les plus grandes. Les filons, qu'on 
» peut envisager comme les plus anciens exemples de vides 
» occasionnés par les dislocations intérieures du globe , 
» sont, de l'avis de tous les géologues, de véritables fentes, 
» qui, comme les cavernes, coupent les strates réguliers des 
» terrains, et qui ont été remplies postérieurement à leur 
» formation par des dépôts de minerais étrangers à la roche 
» qu'ils traversent. Sauf le mode de remplissage des ca- 
» veines, toutes les autres circonstances de formation ou 
» de modifications intérieures sont communes avec les 
» liions. » (P. 652). 

Marcel de Serres publiait, en 1838, un travail important 
sur les cavernes à ossements du midi de la France, il passait 
en revue tous les gisements connus à cette époque, et il 
arrivait à poser des conclusions générales que les recher- 
ches si multipliées de ces derniers temps- n'ont point dé- 
menties. C'est ainsi qu'il constatait avec raison que les 
cavernes à ossements se présentent partout soit dans les 
diverses parties de l'ancien continent, soit dans le nouveau 
avec les mêmes conditions essentielles. Il semble que, parmi 
les phénomènes naturels, il n'en est aucun de mieux cir- 
conscrit et de plus constant que celui-ci. Dès lors leur rem- 
plissage, soumis à des lois fixes et précises, doit avoir été 
opéré par des causes géologiques aussi simples que géné- 
rales ; car leur action, exercée constamment de la même 
manière, a aussi produit des effets analogues et du même 
ordre . 

Cet auteur rappelle que les terrains calcaires offrent seuls 
des limons pareils à ceux qui enveloppent les ossements des 
cavernes et des brèches osseuses. Dès lors il n'est pas éton- 
nant que les cavernes creusées dans le calcaire soient aussi 
les seules où l'on ait jusqu'à présent rencontré des. débris 



- 341 — 

d'animaux, puisque de semblables limons sont une condi- 
tion indispensable de leur présence. 

En consultant les observations faites à cet égard, non-seu- 
lement dans nos contrées, mais clans le monde en:ier, on 
voit que, partout, les cavernes à ossements et les brèches 
présentent les mêmes phénomènes. 

Les cavernes des terrains calcaires sont non-seulement les 
plus nombreuses, mais aussi les plus spacieuses. Elles pren- 
nent toutes sortes de directions, et sont creusées quelquefois 
en forme de puits verticaux et d'une grande profondeur, 
comme celui que nous avons étudié non loin de la caverne 
de Gargas dans la commune de Tibiran. 

Marcel de Serres semble établir l'existence d'une faune 
différente entre les cavernes situées « dans le sein des mon- 
tagnes élevées ou au milieu des grandes chaînes, et celles 
qui existent dans des collines fort basses et même dans des 
plaines. Les unes et les autres offrent des ossements d'ani- 
maux divers. » 

Dans les nombreuses cavernes que nous avons fouillées et 
qui ont été explorées depuis plusieurs années, le fait suivant 
semble définitivement établi : 

Les unes ont été le repaire des bêtes fauves ; 

Les autres ont servi d'habitation à V homme ; 

D'autres enfin étaient des lieux de sépulture. 

Disons que la même caverne peut avoir été primitivement 
un repaire, puis une station humaine, puis une sépulture. 

On a dit que les cavernes qui servirent de repaire au 
grand ours, à l'hyène , se trouvent dans les grandes chaî- 
nes à des altitudes relativement élevées. Mais il ne faut 
pas exagérer l'importance de cette question d'altitude : 
nous connaissons dans la région du plateau central, des re- 
paires à ours situés dans le bas des vallées. Si dans les Pyré- 
nées les grottes contenant des restes de cet animal sont en 
général élevées au-dessus du fond des vallées, comme 
la grotte supérieure de Massât (Ariège), celle de Boui- 

46 



— nt — 

cheta, d'Auber et bien d'autres, il n'est pas moins vrai 
qu'on trouve aussi de grands repaires loin de la haute mon- 
tagne , comme à Minerve, à Sallèle-Cabardès et entin à 
Gargas. 

Marcel de Serres explique ainsi le remplissage des caver- 
nes : « Parmi les terrains qui ont comblé ces cavités, dit-il, 
les uns paraissent y avoir été entraînés d'une manière assez 
tumultueuse; les autres, au contraire, semblent s'être 
déposés d'une manière successive et graduelle pendant un 
espace de temps plus ou moins considérable. Ainsi, le rem- 
plissage des fentes des terrains calcaires peut bien avoir eu 
lieu dans la môme période géologique ; mais certainement 
il n'a pas été produit partout d'une manière simultanée et 
par le fait d'une seule et même inondation. Du moins il ré- 
sulte de l'ensemble des observations fondées sur la diversité 
de nature des graviers diluviens et des débris organiques 
qui y ont été entraînés, que le remplissage des cavernes 
s'est effectué à des intervalles inégaux. » 

Quant à l'espace de temps qui s'est écoulé entre le rem- 
plissage de telle ou telle caverne, nous croyons qu'il 
est impossible de pouvoir l'apprécier. La détermination 
seule des ossements d'animaux peut nous donner. une 
indication suffisante sur la période géologique à laquelle 
appartient ce phénomène. L'altération plus ou moins 
grande de ces débris organiques ne peut servir de guide ; 
car la conservation des ossements dépend bien plus de 
la nature même du limon qui les recouvre que de l'an- 
cienneté de leur ensevelissement. Nous savons, du reste, 
que les ossements de notre époque , après un séjour 
prolongé dans certaines eaux, se montrent, quand on les 
recueille, plus solides, plus denses, plus chargés de matière 
calcaire que dans l'état frais. Comme le fait observer Fau- 
teur que nous citons, la pétrification des débris des corps 
vivants a lieu maintenant comme dans les temps géologi- 
ques, toutes les fois que ces corps se trouvent dans des cir- 



- 243 - 

constances propres à l'opérer, c'est-à-dire, sous des masses 
d'eau considérables (1). • 

Des faits nombreux l'attestent assez ; les graines de chara 
qui végètent dans les lacs d'Ecosse, s'y pétrifient comme 
celles qui ont jadis vécu dans les temps géologiques pendant 
l'époque tertiaire. 

Une série de Mémoires importants a été publiée par 
Scheurer-Kestner sur l'altération remarquable qu'a subie 
l'osséine des ossements fossiles. 

Cet auteur pense que l'on peut juger de l'ancienneté re- 
lative des os fossiles, d'après leur richesse plus ou moins 
grande en osséine modifiée, et les analyses de ce savant 
prétendent montrer que la quantité d'osséine contenue dans 
les os fossiles est très variable. 

Le professeur Filhol (2) a fait de nombreuses analyses 
d'ossements fossiles d'ours des cavernes, du felis spelœa, 
recueillis dans la grotte de Lherm. Les résultats de ces 
analyses s'accordent sur plusieurs points avec ceux qu'a 
obtenus M. Scheurer-Kestner, ils confirment l'existence 
de l'osséine modifiée et son importance relative dans les 
os fossiles ; mais M. Filhol n'hésite pas à reconnaître 
que ses analyses « montrent qu'on peut trouver, dans les 
mêmes cavernes, des ossements appartenant à des animaux 
de la même espèce, dont les uns contiennent une quantité 
notable d'osséine, tandis que les autres n'en contiennent 

(1 ) Il faut établir une différence entre l'expression pétrifié et fossile. 
Le mot fossile ne signifie pas du tout pétrifié. (Buchner, L'Homme selon 
la science, p. 107.) 

D'après le professeur Pictet, de Genève, cette dénomination est appli- 
cable à tout débris organique provenant de couches géologiques dont 
la formation s'est effectuée par des procédés géologiques différents des 
procédés actuels. Donc, pour qu'un débris organique soit reconnu fos- 
sile, il doit remonter à une époque antérieure à l'état actuel des choses 
à la surface du globe. (Ibid.) 

(2) Bulletin de la Société d'Histoire naturelle, 4 me année, t. IV, 
page 4 55. 



- 344 - 

que des traces, d'où l'on peut conclure qu'il n'est pas pos- 
sible de se fonder sur la quantité d'osséine, soit normale, 
soit modifiée, qui existe dans les ossements solubles, pour 
établir leur ancienneté plus ou moins grande. » 

On admet généralement aujourd'hui que l'âge relatif des 
tentes verticales ou longitudinales produites dans les cou- 
ches calcaires, ainsi que ces énormes cavités ou grottes que 
nous connaissons, n'est point lié à celui des dépôts qui 
les ont comblées ; la connaissance de la date de l'ouverture 
de ces fentes ou de ces cavernes, ne peut nous donner celle 
du transport des dépots plus récents que l'on y découvre, et, 
par conséquent, nous permettre de déterminer l'époque à 
laquelle ces terrains y ont été amenés. 

Des limons, des sables, des graviers, des cailloux roulés, 
des débris fragmentaires des roches dans lesquelles les ca- 
vernes sont creusées, tels sont les dépôts vraiment instruc- 
tifs que l'observateur rencontre abondamment dans l'inté- 
rieur des cavernes et qu'il doit étudier avec le plus grand 
soin. Non-seulement ils sont l'indice incontestable , ils 
offrent les traces de la circulation ancienne des eaux souter- 
raines qui ont joué un rôle si important dans la formation 
des cavités souterraines ; mais, en outre , ils envelop- 
pent, comme nous l'avons dit , et conservent les débris 
les plus variés et les plus nombreux de mammifères 
dont les générations, d'après Desnoyers, semblent former 
un passage entre celles des plus récents terrains tertiaires 
et celles de notre époque. 

Nous allons trouver à appliquer les théories que nous ve- 
nons d'énumérer, en étudiant de nouveau la grotte de Gargas 
qui nous a fourni de si précieux débris paléontologiques. 

Une succession de longues et minutieuses fouilles entre- 
prises à différentes époques et que je continue encore, prou- 
veront que cette grotte est une des plus intéressantes de nos 
régions, soit par la richesse de ses dépôts ossifères, soit par 
son mode de remplissage. 



- 245 - 

Vers la fin de l'époque tertiaire, la température s'abaissa 
dans l'hémisphère septentrional. La physionomie de l'Europe 
changea : à mesure que se modifiaient lentement les influen- 
ces physiques, la faune et la flore perdaient en même temps 
le caractère méridional, pour céder enfin la place, pendait 
la période glaciaire qui suivit, à des animaux et à des plan- 
tes complètement arctiques on septentrionales. Dans le Sud, 
aussi bien que dans le nord de l'Europe, se formèrent 
d'énormes glaciers; ils avaient pour centre les hautes mon- 
tagnes et semaient sur les plaines de gigantesques blocs 
rocheux arrachés au sommet des Alpes ou des Pyrénées. 
Pourtant une fois, durant l'époque quaternaire, un mouve- 
ment de recul de ces grands glaciers eut lieu ; c'est pour- 
quoi, dit Buchner (1), on distingue une première et une 
deuxième époque glaciaire séparées par une période inter- 
calaire. 

Pendant que plantes et animaux subissaient l'influence 
de ces changements importants du climat et de la surface 
terrestre, l'homme, qui n'avait pour ressource que sa force 
intellectuelle, sut résister à tous ces bouleversements. 

L'homme a certainement supporté les deux périodes gla- 
ciaires, qui ont successivement agrandi et amoindri les grands 
glaciers pendant bien des siècles, reculant quand iis avan- 
çaient et les suivant dans leur rétrogradation . 

Pour ce qui regarde la région pyrénéenne que nous étu- 
dions, les glaciers s'avancèrent assez loin dans la plaine, 
ainsi que l'attestent les nombreux dépôts qu'ils ont aban- 
donnés dans la région. 

Ce fut probablement à ce moment que la grotte de Gargas, 
ouverte, fut habitée par les animaux contemporains de Vur- 
susspelœus, et plus tard par l'homme. 

(1) L'Homme selon la science. 



- 246 - 

II. 
La grotte de Gargas. — Ses dépôts ossifères. 

C'est dans une colline du calcaire crétacé inférieur, for- 
mant la montagne de Tibiran, que s'ouvre [a grotte à 
100 mètres environ au-dessus du niveau de la vallée, orien- 
tation Ouest-Est. 

Elle est située à 3 kilomètres Sud-Est du village d'Aventi- 
gnan. L'accès en est facile, depuis surtout qu'un chemin, en 
partie terminé par le fermier Bordères, permet aux voitures 
d'arriver par Aventignan à l'ouverture pratiquée il y a quel- 
ques années et qui sert d'entrée à la grotte. 

(Trajet, à pied, de Montréjeau à la grotte, une heure ; 
d'Aventignan, une demi-heure ; de Saint-Bertrand, une 
heure). 

La grotte de Gargas est une des plus belles des Pyrénées. 
Elle présente au visiteur une succession de vastes et belles 
salles à la voûte tantôt courbée en dôme, tantôt élancée en 
ogive, ou horizontale comme un plafond. Le sol n'est pas 
bouleversé comme dans la plupart des grandes grottes, 
l'exploration des chambres ou galeries est facile. L'entrée, 
par la porte de fer, donne accès dans la Salle de VOurs 
(Voir le Plan), où une bizarre concrétion calcaire offre bien 
la forme de ce carnassier. Cette salle est large de 25 mètres 
environ sur une longueur de 30 mètres. On descend d'abord 
un talus formé de terre et de débris provenant en grande 
partie du dehors. Au bas de ce talus, dans lequel sont 
taillées plusieurs marches, commence le plancher stalagmi- 
tique dur, compacte et cristallin, d'une épaisseur variable 
de 30, 40, 60 centimètres. Cette salle nous a fourni de pré- 
cieux débris paléontologiques. En tournant sur la droite, on 
gagne la Salle des Colonnes qui est la plus belle ; le sol se 
hérisse de stalagmites qui, en plusieurs endroits, vont re- 



— 2*/ — 



joindre les stalactites de la voûte. Elle a 15 mètres environ 
de longueur sur 15 de largeur. Après avoir traversé les 
colonnes, on arrive à la Salle des Crevasses, large de 25 mè- 
tres, qui conduit à la Grande salle de Gargas, longue de 
100 mètres jusqu'au point de communication avec la galerie 
supérieure, et large de 25, 30 et 35 mètres. La Salle ram- 
pante, comme son nom l'indique, ne peut se parcourir qu'à 
plat ventre ; elle donne accès à la grande grotte supérieure 
par un étroit et difficile passage. On suit généralement la 
grande fente des crevasses qui aboutit aux Oubliettes de 
Gargas, précipice vertical qui s'enfonce dans le calcaire de la 
montagne. Tel est l'ensemble rapide que présente la grotte. 
Le Plan et la coupe, joints à notre mémoire, la feront con- 
naître mieux que toute description. 

La grotte de Gargas a une célébrité légendaire que nous 
ne pouvons passer sous silence. Le seigneur de Gargas pos- 
sédait un château-fort, non loin de la grotte qui lui servait 
aussi de repaire pour y attirer et faire périr ses ennemis. 

D'après une autre légende, un célèbre bandit, Biaise Fer- 
rage, du comté de Gomminges, se serait choisi, à la manière 
des ours, une retraite dans la grotte de Gargas pour y en- 
traîner les filles et les femmes qu'il assassinait ensuite. 
Ce monstre était anthropophage et mangeait les seins et 
les cuisses de ses victimes dont le nombre dépasse quatre- 
vingts. Ce Biaise Ferrage fut arrêté et exécuté à Toulouse, 
sur la place Saint-Georges, le 13 décembre 1782. Nous ne 
reviendrons pas sur ces récits légendaires que nous avons 
déjà mentionnés à la Société d'histoire naturelle. 

Vers 1867, le docteur Garrigou et M. de Ghastaigner visi- 
tèrent la grotte et pratiquèrent quelques fouilles qui per- 
mirent à ces savants de reconnaître que les grandes salles 
renfermaient une faune quaternaire, et le talus de l'entrée, 
des foyers de Y âge du renne. (Voir Monographie de Bagnères- 
de-Luchon, par le D r Garrigou. Paris, Masson.) 

Les premières fouilles que je fis à l'entrée de la galerie 



— 246 — 

supérieure, c'est-à-dire à rentrée naturelle, en compagnie de 
M. Raoul, d'Aventignan, et M. le D r Rème, conseiller général, 
nous firent découvrir des débris d'ossements humains à une 
faible profondeur du sol. Ces débris ne peuvent remonter à 
une haute antiquité. Les fouilles ne nous ont donné aucun 
objet qui puisse nous indiquer l'époque de leur enfouisse- 
ment. 

Celui qui étudie la formation des grottes ou cavernes en 
général, peut remarquer que les unes coupent les strates 
des roches dans lesquelles elles sont creusées , d'autres 
semblent avoir été formées à la jonction de deux couches 
différentes et suivent alors le plan de leur stratification. 

C'est cette dernière hypothèse que nous croyons devoir 
appliquer à Gargas. De vastes salles, de larges couloirs à la 
voûte élevée, s'étendent horizontalement entre les couches 
calcaires qui ,. élargies au point où se trouve actuellement 
l'entrée, vont, en se rapprochant insensiblement jusqu'à se 
toucher presque par l'exhaussement successif de la partie 
inférieure et laisse à peine dans la Salle rampante une 
épaisseur suffisante pour qu'un corps humain puisse s'y 
glisser. Car il est impossible de parcourir les grandes salles 
du fond sans se courber et môme ramper, comme dans le 
Couloir du Serpent. (^Six mètres de différence de niveau entre 
la Salle de VOurs et le Couloir du Serpent.) 

Un fait digne de remarque nous a également frappé : c'est 
une fente qui suit le milieu de la voûte dans la plus grande 
étendue de la grotte. C'est là sans cloute l'indice du mouve- 
ment géogénique qui a déterminé l'ouverture de cette cavité ; 
et la longue fente médiane représente les deux lèvres de la 
fissure produite parle mouvement du sol. 

D'énormes crevasses se sont produites dans la couche su- 
périeure de calcaire et présentent de grandes cavités qui 
s'élèvent presque jusqu'au sommet de la colline ou se per- 
dent dans l'épaisseur de la masse calcaire. — Ces excava- 
tions, fortement corrodées par l'action énergique des eau x. 



— 249 — 

ont la forme de gigantesques entonnoirs renversés ; l'un 
d'eux nous a donné plus de 20 mètres d'élévation. 

Ces excavations partent de la voûte et sont perpendicu- 
laires à la direction générale de la caverne. 

De nombreuses concrétions calcaires aux formes variées 
et capricieuses, se sont abondamment déposées le long des 
parois et offrent l'aspect de cascades glacées, de colonna- 
des, de chapiteaux qui dissimulent les formes primitives de 
la roche. 

Si la première action des eaux a contribué à l'élargisse- 
ment de la caverne, dans la suite il s'est produit un effet 
tout différent. Chargées d'une certaine quantité d'acide car- 
bonique, ces eaux entraînaient avec elles du carbonate de 
chaux, qui tendait à se précipiter au contact de l'air. Marcel 
de Serres pense que c'est à cette cause qu'il faut attribuer la 
formation du premier glacis stalagmitique, qui a recouvert 
d'une couche plus ou moins épaisse lés parois, le plafond, 
le sol-des grottes et y a produit tous ces changements qui 
font leur beauté. 

Par suite de cette action des eaux, toute contraire à celle 
que les premières avaient exercée, les cavités souterraines 
tendent à diminuer de plus en plus d'étendue. 

Nous avons constaté pour Gargas que le plancher stalag- 
mitique, souvent recouvert d'une couche plus ou moins 
épaisse d'eau tombée goutte à goutte de la voûte ou des fis- 
sures latérales, s'était reformé très rapidement. Mes premiè- 
res fouilles dans la grande Salle de l'Ours ont été faites en 
1873 ; l'été dernier j'ai pu reconnaître que le plancher sta- 
lagmitique que j'avais brisé en plusieurs endroits était pres- 
que reformé. 

Dans nos cavernes du midi de la France, les dépôts ou 
limons ossifères ont-ils été introduits à la suite d'un phéno- 
mène général, ou bien ce remplissage est-il purement 
local, borné uniquement à certaines cavernes et à certaines 
fentes? 



- 250 - 

Plusieurs géologues pensent que le terrain qui a rempli 
les cavernes, ayant des caractères communs et identiques, 
doit y avoir été entraîné par une même cause dont l'action a 
pourtant été la même. 

« La nature des cailloux roulés, des roches fragmentées 
que l'on rencontre dans ces terrains n'est pas semblable 
partout, pas plus que les matériaux de transport des dépôts 
diluviens ; mais cette circonstance n'exclut pas une commu- 
nauté d'action dans la cause qui les a produits ; elle annonce 
seulement que les matériaux qui ont été déplacés, ont varié 
comme ceux dont ils proviennent et dont ils sont les débris. 

» Le remplissage des cavernes longitudinales et verticales 
par des terrains élastiques ossifères, est un phénomène géo- 
logique tout aussi concluant et tout aussi général que celui 
des dépôts diluviens, et- qui appartient, comme ce dernier, 
à des faits du même ordre et de la même date (1). » 

11 faut reconnaître cependant que ce remplissage n'est 
pas du à un phénomène instantané. 

La stratification des terrains à graviers et à ossements qui 
a été observée dans certaines grottes, notamment en Belgi- 
que, est une preuve d'actions successives des eaux que nous 
retrouvons dans certaines grottes des Pyrénées. Les terrains 
transportés varient par leur épaisseur et souvent par la 
nature même des roches et des ossements. 

La grotte de Gargas nous en donne un exemple. Nous 
avons dit que l'entrée actuelle n'était pas l'ouverture natu- 
relle de cette grotte. 

Cette entrée a été pratiquée à coups de mine, en 1818. 
M. Lagrange, maire d'Aventignan, nous a fourni à ce sujet 
les plus utiles renseignements. L'ancienne ouverture natu- 
relle se trouve placée dans la colline, à 50 mètres environ 
au-dessus de la porte de fer. Cette ouverture, large de 
2 à 3 mètres, descend en pente rapide par un couloir qui 

(1) Marcel de Serres. 



— 251 — 

communique à de vastes excavations ornées de magnifiques 
stalactites qui viennent aboutir à l'extrémité de la grotte de 
Gargas, où un passage très étroit et difficile fait communi- 
quer les deux cavernes (Voir lePlan). 

Il existe donc deux grottes superposées qui ont à peu près 
la même étendue : l'une supérieure, dont la direction géné- 
rale est fortement inclinée jusqu'au point de contact avec 
la grotte de Gargas spécialement exploitée aujourd'hui. 
M. Blanchot , commandant d'état-major, comprenant tout 
l'intérêt que pourrait offrir le plan et surtout les coupes de 
cette grotte, a bien voulu faire les levés pour la grotte infé- 
rieure, travail qu'il compte compléter prochainement par 
les plans et coupes des excavations supérieures. 

Nous pouvons reconnaître aujourd'hui, grâce à ce travail 
topographique levé régulièrement à la planchette et à la 
boussole, que la grotte de Gargas suit la direction des cou- 
ches calcaires de la montagne, tandis que la gulerie supé- 
rieure, en s'inclinant insensiblement, viendrait rejoindre la 
galerie inférieure. Le remplissage de cette dernière cavité 
pourrait donc, en partie, avoir été accompli par l'ouverture 
supérieure. 

Nous avons reconnu aussi que diverses ouvertures aujour- 
d'hui bouchées, soit par des concrétions calcaires , soit 
par des éboulis terreux de la montagne, existaient ancien- 
nement. 

Une de ces ouvertures était située dans le voisinage de la 
porte actuelle et permettait l'accès de la Salle de VOurs, à 
la peuplade de chasseurs qui trouvait là un abri vaste et 
commode. La coupe A B nous montre dans la Salle de VOurs 
la superposition des dépôts. 

Les fouilles nous ont révélé à l'entrée de la grotte, au bas 
du talus, le long des anfractuosités de gauche, une épaisse 
couche de débris apportés par l'homme primitif. 

Cette couche de foyers dans une terre noire mêlée de 
charbons et de nombreux débris d'os cassés longitudinale- 



- 252 - 

mont pour la plupart, renfermait quelques silex taillés 
grossièrement. J'ai recueilli plusieurs pointes intactes qui se 
rapportent à l'époque du Moustier. La couche de foyers 
en place avait 8 à 10 mètres carrés et 1 mètre à I mètre 80 de 
profondeur, elle reposait sur un cailloutis au-dessus de 
la stalagmite. Les espèces qui ont pu être déterminées 
sont : 

L'ours brun (rare). 

L'aurochs (abondant). 

Le bœuf. 

Le cheval. 

Le cerf. 

Dans cette salle les dépôts ossifères sont particulièrement 
intéressants. 

Poursuivant nos recherches sous le plancher stalagmi- 
tique épais de 40, 50 et 60 centimètres d'épaisseur, nous 
avons pu nous convaincre que les ossements étaient tantôt 
dispersés, tantôt accumulés sur certains points. Ils se mon- 
trent assez généralement brisés, souvent usés et arrondis, 
quelques-uns paraissent avoir été roulés avec violence et 
charriés par l'effet d'un transport. Ces ossements, soit brisés, 
soit entiers, se montrent mêlés et disséminés dans la masse 
générale des limons. Ce mélange d'animaux si différents, le 
grand ours, l'hyène, le grand chat, l'aurochs, le rhinocéros, 
le bœuf, le cerf, le cheval, etc., ne peut guère s'expliquer 
qu'en supposant qu'ils ont été entraînés dans certaines 
chambres ou retraites, que nous avons déjà décrites dans 
le Bulletin de la Société d'Histoire naturelle, par des eaux 
courantes qui ont entraîné les débris épars de ces animaux, 
répandus çà et là dans les grandes salles de la grotte. 

Comme nous aurons à étudier plus tard certaines parties 
de la grotte où le phénomène de remplissage de certaines 
cavités est tout à fait particulier , nous insisterons plus spé- 
cialement aujourd'hui sur l'état général que présente la 
couche sous-stalagmitique des grandes salles ainsi que des 



- 253 - 

ossements, pour établir une différence notable qui existe 
dans les dépots enfouis dans la terre argileuse. 

Malgré la confusion qui, au premier aspect, semble régner 
dans les dépôts que nous signalons , il est facile de recon- 
naître cependant qu'ils sont disposés en couches régulières 
assez nettement stratifiées ; il semble qu'ils ont dû s'opérer 
successivement et même avec une certaine régularité. Cette 
stratification marque différentes périodes d'envahissement 
des dépôts. 

Dans la Salle des Crevasses, en suivant la paroi de la grotte 
à gauche en montant vers le fond, une couche de cailloux 
roulés et de sable d'une épaisseur d'environ 50 centimè- 
tres à 1 mètre s'étend sur une longueur de 8 ou 10 mè- 
tres et montre la trace du niveau d'un dépôt qui devait être 
considérable. Ce dépôt, en partie recouvert par les concré- 
tions récentes, est placé à 1 mètre et 1 mètre 60 au-dessus 
du plancher stalagmitique de la grotte. Le plancher, au- 
dessous de ce dépôt diluvien, très épais, compacte, cristallin, 
recouvre une couche de terre argileuse à ossements. Cette 
seconde couche, que nous avons retrouvée dans presque 
toutes les parties de la grotte, présente dans la Salle de 
l'Ours deux lits différents : d'abord sous la stalagmite, la 
terre argileuse avec nombreux ossements entiers , d'une 
épaisseur de \ mètre 50 à 2 mètres; puis une couche de 
cailloux roulés, dont les dimensions varient de la grosseur 
du poing jusqu'au grain de sable, repose sur la roche dans 
laquelle est creusée la caverne. Cette dernière couche infé- 
rieure renferme des ossements fragmentés mais peu abon- 
dants, les plus gros sont fréquemment fendus et brisés comme 
si les os déjà dépouillés de leurs chairs avaient été longtemps 
exposés à l'air extérieur avant leur enfouissement dans la 
grotte. 

Dans la terre argileuse, au contraire, des cadavres entiers 
paraissent avoir été enfouis avant la décomposition totale 
de l'animal. Non-seulement la conservation des os dans 



— 254 - 

cette argile est complète ; mais nous avons pu recueillir en 
connexion, tous les ossements pouvant reconstituer presque 
complètement le squelette d'un même sujet. 

Ce squelette de Vursus speheus monté par nous, a été re- 
mis à M. Bordères, à Aventignan, qui se fera un plaisir de 
le montrer aux visiteurs. 

Marcel de Serres et d'autres auteurs qui ont étudié spécia- 
lement les dépôts ossifères des cavernes, affirment cependant 
que jamais on n'a pu trouver en place le squelette d'un même 
sujet. Tous les ossements d'animaux divers empâtés dans 
l'argile, auraient été entraînés dans les cavernes par les 
eaux, ou peut-être aussi par les hyènes ou des animaux car- 
nassiers. On conçoit dès lors, d'après cette hypothèse, que 
les squelettes des animaux soient divisés, brisés, ou dis- 
persés. 

Pour ce qui regarde la grotte que nous étudions depuis 
plus de dix ans avec le plus grand soin, nous signalons les 
faits tels qu'ils se présentent. On pourrait donner l'explica- 
tion suivante : 

Pendant la durée « d'un de ces cataclysmes diluviens que 
la géologie signale comme étant survenus à plusieurs épo- 
ques antérieures à la tradition historique », comme le dit 
Fontan [L'Homme fossile en France), le niveau des eaux de 
la Neste dut plusieurs fois monter à la hauteur des ouver- 
tures de Gargas et dès lors envahir ses cavités, et entraîner 
dans leur profondeur les ossements brisés des animaux 
morts dont les restes se trouvaient épars sur le sol ou à l'en- 
trée de ces ouvertures. 

Après cette période de bouleversement, survint un calme 
relatif, les eaux s'écoulèrent rapidement, reprirent leur an- 
cien niveau dans le fond (les vallées, la vie apparut de 
nouveau, la grotte servit de repaire à des familles nom- 
breuses d'ours et d'hyènes. Ces repaires se trouvaient non 
loin d*une des ouvertures aujourd'hui obstruées. Des sujets 
vieux et adultes, d'autres très jeunes, vivaient là et ont pro- 



— 255 - 

bablement été surpris, sans pouvoir se sauver, par une inon- 
dation subite qui a entraîné les cadavres entiers de ces ani- 
maux non loin de la partie habitée dans une de ces poches 
creusée dans le calcaire où, une fois enfouis, les ossements 
n'ont plus subi l'action des eaux courantes, et dès lors leur 
conservation est complète. 

Je n'ai pas encore soumis les ossements de la grotte de 
Gargas à l'analyse, mais les mêmes faits observés dans la 
grotte de Lherm se représentent ici. 

Parmi les ossements, les uns, recueillis sous la stalagmite 
épaisse et cristalline, ont un aspect tout différent de ceux 
que l'on trouve dans la terre argileuse. Les premiers sont 
blancs, légers, cassants, happent à la langue et ont subi, 
selon toute apparence, une macération prolongée de plu- 
sieurs siècles peut-être dans l'eau ; dès lors, comme à 
Lherm, l'a matière organique a dû disparaître presque com- 
plètement dans la plupart d'entre eux. 

Ceux recueillis dans les poches à argile ont une couleur 
jaune brun, ils sont très lourds, très résistants, et renfer- 
ment une quantité de matière organique notable. Le cran» 
d'ours que nous représentons dans la planche n° I, est 
dans les conditions favorables que nous signalons ; tandis 
que des ossements du même animal recueillis sur le sol 
même de la grotte, au-dessous de la couche argileuse, au 
milieu de sables et de cailloutis qui révèlent l'action de 
l'eau, sont blancs, légers, happent à la langue, sont sembla- 
bles à ceux décrits par M. Filhol et ne renferment presque 
pas de matière organique. 

Nous devons donc conclure, pour la grotte de Gargas 
comme pour la grotte de Lherm, que : 

« 1° L'altération ou la destruction de l'osséine dans les 
os fossiles n'est pas nécessairement en rapport avec leur 
ancienneté, et que ]es os provenant d'animaux de la même 
époque peuvent présenter des différences énormes au point 
de vue de leur richesse en matière organique ; 



- S36 - 

2° Que le contact prolongé de l'eau est l'une des causes 
les plus efficaces d'altération de la matière organique. » 

Quand nos travaux sur certaines parties des grottes de 
Gargas ou de Tibiran seront terminés, nous décrirons mi- 
nutieusement, à l'appui de notre thèse, certaines espèces 
recueillies dans nos fouilles. Nous signalerons seulement 
aujourd'hui deux crânes d'ours qui méritent une remarque 
toute particulière. 

Crâne n° 1. 

Sujet adulte. Sutures effacées. Correspond presque exac- 
tement pour la forme générale et pour les mesures princi- 
pales au crâne n° 38 de Lherm, décrit par M. Trutat dans 
son Etude sur la forme générale du crâne chez l'ours des 
cavernes [Bulletin de la Société d'Histoire naturelle, pre- 
mière année, t. 1, p. 67). 

Ce crâne de Gargas peut être caractérisé : étroit, forme 
générale arrondie; mais tandis que le crâne de Lherm est 
un jeune sujet dans lequel les sutures ne sont pas effacées, 
celui de Gargas, au contraire, est complètement adulte, ce 
qui est encore une preuve à l'appui de la variabilité extrême 
de cette espèce. Les bosses frontales sont développées, les 
apophyses postorbitaires d'une saillie moyenne, les crêtes 
temporales à peine marquées circonscrivent les deux côtés 
d'un triangle qui s'étend à moitié de la distance comprise 
entre la ligne passant par les apophyses postorbitaires et 
l'épine occipitale, La crête sagittale est épaisse, aplatie et 
renflée sur les bords.. 

Les arcades zygomatiques sont faibles et absolument 
semblables à celles du crâne de Lherm. L'ensemble a subi 
une déformation, une torsion qui a déjeté vers le bas la 
moitié droite antérieure du crâne. 

Nous avons été assez heureux pour trouver en connexion 
le maxillaire inférieur de ce sujet. 



— -loi — 

La suture est complètement ossifiée. Les dents sont, 
d'une manière générale, de dimensions réduites, et l'usure 
des deux côtés est inégale par suite de la torsion du maxil- 
laire supérieur. Cette déformation a amené encore un ren- 
versement des deux séries dentaires de la gauche vers la 
droite, et les molaires de droite ont été déjetées en avant. 

Crâne n° 2. 

Cette pièce est fort intéressante en ce quelle correspond 
d'une manière frappante au type de Lherm (n° 1 1 , pi. I, f. 1), 
que possède notre Muséum (galerie des Cavernes.) 

Comme dans celui de Lherm, les bosses frontales se con- 
tinuent bien au-delà de la partie moyenne du frontal, de 
façon à atteindre la partie la plus saillante du crâne tout en 
formant un angle très obtus avec les os propres du nez. 

Ces caractères donnent à l'ensemble de la tête une tonne 
globuleuse. Elle ne diffère de celle de Lherm que par l'ab- 
sence des bourrelets osseux qui bordent la crête sagittale et 
que l'on voit très distinctement dans la figure 9, pi. II. 

Mais l'ours de Gargas est beaucoup plus jeune que celui 
de Lherm et le caractère qui lui manque se serait produit 
certainement avec l'âge. Malgré cette ressemblance si frap- 
pante entre ces deux sujets, nous ne devons voir dans ce 
type qu'une variation individuelle et non une variété. 

Dans ce crâne, comme dans le précédent, le maxillaire 
était en place. 

Les dépôts ossifères de Gargas nous ont donné plusieurs 
crânes de dimensions supérieures à celles que nous venons 
de décrire et qui ont tous les caractères de Yursus spelœus et 
toutes ses variations. L'analogie entre les populations de ces 
deux repaires, Lherm et Gargas, est donc complète. 



17 



- 258 - 
Dimensions du crâne chez l'ours des cavernes. — Grotte de Gargas. 

Crânes : N° 1 N° 2 

1 Longueur de la ligne basiiaire des incisives au trou oc- 

cipital;. 0.38 0.37 

2 — du profil supérieur en suivant les courbes (des 

incisives à la crête occipitale) 0.48 0.45 

3 — des incisives au bord antérieur des os du nez. . 0.11 0.10 

4 — — à une ligne joignant les apophyses 

post-orbitaires du frontal 0.23 0.20 

5 — — de celte ligne à la crête occipitale. . 0.25 0.23 

6 — de la crête temporale 0.12 0.16 

7 — de la crête sagittale 0.13 0.07 

8 Largeur entre les alvéoles et les dents incisives exiernes. 0.06 0.06 

9 — — les os intermaxillaires 0.07 

10 — au bord postérieur des canines 0.10 0.09 

11 — des deux apophyses post-orbitaires du frontal. . . 0.14 0.14 

12 Plus grande largeur des arcades zygomatiques 0.27 0.25 

13 Largeur du trou occipital 0.037 0.04 

14 Longueur du bord postérieur de la canine au bord posté- 

rieur delà dernière molaire 0.14 0.14 

15 — de l'espace occupé par les molaires 0.089 0.085 

16 Dislance entre les canines 0.065 0.06 

17 — — les premières molaires. ". . 0.065 0.065 

18 — — les dernières molaires 0.067 0.067 

19 Hauteur du crâne au bord antérieur des os propres du nez. 0.11 0.115 

20 — à l'endroit le plus enfoncé de la racine du nez. . 0.11 0.125 

21 — au point externe des apophyses post-orbitaires du 

frontal 0.13 0.13 

22 — au point de réunion des crêtes temporales. . . . 0.17 0.Î6 

23 — à l'endroit le plus bombé du crâne 0.17 0.17 

ïl — de l'épine occipitale 0.11 0.12 

AI. Boule rend compte de la découverte faite par M. Car- 
tailhac, directeur de< Matériaux pour Vhistoire naturelle et 
primitive de V homme, et lui, au mois de septembre dernier, 
d'une carrière préhistorique de silex. 

On connaissait les fameux puits d'extraction de Spiennes 
(Belgique) et de Cissbury (Angleterre), mais on n'avait jamais 



SOCIETE D'HISTOIRE NATURELLE 

DE TOULOUSE 



Hifïitii«imï INFÉRIEUREdeGARGAS 

Commune d'ÀvenUgnan ,- ( Hautes Pyrénées. ) 

'- ..■■-. / ■' ,' ,','",.-, .„■/■• L " ji sS d-exé P^ h Commandant BLAIfCmr 



ECHELLE 




COTTE SUIVANT A. B Echelle 



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- -'■- _ , 






- 259 — - 

signalé en France de découvertes de ce genre. Chose remar- 
quable, les -faits observés en Belgique et en France sont à 
peu près identiques. 

11 y a auprès du bourg de Mur-de-Barrez (Aveyron), une 
carrière de pierre à chaux. Les assises exploitées appartien- 
nent à un ensemble do couches tongriennes et aquitaniennes. 
Le silex se trouve en rognons ou en bancs alternant avec les 
couches calcaires. 11 offre toutes sortes de variétés (résinite, 
ménilite, jaspoïde, pyromaque). Cette formation tertiaire est 
recouverte par des coulées provenant du grand volcan can- 
talien (cinérite, tufs, brèche andésitique). En bas, dans les 
terrains cristallophylliens, coule le Goul , affluent de la 
Truyère et, par suite, du Lot. 

M. Rames, le géologue bien connu, qui s'occupe spéciale- 
ment du Cantal, avait appris à MM. Cartailhac et Boule que 
l'on avait découvert à plusieurs reprises, dans cette région, 
des silex et ossements travaillés. 

L'exploitation de la pierre à chaux a permis à ces natura- 
listes d'observer, sur la coupe verticale produite par l'abat- 
tage des moellons, l'existence de nombreux puits d'extrac- 
tion, remblayés et aboutissant aux divers bancs de silex. 
Ces puits sont quelquefois en relation avec des cavités très 
surbaissées où l'on rencontre des ossements, des silex et une 
mince couche de charbon. L'homme primitif a creusé ces 
puits, y est descendu et a fouillé autour de lui pour se pro- 
curer la roche précieuse. Ces puits ont une largeur qui ne 
dépasse guère 1 mètre. On juge si le labeur a dû être long et 
pénible. Le charbon indique qu'il s'est servi du feu comme 
d'un puissant auxiliaire. Les parois des puits et le plafond 
des cavités horizontales sont encore sillonnés par des traces 
de l'outil dont ils se servaient. Cet outil a été trouvé. C'est, 
comme à Spiennes, le pic en bois de cerf. Les ouvriers de 
la carrière en ont quelquefois trouvé la pointe cassée et 
encore incrustée dans le petit trou que le mineur avait fait 
dans le calcaire, MM. Cartailhac et Boule ont vu ou recueilli 



- 260 — 

un grand nombre d'exemplaires de ces outils abandonnés 
par les mineurs. Un de ces spécimens, percé d'un trou, 
comme pour être emmanché, appartient au juge de paix de 
l'endroit, M. Jordan, botaniste distingué. Quant aux silex 
taillés, on n'a pu recueillir que des éclats, déchets de fabri- 
cation. Le temps n'a pas permis aux observateurs de pousser 
plus loin leurs recherches, mais de belles pièces ont été re- 
cueillies en cet endroit, il y a déjà longtemps, par un prêtre 
des environs. 



Séance du 5 décembre 1883. 
Présidence de M. Bidaud. 

La Société procédant au renouvellement du Bureau, 
nomme pour 1884 : 
Président : M. Lartet. 

Vice-Présidents: M. L. de Malafosse; 

M. De Rey-Pailhade. 
Secrétaire-général . M. P. Fabre. 
Secrétaires-adjoints : M. Crouzil ; 
M. Guenot. 
Trésorier : M. J. Chalande. 

Archiviste : M. H. Chalande. 

Conseil d'administration : 
MM. Debat-Ponsan, Lacroix. 

Comité de publication : 
MM. Marquet, Peragallo, de Saint-Simon, Trltat. 



— 261 - 

Séance du 19 décembre «883. 

Présidence de M. Bidaud. 

M. le Président lit une lettre de M. Lacaze-Duthiers , 
remerciant la Société de l'avoir nommé membre hono- 
raire. 

M. Fouqué a le regret d'annoncer la mort de M. Pendary, 
qui était membre de la Société depuis les premières années 
de sa fondation. 

M. Lacroix donne des détails sur une capture de merle à 
gorge noire de Sibérie, faite dernièrement dans les environs 
de Toulouse. La présence de cet oiseau n'a été signalée dans 
le pays que sept à huit fois. Il offre la singulière particula- 
rité d'avoir les plumes du cou noires en été et blanches en 
hiver. 

M. Laulanié, membre titulaire, donne lecture du travail 
suivant, dont il est l'auteur : 

Sur les Utricules psorospermiques des muscles du porc 
et les altérations qu'ils déterminent. 

. Les utricules psorospermiques ( Corpuscule de Rainey, 
Utricules de Miescher), ont été découverts par Miescher sur 
la souris en 1843, et retrouvés par Rainey dans les muscles 
du porc en 1847. Depuis ils ont été étudiés par plusieurs 
observateurs qui en ont signalé l'existence dans diverses 
espèces. Ces parasites sont donc connus depuis longtemps, 
et si je reprends ici leur histoire, c'est que j'ai pu déterminer 
certains détails relatifs à leur siège et à leur structure sur 
lesquels les auteurs sont en désaccord, et aussi constater, 
pour la première fois, des altérations qui intéressent l'hy- 



— 262 — 

giène et l'anatomie pathologique. Je m'attacherai particu- 
lièrement à l'étude des lésions que les utricules psorosper- 
miques peuvent exceptionnellement déterminer, car il est 
très rare de les voir provoquer des désordres anatomiques 
ou cliniques saisissables, et la plupart des auteurs les con- 
sidèrent comme inoffensifs. 

Les utricules psorospermiques habitent le tissu musculaire 
à fibres striées du poulet, du cheval, du bœuf, du mouton, 
de la chèvre, du chevreuil, de la souris et du porc. C'est 
dans cette dernière espèce que j'ai eu l'occasion de les étu- 
dier sur des échantillons de viande envoyés par M. Guizol, 
vétérinaire inspecteur de l'abattoir à Nice. 

Ils sont extrêmement nombreux et apparaissent môme à 
l'œil nu sous l'aspect de petits corps filiformes, blanchâtres, 
très grêles, au point qu'on ne les saisit qu'en apportant à 
leur recherche la plus scrupuleuse attention. La possibilité 
de les voir à l'œil nu facilite beaucoup leur dissociation et 
il n'est pas possible d'en isoler un certain nombre d'une 
manière complète. Mais la plupart restent engagés dans les 
éléments musculaires, avec lesquels ils ont des rapports 
très étroits, comme nous allons le voir dans un instant. Sur 
les préparations obtenues par dissociation, on les voit au 
microscope sous la forme de corps allongés, le plus souvent 
effilés à leurs deux extrémités, de couleur sombre et d'ap- 
parence grenue. Ils mesurent 2 à 3 millimètres de longueur 
sur mm ,12 à mm ,15 de diamètre et restent par conséquent 
bien au-dessous des dimensions exceptionnelles que leur 
assigne Zûrn (fig. 1). 

Avant d'étudier plus complètement les caractères de ces 
parasites, il est indispensable de bien établir au préalable 
leurs véritables relations avec le tissu musculaire, car leurs 
apparences diffèrent selon qu'on les examine complètement 
isolés ou dans leur siège naturel. Or, c'est ici que se mani- 
festent particulièrement les divergences* d'interprétation 
parmi les observateurs. Les uns, comme Davaine, les consi- 



— 263 — 

dèrent comme simplement interposés aux fibres musculaires, 
dont ils ont la direction, mais auxquelles ils adhèrent faible- 
ment. Dans une note récente à l'Académie des sciences, 
M. Poincarré, qui ignorait les travaux antérieurs sur les 
utricules psorospermiques, soutient la même opinion et 
présente à l'appui une ligure qui serait démonstrative si elle 
pouvait être exacte. 

Sieclamgrotzky et Hofmeister les placent dans l'axe des 
fibres musculaires, c'est-à-dire des faisceaux primitifs. Tel 
est, en effet, leur véritable siège, comme il est facile de s'en 
assurer à l'aide de la technique usuelle , soit par des disso- 
ciations, soit par des coupes transversales ou longitudinales, 
qui montrent seules les véritables rapports des choses et 
permettent d'interpréter les résultats obtenus par les disso- 
ciations. Déjà, à l'aide de ce dernier procédé, on obtient des 
apparences très persuasives. Le plus souvent on trouve des 
libres musculaires bien isolées dont l'axe est occupé par un 
utricule .psorospermique , qui repousse autour de lui la 
substance contractile et s'en forme une gaine complète. 
A ses extrémités effilées, le parasite semble pénétrer comme 
un coin entre les fibriles et les rend plus évidentes en leur 
faisant subir un commencement de dissociation. On rencon- 
tre dailleurs des accidents de préparation plus démonstratifs 
encore. Il peut arriver, par exemple, qu'on trouve des para- 
sites à moitié isolés et dont l'autre moitié est restée engagée 
dans la fibre musculaire qu'ils occupaient, ou bien encore 
la gaine contractile qui enveloppe le parasite a subi en un 
point une fissure peu étendue par laquelle celui-ci fait her- 
nie et forme une anse plus ou moins saillante en dehors du 
faisceau primitif. J'ai rencontré enfin des accidents dans 
lesquels la gaine contractile, en grande partie détruite par 
les manœuvres de la dissociation, persiste seulement dans la 
partie moyenne et forme comme un anneau qui embrasse le 
corps du parasite. Cet anneau n'est tout d'abord saisissable 
que par ses projections optiques et on pourrait croire que 



- ^G4 - 

c'est tout simplement un lambeau de faisceau primitif qui 
adhère à un utrieule psorospermique; mais, en agissant sur 
la vis micrométrique, on peut successivement mettre au 
point toute l'épaisseur du parasite et de sa gaîne. Il est alors 
facile de s'assurer que celle-ci est visible aussi bien à la sur- 
face tournée vers l'observateur qu'à la surface profonde , et 
qu'elle entoure, par conséquent, le sac psorospermique d'une 
manière complète. 11 est impossible de méconnaître la signi- 
fication de pareils faits et je suis extrêmement surpris de 
l'insistance avec laquelle M. Poincarré s'attache à affirmer 
l'indépendance du parasite et des faisceaux primitifs. Il est 
vrai que cet observateur a été frappé de la facilité avec 
laquelle les utricules psorospermiques paraissent s'isoler 
spontanément du tissu musculaire. Pour moi, j'ai vu tout le 
contraire, et l'isolement complet d'un parasite a toujours 
été, dans mes recherches, le résultat exceptionnel d'un 
heureux accident de préparation. Je ne peux m'expliquer 
un pareil désaccord qu'en supposant que M. Poincarré a eu 
à sa disposition un tissu parfaitement frais où les parasites 
encore vivants et excités par les manœuvres de la dissocia- 
tion, pouvaient exécuter quelques mouvements et se déga- 
ger de l'intérieur des faisceaux primitifs. 

L'examen des coupes transversales, pratiquées sur des 
fragments de muscle préalablement durcis, apporte d'ailleurs 
des résultats absolument décisifs, qui mettent hors de doute 
l'existence des sacs psorospermiques à l'intérieur des fibres 
musculaires. 

On trouve, en effet, sur les préparations, disséminés en 
nombre assez considérable, des parasites coupés en travers 
et reconnaissables à leurs contours circulaires, à leur dia- 
mètre qui dépasse celui des faisceaux primitifs, et à la colo- 
ration rouge vif qu'ils ont prise au contact du picro-car- 
minate (tig, 5). Tous, sans exception, sont entourés d'une 
bordure continue, colorée en rouge-jaunâtre et offrant tous 
les caractères de la substance contractile des fibres muscu* 



— 265 — 

laires. 11 n'est pas difficile de reconnaître dans cette bordure 
la substance du faisceau primitif lui-même, qui a été re- 
poussée sous le sarcolemme par la pression du parasite et 
forme une gaine contractile complète. 11 n'est même pas 
rare de trouver deu\ sacs psorospermiques juxtaposés dans 
le même faisceau primitif et en rapport l'un avec l'autre par 
une surface plane. Les coupes longitudinales donnent des 
résultats de même valeur. L'anneau contractile de tout à 
l'heure est remplacé seulement par deux bandes qui se re- 
joignent aux extrémités du parasite. En rapprochant ces 
deux apparences, qui se complètent l'une par l'autre, on est 
forcément amené à conclure que les utricules psorospermi- 
ques sont situés à l'intérieur des fibres musculaires ou fais- 
ceaux primitifs et non dans le tissu conjonclif interfascicu- 
laire. 

Je passe maintenant à l'étude des caractères des corpus- 
cules de Rainey et particulièrement de leur structure. 

Nous avons déjà vu qu'ils se présentent au microscope 
sous la forme de corps allongés effilés aux extrémités, de 
couleur sombre et d'apparence grenue. Ils sont constitués 
par une membrane d'enveloppe, qui se condense aux extré- 
mités sous la forme de deux pointes aiguës et dont la surface 
externe est couverte de cils. Cette membrane d'enveloppe 
envoie à l'intérieur des cloisons anastomosées qui circons- 
crivent des cavités remplies de petits corps analogues à des 
pseudo-navicelles. 

Revenons sur ces différents points : le désaccord des 
observateurs porte sur la présence des cils, affirmée par 
Rivolta, Siedamgrotzki, etc., niée par Zùrn. Ces contradic- 
tions résultent des circonstances diverses dans lesquelles 
l'examen a été fait. Lorsque le parasite est surpris à Tinté- 
rieur du faisceau primitif, les parois paraissent constituées 
par une membrane cuticulaire de 1p d'épaisseur, homogène 
dans certains points, finement striées dans d'autres. Mais si 
le parasite est complètement isolé, la membrane d'enveloppe 



- 266 - 

apparaît extrême meut mince et les cils qui couvrent sa sur- 
face et ses extrémités aiguës deviennent on ne peut plus évi- 
dents. Ces apparences contraires s'expliquent très aisément. 
A l'intérieur du faisceau, les cils fortement comprimés par 
la gaine contractile se couchent contre la membrane d'enve- 
loppe, se tassent les uns contre les autres et donnent lieu 
par leur fusion à l'apparence d'une cuticule épaisse finement 
striée ou homogène. 

Lorsque, par l'isolement du parasite, la pression de la 
gaine contractile cesse de s'exercer à sa surface, les cils de- 
venus libres se dressent et se distinguent avec la plus-grande 
netteté. 

En ce qui touche l'existence des cloisons, elle se trahit 
seulement par le développement d'un beau réseau qui se 
dessine à la surface du parasite quand on l'examine à l'état 
d'isolement (fig. 1 et 3). Il m'a été impossible, même sur des 
sacs psorospermiques parfaitement vidés de leur contenu et 
dont l'intérieur pouvait, par conséquent, être examiné à 
loisir, de saisir nettement les cloisons et les cavités qu'elles 
circonscrivent. Ce qui pourrait faire croire à l'existence de 
ces cavités, c'est que lorsque les utricules psorospermiques 
sont accidentellement rompus, le contenu s'échappe en très 
faibles quantités. Sur la nature de ce contenu, je n'ai pas grand 
chose à ajouter ici à ce qu'en ont dit les auteurs. Les corpus- 
cules qui remplissent les sacs psorospermiques sont si nom- 
breux et si étroitement serrés, qu'il est impossible de saisir 
leurs caractères in situ, ils forment un ensemble sombre et 
granuleux complètement irréductible. Devenus libres par la 
rupture de l'utricule qui les renferme, ils se présentent sous 
la forme de petits corps semi-lunaires ou en croissant, pour- 
vus de deux points clairs qu'on a décrits comme des noyaux, 
mais que je considère seulement comme des vacuoles, car 
ils ne fixent pas les matières colorantes (fig. 2). Quand 
on a pu voir ainsi les corpuscules à l'état d'isolement , 
on peut les reconnaître sur les coupes transversales,, malgré 



- 267 - 

leur nombre considérable et la confusion qui en résulte 
(iig. 4 et 5). 

Quant à la place qu'il conviendrait d'attribuer aux utri- 
cules de Miescher, il ne m'est guère permis d'émettre sur ce 
point une opinion autorisée ; mais je me range très volon- 
tiers à celle de Claus, qui les considère comme des kystes 
de pseudo-navicelles et, par conséquent, comme répondant 
à l'une des phases de l'évolution d'une grégarine. C'est 
assez dire que je n'adopte pas l'hypothèse de M. Poincarré, 
acceptée par M. Mégnin avec un empresseuient regrettable, 
et d'après laquelle les corpuscules de Rainey seraient les 
formes larvaires d'un taenia. En ce qui touche l'origine de 
ces singuliers parasites, leurs migrations, leurs transforma- 
tions, tout reste obscur encore jusqu'à ce que les recherches 
expérimentales méthodiquement instituées soient venues 
éclairer ces divers point de leur histoire. 

J'aborde maintenant le côté pratique de cette étude. 
Quelles peuvent être les conséquences pathologiques de la 
présence des corpuscules de Rainey dans les muscles? La 
plupart des auteurs considèrent ces parasites comme inof- 
fensifs sauf dans des circonstances très rares. 

D'après Zùrn, à qui j'emprunte ces renseignements clini- 
ques, Leisering aurait observé, en 1865, une très grande 
mortalité sur un troupeau de moutons, causée par l'infection 
psorospermique. 

Comme l'ont vu Dammann et v. Niederhœusern, par leur 
pullulation dans les muscles du larynx, ils peuvent amener 
l'infiltration de la muqueuse et la mort par asphyxie. Zùrn 
lui-même a observé des phénomènes épileptiformes suivis 
de mort, sur plusieurs brebis dont les muscles de la langue, 
du pharynx, du larynx, du cou, de la nuque, du diaphragme, 
étaient remplis d'utricules psorospermiques. Je ne sache pas 
qu'on ait observé des accidents d'aucune sorte dans l'espèce 
porcine. C'est ce qui m'engage à insister sur le cas que j'ai 
eu sous les yeux et dans lequel le parasite avait provoqué, 



- 268 - 

dans le système musculaire, des altérations d'apparence assez 
grave pour déterminer M. Guizol, inspecteur de l'abattoir, à 
Nice, à prononcer la saisie. 

Le tissu musculaire est criblé de granulations fusiformes, 
jaunâtres, de la grosseur d'une tête d'épingle, souvent dis- 
posées en séries de deux ou trois dans le sens des fibres mus- 
culaires. On en obtient par dissociation des globules purulents, 
des grains calcaires, des cellules embryonnaires et rarement 
des cellules épilhélioïdes. 

Sur les coupes transversales, on saisit aisément leur dis- 
tribution, leur structure et leur subordination évidente aux 
utricules psorospermiques. Examinées à un faible grossisse- 
ment (oculaire 1, objecâf de Yerick), elles se montrent très 
nombreuses. Bien qu'on en trouve un certain nombre à l'in- 
térieur même des faisceaux secondaires, elles paraissent se 
développer de préférence au voisinage des cloisons conjonc- 
tives qui entourent ces faisceaux. Elles sont constituées par 
une zone centrale plus ou moins dégénérée et une zone péri- 
phérique de prolifération. Par ces traits généraux, elles se 
rapprochent des granulations tuberculeuses classiques. 

La zone centrale présente des caractères qui varient avec 
le degré dévolution des granulations. Le plus souvent elle 
est formée par un amas de globules purulents nettement 
circonscrits, mais dans lesquels les éléments sont eux-mêmes 
peu distincts, tendent à se fusionner et se colorent en jaune 
par le picro-carmin. Ces caractères portent le témoignage 
d'une dégénérescence déjà avancée. A la dégénérescence 
caséeuse s'associe rapidement la dégénérescence crétacée, 
qui se manifeste par 1 apparition de blocs calcaires irrégu- 
lièrement disséminés dans les foyers purulents. 

Cette zone centrale a une étendue très variable ; elle est 
quelquefois réduite à un petit foyer calcaire qu'on dirait 
entouré d'une membrane d'enveloppe (fig. 6, a). 

La zone de prolifération est constituée par des cellules 
embryonnaires et par des cellules épithélioïdes qui sont en 



- 269 - 

très faible minorité. Sa limite interne est souvent nettement 
distincte du foyer central, qui ne paraît pas être en continuité 
avec elle et s'en détache quelquefois pendant le montage des 
préparations. Cependant on peut constater que la partie la 
plus interne de la zone de prolifération est atteinte par la 
dégénérescence. A sa périphérie, elle pousse des prolonge- 
ments qui s'insinuent entre les faisceaux primitifs el se 
continuent directement avec le tissu conjonctif intrafasci- 
culaire, qui est partout plus ou moins infiltré de cellules 
embryonnaires. C'est là, d'ailleurs, un fait très général et 
très significatif. A l'état normal, le tissu conjonctif qui sou- 
tient les fibres musculaires est extrêmement délicat et se 
distingue mal sur les coupes. 11 prend, au contraire, ici, sous 
l'influence de l'irritation sourde qui le provoque, une impor- 
tance nouvelle et s'offre sous l'apparence d'un réseau con- 
tinu, dont les travées épaissies, très riches en cellules em- 
bryonnaires, embrassent les fibres musculaires plus ou 
moins atrophiées. 

En somme, on constate partout un certain degré de myo- 
site interstitielle diffuse. C'est la seule altération qui accom- 
pagne en général la présence des utricules psorospermiques, 
comme j'ai pu le voir sur le cheval ; mais dans le cas actuel, 
cette myosite interstitielle se concentre en certains points et 
revêt la forme nodulaire, de manière à simuler des granula- 
tions tuberculeuses. Dans son expansion, la zone périphéri- 
que de ces granulations se développe sur un territoire pri- 
tivement occupé par des éléments musculaires qu'elle englobe 
et détruit progressivement. Les fibres musculaires ne sont 
pas repoussées, en effet, par le tissu nouveau, mais incorpo- 
rées et détruites sur place. Ce processus apparaît très évident 
sous des granulations au début comme. celle qui est repré- 
sentée dans la figure 6. On distingue très nettement dans la 
zone périphérique un certain nombre d'espaces polygonaux 
ou circulaires remplis de cellules embryonnaires ou épithé- 
lioïdes, et séparés les uns des autres par des travées où les 



- 270 — 

éléments sont étroitement serrés. Les espaces les plus éloignés 
du centre contiennent la section d'un faisceau primitif atro- 
phié, accompagné parfois de quelques cellules de nouvelle 
formation. Cette dernière circonstance montre bien que les 
espaces que je viens de décrire étaient primitivement occupés 
par des faisceaux primitifs qui ont été chassés par la proli- 
fération. 

La granulation s'établit, par conséquent, par un méca- 
nisme qui emprunte à la fois les procédés de la myosite 
interstitielle et de la myosite parenchymateuse. 

Quant à la subordination de ces faits à la présence des 
utricules psorospermiques, elle n'est pas tout d'abord évi- 
dente. On trouve, en effet, en dehors des granulations et en 
plein tissu musculaire, la section de nombreux utricules 
logés dans l'épaisseur d'un faisceau primitif et dont la pré- 
sence est restée absolument sans effet, autre que cette myo- 
site interstitielle diffuse et peu intense que j'ai déjà signalée. 
On a donc le droit de se demander si la production des gra- 
nulations ne se rattache pas à une autre cause indépendante 
des psorospermies et s'il n'y a pas là deux phénomènes 
juxtaposés sans aucun lien de cause à effet. Mais le doute 
ne saurait subsister longtemps en présence de granulations 
surprises tout à fait à leur début et qui présentent au centre 
la section d'un sac psorospermique (fig. 4). La gaine con- 
tractile qui entourait ce dernier a disparu ou présente les 
signes de la dégénérescence vitreuse. Alors la section du 
parasite est entourée d'une bande claire et réfringente autour 
de laquelle se développe une note purulente à contours tiès 
nets. La zone de prolifération ne tarde pas à se constituer et 
le sac psorospermique à disparaître au milieu des produits 
de la dégénérescence. 11 peut cependant persister assez long- 
temps, car on le retrouve, quoique profondément altéré, au 
centre de quelques granulations complètement constituées 
et pourvues d'une zone de prolifération. 

Une dernière question se pose maintenant à propos des 



— 271 — 

nombreux parasites qui demeurent à peu près inoffensifs et 
qu'on trouve disséminés en grand nombre dans les prépa- 
rations. Pourquoi certains parasites amènent-ils la produc- 
tion de foyers inflammatoires noclu! aires, tandis que d'autres 
restent sans influence nocive marquée ? La raison en est 
simple. Tant que le faisceau primitif qui englobe le parasite 
reste vivant, il forme autour de lui une barrière qui empêche 
son action de s'étendre au tissu conjonctif. Cette barrière 
est d'autant plus efficace, que les libres musculaires, comme 
tous les éléments énergiquement différenciés, ne réagissent 
pas devant les causes d'irritation et ne prennent pas une 
part directe aux phénomènes inflammatoires. Ils n'ont qu'un 
mode de manifestation, l'acte fonctionnel auquel ils sont 
appropriés. Loin de s'exagérer sous l'influence des excita- 
tions morbides, leur nutrition se trouble, devient languis- 
sante et l'élément subit des modifications régressives. C'est 
ce qui arrive ici aux faisceaux primitifs envahis par un cor- 
puscule de Miescher : ou bien ils restent parfaitement sains 
et isolent le parasite du tissu conjonctif; ou bien ils su- 
bissent la dégénérescence vitreuse. Dès lors, la barrière qui 
emprisonnait le parasite disparaît, l'action irritante atteint 
directement le tissu conjonctif, c'est-à-dire le tissu le plus 
explosible qui soit, et l'inflammation se produit. Elle se 
manifeste d'abord par la production d'un abcès microscopi- 
que, d'une infiltration de leucocytes, qui se groupent en 
formant une couronne régulière plus ou moins épaisse : on 
dirait que cette zone purulente est limitée en dehors par une 
membrane d'enveloppe, mais il est probable que cette régu- 
larité des contours do l'abcès est due simplement à l'égalité 
des résistances qui s'opposent à son expansion. La prolifé- 
ration ne tarde pas à s'établir et donne lieu à une forma- 
tion nodulaire qui, dans ses traits principaux, reproduit les 
caractères d'une granulation tuberculeuse. 

J'examinerai, en dernier lieu, une question ayant un très 
grand intérêt pratique, puisqu'elle se pose à propos de l'ali- 



- 272 - 

mentation publique. Les viandes offrant les altérations que 
je viens de décrire peuvent-elles être livrées à la consom- 
mation ? Evidemment, elles ne sont pas directement nuisi- 
bles, mais elles ont perdu une grande partie de leurs pro- 
priétés alibiles. Outre que les éléments musculaires sont 
notablement atrophiés, les granulations tiennent à leur côté 
une place considérable, puisqu'on peut en compter dix ou 
douze dans le champ du microscope (oculaire \, objectif 
de VenckV Elles réduisent donc la substance musculaire 
dans une mesure qui autorise à saisir les viandes atteintes 
de psorospermose. 

Il faut d'ailleurs distinguer les cas comme celui que j'a] 
étudié de ceux dans lesquels le parasite ne détermine pas 
d'altérations saisissables. Il paraît prouvé que l'ingestion des 
utricules psorospermiques n'est suivie d'aucun effet nuisible, 
car on n'a jamais signalé d'accident consécutif; il serait 
donc excessif de prohiber des viandes purement et simple- 
ment psorospermiques. D'ailleurs, elles doivent le plus sou- 
vent passer inaperçues, car lorsque les parasites ne se dé- 
noncent pas par les formations nodulaires auxquelles ils 
peuvent donner lieu, il est bien difficile de soupçonner leur 
présence. 

EXPLICATION DE LA PLANCHE. 

Fig. t. — Utricule psorospermique complètement isolé. 

Fig. 2. — Corpuscules qui remplissent les utricules. 

Fig. 3. — Extrémité grossie d'un ulricule psorospermique. 

a Prolongement aigu de la membrane d'enveloppe. — b Cloi- 
sons visibles à leur insertion sur la membrane d'enveloppe. 
Fig. 4. — Granulation psorospermique au début de son développement. 

a Section transversale du parasite. On y dislingue les pseudo- 

navicelles. — b Couronne purulente. — ce Faisceaux primitif» 

atrophiés. — d Infiltration embryonnaire. 

Fio. 5. — Groupe de faisceaux primitifs dont l'un est occupé par un utricule 

psorospermique. 

a Coupe transversale du parasite. — b Sa gaîne contractile 



- 273 - 

formée par la substance du faisceau primitif, repoussée sous le 
sarcolemme. 
Fjg. 6. — Granulation psorospermique. 

a Dégénérescence calcaire circonscrite. — b Prolifération em- 
bryonnaire. — ce Espaces primitivement occupés par des faisceaux 
primitifs, actuellement remplis de cellules. — dd Faisceaux pri- 
mitifs, atrophiés, englobés dans la prolifération. — e Cloison 
conjonctive. 



FIN 



48 




CASSEN ruS , TOULOUSE - "Af\i 



TABLE DES MATIERES 



Pages. 
Etat des membres de la Société d'Histoire naturelle de Toulouse 

au 1 er février 1883. 5 

Séance du 3 janvier 1883 15 

Allocution du Président 15 

Marty : Recherches des objets des époques préhistoriques. ... 16 
Trutat : Excursion au Pic du Gar, près Saint-Béat (Haute- 
Garonne) . . 18 

Séance du M janvier 1883 28 

P. Fagot : Note sur la faune zoologique des lacs Alpins des 

Pyrénées 29 

Séance du 7 février 1883 32 

A. de Bormans et Marquet : Etude sur le Typhlolabia, Scudder 

et description d'une espèce nouvelle. 33 

Séance du 21 février 1883 40 

Rataboul : Les Diatomées. — Récolte et préparation 41 

Azam : Etude du Pélargonium à la Trappe de Staouelli 56 

Réunion annuelle du 6 mars 1883 81 

Séance du 21 mars 1883 81 

C. Depéret : Note sur la présence d'une espèce d'Alhérine [Athe- 
rina Boieri, Risso), dans les eaux douces du canal du Midi, 

à Gastelnaudary (Aude) 82 

Peragallo •. Conférence sur les Diatomées 84 

Séance du 4 avril 1883 87 

Louis de Maiafosse : L'invasion du Peronospora viticola dans le 

Sud-Ouest en 1882 88 

Séance du 18 avril 1883 93 

Jules Chalande : Etude sur les Géotrupes français 94 

Séance du 2 mai 1883 117 

De Saint-Simon : Note sur les Bulimes auriculiformes de la Nou- 
velle-Calédonie 118 



— 276 — 

De Rey-Pailiude : Excursion au bassin houiller de Carmaux. . 129 

Laulanié : Note'fsur l'origine du Canal de Wolff dans le Poulet. 4 42 
Séance du 6 juin 1883. — Compte-rendu sommaire de 

l'excursion au laboratoire de Banyuls-sur-Mer 145 

Peragallo : Histoire sommaire du microscope composé et de ses 

récents perfectionnements 4 47 

Séance du 20 juin 4 883 206 

Fagot : Diagnoses d'espèces nouvelles pour la faune française. . 207 

Séance du 4 juillet 1883 225 

Marquet et de Bormans : Note complémentaire sur une espèce du 
genre Dolichopoda (Bolivar), de la famille des Locustaires 

et de l'ordre des Orthoptères 225 

Séance du 18 juillet 1883 •. 230 

De Rey-Pailiiade : Montre-Boussole solaire, à l'usage des natura- 
listes 230 

Séance du 21 novembre 1883 236 

F. Régnault : La grotte de Gargas 237 

Boule : Compte-rendu d'une découverte faite par M. Cartailhac, 

d'une carrière préhistorique de silex 258 

Séance du 5 décembre 1883. — Renouvellement du 

Bureau pour l'année 1884 260 

Séance du 4 9 décembre 4 883 264 

F. Laljlaniè : Sur les utricules psorospermiques des muscles du 

porc et les altérations qu'ils déterminent £64 



FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES 

8 dUL 1886 




Typographie Durand, Fillous et Lagarde, rue Saint-Rome, 44. 




SOCIÉTÉ 




D'HISTOIRE NATURELLE 

DE TOULOUSE. 



DIX-HUITIÈME ANNÉE. — 1884 



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TOULOUSE 

IMPRIMERIE DURAND , FILLOUS ET LAGARDE 

BUE SilNT-ROME, 44 

1884 








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